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pour les migrants et les pays en difficulté

On a lu, on a vu

Archives du mois de 04 2010

Les brèves d’avril

23 avril 2010 -
  • Aux infos du 12 mars 2010, sur Arte, Reportage de Marc-Antoine Valverde et Jean Will.
    Cliquez ici
  • Amandine, membre de SALAM de Carcassonne, a crée un blog où elle témoigne et relaie des infos sur la situation calaisienne
  • A voir, une vidéo qui montre le travail d’équipe de Médecins du Monde et SALAM sur le terrain dans le Dunkerquois. Cliquez ici.
  • Jean-Christophe Hanché, photographe, a réalisé un reportage en images sur la situation des migrants.

Un an après la promesse du ministre Éric Besson, le champion de boxe française est toujours afghan

18 avril 2010 - La voix du Nord - Eric Holzapfel

Comme chaque dimanche, « La Voix du Nord » revient sur une personnalité du Nord Pas-de-Calais qui a fait l’actualité. Aujourd’hui, l’Afghan Sharif Hassan Zadeh, champion de boxe française tourquennois, sans-papiers régularisé par un titre de séjour... qui attend toujours sa naturalisation.

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Photo : Patrick James

Sharif Hassan Zadeh, jeune Afghan lâché par son passeur en gare de Lille à l’âge de 14 ans, est devenu célèbre à 17 ans. Les médias de toute l’Europe ont relaté son ascension sportive au sein du Punch boxe française-savate tourquennois, qui l’a amené jusqu’au titre
de champion de France espoir, le 28 février 2009. Dans la foulée, il était reçu par Éric Besson. Le ministre de l’Immigration lui avait alors remis une carte de séjour d’un an, avec les paroles de la Marseillaise et une promesse : « Dans quelques mois, vous pourrez demander à devenir français. Je ne pourrai qu’encourager cela et vous soutenir dans cette démarche », avait-il déclaré.

Un an plus tard, Sharif déchante. « J’ai fait ma demande en septembre au tribunal d’instance de Roubaix, raconte-t-il.
Mais en mars, on m’a envoyé un refus par courrier. L’acte de naissance que j’ai fourni n’était pas correct. Mais là-bas, on n’a pas le même système de papiers ! » Heureusement, on lui a renouvelé son titre de séjour, valable jusqu’en mars 2011.

Sharif est déçu. Il a dû faire une croix sur son projet de passer quelques jours au pays, pour rendre visite à ses parents... « S’il m’arrive quelque chose là-bas, la France ne pourra rien faire pour moi », dit-il. Le président de son club, lui, est inquiet. Car Sharif s’est qualifié pour les demi-finales junior qui ont lieu le 1er mai. « Et derrière il y a un championnat d’Europe au mois de juin, explique Aïssa Maroufi. Déjà, le fait qu’il ait pu boxer sans aucun papier, ça a fait du
bruit. Alors là, cette fois-ci, faire un championnat d’Europe sans être français, je ne sais pas ce que ça va donner. »
Très entouré Sharif, toujours très entouré par son staff sportif, vit dans un studio prêté par une association d’aides aux jeunes adultes à Tourcoing. Il poursuit son rêve de devenir éducateur sportif... un rêve un peu contrarié par ce qu’il appelle « une mauvaise orientation ». Il suit en effet un CAP d’assistant technique en milieu familial et collectif,
où il passe « plus de temps en cuisine qu’à apprendre le français et les maths ».

Conscient de son retard dans ces matières, il prend des cours pour adultes. Début avril, il a fait quelques essais réussis au pôle France de boxe française. Il espère l’intégrer à la rentrée, en parallèle à une formation d’éducateur sportif. Mais là encore, il se heurte à un problème : le coût est de 10 000 € par an. Aïssa Maroufi compte
bien aider son champion : « On cherche des subventions », indique-t-il.

Repères

Sharif Hassan Zadeh est né en Afghanistan. Avec ses parents, ses deux sœurs et son frère, il trouve refuge au Pakistan avant de partir seul, à 14 ans, destination l’Europe.
Lâché par son passeur à Lille, il est recueilli dans un foyer à Tourcoing. Par hasard, il intègre le Punch boxe française-savate tourquennois. Son président dit de lui « qu’il n’a pas été très bon tout de suite mais qu’il en voulait ». Tant et si bien qu’il devient en février 2009 le premier champion espoir français… sans papiers.
Il obtient dans la foulée un titre de séjour des mains du ministre de l’Immigration.

Réfugiés : l’après Calais

13 avril 2010 - lesinrocks.com - Pierre Siankowski

Parti de la jungle de Calais, il a gagné l’Angleterre clandestinement. Un réfugié afghan raconte sa traversée du Channel et sa vie à Londres.

Walid Handan, 19 ans, nous a donné rendez-vous devant une station de métro du nord de Londres. Nous avions proposé de le rencontrer chez lui ; il a refusé. C’est une bénévole de l’association Salam – qui aide les réfugiés coincés à Calais – qui nous a donné son numéro de téléphone. Elle avait peur qu’il refuse de nous rencontrer et de se faire photographier. Il est finalement le seul à avoir accepté.

Le téléphone sonne, c’est lui, dans un anglais encore plus approximatif que le nôtre. “Excusez- moi, je suis en retard. Je suis dans le bus.” Une demi-heure passe, personne. On s’inquiète un peu. Le téléphone sonne à nouveau, on se retourne, un jeune type balèze tient un téléphone contre son oreille. Il raccroche et s’avance vers nous. “Je viens de mon travail, je suis venu vous chercher. Si vous voulez, je vous emmène là-bas.”

Walid travaille comme garagiste, à quelques stations de bus. On le suit vers l’un des bus à impériale rouges qui traversent laville. Il marche vite dans ses grosses Nike. On grimpe dans le bus qui démarre. Il est déjà assis au fond, nous fait signe de le rejoindre : il n’a pas beaucoup de temps. On branche donc le magnétophone tout de suite.

“Je suis né en Afghanistan, à Djalalabad. Je suis l’aîné de la famille, j’ai un frère. Mes parents ont décidé de m’envoyer en Europe pour que ma vie soit meilleure. Je suis parti d’Afghanistan par camion. La Russie, Moscou où je suis resté un peu, la Pologne, l’Allemagne, la Belgique puis la France. Un long voyage de plusieurs mois.”

Walid raconte son histoire sans nous regarder. Il suit des yeux les enseignes qui défilent, vérifie son portable, un vieux Nokia tout défait, regarde le magnéto qui tourne. “Je suis resté quatre mois à Calais, dans la jungle, je dormais dans une tente que je déplaçais presque tous les jours. Il pleuvait sans arrêt, il faisait froid, les policiers nous traquaient. C’était affreux. J’ai détesté la France, j’ai encore quelques amis là-bas, j’espère qu’ils vont bien.”

"Je n’ai pas fermé l’oeil pendant tout le trajet"

A la descente du bus, Walid interpelle un vieux type qui lui répond en afghan, il lui parle sans se retourner et continue de dérouler son histoire en cavalant sur les trottoirs de Londres. “Un jour, on m’a donné le numéro d’un type de la mafia kurde. Il faisait passer les gens pour 15000 livres, que je pouvais payer en Angleterre. Il fallait simplement donner un acompte, je ne sais plus combien. J’ai dit d’accord, j’avais de l’argent de mes parents. Deux soirs plus tard, ils sont passés me chercher en camion, ils m’ont caché dans une caisse qu’ils ont refermée sur moi. Nous avons pris le tunnel sous la Manche. Je n’ai pas fermé l’oeil une minute pendant tout le trajet. Je tremblais de peur, je respirais mal. Et puis un type est venu ouvrir la caisse, j’étais en Angleterre. Il m’a dit au revoir et m’a donné un numéro de téléphone pour rappeler les Kurdes après m’être déclaré aux autorités anglaises.”

Walid aperçoit un bobby et interrompt son récit. Il décide d’avancer seul et nous demande de le rejoindre plus loin une fois le flic parti. On le retrouve au bas d’une rue qui monte vers un garage à l’enseigne en arabe et en anglais. C’est ici qu’il travaille. Autour d’un premier hangar, des tonnes de voitures, certaines en bon état, d’autres défoncées. Walid désigne un vieux tas de tôle en souriant : “Une voiture française.” Il nous emmène devant un second garage où l’attend un ami, en combinaison rouge.

Shapour, 24 ans, travaille également ici. “Vous êtes Français ? Je connais bien la France, moi aussi j’étais à Calais. Je suis arrivé en 2007, c’est pour ça que je parle mieux que Walid”, plaisante-t-il. Walid lui envoie une gentille bourrade et ouvre la porte de son garage. Il monte se changer et nous propose un thé en attendant. Il redescend peu après, vêtu d’un vieux futal plein de cambouis et d’un T-shirt Moschino dans le même état. Il pose fièrement devant l’objectif.

"Votre pays m’a traité comme un animal"

Il reprend son histoire : “Je suis allé me déclarer à la police britannique et on m’a placé dans un centre d’hébergement à Douvres avant de m’envoyer vers le nord de l’Angleterre, près de Leeds, dans un petit village. Je suis resté là-bas deux mois, c’était déprimant, il faisait nuit à 15 heures. Puis un type de la mafia kurde m’a appelé et m’a dit qu’il y avait de la place pour moi à Londres. Je suis descendu en bus et une famille afghane est venue me chercher à la gare routière. Je vis chez eux, dans une gigantesque tour en banlieue de Londres. Je travaille dans ce garage depuis mon arrivée à Londres. Je gagne 160 livres par semaine, qui sont entièrement reversés aux Kurdes jusqu’à ce que j’ai réglé ma dette envers eux. Ils passent une fois par mois au garage pour récupérer l’argent.”

Walid sirote son thé et nous fait comprendre qu’il va devoir retourner au travail, le pare-choc d’une Peugeot à retaper. La France est un très mauvais souvenir pour lui. “Là-bas, personne n’a jamais rien fait pour m’aider, à part les bénévoles des associations qui passaient nous apporter à manger de temps en temps. Votre pays m’a traité comme un animal. En Angleterre, c’est mieux : je n’ai jamais dormi dehors ici, les policiers ne m’ont jamais traqué.”

Il poursuit : “En Angleterre, je touche 180 livres par mois d’allocation. Ça me permet de vivre puisque mon salaire part dans mes remboursements aux Kurdes. Je peux même envoyer un peu d’argent à ma famille. Je suis pauvre à Londres, mais plus heureux qu’en Afghanistan ou qu’en France. Je n’ai encore presque rien vu de le ville, même si je suis là depuis assez longtemps. J’espère avoir du temps pour visiter quand j’aurai fini de payer mes dettes.”

Il tripote quelques outils. “La vie est dure, je travaille six jours sur sept. Je suis parfois très fatigué mais il faut que je rembourse. J’ai demandé un visa, j’espère l’obtenir. Un jour, je pourrai peut-être retourner en Afghanistan voir ma famille. On s’appelle sur Skype, on s’envoie des mails mais c’est difficile. Mon frère viendra sûrement me rejoindre à Londres un jour.”

Walid doit s’occuper de son pare-choc. Nous le saluons, il nous serre la main et nous raccompagne à la porte du garage. Quelques jours plus tard, à Paris, un texto tombe sur le téléphone portable. “C’est Walid à Londres. J’espère que vous êtes bien rentrés chez vous.”

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