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Archives du mois de 02 2011

Salam « On en a assez de la pression policière »

24 février 2011 - Nord Littoral - Vincent Pihen

Vendredi soir, l’association Salam tenait son assemblée générale au centre européen de séjour. Cette réunion donnait l’occasion à ses dirigeants de faire le point sur la situation des migrants et de fustiger le comportement oppressant de la police nationale.

La soirée commença par une bonne note pour les adhérents de Salam venus assister vendredi à l’assemblée générale, au centre européen de séjour : « Tout le monde, y compris la municipalité, trouve que l’on fait du très bon travail », déclare Jean-Pierre Leclercq. Le président de l’association se félicite aussi de l’augmentation du nombre de bénévoles et également du versement d’une subvention de 3 000 euros pour l’achat de tapis de sol et de couvertures à l’occasion du Plan Grand froid.

Mais ce sera le seul moment de satisfaction. Car pour Jean-Pierre Leclercq et les membres de l’association Salam le savent, la situation est loin d’être réglée : « Le nombre de migrants arrivant sur le littoral continue à augmenter, poursuit le président de Salam.

Les soulèvements populaires en Afrique du Nord et au Moyen Orient ne risquent pas d’arranger les choses. Il faudra s’attendre à un nouveau flux de migrants.

Mais qu’en faire ? Il nous faut continuer nos actions et les aider à vivre dignement ».

Le comportement des élus agace aussi les membres de l’association Salam. Même si les collectivités territoriales (mairie, Département, Région) ont augmenté de 8 000 euros la subvention allouée à l’association (48 672,87 euros), Jean-Pierre Leclercq regrette leur gestion des migrants : « Le camp de Loon-Plage a fermé ses portes, la capacité de Tétéghem a sérieusement baissé et le squat Thélu de Calais va être rasé en septembre. Les choses n’ont pas changé mais on tente plutôt du côté des élus locaux et régionaux de déplacer le problème. Pour eux, il est nécessaire de s’occuper des migrants mais l’idéal serait que ça soit hors de son territoire ».

Mais ce qui fait fulminer le président de Salam et ses bénévoles, c’est le comportement oppressant des policiers de Calais. Jean-Pierre Leclercq constate une augmentation de la pression mise sur les épaules des migrants mais aussi sur celles des bénévoles : « On a de plus en plus de difficultés à leur venir en aide à cause d’eux. Chaque jour, ils sont devant les portes du lieu de distribution de repas pour contrôler ou arrêter des migrants, voire des bénévoles. En faisant cela, la police profane un sanctuaire. On en a assez de cette pression policière qui use le moral et le mental des migrants et de nos bénévoles. Tout ce qu’ils veulent, c’est instaurer un climat de peur afin de leur rendre la vie impossible, et les faire fuir ou les décourager de venir ou de revenir sur Calais ».

L’association Salam voit donc l’année 2011 sous un jour pessimiste. Mais elle reste déterminée à mener ses actions malgré certains bâtons que l’on peut lui mettre dans les roues.

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Un Afghan de 24 ans, suspecté d’être un passeur, fuit la police aux frontières et se noie à la Citadelle

23 février 2011 - La Voix du Nord - P. M.

Comme on le lira en pages Région, dans la nuit de lundi à mardi, vers 2 h 30, ...

deux hommes d’origine étrangère se trouvant à bord d’un véhicule immatriculé en Grande-Bretagne, ont refusé de se soumettre à un contrôle de la police aux Frontières, à Calais.
Après avoir refusé d’obtempérer, les deux hommes ont pris la fuite à pied aux alentours de la Citadelle. Une course poursuite s’est engagée avec les fonctionnaires de police, sans que ces derniers puissent attraper les fuyards.
Repéré sur la berge longeant le canal ceinturant la Citadelle, l’un des deux hommes s’est jeté à l’eau pour tenter de traverser la douve. Presque immédiatement, les fonctionnaires ont constaté que l’homme était en difficulté. Un, puis deux, puis trois policiers se sont mis à l’eau pour lui porter secours, mais l’homme a coulé et s’est noyé.
Le corps sans vie de cet homme de 24 ans a été rapidement retrouvé par les sapeurs-pompiers de Calais. Hier, la police de Calais, à laquelle le procureur de la République a confié l’affaire, a tenté d’identifier la victime. Les premiers éléments recueillis semblent confirmer qu’il s’agit d’un Afghan, âgé d’environ 25 ans. Des indices laissent aussi penser qu’il s’agit d’un passeur.
Le deuxième homme, toujours en fuite, est activement recherché. Les trois fonctionnaires de Police, en état d’hypothermie, ont été conduits à l’hôpital de Calais pour examen. Ils ont depuis regagné leur domicile.

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Un migrant se noie en fuyant la police

23 février 2011 - Nord Littoral - T. S. - M.

Un ressortissant italien de 24 ans, né en Afghanistan, est mort noyé hier vers 3 h du matin, après avoir tenté de se soustraire à un contrôle de police en se jetant dans le canal de la Citadelle, à Calais.

Peu après 2 heures, hier matin une patrouille de la Paf, la police aux frontières, décide de contrôler un véhicule immatriculé en Grande-Bretagne, du côté de l’esplanade Jacques-Vendroux. Motif ? Le conducteur, qui circulait à « vitesse très réduite », selon le parquet, et son passager avant, n’ont pas bouclé leur ceinture de sécurité. Les deux individus refusent d’obtempérer et prennent la fuite en voiture. Une course-poursuite s’engage dans les rues de Calais nord, sur 800 mètres environ.

A proximité de la Citadelle, les deux individus abandonnent leur véhicule et poursuivent leur route à pied. Ils parviennent à semer les policiers. Mais quelques minutes plus tard, ces derniers aperçoivent les deux fuyards sur la berge longeant le canal qui ceinture le complexe sportif, dont les bosquets abritent depuis plusieurs semaines déjà quelques groupes de migrants.

A la vue des fonctionnaires de police, l’un des deux individus se jettent à l’eau tout habillé pour tenter de traverser la douve et ainsi semer définitivement ses poursuivants.

Trois policiers se jettent à l’eau

Dans l’obscurité, le jeune homme parvient à nager une vingtaine de mètres mais se trouve rapidement en difficulté. L’un des trois policiers à ses trousses plonge à son tour dans le canal pour lui porter secours. Le passager de la voiture profite de ces quelques instants de confusion pour disparaître dans la nature. Cette version officielle n’était, hier, pas contestée par les migrants qui ont rapporté une description identique des faits.

Après une vingtaine de minutes de vaines recherches, le policier s’épuise. Ses deux collègues se jettent à l’eau pour le ramener sur la berge. Une équipe de plongeurs des pompiers de Calais prend le relais. Trois quarts d’heure plus tard, le corps du jeune homme est retrouvé, sans vie.

Selon les premières constatations effectuées hier matin par le médecin légiste, il serait mort par noyade à la suite d’une hydrocution. Son corps ne portait aucune trace de violence, de coup ou de projectile. « Une autopsie aura toutefois lieu demain (ndlr : aujourd’hui) afin de couper court à toutes les hypothèses », précise Jean-Philippe Joubert, procureur de la République, conscient qu’il s’agit là d’un dossier sensible.

Les trois fonctionnaires de police, en état d’hypothermie, ont été conduits à l’hôpital de Calais pour examen par les pompiers de Calais, Marck et Audruicq.

Ils ont pu en sortir dans la journée. Les événements se déroulant quasiment sous ses fenêtres, Alain Gérard, le sous-préfet de l’arrondissement de Calais, s’est immédiatement rendu sur place.

Le corps de la victime a été identifié. Il s’agit d’un ressortissant italien de 24 ans - c’est du moins ce qu’affirme le passeport retrouvé sur lui -, né à Kaboul, en Afghanistan, et résidant en Grande-Bretagne. Selon le parquet de Boulogne-sur-Mer, l’homme, soupçonné d’être un passeur, pourrait avoir déjà fait l’objet de poursuites en Belgique après avoir contribué à faire entrer clandestinement des étrangers en situation irrégulière dans le pays.

Incarcéré en Belgique ?

« Mais ces faits sont encore en cours de vérification. On a aussi fait une demande pour obtenir son casier judiciaire » , soulignait hier après-midi une source proche de l’enquête. La voiture dans laquelle circulaient les deux individus n’était pas déclarée volée Les papiers du véhicule étaient dans la boîte à gants. Il appartient à un Indien résidant lui aussi en Grande-Bretagne. « Cet élément pourrait confirmer la thèse d’un trafic, d’où les vérifications en cours », précise le parquet.

Le passager de la voiture, vêtu d’une veste blanche, court toujours dans la nature.

L’enquête a été confiée à la circonscription de sécurité publique de Calais.

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Calais : Un contrôle de police tourne au drame

22 février 2011 - Paris Match - Marie Desnos

Un migrant soupçonné d’être un passeur est mort noyé, cette nuit, dans les eaux bordant la Citadelle de Calais, en tentant d’échapper à un contrôle de police. L’homme qui l’accompagnait est lui activement recherché.

Une fin tragique pour un contrôle banal. Dans la nuit de lundi à mardi, à Calais (Pas-de-Calais), un homme s’est noyé en tentant d’échapper à la police aux frontières (PAF). Alors qu’il circulait en voiture avec un passager et sans ceinture, à bord d’un véhicule immatriculé en Grande-Bretagne, le conducteur a pris la fuite, d’abord en voiture puis à pied, relate « Nord Eclair ». Il était aux alentours de 2h30, ce mardi. « Repéré sur la berge longeant le canal ceinturant la Citadelle, l’un d’eux s’est jeté à l’eau pour tenter de traverser la douve », rapporte un communiqué de la préfecture du Pas-de-Calais.

« Presque immédiatement en difficulté, et bien qu’un, deux puis trois policiers se soient mis à l’eau pour lui porter secours, il a coulé et s’est noyé », lit-on encore. D’après le quotidien local, le fuyard a dû faire une vingtaine de mètres avant de couler. Les policiers qui ont tenté de lui porter secours ne l’ont pas retrouvé dans les eaux sombres du canal et alors qu’il faisait nuit. Son cadavre a été repêché par les sapeurs-pompiers de Calais peu après 3 heures. Au vu des premières constatations, il serait mort par noyade à la suite d’une hydrocution. Son corps ne présentait aucune trace de violence. Des analyses devraient confirmer cette hypothèse dans les prochains jours.

Le deuxième homme toujours en fuite

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme serait âgé de 24 ans, détenteur d’un passeport de nationalité italienne, mais né à Kaboul. Il serait soupçonné d’être un « passeur », comme nous l’a confirmé la préfecture. Il pourrait avoir déjà fait l’objet de poursuites en Belgique pour avoir contribué à faire entrer clandestinement des étrangers en situation irrégulière dans le pays. De fait, « l’affaire a pris un tour judicaire, et une enquête a été confiée au parquet de Boulogne-sur-Mer. » La préfecture ne communiquera donc plus sur le sujet. Seule information confiée à ParisMatch.com : « le deuxième homme est toujours en fuite et activement recherché. » Nous ignorons tout de son identité. Quant aux agents de la PAF, ils ont pour leur part été brièvement hospitalisés en état d’hypothermie à l’hôpital de Calais, mais leur état de santé ne présente pas d’inquiétude.

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Michel Agier : "Il y a le monde, et il y a les indésirables au monde"

19 février 2011 - Article XI

N’importe où mais pas chez nous. Si la phrase est signée Natacha Bouchart, maire de Calais, le refrain est connu, récurrent en matière d’immigration. En France comme en Europe, on peut déplorer les malheurs du monde, pas les accueillir. Un air du temps que décrypte l’anthropologue Michel Agier, qui rappelle qu’exclusion et enfermement des migrants n’ont pas toujours été la norme.
« La police passe souvent plusieurs fois par jour, surtout le matin, vers six heures, quand nous dormons. Ils embarquent une dizaine de personnes, au hasard, les premiers qui leur tombent sous la main. » C’était à Calais, il y a deux mois. Nabeel, un jeune Soudanais, nous décrivait le quotidien des migrants de Calais [2]. Un quotidien fait de brimades quotidiennes, de harcèlement policier et d’enfermements à répétition. Tableau noir qui ferait presque figure de norme tant il est répandu et ne choque plus vraiment hors des milieux associatifs ou militants. À Paris comme à Calais, à Tripoli comme à Bruxelles, les migrants sont considérés comme des "indésirables" qu’il s’agit de refouler et d’enfermer, flux à endiguer à la source. Le n’importe où mais pas chez nous est dans toutes les bouches, mantra martelé jusqu’à la nausée.

Pire, ces politiques nationales et européennes fondées sur l’exclusion, guidées par l’inflation sécuritaire, sont tellement enracinées qu’elles donnent quasiment le sentiment d’avoir toujours existé. Comme si les notions d’asile, d’universalisme ou de réfugiés relevaient d’une autre dimension, d’une utopie dépassée. Un simple retour en arrière suffit pourtant à prouver le contraire... Pour retracer le processus, prendre de la hauteur, il convient d’étendre le champ chronologique et analytique, de quitter le temps court, celui des médias et des politiques. C’est à cela que s’attelle l’anthropologue Michel Agier, directeur d’études à l’EHESS, membre de l’Institut de Recherche pour le Développement (Centre d’études africaines) et auteur (entre autres) de deux livres indispensables pour comprendre le temps présent : Gérer les indésirables, des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire [3] et Le Couloir des Exilés, être étranger dans un monde commun [4]. Entretien.

Dans Le Couloir des exilés, vous affirmez qu’il ne faut pas interroger le « pourquoi » des déplacements de population, mais le « comment »...

Le « comment » permet d’éviter la classification stérile du « pourquoi » – « pourquoi êtes-vous là ? » ; « pourquoi êtes-vous parti ? » –, qui opère un tri entre « bons » et mauvais immigrés ; il s’agit d’être vraiment au cœur des situations. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Gérer les indésirables, une longue enquête menée dans les camps de réfugiés africains, avec l’ambition de renverser la perspective, d’inclure la police, les humanitaires et les administrations publiques dans le questionnement sur ces situations prises comme un tout. Tout cela « fonctionne » ensemble, et se focaliser sur le « pourquoi », comme on le fait généralement, a deux inconvénients majeurs : d’une part, cette approche ne permet pas de tracer un tableau représentatif de la situation. D’autre part, elle finit par épouser le point de vue gestionnaire – policier ou humanitaire – qu’il s’agit au contraire d’inclure dans la description.

Comment la figure du réfugié, autrefois positive, est-elle devenue l’équivalent d’un « fardeau » ?

Une étape a été franchie au cours des années 1990, avec la fin de la Guerre froide et la chute du Mur de Berlin. Ce changement de contexte – fin du conflit bipolaire – a profondément transformé le statut de réfugié. Il n’y avait plus d’ennemi désigné, il fallait en façonner un nouveau…

Ce virage ne s’est pas effectué d’un bloc et de manière uniforme. D’autres éléments ont joué, comme l’avènement des indépendances africaines, de la fin des années 1950 au début des années 1970, et l’ouverture d’une ère postcoloniale dont ont profité les ex-métropoles coloniales, via la mise en place d’une relation différente avec les pays africains et avec ceux qui étaient auparavant des sujets ou des indigènes des empires coloniaux. En France, par exemple, un fort appel de main d’œuvre a d’abord encouragé la venue d’Africains pour travailler en France, dans la continuité de l’ancienne « métropole ». Puis, la législation a changé à partir de l’année 1974, restreignant d’un coup la migration de travail, jusque là favorisée, et ouvrant une période politique longue dominée par la stigmatisation d’une « migration-problème » et par une volonté de contrôle des « flux migratoires » : ces politiques ont remis en cause progressivement tout autant le droit d’asile, les rapprochements familiaux ou les migrations d’étudiants que les migrations de travail [5].

La période postcoloniale puis la chute du mur de Berlin en 1989 ont entrainé une réorganisation, une tentative de « mettre en ordre » le monde en recréant des barrières ou des frontières là où elles semblaient abolies par la fin du grand conflit de la Guerre froide. Dans un monde en paix, on a réintroduit de la guerre.

Ce qui contraste fortement avec la position affichée dans les années 1950...

La création par les Nations Unies le 4 décembre 1950 du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et la signature de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés le 28 juillet 1951 étaient des initiatives directement inscrites dans le cadre de la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, avec le drame de la Shoah et le besoin de rédemption envers le peuple juif en exode, et également avec l’existence de millions de réfugiés en errance. Au même moment se durcissait la Guerre froide, qui a notamment abouti à la construction du mur de Berlin en 1961. Dans ce contexte, le bloc occidental, qui avait endossé la posture du monde libre et libéral, se voulait lieu d’accueil de tous ceux qui étaient renvoyés par le bloc soviétique.

La figure de l’exilé a alors gagné en grandeur, en honorabilité, de la même manière que pour les exilés espagnols des années 1930 ou les exilés palestiniens, les uns et les autres ayant connu pour une part les camps, mais aussi ayant été l’objet de fortes solidarités politiques et intellectuelles. Même si – comme le Palestinien exilé Edward Saïd l’a bien écrit – l’exil est toujours une souffrance, la condition individuelle de l’exilé était bien différente de celle de l’exilé contemporain. Nombre de ces réfugiés d’alors ont pu se faire une place sociale, matérielle, physique et intellectuelle dans le pays où ils sont arrivés. Le contexte de la Guerre froide et du début des luttes de libération a vu l’octroi à l’exilé d’un crédit d’honneur, à gauche comme à droite.

C’est aussi à cette époque que de grandes figures intellectuelles ont émergé de cette situation de déracinement, jusqu’à l’affirmation d’une littérature d’exil. Malgré la perte initiale induite par l’exil, beaucoup ont pu redonner sens à leur existence, se réancrer. Nicole Lapierre a bien montré dans Pensons ailleurs [6] le lien qui existait alors, et existe en général, entre le détachement de l’exil et le détachement ou décalage intellectuel, celui-ci étant comme inhérent à la fonction sociale de l’intellectuel. Il y avait une pensée de l’exilé, au sens où cette situation sociale a donné lieu à de grandes histoires d’écrivain et d’intellectuels. Edward Said, Tzvetan Todorov, Zygmunt Bauman ou Hannah Arendt sont des exilés qui ont eux-mêmes pensé l’exil.

Cette valorisation tranche brutalement avec le statut contemporain de l’exilé. Notre société ne s’identifie plus culturellement ou politiquement à ces personnes qui viennent de pays en crise sociale, environnementale ou politique, très largement situés dans les « Suds » de la planète. Les guerres qu’ils fuient souvent sont regardées de haut, comme si ce n’était pas de « bonnes » guerres − des guerres d’États −, comme si elles n’étaient pas suffisantes à motiver l’exil. On reproduit ainsi une grande partition Nord-Sud mais qui n’est pas géostatique, et qui vient se plaquer sur le vide laissé par le consensus de la sortie de la Guerre froide. De cette situation naît une nouvelle forme de bipolarité, vouée à remplacer l’ancienne et qui débouche sur ces figures d’indésirable. Il y a le monde, représenté comme prétendument unifié, et il y a les indésirables au monde.

Cette guerre se déroule de manière plus discrète, moins frontale.

Ce que le mouvement associatif appelle la guerre aux migrants est, du côté des pouvoirs publics, enrobé dans le langage de la sécurité et de l’humanitaire, ce sont les deux postures privilégiées du monde occidental en la matière. Il émerge également une forme de langage hygiéniste, qui relève du champ sécuritaire et qu’on trouvait déjà dans le regard et la gestion coloniaux des populations et des espaces. Sa finalité est simple, celle de délivrer un message : il ne faudrait pas souiller notre monde par une simple présence d’étranger indésirable. Comme si l’on faisait face à une humanité inférieure, un peu moins humaine... Notre société a beau agiter les termes de pluralité et de diversité culturelle, il semble que l’on ne considère plus automatiquement un être humain comme faisant partie de l’humanité. C’est la contrepartie d’une vision identitaire et stéréotypée de l’humain, un humain « correct » en quelque sorte, dans un « monde » tout aussi unique et correct, une représentation homogène du monde et de la personne qui « produit » intellectuellement un reste. Zygmunt Bauman [7] parle ainsi – à juste titre même si les termes qu’il utilise sont très durs – de « déchets humains » pour illustrer le traitement réservé aux migrants, aux exclus de toutes sortes.

C’est ce que vous décrivez concernant le démantèlement de la « jungle » de Calais [8]. Les médias et les politiques ont donné une image fausse des migrants, en jouant sur l’imaginaire de la saleté et de la délinquance.

C’est un procédé assez systématique dès lors que l’immigration est abordée, d’autant que la forme médiatique contemporaine n’est pas très réflexive : tout va très vite, les images comme les discours, avec des bouts de phrase, des bouts d’idées – des « croutons de pensée », comme disait Céline pour nommer les propos racistes des Français sous les tropiques. Il est facile dans ces conditions de construire une imagerie négative de l’étranger – ce qui a été fait à propos des Roms, des Afghans, des Africains. Et celle-ci se construit souvent quand le sujet des lieux de vie est abordé : ces endroits sont toujours dépeints comme sales, sombres, violents, comme des lieux de perdition et de trafic.

C’est pourtant très loin de correspondre à la réalité. J’ai visité beaucoup de camps, notamment pendant une enquête de sept années sur les camps de réfugiés en Afrique, publiée sous le titre Gérer les indésirables, et lors de visites plus récentes dans les campements de migrants en Europe [9], et j’ai constaté exactement le contraire. Les gens vivent dans des conditions terribles, dans un grand dénuement, s’installant dans des forêts ou des terrains vagues ; mais ils passent beaucoup de temps à nettoyer leurs intérieurs, à arranger autant que faire se peut l’apparence de leur habitat, à transformer un peu les cabanes en maison. Lorsqu’ils réalisent quelque chose d’illégal, comme détourner l’eau, c’est justement pour pouvoir se laver. Bref, la réalité est à l’exact inverse de cette image de souillure ou de salissure colportée par les médias et les politiques.

Cette représentation a été façonnée à grande vitesse, ce qui donne l’impression d’un rouleau-compresseur médiatico-politique...

La fin des années 1990 a clairement marqué un tournant, et nous sommes désormais dans la continuité de ce processus. En pire, les choses allant effectivement très vite. Les négociations visant à modifier les politiques européennes de traitement de l’immigration datent de 1998-1999. Et il se raconte beaucoup qu’à cette époque, quand plusieurs pays européens ont commencé à se concerter pour refermer ce qui semblait avoir été ouvert par la fin de la Guerre froide, il aurait été question de remettre en cause officiellement la Convention de Genève de 1951, de la réécrire – et notamment en ce qu’elle avait posé comme bases potentielles pour le droit d’asile et des réfugiés.

Finalement, c’est la voie de l’hypocrisie qui aurait ainsi été choisie : les États continuent à se référer à la Convention de Genève, très formellement, mais en la bafouant à longueur de temps. L’Accord européen sur l’immigration et l’asile (dit Pacte de Vichy [10]) qui a été signé en octobre 2008 – au moment où la France avait la présidence de l’UE – en est très symbolique : pratiquement chaque phrase de ce document remet en cause la Convention de Genève, mais celle-ci est quand même citée en préambule comme garant symbolique.

Les migrants appartiendraient ainsi à une sous-catégorie humaine ; à preuve, même leur mort violente au cours de tentatives pour passer les frontières ne choque plus vraiment...

Nous vivons en effet une période profondément régressive à ce niveau. Solidarité et hospitalité deviennent des notions péjoratives, condamnables, sanctionnées en France par la loi. En Italie, des pêcheurs ayant sauvé des migrants naufragés ont dû, eux, en répondre devant la justice. Une large mobilisation d’associations et de députés européens a heureusement joué en faveur de leur acquittement final ; mais il reste qu’ils ont quand même été arrêtés et mis en accusation pour ce sauvetage... Leur solidarité était considérée comme une faute. Et il s’agissait de donner une leçon à tous, sur le mode : si vous repêchez des naufragés éventuellement « en situation irrégulière », vous risquez au minimum de passer en justice.

Cela équivaut à un profond changement de modèle de société. Depuis la fin des années 1990, on a vu l’imposition de normes sociales et de normes de comportement régressives. Les États européens – surtout les plus riches – font passer dans les sociétés de nouvelles valeurs, qui ne sont plus celles de l’universalisme dont on parlait beaucoup pendant la Guerre froide. Avec pour paradoxe que cette production de normes non universalistes est le fait d’États-nations ayant construit une partie de leur identité et de leur politique sur cette notion d’universalisme. Les nouvelles normes sont celles du sécuritaire, avec ce message implicite : vous risquez moins de choses si vous êtes indifférents, la solidarité est dangereuse.

L’Europe est à la pointe de cette évolution...

C’est ainsi qu’elle se constitue. D’ailleurs, la seule politique commune qui fonctionne en Europe, c’est Frontex. L’idée de Balibar selon laquelle l’Europe serait une frontière au sens géographique, mais aussi au sens de carrefour des cultures, de lieu de rencontre, est très belle. Elle renvoie d’ailleurs, même à partir d’un autre point de vue, au concept de « monde commun » forgé par Hannah Arendt, une notion qui me paraît très importante pour définir ce qui est le lieu et le moment d’un commun sans que soient pour cela écrasées les singularités. Cela s’applique concrètement à toutes les échelles, locales, régionales ou mondiales. Je retrouve ainsi l’idée d’Europe selon Balibar, soit la possibilité de créer sous ce nom un espace commun, de partage, sans imposer une homogénéité culturelle, encore moins « identitaire ». Cela impliquerait juste d’ouvrir les portes, de laisser faire les circulations. Et ce n’est pas dans l’air du temps !

Les politiques de la peur qui inspirent les gouvernements en Europe ont cette caractéristique de produire un sentiment abstrait et artificiel – la peur des migrants, de l’invasion – qui méprise un fait pourtant attesté historiquement : plus on ouvre les frontières et plus les gens circulent, et ce dans tous les sens.

Au Moyen-Orient et en Afrique, les gens qui partent restent très attachés à leur pays. Ils l’aiment, même s’ils peuvent également être fascinés par les images que l’Europe et le monde occidental font circuler sur eux-mêmes, des images souvent valorisantes, voire écrasantes pour les autres. Ici, nous avons cette obsession de dire : ils veulent venir en Europe. Mais non, la plupart ne veulent pas venir, ils tiennent à leur lieu de provenance et de vie, à leurs lieux. Et ceux qui viennent le font parce qu’ils n’ont pas le choix, parce qu’il leur est impossible d’y vivre – guerres, famines – ou parce qu’ils peuvent mieux faire vivre leurs proches en migrant.

Ce qui est paradoxal, c’est que les sociétés occidentales circulent beaucoup et se donnent le droit de passer les frontières à l’envi, tout en l’interdisant aux autres. Zygmunt Bauman [11] a défini à ce sujet deux classes différentes au niveau mondial : la classe des « locaux » et celles des « mondiaux ». Pour les premiers, se déplacer est toujours difficile, une épreuve voire une souffrance, alors que les deuxièmes le font sans difficulté, la mobilité fait partie de leur vie. Bauman constate que nous ne sommes pas égaux dans la mondialisation et tente de mettre à jour les stratifications au niveau mondial, souvent invisibles, parce que lointaines.

Il est un autre processus presque invisible, c’est celui des nouvelles formes d’externalisation du traitement de l’immigration....

Il existe de nombreux cas et situations. Les accords de réadmission, par exemple, sont l’une des armes privilégiées de la panoplie européenne. Il suffit que l’Union européenne – ou des pays-membres pris séparément – signent des accords avec des pays s’abstenant de toute référence à la Convention de Genève, et le tour est joué.... Puisqu’il est symboliquement impossible de supprimer la Convention, par souci de préserver cette image d’une Europe berceau de l’universalisme, il suffit de s’arranger pour la supprimer au cas par cas. Ces accords sont passés par la France avec de très nombreux pays : avec le Sri Lanka, le Maroc, l’Algérie, avec huit pays africains dont le Sénégal et le Burkina Faso, etc. ; et l’Union Européenne a également des accords de réadmission avec des pays pourtant sensibles comme le Pakistan, ce qui concerne principalement les migrants afghans venus du Pakistan, pays de refuge afghan depuis longtemps. On peut ainsi renvoyer sans délai les gens dans leur pays de provenance, ce qui revient à supprimer de facto le droit d’asile, tout en répétant dans le cas de l’asile comme dans d’autres domaines (la laïcité, par exemple) un discours universaliste vidé de son sens anthropologique, et excluant sur le plan social et politique.

Il y avait un million de réfugiés en 1950 et il y en a aujourd’hui 12 millions. Beaucoup prédisent que la planète en comptera un milliard dans quarante ans. L’encampement du monde n’en est qu’à ses prémices ?

Attention : ils ne sont de 12 à 15 millions que si on retient les chiffres des réfugiés stricto sensu, c’est-à-dire ceux qui ont une forme ou une autre d’enregistrement par le HCR. Il y a encore près d’un million de « demandeurs d’asile » enregistrés dans le monde début 2011, auxquels s’ajoute bien évidemment un nombre considérable – bien supérieur au précédent − de migrants dits « clandestins » ou « en situation irrégulière », qui n’ont pas fait, pas pu faire ou ont été déboutés de leur demande d’asile. A cela il convient d’ajouter les déplacés internes (IDP’s), soit environ 30 millions de personnes aujourd’hui, ainsi que près de dix millions de personnes relevant d’autres statuts – parmi eux, plus de 6 millions d’« apatrides » reconnus comme tels par le HCR, leur estimation officieuse s’élevant à 12 millions. Il faut aussi ajouter les réfugiés palestiniens, qui ne dépendent pas du HCR mais d’un autre organisme onusien appelé l’UNRWA, créé en 1948 : ils sont quatre millions et demi. Il ne faut pas non plus oublier que l’ONU a estimé le nombre de déplacés pour cause de catastrophe naturelle en 2008 à 20 millions, tandis que la Banque Mondiale a évalué que, dans les dix dernières années, environ 100 millions de personnes (issus en général de peuples dits « autochtones ») avaient été déplacées pour des opérations de développement, de construction de barrage ou de chantiers agro-industriels. Au total, on arrive à un chiffre déjà considérable, dépassant les 75 millions de personnes aujourd’hui en déplacement – sachant que ces mouvements se situent aux deux tiers dans les pays du Sud eux-mêmes. Des personnes sans ancrage, vivant dans des lieux à part – camps, campements auto-installés, refuges et autres « jungles » et « ghettos » −, à l’écart de la citoyenneté commune, et socialement exclus ou invisibles. C’est ce nouveau monde de l’exil que j’ai voulu faire connaître dans Le couloir des exilés, appelant à sa reconnaissance – politique, sociale − autant qu’à une meilleure connaissance.

Par ailleurs, comme vous le mentionnez dans votre question, des projections de géographes et démographes – notamment celles sur lesquelles s’est appuyé Paul Virilio pour l’exposition « Terre Natale » et pour le livre qui l’accompagnait [12] – prévoient que, d’ici une quarantaine d’années, le monde comptera un milliard de personnes en situation de déplacement et de migration, pour des raisons économiques, politiques ou écologiques – cette dernière part étant considérée comme appelée à devenir la plus importante.
Face à cette perspective, l’encampement est la solution – ou plutôt : la non solution – adoptée de plus en plus souvent. Personne ne songe à prendre en compte les effets de cette mobilité, mais les murs et les camps prolifèrent. Vingt ans après la chute du mur de Berlin, le monde compte 18 000 kilomètres de murs-frontières, à l’exemple de ceux situés entre le Mexique et les États-Unis, entre Israël et la Cisjordanie, entre l’Inde et le Pakistan, ou encore entre le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Autre chantier symbolique : le mur demandé en janvier 2011 par la Grèce – et soutenu par la France, alors que l’Union européenne s’est montrée plus gênée à le faire − pour barrer la route aux migrants passant par la Turquie. Ces constructions de mur et consolidations de frontières participent aussi de la forme de l’encampement généralisé et marquent l’officialisation de la non-réponse à une situation logique et prévisible de mondialisation humaine.

L’aide humanitaire n’est-elle pas également un facteur d’acceptation ?

C’est vrai qu’il y a instauration d’un dispositif où l’humanitaire doit prendre en charge a minima toutes ces populations laissées sur la touche par les instances gouvernementales. Dans les rapports Nord/Sud, l’humanitaire sert de plus en plus à maintenir les indésirables au Sud, à les empêcher d’émigrer. Cette réalité nourrit un débat très vivace dans toutes les organisations humanitaires, notamment à MSF, que je connais bien pour avoir été élu au Conseil d’administration. Les gens se sentent dépossédés de leur élan.

Le HCR est l’un des éléments centraux de ce dispositif, avec les grandes ONG comme Care, Oxfam, MSF, ACF... Toutes ces organisations participent à l’encampement – même si elles ne le veulent pas – par leur intervention, par le fait qu’il existe de plus en plus une coordination internationale générale, comme on l’a vu à propos d’Haïti. Un gouvernement humanitaire des indésirables se met en place, et les ONG y participent.

Il y a là un vrai dilemme. C’est vrai, il faut des pompiers quand il y a un incendie. Mais à force de se substituer aux États, de ne plus attendre qu’ils agissent eux-mêmes, un espace de gouvernementalité en dehors de l’État s’est agrandi. Il a été très largement soutenu par les États eux-mêmes en tant qu’espace hors-norme, hors-règle, où un régime d’exception est possible. C’est un processus de transformations de l’humanitaire en marche depuis les années 1970, et il pose beaucoup de questions aujourd’hui. Parce qu’il ne s’agit pas ou pas seulement d’un mode de pensée ou d’un régime d’action en général, mais bien d’une forme de gouvernement pour les « autres », de plus en plus indésirables et incités à rester à l’écart, occupant ainsi de plus en plus le lieu spatial, social et symbolique, de « l’étranger ». Une poignée de personnes statue et prend des mesures lourdes de conséquences pour des millions d’autres, considérées comme des sous-citoyens, des non-citoyens, des sans-États... Le gouvernement humanitaire peut côtoyer un gouvernement sécuritaire, et favoriser un gouvernement communautaire. Tout cela peut être compatible et forme le dispositif d’un gouvernement sans citoyens. Ce rapport conflictuel avec un État excluant est déterminant dans ce processus de vie à l’écart.

Peut-on enrayer ce processus de mise à l’écart ?

En France, le monde associatif a depuis quelques années élaboré de nombreuses propositions concrètes, que ce soit la Cimade, la Ligue des Droits de l’Homme ou le collectif « Unis contre l’immigration jetable ». Dépénaliser l’irrégularité du séjour, supprimer les espaces d’exception (centre de rétention, zones d’attente), assainir la situation en régularisant les séjours dits « irréguliers », etc. Plus généralement, je suis d’accord avec le projet de « revenir à la liberté d’aller et venir pour tous » [13]. C’est essentiel en France mais aussi en Europe en général et dans le monde. C’est un point d’égalité cruciale à l’échelle mondiale. Cette dimension-là, mondiale, est très importante pour comprendre et agir à propos de la mondialisation humaine. L’obstination pathétique à fermer les frontières de la part de gouvernants qui brandissent les fantasmes de la peur et de la sécurité comme principes politiques, est irréaliste aujourd’hui et elle aggrave la situation de ce qu’elle prétend défendre, à savoir le principe politique même de l’État, en restreignant toujours plus le périmètre de la citoyenneté et des droits sociaux qui lui sont attachés.

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Notes
[1] photo Tristan Bordmann. Les autres photos illustrant l’article sont également l’œuvre de l’ami Tristan, itou pour les deux dessins. On peut retrouver une partie de son travail graphique sur son site.

[2] L’article consacré à Calais a été publié dans le numéro 2 de la version papier d’Article11. Il sera d’ici peu publié sur le site.

[3] Flammarion, 2008.

[4] Les éditions du Croquant, 2011.

[5] Voir Immigration : fantasmes et réalités. Pour une alternative à la fermeture des frontières, sous la direction de Claire Rodier et Emmanuel Terray, Prologue de Daniel Lochak (La Découverte, 2008).

[6] Nicole Lapierre, Pensons ailleurs (Stock, 2004).

[7] Zygmunt Bauman, Vies perdus. La modernité et ses exclus (Payot, 2006, édition originale Wasted Lives, Polity, 2004).

[8] Michel Agier s’est notamment exprimé sur le sujet dans une interview donnée à Télérama, à écouter ici.

[9] A signaler : Le Couloir des exilés, mentionné plus haut, sera complété par un ouvrage composé du journal d’enquête et de photos sur des campements d’étrangers à Patras, Calais, Rome et Paris, avec la photographe Sara Prestianni (« Je me suis réfugié là ! » Bords de routes en exil, éditions Donner Lieu, 2011).

[10] Il prévoyait le renforcement de FRONTEX et la coordination policière européenne sur le contrôle des migrations.

[11] Zygmunt Bauman, Le coût humain de la mondialisation (Hachette, 1998).

[12] Terre natale. Ailleurs commence ici (direction de Raymond Depardon et Paul Virilio, Fondation Cartier, 2008, édition de poche Actes Sud, 2009).

[13] Claire Rodier et Emmanuel Terray, « Conclusion. Il faut en finir avec la fermeture des frontières », in Immigration : fantasmes et réalités, La Découverte, 2008, p.128.

Le squat Thélu sera détruit en septembre

19 février 2011 - La Voix du Nord

Hier a eu lieu le premier conseil des migrants de l’année 2011. ...

À la sortie de la réunion, quelques participants faisaient la moue, exprimant leur circonspection quant à la réelle utilité de cette instance. Pour Natacha Bouchart, au contraire, le conseil des migrants permet de faire le point sur de nombreuses questions. Par exemple celle du squat Thélu, rue Descartes : « Je rappelle que ce site est interdit et dangereux,martèle Natacha Bouchart. Plus dangereux que la jungle ou le squat Pagniez, car des bâtiments tombent en ruine. » Les mois de ce squat sont comptés, puisque la destruction du site est programmée « pour le mois de septembre ». D’ici là, il faudra traiter les problèmes d’hygiène : « Environ dix tonnes de déchets se sont accumulées sur place » indique Philippe Mignonet, adjoint à l’environnement. Natacha Bouchart regrette que les migrants soient conduits vers ce squat par des gens qui ne sont pas membres des associations conventionnées, et invite les services de l’État à « continuer à y intervenir de manière régulière. » Sur la pression policière, qui se serait accrue ces derniers temps selon des associations, Natacha Bouchart rappelle « qu’en dehors des heures conventionnées pour les repas, les forces de l’ordre ont toute latitude pour intervenir. Maitenant, si des violences ou des pressions trop fortes sont signalées, je me dois d’en faire part aux services de l’État. » L’association Salam a fait un bilan du plan grand froid, qui a été en vigueur huit semaines consécutives, avec l’ouverture du BCMO. En moyenne, 120 migrants par nuit ont été accueillis. L’aide de l’Etat (cent mille euros) a permis d’organiser cet accueil « dans les meilleures conditions.
_ » Enfin, un réseau entre les maires de la région confrontés à la problématique s’est créé. Calais n’en fera pas partie : « Si on veut me voir, on peut m’appeler, tranche Natacha Bouchart. Durant dix ans, on a demandé de l’aide aux autres, sans rien obtenir de quiconque ... »

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ROYAUME-UNI : Le dénuement des demandeurs d’asile

18 février 2011 - IRIN - eb/he/oa –og/amz

LONDRES, 17 février 2011 (IRIN) - Oxfam a ajouté sa voix au choeur grandissant de ceux qui s’inquiètent du système de décision britannique relatif aux demandes d’asile et des souffrances que celui-ci entraîne, dans un rapport sur les demandeurs d’asile sans ressources qui n’ont pas le droit de travailler, mais ne peuvent prétendre aux aides sociales.

Ces hommes et ces femmes qui ont raconté de façon anonyme leur histoire dans « Coping with Destitution [Comment affronter le dénuement] : Les stratégies de survie des demandeurs d’asile au Royaume-Uni », vivent à l’écart, sans un sou et dépendent de la charité d’autrui.

« On te traite sans aucun respect, on abuse de toi, tu deviens « de la nourriture en échange de travail », nettoyer la maison ou faire la lessive… Ce n’est pas facile de vivre avec des amis. Ils commencent à en avoir assez de toi quand tu n’as pas de revenus, » a dit un demandeur d’asile à l’enquêteur d’Oxfam durant un entretien.

« On peut utiliser une carte de bus et y traîner toute la nuit. C’est très risqué parce que tu ne sais pas où tu vas, tu passes du temps aux arrêts de bus pendant la nuit et tu peux te faire ramasser… Et même si tu as un endroit où aller, tu as le sentiment que tes amis ont besoin d’intimité, ou bien tu ne te sens pas à l’aise de rester chez eux, » a dit un autre, soulignant les difficultés de la vie quotidienne.

« J’ai connu quelqu’un qui a travaillé pendant trois mois et à qui on avait promis 35 livres (56 dollars) par jour ; mais quand il a demandé son salaire après trois mois, le patron a dit qu’il ne lui donnerait que 50 livres (80 dollars) pour les trois mois. “Mais c’est 3 000 livres (4 800 dollars) qu’il me faut !” a t-il dit. Mais le patron l’a menacé de le dénoncer aux services de l’immigration ; que pouvait-il faire ? » C’est ce que raconte un demandeur d’asile dans le rapport.

Certains, dont le cas n’a pas encore fait l’objet d’une décision, ont des problèmes administratifs et se voient interdits de travailler mais aussi de demander toute aide publique.

Dilemme et confusion

La plupart de ceux qui sont dans la misère sont des gens qui se sont vu refuser leur demande d’asile, mais préfèrent toutefois vivre sans un sou au Royaume-Uni que de retourner dans leur pays. En 2005, le Bureau national d’audit du gouvernement britannique estimait qu’ils étaient entre 155 000 et 283 000 à vivre dans cette situation, sans aucune source légale de revenus.

L’assistance pour les personnes qui demandent l’asile en Grande-Bretagne n’a cessé de diminuer depuis 10 ans. Il fut un temps où elles avaient droit aux prestations sociales standard et où elles pouvaient demander un permis de travail, si elles devaient attendre plus de six mois la décision concernant leur demande.

Aujourd’hui, les seules aides auxquelles elles peuvent prétendre sont un logement et une indemnité de 35 livres (environ 55 dollars) par semaine, fournis par le Système national d’assistance pour les demandeurs d’asile (NASS).

Une fois que la demande d’asile et les recours ont été refusés, le soutien s’arrête et le demandeur est censé quitter le pays dans les trois semaines. A ce moment-là, beaucoup de demandeurs d’asile tentent de rester, sans aucun moyen de subsistance.

Même dans les cas où il est difficile, voire impossible, pour eux de partir, parce qu’ils n’ont pas les papiers requis, ou que leur pays d’origine est considéré comme trop dangereux, beaucoup choisissent de disparaître plutôt que de rester dans un logement de la NASS, où on pourrait les trouver facilement et les déporter.

Pour Oxfam, couper les aides aux demandeurs d’asile déboutés pour les pousser à rentrer chez eux « ne remplit clairement pas cet objectif. Les demandeurs d’asile qui sont considérés par les autorités comme étant au bout du processus de demande d’asile, ne retournent tout simplement pas dans leur pays d’origine, même s’ils vivent dans des conditions terribles au Royaume-Uni. »

Selon les organisations qui travaillent avec les demandeurs d’asile, ce sont les mauvaises décisions concernant les demandes d’asile qui sont à la source du problème, car des décisions qui sont ressenties comme arbitraires et injustes encouragent les requérants à rester et à tenter leur chance en faisant appel ou en déposant de nouvelles demandes.

Debora Singer, de Asylum Aid, qui fournit une aide juridique aux demandeurs d’asile, a dit à IRIN que la moitié des femmes avec lesquelles elle avait travaillé et dont la demande d’asile avait initialement été rejetée, avaient obtenu une annulation de la décision en faisant appel.

« Ce que cela signifie, » à son avis, « c’est qu’il y a vraiment quelque chose qui ne va pas au stade initial. Les responsables de l’Agence des frontières [Border Agency] qui prennent la première décision, ont des habitudes de méfiance vis-à-vis des demandeurs. Les recours, eux, sont entendus par des juges de l’immigration qui demandent un niveau de preuve différent et voient la crédibilité autrement. »

Pas d’issue

Les femmes demandeurs d’asile sont particulièrement vulnérables. « Il m’est arrivé d’être dans des réunions où toute la pièce était pleine de femmes vivant dans la misère, » a dit Mme Singer. Elle a connu une femme enceinte qui avait dormi pendant trois mois dans une gare de Londres.

Les enquêteurs d’Oxfam ont rencontré des femmes qui avaient eu recours à la prostitution pour pouvoir survivre ; d’autres avaient noué des relations avec des hommes simplement pour avoir à manger et un toit sur la tête.

La misère peut quelquefois devenir insupportable. La Fédération internationale des réfugiés irakiens a dit à IRIN que l’un de ses membres en Grande-Bretagne s’était récemment suicidé, poussé par le désespoir.

En 2010, Osman Rasoul, un Kurde irakien, s’est donné la mort en sautant du septième étage d’un immeuble de Nottingham. Sa demande d’asile avait été rejetée et ses aides arrêtées, aussi dormait-il dans la rue et vivait-il de paquets de vivres et de dons d’un organisme caritatif local, tout en préparant une nouvelle demande.

L’Agence des frontières du Royaume-Uni défend sa rapidité et sa rigueur, et affirme que le pourcentage des décisions annulées en appel est comparable à celui des autres pays européens.

Hugh Ind, directeur régional de l’Agence, a déclaré : « Nous fournissons un soutien financier pendant que les demandes sont examinées, et aucun demandeur d’asile ne doit être sans ressources tant qu’il a une raison valable d’être ici. Mais nous sommes vraiment convaincus que le soutien financier de ceux qui n’ont pas été considérés comme ayant besoin de protection serait un encouragement à abuser du système et à rester au Royaume-Uni. »

Au Royaume-Uni, le soutien aux demandeurs d’asile est un sujet épineux d’un point de vue politique. En Grande-Bretagne, la presse populiste d’extrême droite diabolise les demandeurs d’asile, et soutenir l’idée d’aides publiques pour ceux qui ont vu leur demande rejetée a de grandes chances d’être sujet à controverse.

IRIN a demandé à Helen Longworth, directrice de la politique de lutte contre la pauvreté au Royaume-Uni à Oxfam, si une organisation comme Oxfam devrait réclamer que les demandeurs d’asile déboutés reçoivent de l’argent public, alors qu’ils ne devraient même plus se trouver dans le pays.

« Il ne faut jamais forcer quelqu’un à faire un choix entre la misère et la persécution. Ceux qui se sont tournés vers nous dans l’attente d’une protection sont nombreux à ne pas avoir été traités de façon équitable, » a t-elle dit.

« Si on leur refuse l’asile ici, il ne leur reste plus qu’à vivre sur le canapé chez des amis, à survivre grâce aux dons des associations caritatives, à recourir à des relations clairement transactionnelles et quelquefois au travail illégal, y compris au travail du sexe, » a dit Mme Longworth à IRIN.

« Bref, c’est la politique même du gouvernement qui les force à vivre dans le dénuement. Aucune raison ne peut jamais justifier que notre gouvernement traite quelqu’un de cette façon, quel que soit son “statut”, surtout quelqu’un qui nous a demandé de l’aider. »

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Descente policière hier matin au squat Thélu

11 février 2011 - Nord Littoral - T.S-M

Hier matin, aux alentours de 8 heures, les forces de l’ordre ont investi en masse l’ancien siège de l’entreprise Thélu, rue Descartes, transformé depuis plusieurs mois déjà en squat par des migrants d’origine africaine.

A l’arrivée des CRS, environ 80 personnes, d’origine soudanaise et érythréenne pour l’essentiel, ont tenté de se réfugier sur le toit du bâtiment principal.

Une vingtaine de migrants ont alors été interpellés, avant d’être relâchés en fin de matinée. Lors de cette opération, un migrant a lourdement chuté d’une poutre. Blessé à un bras, il a été pris en charge par les pompiers de Calais avant d’être transporté à l’hôpital.

Sur place, les humanitaires n’ont pas tardé à dénoncer cette nouvelle opération policière, la troisième selon eux en une dizaine de jours. La semaine dernière, plusieurs migrants auraient été interpellés à la sortie du lieu de distribution, rue de Moscou. Mardi, deux jeunes Palestiniens ont été blessés rue Monseigneur-Piedfort après être tombés du premier étage de l’ancienne usine Darquer. Si sur place, les policiers expliquaient cette défenestration par un incendie déclaré dans le squat, les associatifs dénonçaient elles une tentative de fuite après l’intervention violente des forces de l’ordre.

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Deux migrants tombent du 1er étage

9 février 2011 - Nord Littoral - Vincent Pihen

Pris de panique, hier midi, par un début d’incendie dans leur squat, deux migrants palestiniens de 18 ans ont sauté du premier étage d’une friche située rue Monseigneur Piedfort.

Ils ont été transportés à l’hôpital de Calais.

« Ils font ça tous les jours. Moi ça ne me dérange pas car les migrants ne font de mal à personne dans le coin. Ils font juste du bruit en coupant du bois pour se faire un feu de camp le soir mais c’est tout. Ils ont bien le droit de se réchauffer. C’est humain. Qu’est-ce qu’on ferait si on allait dans leur pays ? On serait dans la même détresse ». Patricia habite en face d’un squat situé au coin de la rue Monseigneur Piedfort et de la rue des Quatre Coins. Elle a l’habitude de voir le mode de vie des migrants qui squattent le site.

Mais hier midi, on a frôlé le drame. Deux jeunes migrants palestiniens, âgés de 18 ans, faisaient un feu de camp au premier étage du squat. Pour une raison indéterminée, le feu a pris de l’ampleur et un début d’incendie s’est déclaré. Paniqués, les deux jeunes hommes ont décidé de sortir par la fenêtre, descendant le mur par la gouttière. Malheureusement, sous le poids des deux migrants, celle-ci céda et les deux hommes tombèrent lourdement à terre, d’une hauteur d’environ de deux mètres.

Les deux jeunes Palestiniens ont réussi à se rendre jusqu’au centre de planification Mélanie Klein. Mais, pris de malaises, ils se sont écroulés sur le sol.

Des voisins ont pris soin d’eux et ont appelé les secours. Deux véhicules de soins des centres de secours de Calais et d’Ardres et une infirmière sont rapidement intervenus sur les lieux ainsi que les policiers du commissariat de Calais. Un autre véhicule de la caserne de Calais est intervenu pour éteindre le début d’incendie du squat. La circulation a été interrompue durant une bonne heure. Les deux migrants ont été légèrement blessés. L’un d’eux souffrait du poignet. L’autre, qui a chuté en arrière, présentait des signes de traumatisme crânien. Ils ont été transportés à l’hôpital de Calais pour des examens complémentaires.

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Deux jeunes Palestiniens chutent de cinq mètres, rue Mgr-Piedfort

9 février 2011 - La Voix du Nord

Hier, à la mi-journée, deux jeunes hommes ont été blessés en faisant une chute d’environ cinq mètres,

rue Monseigneur-Piedfort. Selon des témoins, ils quittaient l’usine désaffectée Darquer, par une fenêtre du premier étage, en s’agrippant à la gouttière. Celle-ci aurait cédé, entraînant la chute des deux hommes. « Le second est même tombé sur le premier », raconte un témoin. Les victimes sont tombées à plat dos, ont pu se relever dans un premier temps, et marcher quelques mètres vers l’entrée d’un parking. C’est là qu’ils ont été pris en charge par des passants, qui ont appelé les secours.

Deux ambulances, venues des centres de secours de Calais et d’Ardres, sont arrivés sur les lieux. Les deux hommes ont indiqué être âgés de dix-huit ans, et être originaires de Palestine. L’un d’entre eux souffre du poignet. L’autre, au fil des minutes, a été pris de vomissements, et de légères pertes de connaissance. Ils ont été transportés au centre hospitalier de Calais.

Une aile de l’ancienne usine Darquer sert aujourd’hui de squat pour des migrants. Certains d’entre eux ont pris l’habitude de faire des feux, au premier étage de cette aile. « Les malheureux prennent des bouts de bois de la structure du bâtiment, poutres ou planchers, pour en faire du chauffage », indique une riveraine. Un fourgon pompe-tonne de la caserne Louise-Michel est intervenue pour éteindre les fumées.

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