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Archives du mois de 04 2012

Dans le Pas-de-Calais, la solidarité en chantier

29 avril 2012 - Libération - Haydée Sabéran

Depuis mardi, des bénévoles construisent des abris pour les migrants.

On est au bout d’un chemin de boue, entre les champs, les éoliennes et la décharge, à Norrent-Fontes, près de Béthune (Pas-de-Calais). Il pleut, et il y a du vent, mais « le temps qu’il fait, on le choisit pas », dit Pascal, cheminot retraité. Avec Jacques, agriculteur à la retraite, Gérard, ancien de France Télécom, Marc, électricien du spectacle, Eric, ancien éducateur, André, ex d’Arcelor, et Tayeb Aleb, ancien comptable en Algérie, il a mis son bleu et amené des serre-joints et des scies : aidés par Médecins du monde (MDM) Dunkerque, ils fabriquent des abris pour des migrants qui tentent chaque nuit de passer en Angleterre en grimpant sur les camions de l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire-Cottes.

Avant l’hiver, une cinquantaine d’Erythréens, Soudanais ou Ethiopiens vivaient là, sous des cabanes de bâches et de palettes. Le préfet a fait raser le campement fin janvier, pour « insalubrité irrémédiable », puis présenté la facture au maire, Marc Boulnois (Europe Ecologie-les Verts) : 21 000 euros. Mis en demeure de le détruire, l’élu avait refusé, au motif que ça ne réglerait rien : ce qui attire les migrants, ce sont les camions, pas le campement insalubre, ni les soins et les douches offerts par l’association Terre d’errance depuis cinq ans.

Blé. L’hiver, les migrants vivent dans une salle communale. Ils y sont toujours, en attendant le camp. L’association construit les abris entre les deux champs de blé où ils avaient élu domicile. Le chantier a démarré mardi. Les constructeurs pataugent dans la gadoue. « La faute à Sarkozy. C’est lui qui fait la pluie et le beau temps », rigole Eric Muller, qui a encadré jusqu’à 30 bénévoles sur le chantier. Gérard, ex-technicien de ligne à France Télécom : « La première fois que j’ai vu un immigrant, c’était devant chez moi, à Ames, dans le village d’à côté. Il y a quelques années, vers 5 heures du matin, avant de partir au boulot. Quand je l’ai vu, j’ai dit : "Ça, c’est pas couleur locale." »

On essaie d’oublier le froid : « Qui c’est qu’a laissé la porte ouverte ? Y a des courants d’air. » Pascal fait mine de visser les bottes de Jean-Claude au plancher. Gérard propose qu’on mette « un survêt et des baskets » aux migrants, pour les envoyer aux JO de Londres. « On dirait que c’est l’équipe érythréenne. »

Parpaings, palettes, plancher, parois : le premier abri grimpe petit à petit - 25 m2, pour 7 à 8 personnes. Franck Doens, logisticien de MDM, qui a fait de la nutrition infantile en Guinée Conakry et de la vaccination en république démocratique du Congo, a conçu le prototype. « Un habitat nomade, démontable. Ça se monte en deux jours, avec cinq ou six personnes. Une semaine, avec l’isolation. » Tarif : 10 000 euros pour les quatre chalets, subventionnés par le conseil régional PS-Verts. Le maire : « On me parle d’ordre public, de salubrité. Mais c’est une question de principe, j’estime avoir à traiter les questions humanitaires avant. Si on trouve une solution humaine, les chalets seront démontés. »

Manif. Dans ce village de 1 400 habitants, le 22 avril, le FN a fait 24,6%, un point sous la moyenne départementale, et plus de dix points sous certaines communes sinistrées du bassin minier. Le conseil municipal, lui, a voté les chalets à l’unanimité. « Il y a un climat xénophobe dans toute l’Europe, dit André, ancien d’Arcelor, pourtant on n’a que 3% à 4% des migrants du monde. » Il est là « par solidarité. Si personne ne fait rien, ce sera une catastrophe ». Il a participé à la manif de 500 personnes à l’hiver 2010, en soutien au maire qui refusait d’obéir au préfet. Jean-Claude, ex-éducateur technique : « Qui est encore français avec tous les mélanges ? » Son grand-père paternel est portugais. Il est bénévole au Secours populaire, sa femme au Secours catholique. « J’ai toujours aidé. Et puis c’est bien, on fait travailler ses neurones. » Jacques, l’agriculteur, se fâcherait presque qu’on lui demande pourquoi il aide : « On s’interroge pas sur les grandes causes des immigrés, mais sur la misère humaine. C’est pas normal de laisser dormir les gens dans les fossés. Ça se passe à nos portes, dans nos villages. » L’édile de Norrent-Fontes a fondé une association de « maires hospitaliers », à laquelle se sont joints une centaine d’élus, « dont deux députés UMP ».

Des migrants ont préparé des spaghettis à l’érythréenne, pimentés, pour les constructeurs. Ahmad, 52 ans, instituteur du Soudan : « Ils font ça pour nous, qui n’avons rien, aucun pouvoir, et qui tentons de passer de l’autre côté. Je ne les oublierai pas. Je leur dis merci, aux gens de France. » La gendarmerie passe tous les jours. Eric espère que les quatre abris seront montés en mai.

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La Libye désarmée face au flux de migrants qui espèrent gagner l’Europe

28 avril 2012 - L’Expressiondz.com

La Libye n’a pas les moyens de contrôler le flux des « plus de 1.000 » migrants qui arrivent chaque jour dans le pays dans l’espoir de gagner l’Europe, a affirmé samedi le général libyen en charge de cette question.

« Plus de 1.000 personnes arrivent chaque jour ici » en provenance d’Egypte et d’Afrique, a affirmé le général Hamed al-Shalwy, en charge de la coopération internationale sur le contrôle des frontières au sein du ministère de la Défense. « Ils voient la frontière comme le premier pas vers le paradis » européen, a-t-il indiqué.

Selon lui, le pays manque d’équipements (hélicoptères...) et de moyens humains pour contrôler ses vastes frontières terrestres et maritimes où sont pour l’heure déployés quelque 16.000 soldats, pour moitié d’anciens rebelles.

« Nous faisons de notre mieux », a assuré le général, qui a appelé l’Occident à leur venir en aide pour freiner également la contrebande d’armes qui transite par la Libye. Ils « doivent trouver des solutions, faire quelque chose, nous aider », a-t-il lancé.

Pendant des années, la Libye a été une plaque tournante pour des centaines de milliers d’Africains qui souhaitaient émigrer clandestinement en Europe.

Jusqu’à sa chute en octobre, l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi avait utilisé la question des migrants pour faire pression sur l’Occident et réclamer d’importantes sommes pour tenter de réguler leurs flux.

Le nouveau pouvoir à Tripoli a alloué 1,5 milliard de dinars (905 millions d’euros) pour assurer la sécurité de ses frontières mais pour l’heure seuls 105 millions ont été débloqués et n’ont pas encore été dépensés, a assuré le général al-Shalwy.

La Libye partage des frontières avec la Tunisie et l’Algérie à l’ouest et avec l’Egypte à l’est. Au sud, le désert Sahara délimite ses frontières avec le Niger, le Tchad et le Soudan.

En février, l’Algérie a mis au jour une importante cargaison d’armes qui pourrait venir de la Libye et qui comprenait notamment une douzaine de missiles antiaériens portables.

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Norrent-Fontes : les chalets pour les migrants sortent déjà de terre

28 avril 2012 - La Voix du Nord - Reynald Clouet

Pour le préfet du Pas-de-Calais, le camp de migrants de Norrent-Fontes s’apparente à une maladie incurable. Le symptôme clinique est le suivant : après chaque destruction, il refait surface. ...

À bien y regarder, les migrants pourraient presque s’en réjouir car leurs conditions d’accueil, bien que très précaires, s’en trouvent améliorées. Ce fut le cas après la destruction du 20 décembre 2007. C’est visiblement encore le cas à la faveur de celle du 30 janvier 2012. Après les tentes, les baraquements, la quarantaine de migrants échouée à Norrent-Fontes occupera bientôt quatre chalets.

Où en sommes nous dans cette histoire de destruction/reconstruction du campement de fortune ?

Premièrement, la municipalité de Norrent-Fontes et son maire Marc Boulnois refusent toujours de s’acquitter de la facture de la destruction effectuée par une entreprise privée, à l’initiative de la préfecture. Elle s’élève à 21 270 E. Après le recours amiable, si le préfet s’entête, Marc Boulnois se défendra devant le tribunal administratif. « La destruction du camp s’est faite sans fondement légal », commente l’élu.

Nouvelle association : les élus hospitaliers

Deuxièmement, début avril, les maires d’Angres, de Norrent-Fontes et de Grande-Synthe viennent de fonder l’Association du réseau des élus hospitaliers en Nord - Pas-de-Calais, « en faveur de l’hospitalité des migrants et des roms », explique le maire dans un tweet daté du 12 avril. « Cette association dont le siège est fixé à la mairie de Norrent-Fontes servira d’interlocuteur entre les maires et l’administration.

La cotisation est fixée à 10 E. L’association a obtenu une aide du conseil régional pour financer, en partie, les chalets. » Troisièmement, l’association Médecins du Monde, présente notamment en Afrique et à Haïti, est partenaire de Terre d’Errance et de l’Association du réseau des élus hospitaliers en Nord - Pas-de-Calais. Elle a notamment participé au financement des installations mais, surtout, elle a mis à profit son expérience pour que l’État et ses représentants ne puissent plus taxer à l’avenir le campement de Norrent-Fontes de « taudis insalubre ». Deux chalets dortoirs de 25 m² seront réservés aux hommes, le troisième sera dédié aux femmes. Le quatrième chalet servira de cuisine et de lieu de vie.

Les éviers seront raccordés à une fosse toutes eaux, pour ne pas souiller l’environnement. Des toilettes sèches seront également installées pour les mêmes raisons. « De telles installations sont uniques dans la région Nord - Pas-de-Calais, explique Éric, un bénévole de Terre d’Errance. Nous avons pris un peu de retard à cause des intempéries. Si le temps s’améliore, il nous faudra deux à trois semaines pour achever l’installation du campement. » Au total, plus de trente bénévoles ont déjà donné un coup de main.

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« A Médecins du Monde, on dit qu’un soin sans témoin ne sert à rien »

26 avril 2012 - La Voix du Nord - Estelle Jolivet

L’association Médecins du Monde est présente à Calais depuis 2002, et à Dunkerque depuis 2006. Elle apporte aux migrants une aide médicale. Elle tente d’améliorer les conditions sanitaires dans les jungles. Elle témoigne de ce qu’elle y voit. Et ça demande beaucoup d’énergie. Cécile Bossy, 30 ans, a remplacé début marsMathieu Quinette en tant que coordinatrice des actions MDM dans le Dunkerquois.

Vous êtes arrivée il y a deux mois. Quel regard portez-vous sur la situation ?

« J’essaie de passer du temps sur site, pour voir ce que les migrants attendent de nous. Je rencontre aussi nos partenaires, je discute avec les bénévoles. Certains sont des exemples de force de conviction. Ils remettent l’individu au centre. Et dans ce cas, il n’y a pas de "on ne peut pas", c’est "vous allez voir, on pourra !". »

En décembre, la Police aux frontières annonçait que les migrants avaient quasiment disparu du Dunkerquois. Qu’en est-il ?

« S’il n’y avait plus de migrants, on ne serait plus ici. Il faut être prudent avec les chiffres : quand nous intervenons dans un camp, nous comptons le nombre de consultations médicales ou de repas distribués, mais on sait très bien qu’au moment où on agit, certains migrants dorment, d’autres sont en transit, d’autres à la PAF, d’autres n’ont pas besoin de soins urgents... Ce qu’on peut dire c’est qu’en ce moment, lorsqu’on va à Téteghem, on fait environ quinze consultations, et on estime que les migrants sont une quarantaine. »

Une partie de ce campement a d’ailleurs été détruite il y a quelques semaines.

« Oui, et les associations qui y interviennent au quotidien déplorent le fait de ne pas avoir été informées par la communauté urbaine (propriétaire du terrain). En tant que partenaires, on aurait aimé comprendre la logique de cette intervention. Et, s’il y avait injonction, voir quelles dispositions on pouvait prendre. Depuis janvier, des abris plus durables ont été installés par la CUD à Téteghem, et ceux-là n’ont pas été touchés par les pelleteuses. Le problème, c’est qu’ils ont une capacité d’accueil de 20 personnes, alors qu’il y en a 40 dans le camp. D’où les abris "temporaires" qui, eux, ont été détruits. On se demande si cette destruction avait vocation, pour la CUD, à poursuivre son projet de construction d’abris meilleurs, ou s’il s’agissait au contraire d’une rétractation. »

Ne peut-on pas avoir l’impression, désespérante, que les choses n’avancent pas ?

« Si, elles avancent ! À Calais, par exemple, les équipes mobiles de soin ont disparu (même si MDM reste présent) parce que la PASS (permanence d’accès aux soins de santé) fonctionne bien : le lieu est bien identifié par les migrants, il y a un médecin et un traducteur... Mais on est en train de réfléchir à une nouvelle déclinaison du projet MDM, via un volet santé mentale. Du fait de l’errance, certains migrants peuvent avoir besoin d’une écoute particulière, d’une aide psychologique. Et on peut y répondre. À Dunkerque, une PASS a été mise en place aux urgences du CHD mais il faut la faire vivre. On travaille notamment sur une plaquette pour informer les professionnels de santé (pharmaciens, médecins) de l’existence de cette PASS. Il reste encore des portes à ouvrir. »

Récemment, Médecins du Monde et l’AAE ont noué un partenariat éducatif, et six jeunes ont participé à l’installation de blocs sanitaires dans la jungle de Téteghem (notre édition du 5 avril). Il s’agissait d’une première. Sera-t-elle renouvelée ?

« C’est un projet que nous avons longuement réfléchi avec les éducateurs de rue qui sont en contact avec ces jeunes. Du point de vue de la sécurité sur le camp, et de la rencontre, forcément intense, entre eux et les migrants, ça posait pas mal de questions. Mais informer la population pour faire bouger les consciences, pour que les gens arrêtent de considérer les migrants comme des chiens galeux, c’est aussi notre job, à MDM. Ça ne se fait pas en claquant des doigts. L’évolution du regard s’opère par des projets, par le témoignage d’un bénévole qui parle à son entourage de ce qu’il a vu. Ces six jeunes de l’AAE, à la fin, nous ont dit : "On s’imaginait pas que c’était comme ça. Ils sont sympas, ils ont mon âge". Les parcours de vie ne sont pas comparables, mais la rencontre a eu lieu. »

MDM évoque d’abord pour le grand public l’accès aux soins. Parlez-nous de ce rôle d’information.

« À MDM, on dit qu’un soin sans témoin ne sert à rien, car cela revient à "prendre la place de". Nous, on est là pour mettre en lumière ce qui dysfonctionne, pour que ça change. Tout ce qui se passe ici est remonté à Paris et on s’en sert pour témoigner dans les sphères décisionnelles supérieures. Le volet "plaidoyer informatif" est une composante essentielle de notre action. »

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Migrants : le piège de Patras

26 avril 2012 - Mediapart - Les invités, Nathalie Loubeyre

« La violation manifeste et continue des droits fondamentaux [des migrants], reconnue par la Cour européenne des droits de l’Homme à propos de la Grèce, (...) est le résultat d’une politique délibérée décidée à Bruxelles. Celle qu’on nomme avec cynisme "maîtrise des flux", un euphémisme déshumanisant qui raconte bien, à lui seul, le crime en train de se commettre à l’abri des mots. » Par Nathalie Loubeyre, réalisatrice, auteur du film No comment sur les migrants de Calais.

À l’heure où la « bêtise systémique » qui gouverne le monde menace sa propre survie, où le projet européen dévoile son vrai visage, antidémocratique et inégalitaire, où se profile une forme de « fascisme financier » dont les institutions européennes sont le fer de lance, il est une réalité dont personne ne parle ou presque. Pourtant, elle dessine bien plus sûrement que d’autres le visage de cette Europe en marche vers le pire.

Cette réalité, tout le monde la connaît, mais nous sommes très peu à la voir. Tout le monde en voit des images, mais très peu en prennent la véritable mesure. Pourtant, elle n’est pas difficile à observer de visu, pour qui s’en donne la peine. Car même si elle se joue souvent loin des regards, elle se donne néanmoins à voir en de nombreux endroits du territoire de l’Europe, inhumaine, coercitive et violente.

Pourtant, en dehors des « initiés », militants associatifs, politiques ou religieux, qui se démènent comme ils peuvent pour la combattre ou soulager les souffrances qu’elle génère, elle n’arrive à provoquer dans le grand public qu’une grande indifférence ou, au mieux, une indignation passagère, une déploration convenue, une résignation presque complice.

Moi, je l’avais déjà touchée du doigt (ou plutôt de la caméra) en 2008, à Calais (1). J’avais vu et filmé des hommes, des femmes et des enfants venus en Europe pour échapper à leurs destins de misère, d’arbitraire ou de violence, considérés sur notre sol comme indésirables, laissés dehors sans protection, harcelés par la police. À mon retour, j’avais ressenti ce terrible décalage entre mon indignation et le peu d’écho qu’elle rencontrait auprès de mes concitoyens, même les plus avertis, semble-t-il résignés au pire. J’avais constaté l’impuissance des mots, voire des images, à faire partager les choses éprouvées. J’avais connu cette interrogation anxieuse qui taraude : quelle est la vision juste ? Celle qui s’est frottée au réel et qui pressent l’ampleur du crime ? Ou bien celle qui, à l’abri des écrans et des écrits, peut relativiser ? Le temps a passé et fait son œuvre sinon d’oubli, du moins de mise à distance. J’ai monté le film, je l’ai accompagné, toute une année durant, dans toute la France, j’ai participé à des débats, j’ai inlassablement témoigné.

Je reviens aujourd’hui de Patras, où je tourne un nouveau film, et ma colère est plus grande encore. Mon sentiment que le pire est à l’œuvre, dans cette Europe qui décline, est décuplé. Car je l’ai revue de près, cette hideuse réalité qui indiffère tellement mes concitoyens, occupés aujourd’hui par la crise, avec son cortège légitime d’angoisses individuelles, d’indignations et de révoltes collectives. Je l’ai vu de nouveau, ce miroir tendu sur ce que nous sommes devenus et qui m’avait tellement ébranlée. J’y ai vu des hommes et des enfants venus d’Afghanistan, du Soudan, d’Érythrée, et d’autres zones de conflits pourtant reconnues, empêchés de faire-valoir leur droit à l’asile. Je les ai vus survivre comme des chiens dans une immense usine désaffectée, dangereuse, envahie d’immondices et de rats.
Des hommes courageux, déterminés, souvent éduqués, parfois même bardés de diplômes, en guenilles, sales, réduits depuis des mois, parfois même des années, à fouiller les poubelles pour se nourrir, à boire de l’eau non potable pour ne pas mourir, à charrier de lourds bidons sur des centaines de mètres pour pouvoir se laver et se faire à manger, à dormir dans des trous pour échapper aux rafles. J’ai vu des pères de famille, des maris empêchés de rejoindre leur femme, leurs enfants restés en Angleterre alors qu’ils avaient été rejetés sur les routes par des décisions administratives absurdes ou criminelles. Ils passaient leurs soirées dans un cybercafé, sur Skype, pour maintenir vaille que vaille avec leur famille les liens qui s’effilochent, mois après mois, année après année. J’ai vu un jeune homme devenu mutique détruire chaque soir la flûte qu’il avait fabriquée la journée. J’ai vu un enfant descendre en rappel la façade de l’usine où il survit pour échapper à la police.

La situation à Patras est pire encore qu’à Calais. D’abord parce que ces réfugiés n’ont aucune chance d’obtenir l’asile. En vertu du règlement européen dit de « Dublin II », la Grèce est le seul pays où ils sont autorisés à le demander, mais, aujourd’hui saturée et à genoux, elle en accorde très peu. Ensuite parce qu’ils y sont prisonniers, la Grèce n’ayant pas de frontière avec le reste de l’espace Schengen, sinon la mer. (Et les frontières du reste de l’Europe sont très bien gardées.) Enfin, parce qu’ils n’ont aucune chance de survivre dignement, même dans l’illégalité à laquelle ils sont acculés. La crise qui secoue si durement le pays les a privés des petits boulots au noir grâce auxquels ils survivaient. Les associations ou ONG qui tentent de les aider, aujourd’hui privées de moyens ou tout simplement débordées, sont incapables, malgré leur bonne volonté, d’assurer une aide humanitaire minimum.

Le piège s’est refermé sur ces hommes, qui ont pour beaucoup vécu le pire chez eux, au Darfour, en Afghanistan ou en Érythrée. Ils ne peuvent y retourner, sont sans espoir d’être régularisés, sans moyen de subsister dignement et sans possibilité de sortir de ce pays. La perspective d’une vie normale et digne s’est évaporée pour toujours.

De la frontière turque, relativement facile à traverser, il en arrive tous les jours un peu plus, affluant de contrées hostiles, papillons affolés attirés par la flamme à laquelle ils vont se brûler. Ils sont donc tous les jours un peu plus nombreux, abandonnés de presque tous, condamnés à une vie de parias, ignorés, voire rejetés par une grande partie de la population locale. Ils sont acculés à une vie quasi animale faite de lutte quotidienne pour la survie, mais aussi d’humiliations et de violences policières. Depuis les résidences voisines de l’usine où ils survivent, des gens leur tirent dessus avec du plomb de chasse. Les policiers débarquent régulièrement, brûlant les maigres affaires, pourtant vitales, qu’ils ont pu accumuler : couvertures, vêtements, ustensiles de cuisine. Certains sont arrêtés, emmenés à Athènes puis relâchés, ce qui les oblige à revenir parfois à pied, faute d’argent pour payer un billet de train ou de car. À l’heure où les camions traversent la ville pour embarquer sur les ferries vers l’Italie, Patras grouille d’ombres noires qui se glissent sous les camions arrêtés aux feux rouges, pour se cacher sous les essieux et tenter d’embarquer. Un spectacle auquel les habitants de Patras, blasés, ne s’attardent plus.

De nombreux camionneurs, les apercevant dans le rétroviseur, leur reculent dessus pour s’en débarrasser. La veille de notre arrivée, un migrant est mort écrasé. Quand ils sont découverts, aux contrôles du port, la police les bastonne violemment et ils sont mordus par les chiens dressés pour les débusquer. Quelques-uns, très peu, finissent par réussir, après des mois, parfois des années, de tentatives quotidiennes, échappant ainsi à ce vaste camp de rétention à ciel ouvert, sans gardiens ni barbelés, mais redoutablement bien fermé, que la Grèce est devenue. Lorsqu’ils arrivent en Italie, ils sont chargés d’appeler les autres, histoire d’entretenir un espoir qui a tellement de mal à subsister.

Aujourd’hui le pays parle de se lancer dans un vaste plan de construction de centres de rétention. Une trentaine sont prévus sur tout le territoire, qui seraient financés par l’Europe. Les arrestations ont commencé, pour « nettoyer » Athènes et remplir le premier d’entre eux, aménagé dans une ancienne caserne militaire. La prison à ciel ouvert va donc peut-être se transformer en prison fermée. La Grèce en crise va peut-être finalement trouver un nouveau débouché : l’industrie de la rétention administrative, dûment appointée par l’Europe. Quelques milliers d’emplois en perspective, n’en doutons pas. Même si nul ne sait ce qu’il adviendra des « retenus » une fois le délai de rétention maximum dépassé (renvoyés chez eux ? Rejetés à la rue ?), d’aucuns pourront penser qu’au moins pendant leur rétention ces hommes, ces femmes et ces enfants seront nourris, vêtus, soignés.

C’est sans connaître les conditions de rétention en Grèce, qui ont déjà été dénoncées par de nombreuses ONG. Un logisticien de Médecins du monde, qui leur rend régulièrement visite et que j’ai interviewé, parle de corps si entassés dans les cellules qu’il peut à peine les approcher sans marcher sur les uns ou les autres. Il raconte l’absence de promenade, le repas unique, l’odeur pestilentielle parce que la cellule ne peut jamais être vidée et donc lavée ou désinfectée, les maladies de peau, les affections respiratoires qui prolifèrent, la loi du plus fort qui s’installe pour vendre aux plus faibles la place pour se coucher ou la nourriture abandonnée par les gardiens à l’entrée de la cellule.

Cette situation en Grèce est connue, puisque la Cour européenne des droits de l’Homme, statuant sur une affaire individuelle en janvier 2011, a déclaré que la Grèce violait les droits de l’homme d’un réfugié en le détenant dans des conditions inhumaines et en le laissant sans abri.

À la suite de cette décision, certains pays ont d’ailleurs suspendu ou limité les renvois en Grèce exigés par les accords de Dublin (l’Allemagne, la Belgique, la Hollande, les pays scandinaves, le Royaume-Uni, par exemple, mais pas la France).

Mais quid des migrants qui y sont coincés depuis des mois, parfois des années, et pour longtemps encore sans doute et dont les droits sont tout aussi bafoués ? Ils sont environ 900, rien qu’à Patras, des dizaines de milliers ailleurs dans le pays. Personne en Europe ne semble s’en soucier, comptant sans doute qu’ils s’extraient par eux-mêmes, au prix d’années de souffrances et au risque de leur vie, de cet enfer où ils sont tombés. Et quid des renvois en Afghanistan, exécutés par la Grande-Bretagne, contre toutes les conventions internationales ? Un charter par semaine ! Les renvoyés n’ont alors d’autre option que de repartir et de finir de nouveau coincés à Patras, un jour ou l’autre.

Selon le Dictionnaire de la culture juridique, un « crime contre l’humanité », c’est la « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus, inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». Comment appeler autrement ce que j’ai vu à Calais, à Patras, et que j’aurais pu voir en bien d’autres endroits en Europe aussi ? Cette violation manifeste et continue des droits fondamentaux, reconnue par la Cour européenne des droits de l’Homme à propos de la Grèce, ne tombe pas du ciel comme la pluie ou la grêle. Elle est le résultat d’une politique délibérée décidée à Bruxelles. Celle qu’on nomme avec cynisme « maîtrise des flux », un euphémisme déshumanisant qui raconte bien, à lui seul, le crime en train de se commettre à l’abri des mots.

Enfin, comment ne pas voir le caractère « raciste » de ce crime, arc-boutés que nous sommes derrière notre « droit » à fermer nos frontières, dût-il nous conduire à nous renier, à cautionner le pire, voire à provoquer une hécatombe ? (Plusieurs dizaines de milliers de morts, noyés en Méditerranée ou ailleurs aux portes de l’Europe, selon les ONG qui tentent de les comptabiliser.) Car je me pose la question : qu’en serait-il si ces réfugiés, qu’ils soient politiques ou économiques, étaient blancs et chrétiens ? Nous feraient-ils aussi peur, au point qu’on leur refuse l’accueil et l’assistance dont ils ont tellement besoin ? Cela nous indifférerait-il autant de côtoyer leur désespoir et leur misère sur notre propre sol ? Parlerait-on à leur sujet de « flux » à « maîtriser » ? Les entasserait-on comme des animaux des mois durant dans des cellules sans jamais les faire sortir ? Les camionneurs reculeraient-ils sur eux ? Les riverains leur tireraient-ils dessus ? Ne verrait-on pas se dresser plus de personnalités médiatiques pour dénoncer, alerter, venir en aide ? Au vu du nombre de morts, n’aurait-on pas érigé des monuments, un peu partout aux portes de l’Europe ? (Seule Lampedusa l’a fait.) N’aurait-on pas imposé des minutes de silence dans les écoles pour les nombreux enfants qui figurent parmi ces victimes ?

Bien sûr, de nombreux militants de l’ombre, qu’ils soient associatifs, politiques, religieux, tentent depuis longtemps d’alerter l’opinion, de faire bouger les lignes, ou de soulager les souffrances.

Mais que ne sont-ils davantage entendus, relayés, médiatisés ? Bien sûr que de nombreux journalistes rendent compte de ce qu’ils voient sur le terrain, mais pourquoi le terme de « crime contre l’humanité » n’est-il jamais prononcé ? Pourquoi ce problème n’est-il jamais déclaré « grande cause nationale » ? Au même titre que l’autisme ou la mortalité sur les routes ? Pourquoi ne prend-on pas acte de l’impossibilité qu’il y a à fermer les frontières sans provoquer des dizaines de milliers de morts et d’infinies souffrances, contraires à nos valeurs et à nos principes ? Devant l’importante mortalité des femmes avortées dans la clandestinité, n’a-t-on pas fini par accepter qu’elles le fassent légalement, malgré la réprobation morale que cela inspirait à l’époque ?

C’est qu’il faut bien voir les choses en face, même si ça fait mal : oui, ces hommes et ces femmes qui fuient leur pays sont presque tous noirs et basanés, et pour la plupart d’entre eux musulmans. Et dans notre peur de l’immigration, instrumentalisée par les politiques, il y a bien, derrière les alibis économiques, celle de voir ce « flot », qu’on imagine souvent constitué d’analphabètes, de polygames ou de terroristes potentiels, envahir notre belle Europe, métisser notre blanche population, salir nos belles coutumes, affaiblir notre niveau éducatif, et peut-être même ternir notre civilisation tellement supérieure. Comment ne pas voir que c’est au nom de cette « pureté » raciale et/ou culturelle à conserver, au nom de ce sentiment de supériorité, avoué ou inconscient, au nom de ces fantasmes les plus primitifs, bien plus que pour des considérations économiques, que sont bafouées les valeurs que nous brandissons comme les nôtres ? Plus personne aujourd’hui ne peut sérieusement soutenir que, dans une Europe en dépression démographique, l’apport humain que constituent les migrants ne soit pas une richesse, même s’il impose des défis à relever. D’aucuns disent même qu’il est indispensable, et qu’à vouloir s’en priver, l’Europe risque un jour ou l’autre de s’éteindre. Si c’est le chemin qu’elle choisit, c’est tout ce qu’elle aura mérité. Je suis de ceux qui pensent qu’elle peut encore en prendre un autre et que tout dépend de nous. Nous devons tous, chacun à notre place y travailler avec acharnement. Déjouer derrière chaque mot qui euphémise, chaque image qui banalise, chaque propos qui justifie, ce qu’Hannah Arendt a appelé la « banalité du mal ». Nous devons dénoncer, jour après jour, ce qu’il ne faut pas hésiter désormais à appeler par son vrai nom : un crime contre l’humanité. Et nous dresser pour empêcher qu’il se poursuive.

Pour notre avenir à long terme, bien sûr, mais aussi pour celui, bien plus proche, qui nous guette, celui d’un fascisme rampant et mortifère, dont ce crime est l’un des premiers forfaits, mais qui nous brisera tous, nous aussi, à plus ou moins brève échéance.

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(1)No Comment a obtenu le prix du documentaire de création au Festival des droits de l’Homme de Paris en 2009. Nathalie Loubeyre tourne actuellement la Mécanique des flux, sur la politique européenne de « maîtrise des flux ».

Cette tribune est également publiée par Politis.

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Vote d’adhésion ou de contestation, les voix du Front national s’expriment

24 avril 2012 - La Voix du Nord - Dominique Salomez

Vote d’adhésion, vote de contestation ? Le FN a su glaner les bulletins à son nom. Dans de nombreuses communes du Calaisis, Marine Le Pen se place en première ou en deuxième position. Qu’est-ce qui a fait céder certains de ses électeurs au chant de la blonde sirène ? Au Marais de Guînes,à Bouquehault, à Sanghen,des électeurs du FN répondent.

Onze heures hier matin, sur le chemin blanc au Marais-de-Guînes. Jour de vacances, l’école Guilbert est silencieuse. Silencieux aussi le sourire de Marine Le Pen qui a pris ses quartiers sur neuf des dix panneaux électoraux devant l’établissement. Seul François Hollande a pu conserver une place, au bout de la zone d’affichage. Une image un peu à l’instar du résultat des urnes au Marais-de-Guînes. Ici, le Front national remporte l’adhésion de 38 % des habitants. Loin derrière, François Hollande a fait un score de 27 %. Que vaut au FN une telle approbation dans ce hameau ? Il suffit de traverser la rue pour briser le silence. Dans le café du Marais, une poignée de clients commente les résultats. Ici, le choix du FN est clairement revendiqué. « 

Les gens assimilent le FN au racisme et à la xénophobie. Mais Marine Le Pen c’est la seule qui fait vraiment du social pour les Français », déclare Rémy. À 62 ans, l’homme a fait partie de ces trentenaires joyeux en mai 1981 quand Miterrand est arrivé au pouvoir. Quatre ans plus tard, en 1985, il glisse son premier bulletin FN. « J’étais écoeuré par Mitterrand, il ne faisait rien de son programme. Ils ont ouvert les frontières, l’immigration, ça coûte cher », déplore ce retraité, d’une compagnie de ferries. « On a perdu en liberté. Tous ces contrôles sur la route. On n’a plus le droit de boire, de fumer. Pour moi, les gouvernements de De Gaulle et Giscard étaient les meilleurs gouvernements », explique le Guînois qui a suivi les meetings du FN à Paris et Lille. Au deuxième tour, il votera blanc. « Et puis vous savez, explique ce client, ici au Marais, c’est tous des familles, ils votent souvent tous la même chose ».

À quelques kilomètres, sur les routes de campagne, Marine sourit toujours. Au café de Sanghen, bourgade de 260 habitants, la gérante Carole n’est pas étonnée du score obtenu par le FN : 36,6 %. Elle n’y adhère pas mais c’est dans les habitudes locales : « Mais les gens n’en parlent pas spontanément », nous explique-t-elle tandis qu’un jeune homme qui a ici ses habitudes entre. Il exprime volontiers son adhésion au FN. « Mes parents ne votent pas pour le Front national. Moi si, depuis que j’ai 18 ans ». Il en a 23. « C’est un ras-le -bol de ce qui se passe. C’est pareil pour beaucoup de jeunes. En boîte, les jeunes parlent du FN. Moi, je travaille depuis que j’ai 14 ans, quand on voit les chômeurs qui font rien et on dit que la France est ruinée. Quand on voit l’immigration : un migrant à Calais vit mieux qu’un SDF qu’on aide seulement quand il fait - 15 degrés », lâche Florent qui attend les consignes de vote pour se décider au 2e tour. Ce choix, c’est une véritable adhésion, loin du vote contestataire qu’exprime ce père de famille à Bouquehault où le FN arrive en pôle position avec 29,7 %, des voix. « J’ai voté toute ma vie PS. C’est la première fois que je vote FN. Il faut bloquer les frontières pour arrêter les problèmes de drogues. Il y a aussi beaucoup de problèmes de sécurité. Ici, on a de la délinquance », explique Fabrice, père d’un adolescent. Au deuxième tour, il reviendra vers Hollande.

Sur les routes de campagne du Calaisis, on entend des voix convaincues, des voix déçues. On traverse des villages ornés de flammes bleu et rouge. Et ce visage aux yeux bleu marine qui a trouvé son auditoire.

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RESF demande le retour d’un jeune Kosovar

22 avril 2012 - Europe 1

Le Réseau éducation sans frontières (RESF) a demandé samedi le retour en France d’un jeune Kosovar hémiplégique de 10 ans, expulsé en janvier avec sa famille, afin qu’il bénéficie de soins approprié, a-t-on appris auprès de son porte-parole."Nous demandons à Claude Guéant que la famille soit autorisée à revenir en France afin que l’on des enfants, qui est handicapé, puisse être soigné", a dit Richard Moyon.

Pranvera et Faton Gashi, qui habitaient Chalons-en-Champagne, étaient arrivés en France en avril 2011 avec leurs jumeaux Blendi et Blendon, pour échapper, selon eux, à des menaces d’une mafia locale. La famille avait été expulsée le 19 janvier, après avoir fait l’objet d’une "obligation de quitter le territoire français" (OQTF).

[source http://www.europe1.fr/France/RESF-demande-le-retour-d-un-jeune-Kosovar-1047351/]

Youssef : "Je suis fatigué de cette vie"

22 avril 2012 - Le Nouvel Observateur

Parti à la faveur de la révolution égyptienne il y a un an, cet ancien prof d’éducation physique ne rêve que d’un chose : traverser la Manche et s’installer en Angleterre.

Quand il était encore au Caire, Youssef était prof de sport. Bloqué à Calais depuis un mois, il espère que les Jeux Olympiques de Londres lui permettront de poursuivre son travail. Parti il y a un an, ce solide gaillard au regard émeraude a profité de la chute de Moubarak pour "enfin quitter son pays".

Pour financer son passage vers l’Angleterre, il travaille six mois dans une entreprise de bâtiment à Paris. Avant de mettre le cap au Nord, il réclame sa paie au patron. Le chèque est en bois et les 9.000 euros partent en fumée.

Je n’ai jamais retrouvé ce salaud, s’énerve Youssef. Du coup, je suis monté à Calais."

Ses journées, il les passe à errer en ville et à semer la police. Sourire un peu gêné, il se dit "fatigué par cette vie". Passé par la Turquie, la Grèce et l’Italie, il décrit la France comme "le pire pays de son voyage". Malgré les arrestations à répétition, Youssef n’envisage pas autre chose que de traverser la Manche. Il est sûr qu’il y arrivera, "un jour, Inch Allah".

[source http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120419.OBS6650/youssef-je-suis-fatigue-de-cette-vie.html]

LE PÉRILLEUX PÉRIPLE DES MIGRANTS AFRICAINS VERS ISRAËL

22 avril 2012 - Le Nouvel Observateur

JERUSALEM (Reuters) - A la recherche d’une vie meilleure, Hrity, une jeune Erythréenne de 26 ans, a vu son périple se convertir en cauchemar après son enlèvement par des bédouins en Egypte dans le désert du Sinaï.

Pendant trois mois, elle a subi les coups et les brimades de ses geôliers, enchaînée dans une cave aux côtés d’une demi-douzaine d’autres migrants avec pour seule nourriture une cuillerée de riz par jour.

La jeune femme ne doit son salut qu’aux 30.000 dollars de rançon versés par sa famille à des complices israéliens de ses ravisseurs.

"Je n’arrive pas à croire que j’ai survécu à tout ça. Je suis encore très faible et je continue parfois à avoir des vertiges quand je suis debout", raconte Hrity, qui vit désormais dans un immeuble accueillant les réfugiés dans la vieille ville de Jérusalem.

Comme elle, près de 60.000 migrants africains sont entrés illégalement en Israël ces dernières années, dont la moitié au cours des deux ans écoulés, bravant les dangers du voyage à travers le désert égyptien.

Face à l’inquiétude soulevée dans l’opinion israélienne de voir la population juive devenir minoritaire, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a appelé "à mettre un terme à ce flot dont nous sommes tous témoins".

Afin de dissuader le nombre croissant de clandestins de gagner l’Etat hébreu, le Parlement israélien a adopté en janvier une loi permettant de placer les clandestins africains en détention pendant une période pouvant aller jusqu’à trois ans.

Un centre de rétention situé près de la frontière égyptienne doit être élargi pour accueillir quelques milliers d’immigrés clandestins supplémentaires.

"Ce ne sont pas des réfugiés, ce sont avant tout et pour la plupart des agents infiltrés en Israël", estime Yossi Edelstrin, un haut responsable du ministère de l’Intérieur, résumant la position des autorités israéliennes.

VIOLS ET BLESSURES PAR BALLES

Découragés par le renforcement des contrôles aux frontières dans les pays européens, ces migrants optent pour Israël qui présente l’avantage de pouvoir être rejoint par voie terrestre, souligne Yossi Edelstein dans une interview à Reuters.

Les violents combats de l’année dernière en Libye et la mort de migrants dans le naufrage d’embarcations de fortune ont exacerbé la situation et encouragé d’autres migrants à faire d’Israël leur nouvel eldorado en passant par l’Egypte.

Sur le terrain, les organisations d’aide humanitaire israéliennes s’efforcent tant bien que mal de faire face à cet afflux de migrants et aux cas humanitaires les plus urgents.

Des médecins ont mis en place une clinique dans la banlieue sud de Tel Aviv. De nombreuses migrantes s’y rendent pour avorter après avoir été violées lors de leur périple et certains migrants viennent y soigner des blessures par balles.

Selon Yossi Edelstein, Israël tente d’endiguer cet afflux de migrants et de trouver des endroits où ils pourraient être accueillis en toute sécurité. Jusqu’à présent 1.000 Soudanais ont accepté de quitter Israël volontairement contre 1.000 dollars, ajoute-t-il.

Pour le président du Parlement, Reuven Rivlin, membre du Likoud (droite) de Netanyahu, Israël a "l’obligation sacrée" d’aider les personnes déplacées au nom du fondement même de l’Etat hébreu, terre de refuge pour les Juifs après des années de persécution.

"Nous sommes un peuple qui respecte toute personne fuyant son pays pour rester en vie", a-t-il dit.

Le nombre croissant de migrants pose toutefois "un problème stratégique" et le gouvernement devrait prendre de nouvelles mesures visant à venir en aide à ces "personnes recherchant l’asile politique" sans toutefois leur assurer d’obtenir la citoyenneté israélienne.

[source http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120420.REU4567/le-perilleux-periple-des-migrants-africains-vers-israel.html]

Calais : d’une jungle à l’autre

22 avril 2012 - Le Nouvel Observateur - Benjamin Roger et Benjamin Damade

Hébergement de fortune, harcèlement policier, urgence humanitaire... Deux ans après la destruction de la "jungle", rien n’a vraiment changé pour les migrants !

Ici, une poupée sous un tas de feuilles. Plus loin, des vêtements, des brosses à dents. Les bulldozers venus détruire la "jungle" de Calais en septembre 2009 n’ont pas tout emporté. L’herbe a repoussé dans cette zone plantée à deux pas du port. Les clandestins, les centaines de CRS et la foule des journalistes ont disparu. Le problème, lui, n’a été déplacé que de quelques kilomètres.

Aujourd’hui, il resterait environ 500 migrants dans la région, dont 200 à Calais. L’intervention musclée de l’ancien ministre de l’immigration, Eric Besson, a bousculé les choses. Face au durcissement de la répression, les migrants se sont dispersés sur tout le littoral. Les Afghans et les Irakiens, majoritaires dans les années 2000, ont laissé la place aux Africains. Et si pour la plupart d’entre eux, l’objectif reste d’atteindre les côtes anglaises, certains se résignent à demander l’asile en France.

"Quand on est là, les policiers n’ont pas le droit d’intervenir"

Depuis la fin de la "jungle", des bénévoles continuent d’offrir quotidiennement des plats chauds aux clandestins de Calais. L’emplacement de distribution des repas qui jouxte le port a été obtenu au prix d’âpres négociations avec la mairie. "C’est un lieu sanctuarisé, explique Sylvie Copyans, militante de l’association Salam. Quand on est là, les policiers n’ont pas le droit d’intervenir." Ils restent donc derrière les grilles. Vigilants, ils surveillent les migrants et gardent un œil sur les bénévoles.

Ce double jeu illustre la position ambiguë de la municipalité. Historiquement communiste, la ville est passée aux mains de l’UMP aux élections de 2008. Elle applique désormais la politique du gouvernement sur la question de l’immigration clandestine. "Nous, nous parlons d’humanisme et de rigueur, assène Philippe Mignonet, adjoint au maire. Plus nous installerons de structures d’accueil, plus ce sera difficile à gérer." Résultat, la mairie investit mais délègue aux bénévoles.

Dans le fond, rien n’a vraiment changé, s’indigne Mariam Guerey, animatrice au Secours catholique. Le vrai problème, c’est l’hébergement... Et à ce niveau là, la situation des migrants est toujours aussi précaire."

La fermeture de la "jungle" a entraîné la multiplication des refuges de fortune. On compterait aujourd’hui une dizaine de squats à Calais. La police, toujours en patrouille, veille à ce qu’aucun ne prenne trop d’ampleur. Le mois dernier, le plus gros campement sauvage de la ville a été démantelé. Regroupant entre 30 et 40 personnes, l’ "African House" était devenue trop voyante. Les CRS ont mis tout le monde dehors. Comme à chaque expulsion, des propositions d’hébergement ont été faites aux demandeurs d’asile. Toutes ont été refusées. Pour les migrants qui rêvent de traverser la Manche, les centres d’accueil, éparpillés dans la région, sont trop éloignés de leur objectif.

Ils sont une vingtaine dans la "Palestine House"

C’est donc l’éternel jeu du chat et de la souris. A peine délogés, les migrants réinvestissent d’autres sites. Ce jeudi 19 avril au soir, ils sont une vingtaine dans la "Palestine House", une ancienne fabrique de dentelle proche du centre-ville. Les ruines du bâtiment surplombent un vaste terrain vague remplis de détritus. A l’étage, des Egyptiens ont jeté leurs sacs de couchage. Parmi eux, Youssef ; les yeux verts, Perfecto et sweat à capuche, il ressemble à s’y méprendre à n’importe quel jeune du coin. Sauf que lui n’a pas de papiers. "Je tente d’aller en Angleterre toutes les nuits, confie-t-il. Je vais au port et un ami m’ouvre le coffre d’une voiture. Je me suis déjà fait attraper une dizaine de fois, mais j’y retournerai jusqu’à ce que je passe." Clope à la bouche, dans un anglais approximatif, Youssef raconte aussi les visites incessantes de la police. La veille, les occupants ont été réveillés à deux heures du matin. Trois d’entre eux ont fini leur nuit au poste.

Afghans, Érythréens, Tchadiens, Vietnamiens, Kurdes...

"Ici c’est dégueulasse, c’est pas des conditions de vie", grimace le jeune Égyptien en pointant une canalisation rouillée, seul point d’eau du squat. Dans la pièce voisine, une dizaine d’hommes, assis dans des canapés défoncés, se réchauffent autour du feu.

Soudanais, Erythréens, Tchadiens, ils viennent tous de la Corne de l’Afrique, comme la majorité des migrants présents aujourd’hui à Calais. D’après les bénévoles, les filières migratoires se déplacent régulièrement, remontant vers le Nord jusqu’en Belgique.

Au campement de Téteghem, dans la périphérie de Dunkerque, sont regroupés quelques Afghans, des Vietnamiens mais surtout une majorité de Kurdes. Certains sont là depuis plusieurs mois. C’est le cas de Rêbaz, tout juste 24 ans, dont sept passés dans la banlieue de Londres. Expulsé peu après sa majorité, il tente depuis de revenir dans son pays d’adoption.

Maintenant que j’ai appris la culture européenne, je ne peux plus rentrer chez moi. Je ne crois pas que je retournerai un jour au Kurdistan... non, jamais."

En attendant, Rêbaz et les autres tournent en rond. À quatre mois seulement des Jeux Olympiques de Londres, ils craignent le renforcement annoncé des contrôles policiers. S’ils ne passent pas maintenant, les migrants savent qu’ils resteront bloqués là encore longtemps.

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ADOLESCENTS CLANDESTINS : L’ERRANCE DE L’ESPOIR

22 avril 2012 - Paris Match

Ils sont afghans, africains, asiatiques, ils ont entre 13 et 17 ans. Livrés à eux-mêmes dans la capitale et en Ile-de-France, ces gamins affrontent la faim, le froid, la solitude, la violence, le déracinement. L’Aide sociale à l’enfance est débordée et dépassée. Pourtant, dès que ces enfants vont à l’école, ils font des merveilles… et pourraient apporter beaucoup à notre pays. Enquête au cœur d’une détresse qui n’est pas – encore – désespérée.

« Moi aussi, madame, j’aime nager. En Grèce, j’ai nagé. Le bateau s’est renversé et j’ai beaucoup, beaucoup nagé. » Surprise, Monique, son enseignante de français, se tourne vers lui. A la vision des bateaux chargés d’immigrés chavirant en Méditerranée, des corps que l’on repêche se superpose l’image de Maahir*, 17 ans, si chétif, si jeune, nageant, nageant pour survivre. Surtout ne pas brusquer ces enfants, ne pas les obliger à se raconter. C’est la consigne donnée à la Maison du jeune réfugié à Paris. Gérée par l’association France Terre d’asile, elle est l’une des rares structures à accueillir dans la journée des mineurs étrangers pour des cours de français. Ils sont quatre-vingts, répartis en quatre classes selon leur niveau. Tous ont une histoire compliquée. « Certains ont été violés, ont côtoyé la mort, ont dû être violents pour survivre », rappelle la psychiatre Marie-Rose Moro.

La nuit, Aarif, 16 ans, crie. « J’ai quitté l’Afghanistan à 15 ans. Pendant l’année de mon voyage, j’étais trop mal. J’ai passé des jours sans manger. Et beaucoup d’autres choses m’inquiétaient, dont je ne peux pas parler. Quand j’essaie de me souvenir, cela me donne mal à la tête. » Aarif pleure. Il dit : « J’ai besoin de ma famille. C’est dur de vivre tout seul. C’est le plus dur. » Son compatriote, Majeed, a 16 ans. Les cheveux coiffés avec du gel, le regard rieur, les pieds chaussés de tennis à la mode, rien, sauf son accent, ne le différencie d’un adolescent français. Et pourtant. A cause des talibans, il s’est enfui, à 12 ans, avec sa famille en Iran où, dit-il, nous ­vivions sous la menace de l’expulsion. » Grâce aux économies de sa famille et à une importante dette contractée auprès de passeurs, il a pris une nouvelle fois la route de l’exode. Il déroule mécaniquement ce périple, cette année et demie à cheminer entre le désespoir, la peur et la solitude. « Pour passer en Turquie, on m’a mis dans un camion. Les contrôles sont nombreux. Parfois, la police ouvre le feu. Il faisait très chaud. Pendant quarante-huit heures, je n’avais rien à manger, rien à boire. Je n’arrivais pas à respirer. Nous étions entassés. J’ai senti que j’étais mort. En Grèce, sans argent pour payer les passeurs, j’ai passé un an à essayer de travailler, à dormir dans les parcs. Là-bas, c’est la jungle. Plusieurs fois, je me suis caché dans un camion pour l’Italie, mais les policiers m’ont découvert. Une fois, ils m’ont mis en prison. Ils m’ont beaucoup battu. » Sa famille est restée en Iran. « Ce n’est pas un voyage pour les femmes. » Quand il est parti, Majeed avait 14 ans.

La famille de Sidibé, un Malien de 15 ans, a payé, croit-il, « 2 millions de francs CFA » (environ 3 000 euros) pour son voyage : un bateau surchargé jusqu’à l’Espagne, puis la France par la route. Certains ont connu des parcours moins violents. Saïf, 16 ans, est originaire du Bangladesh. Accompagné « d’une personne », dit-il, il a pris un avion jusqu’en Inde, puis un second pour l’Italie, et enfin un train pour Paris. Là, « la personne » l’a déposé devant le siège de l’Aide sociale à l’enfance (Ase) avant de partir, emportant, dit-il, « son visa et son passeport ». Il ne l’a plus revue. Pour lui, c’est en France que le chemin est devenu difficile.

CERTAINS PERDENT LA VIE, D’AUTRES SE FONT VIOLER
EN ALLANT CHEZ DES GENS, PENSANT DORMIR AU CHAUD

Place du Colonel-Fabien à Paris. Peu avant 19 heures, des jeunes, dont beaucoup d’Afghans, arrivent. Ce soir, vingt-cinq dormiront sur un matelas à même le sol, dans un local prêté par l’Armée du salut. Tous n’auront pas ce privilège. « C’est un cauchemar, dit Marhavash, en charge de cette maraude de France Terre d’asile. Un véritable cauchemar. Aujourd’hui, ils ne sont que trente. Cinq resteront dehors. Certains perdent la vie, d’autres se font violer en allant chez des gens, pensant dormir au chaud. Et regardez ces passeurs qui attendent comme des mouches. Une vraie mafia. En deux ans, j’ai vu cinq mille enfants, dont des petits de 12 ou 13 ans. Les voir tous alignés, c’est très violent. » Marhavash est une photographe et auteure de documentaires iranienne, exilée en France par la révolution, et qui, quatre fois par semaine, trouve le courage de faire ce tri. Certains tiennent contre eux un sac en plastique avec quelques affaires, d’autres un peu de nourriture. La plupart ont les mains vides. Ils se mettent en demi-cercle et attendent, le regard implorant. Marhavash avance, tendue : « Toi, tu viens, toi aussi, toi aussi… » « S’il vous plaît, madame, ne me laissez pas dormir dehors », supplie Saïf.

Ce soir, il dormira au chaud. Quelques heures de répit. Saïf est arrivé à Paris en août 2010. « Je n’avais plus rien. Je mangeais ce qu’on me donnait. J’avais froid, je ne savais pas où aller. Parfois, j’étais malade, je tombais dans la rue. » A plusieurs reprises, il s’est rendu à l’Aide sociale à l’enfance. « On me disait : “Reviens demain…” » Au bout de six semaines entre les parcs, le local de l’Armée du salut… l’Ase l’a pris en charge. Sept mois à l’hôtel, dont quatre à suivre des cours de français. Une parenthèse apaisée, grâce à l’école, au foot, à la bibliothèque où il écoute les musiques de son pays. L’Ase ayant contesté sa minorité, il passe un test osseux, dont les résultats sont pourtant peu fiables. Il est déclaré majeur. « On m’a remis à la rue, dit-il. J’ai dû arrêter l’école. » En ces temps de disette budgétaire, la question de la minorité est devenue l’enjeu principal pour les services sociaux. Majeur, le jeune n’est plus de leur ressort.

France Terre d’asile a fait appel. Des mois perdus pour Saïf. Or, chaque jour compte car, pour obtenir un titre de séjour après sa majorité, il doit prouver un parcours d’insertion, donc une formation qualifiante. Les délais s’étirent dramatiquement, il faut des semaines pour une place à l’hôtel, puis des mois pour des cours de français, beaucoup plus pour une formation. Faute de moyens, les financeurs adoptent parfois des stratégies d’attente, laissant les jeunes de plus de 16 ans sans projet dans des hôtels jusqu’à leurs 18 ans. Une éducatrice : « La majorité est officieusement à 17 ans. »

Donsel a 17 ans et le visage d’un ange. A 5 ans, elle a quitté le Tibet avec sa mère pour l’école du dalaï-lama à Dharamsala. Deux ans plus tard, sa mère est repartie. Donsel ne l’a jamais revue. Elle raconte, dans un anglais presque parfait : « Depuis mon arrivée en France, je dors à l’hôtel. J’ai attendu six mois avant de commencer des cours de français à la Maison du jeune réfugié. » Six mois, sans rien, à verrouiller sa chambre chaque soir, à tenter de ne pas perdre son temps : « J’essayais de me souvenir de tout ce que j’avais appris, de trouver des livres… C’est très dur, ma vie, mais je dois apprendre à l’accepter. »

Avant 18 ans, ils ont droit aux cours de français et à une éducation scolaire. Hélas, faute de places, peu y ont accès.(Baptiste Giroudon)

Hier, c’était dimanche. Elle était au cinéma. Aarif est allé à la piscine, a étudié à la bibliothèque. Sidibé a « regardé les magasins de chaussures à Châtelet ». Maahir a nagé, Amjad a joué au cricket à La Courneuve et Hakim a visité un foyer avec « ma sociale », comme il dit (son assistante sociale), à Châteauroux. Bientôt, il ira y vivre. Il dit : « Je suis beaucoup triste. Là-bas, il n’y pas Mme Monique. » Aujourd’hui, Monique, l’enseignante, a apporté des madeleines faites maison. Les quinze enfants de sa classe se sont bousculés pour lire les textes, ont ri des erreurs de prononciation de l’un, se sont appliqués à écrire entre les lignes de leurs cahiers. Monique : « Ils veulent apprendre. C’est ce qui est le plus important pour eux et, malgré leur méconnaissance de la langue en arrivant, leurs progrès sont incroyables. »

Pour ceux qui ont une famille, tous veulent – et souvent doivent – l’aider, et dans sa vie quotidienne et à rembourser la dette du voyage. Majeed a accepté une formation de maçon. Angoissé, il dit : « J’en ai pour cinq ans avant de pouvoir travailler. Ma famille ne pourra jamais attendre. » Certains, comme Donsel, rêvent d’études supérieures, mais pour ne pas se retrouver sans papiers à 18 ans, ils sont contraints d’accepter une formation dans des métiers en manque de main-d’œuvre – restauration, bâtiment, services à la personne… Quand on leur en propose une. Alors, il n’est pas rare que, après plusieurs mois où rien ne vient, le jeune reprenne la très dangereuse route de l’exil. Direction les pays scandinaves. Célia Fellag, de France Terre d’asile : « Ces mineurs sont avant tout des victimes. Ils paient pour le désordre des hommes. Ils sont stigmatisés comme des fardeaux pour la société. Pourtant, quand on voit comment ils se comportent, on devrait les considérer comme un ­investissement. »

*Tous les prénoms ont été changés.

Pr Marie-Rose Moro, pédopsychiatre, chef de service de la Maison des adolescents de Cochin

Paris Match. Quel est le profil de ces mineurs étrangers ?
Pr Marie-Rose Moro. L’exil est souvent pour eux un second traumatisme. Car beaucoup sont partis pour échapper à la maltraitance, à la violence… Certains ont tout perdu. Ils sont endeuillés. Et quand ils se posent en France, ils le sont toujours. Mais ils sont d’abord des enfants et, souvent, on l’oublie.

Peuvent-ils s’en sortir ?
Ils ne s’en sortent pas indemnes. Mais je suis admirative de leur résistance. Leur projet est tel qu’ils supportent la violence. Ils viennent au nom du groupe, de la famille. C’est ce qui leur permet de tenir.

Pourtant, ces mineurs sont dits “isolés”, c’est-à-dire coupés de leurs familles.
Pour ne pas mourir, ces enfants ont besoin de garder des liens avec elles. Mais comme on ne les accueille que s’ils sont isolés, ils les cachent. C’est inhumain de poser cette condition à leur prise en charge.

Adoptez-vous avec eux des techniques particulières ?
Ils fonctionnent selon leur culture. Quand il est triste, un petit Pachtoun peut estimer qu’on lui a jeté un sort. On fait alors avec eux de la psychiatrie transculturelle. Par ailleurs, dans certaines cultures, c’est le groupe qui soigne. Nous travaillons donc à plusieurs. Souvent, ils ont oublié leur histoire. Beaucoup sont persuadés que, pour survivre ici, il ne faut pas se retourner sur le passé. Mais si on met à leur disposition un bon traducteur et les conditions pour qu’ils puissent parler, ils racontent. Pour ceux qui ne parlent pas, on utilise le dessin, le jeu…

De quoi ont-ils besoin ?
Ils veulent réussir ici quelque chose qu’ils ne peuvent accomplir chez eux. Mais tout réapprendre à 16 ans, dans une autre langue, est difficile. Et nous n’avons pas mis les moyens pour les aider. C’est aussi cette confrontation entre leur projet utopique et la réalité qui les désespère.

L’éducation semble être la clef…
Oui. Une petite Chinoise a été hospitalisée ici. En trois mois, à 15 ans, elle avait appris le français et a intégré une classe de troisième. Mais, rapidement, elle est entrée en conflit avec son entourage parce qu’elle considérait qu’on ne la laissait pas assez étudier : on lui demandait d’avoir des activités, de s’intégrer au groupe. Elle disait : “Pourquoi vous m’obligez ?” Finalement, elle a menacé de se suicider. Travailler énormément, même trop, lui permettait de garder un lien avec ce pour quoi elle était partie : sa mère, une paysanne veuve avec deux enfants, avait travaillé dur pour payer ce billet, avec une injonction de retour rapide pour l’aider. L’école, c’était le lien avec elle. Quand elle jouait ou regardait la télévision, elle n’était plus loyale. Ce cas est fréquent.

Quid de la délinquance ?
Les faits de délinquance ou de drogue sont très rares. Ils ont d’autres problèmes : comment trouver sa place, comment cohabiter avec les filles… Ici, ils sont perdus.

Que nous apportent ces mineurs ?
Chaque enfant pourrait être le héros d’un film ou d’un roman. Ils ont une telle volonté ! Mais notre société en fait trop peu. Or, si on pouvait les aider plus sur leurs projets, on rendrait service à ces aventuriers des temps modernes. Et à nous aussi, car ils ont beaucoup à nous apprendre. C. F.

[source http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Adolescents-clandestins-L-errance-de-l-espoir-390625/]

Grèce : 60 immigrés clandestins débarquent sur une petite île près d’Athènes

22 avril 2012 - Le Point - AFP

Le voilier des migrants, en route vers l’Italie, s’est échoué sur le quai de l’île d’Aguistri.

Une soixantaine d’immigrés clandestins en route pour l’Italie ont débarqué dimanche sur la petite île d’Aguistri, près d’Athènes, après l’échouement de leur voilier sur le quai de l’île, a-t-on appris de la police portuaire. Les sans-papiers - des hommes en bonne santé - ont été secourus par la mairie d’Aguistri qui les a installés dans l’école primaire, faute d’hôpital sur cette île située dans le golfe Saronique près de la capitale. Le capitaine du bateau a pris la fuite et la police est à sa recherche. Selon les déclarations des immigrés, dont la majorité disent être de nationalité pakistanaise, leur voilier avait appareillé du port du Pirée, près d’Athènes, à destination de l’Italie.

Vendredi, 151 migrants clandestins dont le bateau s’était échoué sur des fonds marins au large de l’île d’Elafonissos, près du Péloponnèse (sud), avaient été secourus par les autorités locales et transférés sur cette île, sains et saufs. Les migrants, tous des hommes, dont la majorité ont déclaré être afghans, avaient embarqué dans un port grec proche sur un yacht à destination de l’Italie, selon la police portuaire. Située à la frontière sud-est de l’Union européenne, la Grèce est l’une des principales portes d’entrée de l’immigration clandestine en Europe, essentiellement via la Turquie.

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Schengen : Paris et Berlin veulent pouvoir rétablir les frontières

20 avril 2012 - Libération

Dans une lettre commune, la France et l’Allemagne réclament des « mécanismes de compensation » en cas de défaillance d’un Etat dans le contrôle de ses frontières.

La France et l’Allemagne ont réclamé la possibilité de pouvoir rétablir des contrôles aux frontières nationales pendant un mois en cas de défaillance à une frontière extérieure de l’espace Schengen, dans une lettre commune.

La lettre est co-signée par le ministre de l’Intérieur français Claude Guéant et son homologue allemand Hans-Peter Friedrich, qui précisent avoir l’intention d’expliquer leur position à leurs homologues européens lors d’une réunion prévue le 26 avril à Luxembourg.

Cette prise de position précise les demandes du chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy et candidat à l’élection présidentielle du 6 mai, et entend démontrer qu’elle sont partagées par le gouvernement allemand, a-t-on expliqué de source française.

«  L’application de Schengen c’est 1995, ça fait donc 17 ans. Dix-sept ans et ça ne fonctionne pas  », avait clamé en mars le président-candidat.

«  Nous avons besoin d’un mécanisme de compensation pour le cas ou un Etat membre, en dépit de l’aide qui lui a été apportée, se révèle incapable d’assurer ses obligations au titre de la protection des frontières extérieures de l’UE  », souligne la lettre franco-allemande.

Les deux gouvernements réclament «  la possibilité, en dernier ressort, de réintroduire des contrôles aux frontières internes pour une période n’excédant pas 30 jours  » dans le cadre de ce «  nouveau mécanisme  » intégré sous forme «  d’amendements aux codes frontières Schengen  ».

«  A l’issue de ces trente jours, il reviendrait à la Commission européenne de recommander au Conseil (qui représente les gouvernements des 27, ndlr) de poursuivre ou d’interrompre les contrôles aux frontières internes  », précisent-ils.

« Passoire »

Mais «  la décision elle-même appartiendrait  » au Conseil (des ministres européens) , insistent-ils.

Paris et Berlin entendent ainsi redimensionner le rôle de la Commission, qui, accusent-ils, «  s’est attribué la faculté de décider elle même de la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières en cas de menace à la sécurité et à l’ordre public  ».

«  Cette prérogative relève de la souveraineté nationale (...) et c’est là un point non négociable  », avertissent-ils.

«  Si nous avons voulu l’Europe c’est pour que l’Europe nous protège. Si nous avons voulu Schengen, c’est pour que les frontières de l’Europe soient défendues, pas pour que l’Europe soit une passoire  », avait argué le chef de l’Etat français.

Nicolas Sarkozy était toutefois allé beaucoup plus loin en menaçant de suspendre la participation de la France aux accords de Schengen s’il n’obtenait pas satisfaction.

La Commission lui a rappelé que l’accord de Schengen entré en vigueur en 1985 a d’abord été signé sous la forme d’une convention purement inter-gouvernementale entre les pays en faisant partie. Mais il a été depuis, en 1997, intégré au traité de l’Union européenne. Et donc des modifications de fond nécessiteraient une réouverture de ce dernier traité, une approbation de tous les pays de l’UE et des ratifications ensuite.

(AFP)

[source http://www.liberation.fr/monde/2012/04/19/schengen-paris-et-berlin-veulent-pouvoir-retablir-les-frontieres_812795]

Une série d’attaques fait au moins 34 morts en Irak

20 avril 2012 - France TV Info

Au moins 34 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées dans une vague d’attaques, jeudi 19 avril à Bagdad et dans le nord et l’ouest de l’Irak. Il s’agit du bilan le plus lourd depuis le 20 mars, quand 50 personnes avaient péri dans une série d’attaques à travers le pays revendiquées par le réseau Al-Qaïda.

Pas moins de 29 attaques, notamment à la voiture piégée, ont été menées jeudi matin dans différentes provinces du pays, selon des sources aux ministères de l’Intérieur et policières.

L’attentat le plus spectaculaire a visé à Bagdad le convoi du ministre de la Santé, le Kurde Najib Hama Amine. Le ministre en est sorti indemne, mais deux passants ont perdu la vie et neuf personnes ont été blessées, dont quatre garde du corps du ministre, selon des sources au ministère de la Santé.

FTVi avec AFP

[sourcehttp://www.francetv.fr/info/une-serie-d-attaques-fait-au-moins-34-morts-en-irak_85285.html]

Jeux dangereux à Calais

20 avril 2012 - 20 minutes

Migrants Les associations craignent un « nettoyage » pendant les JO

La pression monte à Calais à cent jours de l’ouverture des Jeux olympiques. Et les migrants craignent d’en faire les frais. Ainsi Alex, militant des No Border, collectif de défense des migrants, témoigne : « L’ambassadeur du Royaume-Uni est venu le 30 mars pour discuter de la sécurité du trafic transmanche pendant les Jeux. Ce jour-là, les policiers nous ont dit : “on va nettoyer Calais pour les JO”. Ils nous ont coursés dans les rues. Je suis resté quarante-huit heures en garde en vue, dont cinq heures menotté. » De son côté, la préfecture réfute toute opération de police particulière. Sur le terrain, les associations relativisent le lien entre les récentes arrestations – « habituelles » – et la visite de l’ambassadeur. Sans occulter que la période des JO risque d’être rude pour les migrants. « La stratégie est de les rendre invisibles en les dispersant, en vidant les squats à coups de descentes musclées », explique Pierre Henry, directeur de France Terre d’Asile.

Grève de la faim
Vincent De Coninck, du Secours Catholique, juge encore que « le plus honteux pour la République reste le délai de trois ans pour le traitement des demandes d’asile ». Mais lui aussi pense que « le harcèlement policier se durcira probablement avec les Jeux ». Lundi, selon les No Border, une trentaine de demandeurs d’asile, dont plusieurs femmes, auraient été expulsés d’un squat et seraient à la rue. « La police veut les priver de points de repos sûrs pour les dégoûter de rester », constate Christian Salomé, de l’Auberge des Migrants, qui estime que « la privation de sommeil flirte avec la torture ». Mardi, dix-huit migrants ont déclaré avoir entrepris une grève de la faim au centre de rétention de Coquelles. Selon France Terre d’Asile, des discussions avec la directrice sont en cours, et la grève pourrait s’interrompre ce mercredi.

Antoine PEcquet

[source http://www.20minutes.fr/article/918621/jeux-dangereux-calais]

Guéant bichonne un Libyen recherché par Interpol

20 avril 2012 - Rue 89

Bachir Saleh n’est pas un immigré lambda. Ancien plus proche collaborateur de Kadhafi, il a bénéficié d’un permis de séjour en France au titre du regroupement familial. Et même d’un passeport diplomatique.

Le Canard enchaîné l’avait révélé le 4 avril dernier, attribuant cette étrange mansuétude des services de Claude Guéant aux secrets que cet homme connaitrait. Quels cadeaux à quels amis français, les financements des campagnes, des histoires marrantes.

Dans sa livraison de cette semaine, le Canard rapporte que Bachir Saleh est recherché par Interpol, pour escroquerie, et réclamé par la Libye.

Interrogé par Brigitte Rossigneux, Claude Guéant n’a pas souhaité commenter son beau geste à l’égard d’un immigré en difficulté.

[source http://www.rue89.com/2012/04/17/gueant-bichonne-un-libyen-recherche-par-interpol-231288]

Des fillettes afghanes empoisonnées pour les éloigner de l’école

20 avril 2012 - Le Monde

Quelque 150 collégiennes du nord de l’Afghanistan ont été empoisonnées mardi après avoir bu de l’eau contaminée par des extrémistes hostiles à l’éducation des filles, ont annoncé les autorités éducatives de la province. "Nous sommes sûrs à 100 % que l’eau qu’elles ont bue à l’école était empoisonnée. C’est l’œuvre d’adversaires de l’éducation des filles ou d’individus irresponsables armés", a ainsi déclaré un responsable.

Une partie des collégiennes, qui ont souffert de maux de tête et de vomissements, sont dans un état grave. D’autres ont pu regagner leur domicile après avoir été soignées à l’hôpital.

FEMMES EMPRISONNÉES POUR "CRIMES MORAUX"

A partir de 1996, les talibans au pouvoir avaient, entre autres, interdit aux filles d’aller à l’école au nom d’une interprétation particulièrement rigoriste de l’islam. Cette mesure avait été levée après leur éviction fin 2001. L’an dernier, le gouvernement afghan avait annoncé que les talibans avaient renoncé à interdire l’école aux filles, ce que ces derniers n’ont toutefois jamais explicitement reconnu. Des femmes et des collégiennes sont souvent sur le chemin de l’école la cible d’attaques à l’acide pour les défigurer.

De façon générale, les violences contre les femmes sont plus fréquentes dans les campagnes, où la coutume définit les relations sociales, que dans les grandes villes, où celles-ci ont vu leur statut évoluer largement depuis la période talibane. Le mois dernier, un rapport de Human Rights Watch dénonçait la situation de 400 femmes emprisonnées pour "crimes moraux". Leur est notamment reproché d’avoir fui leur ménage ou d’avoir eu des relations extraconjugales.

[source http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/04/17/des-fillettes-afghanes-empoisonnees-pour-les-eloigner-de-l-ecole_1686818_3216.html#xtor=RSS-3208]

Que reste-t-il de la jungle de Calais ? Des épines et les migrants

18 avril 2012 - Rue 89 - Renée Greusard, Audrey Cerdan

Il y a près de trois ans, Eric Besson, alors à l’Immigration, faisait détruire « la jungle » des migrants. Rue89 est retourné dans le Pas-de-Calais voir ce qui a changé.

Les migrants avaient surnommé ce petit bois « la jungle ». Le 22 septembre 2009, à 7h30 du matin, le ministre de l’Immigration Eric Besson la faisait démanteler.

Huit cents personnes, d’origine afghane pour la plupart, vivotaient pourtant là en attendant un passage pour l’Angleterre et une vie meilleure là bas. La jungle était devenue leur « maison ».

Deux ans, six mois et dix-sept jours ont passé. Lundi 9 avril, nous retrouvons Sylvie Copyans dans un café accolé à la gare du centre-ville. La secrétaire générale de Salam, association emblématique d’aide aux migrants à Calais, raconte de sa voix un peu rocailleuse la fin de la jungle :

« Il y avait plus rien, c’était comme cette table, même plus un brin d’herbe. C’était un champ mort : tout avait été détruit.

Aujourd’hui, la végétation est revenue et c’est un peu comme avant. Il y a des arbres avec des épines qui ont repoussé, des sacs de couchage qui ressortent de terre. »

Les migrants qui dormaient dans ces duvets sont aujourd’hui ailleurs. Cécile Bossy, coordinatrice des projets migrants à Médecins du monde, explique :

« Les personnes ont été chassées mais elles n’ont pas disparu. Elles se sont simplement dispersées dans le Dunkerquois et le Calaisis. D’où l’arrivée de migrants à Norrent-fontes, à Stenvoorde, à Dunkerque... »

Eric Besson : « Ça s’est bien passé, non ? »

A l’époque du démantèlement, Eric Besson s’était dit satisfait. La destruction de la jungle allait gêner les passeurs dans leur « travail » et après le passage des bulldozers, il s’était félicité :

« Ça s’est bien passé, non ? Nous avons restauré l’état de droit sans violence. Nous avons cassé l’outil de travail des passeurs. »

Les migrants sont-ils aujourd’hui libérés des passeurs ? Certainement pas, répond Sylvie Copyans.

« La destruction de la jungle a rendu les migrants encore plus fragiles. Ça les a remis encore plus facilement entre les mains des passeurs.

Parce que même si la jungle n’était pas un camping quatre étoiles, quand vous êtes à la merci des CRS qui vous poursuivent, qui vous traquent en permanence, vous n’avez qu’une envie : c’est de partir le plus vite possible. Les passeurs en profitent évidemment. »

Les ONG et les associations avaient prévenu : on empêche pas un migrant de bouger.

Chassés, les migrants se sont éparpillés

Si on chasse un migrant, il reprend la route, comme il l’a toujours fait. Partout dans la région et à Calais, de petits camps, de nouvelles jungles, de nouveaux squats voient régulièrement le jour. La même histoire se reproduit sans cesse.

Les policiers détruisent un camp de migrants. Les migrants en reforment un autre, ailleurs. C’est sans fin, et tous les bénévoles des associations parlent d’un véritable harcèlement policier répétitif.

« A chaque fois, c’est le même processus. On les fait sortir et on balance leurs affaires dans des bennes. Ça peut sembler dérisoire, mais quand vous n’avez que ça dans les mains, les photos de vos proches, des médicaments et un mobile, le monde s’écroule. »

Sylvie Copyans s’arrête de parler. De l’autre côté de la vitre du café, un homme, le regard hagard, passe dans la rue.

« Et ben voilà, ça c’est Mouhamad. Il est paumé et il passe ses journées à marcher comme ça. Imagine, tu marches toute la journée. T’as pas de vie, t’as rien. Ça, ça fait des dégâts, l’errance. »

Un médecin : « Tout ça crée des pathologies »

A Dunkerque, le lendemain, Mathieu Abt, médecin vacataire pour Médecins du monde, s’apprête à aller proposer des soins à la quarantaine de migrants réunis dans un camp proche, celui de Téteghem.

Il analyse cette « détresse psychologique des migrants, plus forte qu’avant ». Et explique :

« Quand les gens sont installés durablement dans un camp, ils ont le temps d’identifier les structures de soins.

Mais là, dès qu’ils s’installent quelque part, on les met dehors, sans rien leur proposer d’autres. Tout ça crée des pathologies. On a beaucoup plus d’addictions à l’alcool et cannabis par exemple. »

Rebaz est malicieux. Il sourit, charrie ses potes, me demande mon compte Facebook, mais il veut aussi me dire quelque chose à l’écart des autres.

« Les médecins nous donnent du Tramadol pour nous soigner, mais les gens, ici, ils l’utilisent comme une drogue. Ils essayent de se défoncer. Ils prennent parfois une plaquette de médicaments en une journée, alors qu’ils sont censés prendre deux cachets seulement ! »

Avec le Tramadol, « ils essayent de se défoncer »

Rebaz insiste pour que j’en parle aux médecins. Julien, interne en médecine, répond qu’ils sont déjà au courant. Le problème est compliqué. Que faire ?

« A la base, ils les prennent vraiment pour les douleurs notamment dues au fait qu’ils dorment dans des conditions qui ne sont pas faciles, dehors.

On essaye d’en donner le moins possible, de donner les doses minimales. On ne donne pas de Tramadol pur, on donne de l’Ixprim qui est un mélange de Tramadol et de paracétamol. »

L’ambiance sur les distributions n’est pas morose pour autant. Elle est même plutôt joyeuse. Les migrants mangent les plats proposés par les associations. Ils chahutent, rient.

Il y a des Iraniens, des Irakiens, des Afghans, beaucoup d’Erythréens, de Soudanais. L’histoire des migrants de Calais se construit au rythme de l’actualité internationale. Sylvie Copyans est sûre que des Maliens vont bientôt arriver.

Elle s’étonne des solutions envisagées pas les gouvernements face à des réalités humaines politiques si complexes.

« Maintenant la mode c’est de faire des murs. Ils vont faire un mur en Grèce. Mais ce n’est pas un mur ou un barbelé qui va les empêcher de venir. Ce qu’il faudrait, c’est qu’ils puissent rester chez eux.

La plus grande partie des réfugiés tentent d’abord le pays voisin. S’ils viennent c’est qu’ils n’ont plus le choix. »

En Iran, Omar était un photographe en danger

Omar illustre parfaitement les propos de Sylvie Copyans. Ses yeux verts translucides et son sourire hantent longtemps après la rencontre à Calais, entre la rue de Moscou et la rue Lamy.

Ici, les associations de la Belle étoile et de Salam distribuent des repas chaque jour aux migrants. Sur le chemin vers les pâtes et la soupe, la discussion s’engage.

Omar est iranien, photographe. Cela fait dix-huit jours qu’il a quitté sa ville, Ispahan. Il n’avait plus le choix. Il a pris en photo la répression d’une fête traditionnelle « Chahar Shanbe Suri » :

« C’est une fête où les garçons et les filles sautent par dessus des feux en se tenant la main. Ils ont commencé à frapper les gens, j’ai pris des photos. Ils ont emmené un de mes amis, j’ai compris que j’étais en danger. J’ai fui. »

Omar a voyagé dans des containers, en voiture, à pied. Il a laissé son fils de 3 ans et sa femme en Iran.

Et les Calaisiens, comment vivent-ils aujourd’hui cette présence diffuse des migrants ? Sylvie Copyans explique que la solidarité n’a pas décru. Quand Salam les a appelés à l’aide, les Calaisiens ont toujours répondu présents.

« Je pense à un Kurde qui s’était caché sous un camion et qui avait eu la jambe prise dans la roue. Il avait été amputé et on avait besoin d’argent pour la prothèse. Les Calaisiens ont donné 5, 10 ou 15 euros, mais ils nous ont aidés ! »

Il y a quatre ans, nous avions publié un article sur Mamie Mireille. Mère de onze enfants et quinze fois grand-mère à l’époque, cette Calaisienne hébergeait des migrants presque chaque soir chez elle. Dans son salon et sa cuisine, elle les laissait dormir par terre. Elle allait prendre leur linge sale et le lavait. Elle leur ramenait des marmites de pâtes géantes.

« Ah, si je peux faire plaisir, je fais plaisir. »

Mamie Mireille : « Ils sont plus fatigués »

Nous avons encore toqué à sa porte et Mireille nous a ouvert. Dans la télé, il y a un documentaire animalier. Des Bambi poursuivis par des tigres. La grand-mère baisse le son et parle de ceux qu’elle appelle ses enfants. La voix frémit un peu sous l’émotion :

« Pour eux c’est plus difficile. Je les vois sur les routes, ils sont plus fatigués. C’est dur. Je les vois se laisser prendre par les CRS alors qu’avant, ils étaient sur le 220 volts. Les CRS y couraient pas assez vite pour les réfugiés.

Ils sont venus à Calais pour aller en Angleterre, pas pour faire du mal. »

Mireille ne peut plus héberger de migrants parce que son propriétaire a changé. Le nouveau est un Parisien « tout à fait raciste », dit-elle. Et puis Mireille est malade. « La maladie des os de verre. »

« Je n’ai plus la force. Je préfère ne pas accueillir de migrants que de les recevoir moins bien qu’avant. Mais c’est un choix que j’accepte dans le chagrin. Je ne pourrai plus jamais être heureuse comme avant. »

Mireille est désolée de ne pouvoir faire plus. Nous l’avons quittée secouée.

Epilogue

On a revu Mouhamad en train d’errer, ailleurs, mais toujours dans Calais. Toujours en train de marcher.

Pour les migrants, Londres reste aussi attractive qu’avant. Ils ne rêvent plus tellement d’y être régularisés. Ils rêvent d’une vie sans contrôle d’identité, sans errance.

Omar nous a d’ailleurs laissé un message terminé par une drôle d’annonce :

« Et au fait, je suis en Angleterre ! »

Source

Afghanistan. Les talibans lancent une série d’attaques à Kaboul

17 avril 2012 - Le Télégramme

Au moins six attaques concomitantes ont été lancées ce dimanche en Afghanistan, dont trois à Kaboul. Elles ont été revendiquées par les talibans. L’Afghanistan enregistre actuellement une recrudescence des attaques par les insurgés qui lancent chaque année au printemps une offensive. Ce dimanche matin, le ministère de l’Intérieur indiquait qu’une centaine d’insurgés liés aux talibans avaient été tués, blessés ou capturés en une seule journée lors d’opérations concertées par les forces de sécurité afghanes et l’Otan.

15h. Des parlementaires participent aux combats contre les talibans
"Certains parlementaires, ainsi que mes gardes du corps et moi, avons riposté aux talibans qui se sont emparés d’un immeuble de six étages en face du Parlement" après que leur tentative d’y pénétrer eut été repoussée, a déclaré à l’AFP par téléphone le député Mohammad Naeem Lalaï.

13h17. Outre les attaques, deux attentats suicide ont visé au même moment des bâtiments du gouvernement et un aéroport abritant une importante base militaire de l’Otan ailleurs dans le pays. Dans l’après-midi également, des talibans ont attaqué un camp de la police dans la ville de Gardez, dans l’est.
L’assaut du Parlement à Kaboul a été repoussé par les forces de l’ordre, selon la police mais les assaillants, dont certains équipés de vestes bourrées d’explosifs, se sont emparé d’un hôtel nouvellement construit, dont une partie brûlait, le Kabul Star Hotel.

12h45. Au moins un assaillant tué dans les attaques en cours à Kaboul
Au moins un assaillant a été tué dans les attaques. "Près du parlement, le premier étage d’un bâtiment voisin a été repris par la police et un terroriste est mort", a déclaré Mohammad Ayoubi Salangi, ajoutant au sujet des deux autres attaques que les assaillants s’étaient retranchés dans des bâtiments élevés de la capitale d’où ils "faisaient feu".

12h03. Trois attaques concomitantes ont lieu au centre de Kaboul, selon la police.
Trois attaques ont été lancées par des assaillants à Kaboul, dont une visant le parlement, et des explosions ainsi que des échanges de tirs retentissent notamment aux abords de l’ambassade des Etats-Unis, selon la police et des journalistes de l’AFP.
Au même moment, un attentat suicide suivi de coups de feu a été perpétré dans la province de Logar, voisine de Kaboul, selon la police. Des attaques en cours revendiquées par les talibans.

10h30. Une centaine d’insurgés tués ou capturés au cours du week-end
Une centaine d’insurgés liés aux talibans ont été mis hors d’état de nuire - tués, blessés ou capturés - en une seule journée lors d’opérations concertées par les forces de sécurité afghanes et l’Otan, a annoncé ce dimanche le ministère de l’Intérieur. Ces opérations se sont déroulées au cours du week-end essentiellement dans le sud et l’est, régions frontalières des zones tribales pakistanaises, base arrière des talibans afghans et principal repaire d’Al-Qaïda dans la région.

Au total 47 insurgés ont été tués, 31 blessés et 21 faits prisonniers au cours des 11 opérations contre la guérilla islamiste, a précisé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. Des armes légères et lourdes ont été saisies.

L’Afghanistan enregistre actuellement une recrudescence des attaques par les insurgés qui lancent chaque année au printemps une offensive baptisée "la saison du combat", au moment de la fonte des neiges qui libère les passes montagneuses le long de la frontière avec le Pakistan.

[source http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/monde/afghanistan-les-talibans-lancent-une-serie-d-attaques-a-kaboul-15-04-2012-1670447.php]

Afghanistan : manifestation à Kaboul contre le meurtre de cinq femmes afghanes

17 avril 2012 - Le Nouvel Observateur

Une petite trentaine de personnes, pour la moitié des femmes, portant des pancartes demandant "Où est la justice ?" ou "Appliquez la loi", ont manifesté samedi à Kaboul après la mort de cinq femmes en Afghanistan ces derniers temps.

"Nous protestons au nom de ces femmes afghanes dont les voix ne sont pas entendues. Nous voulons nous faire entendre après leur meurtre", a indiqué Fatima Saidi, 17 ans, à l’AFP. "Même notre gouvernement ne nous aide pas à réduire les violences faites aux femmes", a-t-elle ajouté.

"Pourquoi ces violences continuent-elles en Afghanistan ? Les femmes sont aussi libres. Elles ont le droit de vivre, de travailler, d’étudier, comme les hommes. Donc pourquoi devraient-elles être tuées ?", s’est indignée Sadaf Fitrat.

Depuis mars, trois femmes ont été tuées dans la province d’Herat (ouest), dont une décapitée par son mari, une autre a été assassinée par son époux à Khost (nord) et une autre a été pendue selon la décision d’un tribunal tribal en Paktia (sud-est).

Plus de 50 policiers étaient présents pour protéger les manifestants, suivis par au moins autant de journalistes, rendant la marche encore moins massive qu’elle ne l’était.

Ferdous Samim, membre mâle de l’association Jeunes femmes pour le changement (YMC), qui a organisé l’évênement, ne s’est pas montré déçu de la faible participation car le défilé "n’a pas été annoncé pour des raisons de sécurité".

Certains invités "ne sont pas venus car ils ne voulaient pas apparaître dans la presse" tandis que d’autres ont "connu des problèmes avec leur famille" au sujet de la marche, ce qui les a empêchés d’y venir, a-t-il également observé.

"Les gens nous accusent d’être occidentalisés. C’est pour cela qu’il est difficile de venir à la manif’. Mais notre idée était qu’elle se tienne, quel que soit le nombre de participants", a-t-il remarqué.

Dix ans après la chute des talibans, qui leur ont interdit le travail, l’éducation ou tout simplement de sortir de chez elles non accompagnées, des femmes afghanes se battent pour la reconnaissance de leurs droits. Ceux-ci sont particulièrement maigres dans les campagnes, régies par la tradition.

Ces femmes sont très inquiètes du fait que leur cause soit instrumentalisée à leur détriment par Kaboul dans le cadre des négociations de paix avec les talibans et les autres groupes insurgés, pour mettre fin à dix ans de conflit.

[source http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120414.AFP3358/afghanistan-manifestation-a-kaboul-contre-le-meurtre-de-cinq-femmes-afghanes.html]

La situation fragile des rapatriés tchadiens de Libye avec des employés de l’OIM

17 avril 2012 - RFI Dr Qasim Sufi Chef de Mission de l OIM à Ndjamena

Plus de 150 Tchadiens, arrêtés en Libye au cours de la guerre, ont été libérés et rapatriés ce 12 avril 2012, suite à une intervention de l’ambassade du Tchad en Libye et de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Il y avait près de 90 000 Tchadiens vivant en Libye avant la chute du régime de Mouammar Kadhafi. La plupart sont aujourd’hui rentrés et vivent dans des conditions extrêmement difficiles.

157 Tchadiens retenus prisonniers en Libye depuis la guerre civile ont été libérés et rapatriés à Ndjamena dans la nuit de ce 12 avril, grâce à un avion affrété par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). C’est la deuxième fois qu’un tel vol a lieu en un mois.

Dans la cour d’un centre social, dans un vieux quartier de Ndjamena, les quelques rapatriés de Libye qui ne sont pas encore partis pour rejoindre leur village, rongent leur frein.

Assis contre un mur, Moussa Ibrahim, la vingtaine, un badge bleu et rose d’identification de l’OIM autour du cou, raconte comment il a été arrêté en pleine route par les hommes du CNT, le Conseil national de transition : « Ils m’ont tabassé avant de me conduire en prison. Pendant mon emprisonnement, ils nous torturaient régulièrement ». Le supplice durera quatre mois.

Mamat a eu plus de chance. Il a été arrêté après la guerre et emprisonné seulement deux mois. Mais il a été marqué par le délit de faciès qui a conduit à son arrestation.

Pour l’heure, l’urgence pour ces hommes est le retour dans leur village. Selon l’OIM, il y aurait encore beaucoup d’Africains emprisonnés en Libye.

LA SITUATION DES RAPATRIÉS TCHADIENS DE LIBYE
Près de 90 000 Tchadiens vivaient en Libye depuis plusieurs années, avant les événements. La majorité d’entre eux n’avaient peu ou pas de contacts avec leurs lieux d’origine, indique une enquête de l’Organisation internationale pour les migrations. Une évaluation, portant sur 1 000 d’entre eux, révèle des besoins urgents en matière de réintégration dans leurs communautés.

En raison de la sécheresse et des pénuries alimentaires, les rapatriés ne disposent pas de réserves de nourriture.

Peu nombreux sont ceux qui ont acquis des compétences pendant leur séjour en Libye. Certains ont travaillé dans la construction ou étaient conducteurs de véhicules spécialisés comme des tracteurs.

Depuis leur retour, seul un petit nombre de Tchadiens ont trouvé un emploi stable. La plupart des rapatriés ont ouvert des petits commerces informels, créant une concurrence avec les marchands locaux.

Les rapatriés vivant dans les zones rurales sont aujourd’hui dans une situation d’extrême précarité.

[source http://www.rfi.fr/afrique/20120414-tchad-situation-fragile-rapatries-libye]

France Info en direct de Calais : qu’ont dit les invités calaisiens ?

14 avril 2012 - 14 04 2012. La Voix du Nord

Hier matin, entre 8 h 30 et 9 h 30, puis en fin de journée, deux émissions spéciales de France Info se sont tenues en direct de Calais, depuis le Café de Paris. Quels ont été les choix des reporters de France Info et qu’ont dit les invités calaisiens ? ...

Hier matin et en fin de journée, les journalistes de France Info ont assuré deux émissions en direct du Café de Paris, rue Royale.

Il s’agissait de deux retransmissions décentralisées dans le cadre d’une série sur le thème des présidentielles baptisée « Terrains de campagne ». Ce retour à Calais, cinq ans après une émission planifiée entre les deux tours de l’élection présidentielle, s’attachait à détailler les changements intervenus dans le Calaisis au terme d’un quinquennat mouvementé. Avec le souci, selon le rédacteur en chef Régis Picart, « de ne pas sombrer dans le misérabilisme ».

Dans la rubrique « L’Histoire du jour », Jean Leymarie a retracé la renaissance de Meccano, qui a partiellement été relocalisé à Calais en 2010, et qui a travaillé avec les studios de Steven Spielberg avant la diffusion du film Tintin. « L’entreprise reste fragile mais elle se redresse. » Les reporters parisiens ont certes décrit une ville de Calais « plombée par le chômage, avec un taux de 16 % ». Mais sans occulter cette situation alarmante, ils ont également mis l’accent sur des activités porteuses d’espoir, comme la dentelle avec Desseilles.

Ils ont donné l’occasion à Franck Duhamel et Antoine Poitau, responsables de Codentel, entreprise de fabrication de dentelles pour le haut de gamme et le prêt-à-porter, de témoigner. « Pour défendre le label "Dentelle de Calais", il faut se battre, notamment face à la Chine. C’est pour cette raison qu’on se spécialise dans le haut de gamme, on essaie de travailler par le haut », commentait Antoine Poitau.

Jean-Marc Puissesseau, président de la CCI Côte d’Opale, appelé à témoigner sur le chômage et la vitalité économique, trouve l’initiative de France Info positive : « Je les ai remerciés de s’intéresser à Calais, je pense qu’ils ont été surpris par le dynamisme trouvé ici et la journaliste, Catherine Pottier, a reconnu que Calais souffrait d’une image négative. J’aurais aussi préféré parler un peu plus... » Sabine Duhamel, vice-présidente du Conseil des études et de la vie universitaire de l’Université du littoral Côte d’Opale, a, elle, été interrogée pour montrer que dans le Calaisis, le chômage ou la déscolarisation ne sont pas vécus comme une fatalité. Un discours tenu quelques heures plus tôt par le directeur du Channel, Francis Peduzzi, qui relevait l’importance de « l’éducation et de la culture » après l’intervention d’une mère d’élève à Calais.

Les journalistes de France Info, qui avaient longuement traité l’actualité de l’immigration clandestine en 2007, se sont replongés dans ce thème, avec une intervention du président de Salam, Jean-Claude Lenoir, en fin de journée, après des témoignages de migrants. « Le nombre de migrants n’est plus de 1 000 personnes, mais il reste important. Les hommes politiques ne comprennent pas le problème parce qu’ils ne viennent pas sur le terrain.

[source http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Calais/actualite/Secteur_Calais/2012/04/14/article_france-info-en-direct-de-calais-hier-qu.shtml]

Sarkozy veut renégocier l’accord d’immigration avec l’Algérie

14 avril 2012 - Le point

Le président français Nicolas Sarkozy a indiqué vendredi que, réélu, il engagerait la renégociation des accords passés avec des "pays amis ou voisins", dont l’Algérie, sur l’immigration afin de diviser par deux le nombre d’étrangers autorisés à entrer chaque année en France.

"Il faudra (...) sans doute renégocier un certain nombre d’accords avec des pays amis ou voisins, je pense notamment à l’Algérie", a déclaré M. Sarkozy sur la chaîne d’informations I-Télé.

"Cinquante ans après la décolonisation, il est temps de mettre les choses à plat et de voir comment on peut mieux travailler ensemble et renégocier des accords", a poursuivi le président sortant.

Lors de cet entretien, M. Sarkozy a confirmé que son objectif s’appliquerait "dès la première année et d’une façon très simple".

"Nous imposerons à tous ceux qui veulent venir au titre du regroupement familial ou du mariage avec un Français l’obligation : un, d’avoir un logement, deux, d’avoir un revenu, trois, d’apprendre le français et les valeurs de la République avant d’entrer sur le territoire national", a-t-il rappelé.

Paris et Alger tentent depuis plus d’un an de signer un quatrième avenant à l’accord bilatéral de 1968 sur la question très sensible de la circulation des personnes entre les deux pays. En janvier 2011, l’Algérie avait fustigé la France pour des mesures "discriminatoires" en matière d’attribution de visas.

Le mois dernier, les autorités algériennes ont encore dénoncé de récentes mesures françaises en matière de délivrance des visas notamment celle exigeant des Algériens d’apporter la preuve de leur retour dans leur pays après un séjour en France.

[source http://www.lepoint.fr/politique/sarkozy-veut-renegocier-l-accord-d-immigration-avec-l-algerie-13-04-2012-1451235_20.php]

Un camp de fortune de migrants rasé, hier à Téteghem

14 avril 2012 - - La Voix du Nord

Hier matin, les migrants de Téteghem ont été réveillés ...par le bruit de la pelleteuse. Sous l’oeil discret de la police aux frontières et des employés de la CUD (communauté urbaine de Dunkerque), il a été de décidé de détruire le camp de fortune niché dans les bosquets.

Il ne s’agit pas des tentes mises à disposition par la CUD, mais d’une implantation située une centaine de mètres plus loin. « Les tentes de la CUD ont une capacité d’une vingtaine de personnes, or il y a en ce moment entre quarante et cinquante migrants. Comme ils ne veulent pas s’entasser et que certains préfèrent la tranquillité, ils se sont installés un peu plus loin », expliquent Médecins du monde et l’association Salam, présents lors de la destruction. Évidemment, ils déplorent ces coups de pelleteuse lors desquels « les migrants laissent malgré eux des effets personnels. Alors on est là pour les soutenir, leur expliquer ».

Les militants humanitaires ne manquent pas de raconter cette anecdote avec le sourire : « Au bout de quelques coups de pelleteuse, l’engin est tombé en panne. » Il a fallu dépanner la machine pendant plus de deux heures avant qu’elle ne reprenne son oeuvre de destruction. •

http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Dunkerque/actualite/Secteur_Dunkerque/2012/04/14/article_un-camp-de-fortune-de-migrants-rase-hier.shtml

France Info en campagne à Calais vendredi

12 avril 2012 - Nord Littoral - J. P.

Vendredi, France Info s’arrête à Calais. Cinq ans après les élections de 2007, la radio vient tâter le pouls de la ville pour savoir ce qui a changé dans la vie des Calaisiens.

Il n’y a pas que les candidats qui font campagne pour la Présidentielle de 2012, certaines radios comme France Info occupent elles aussi le terrain. La radio a lancé un vaste dispositif intitulé « Terrains de campagne » pour les élections. Une façon de « se trouver au plus près des réalités de la vie des Français », explique le rédacteur en chef de la radio, Régis Picart. Vendredi, certaines émissions seront ainsi diffusées en direct depuis le café de Paris.

De nombreux invités calaisiens

Chaque vendredi, France Info installe son studio dans une ville de France. Calais est l’avant-dernière étape d’un tour des régions qui a commencé le 2 mars à Rennes, avant de se prolonger à Colmar, Brive-la-Gaillarde, Orléans et le Puy-en-Velay. La boucle sera bouclée après Marseille, le 20 avril, à deux jours du 1er tour.

Vendredi, la radio a prévu plusieurs rendez-vous pour débattre des thèmes de la campagne avec des invités du cru : Francis Peduzzi, directeur du Channel, scène nationale, Jean-Marc Puissesseau, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Côte d’Opale, Jean-Claude Lenoir, président de l’association SALAM, une association d’aide aux migrants, Franck Duhamel et Antoine Poitau de la société « Codentel » notamment.

Des reportages viendront illustrer ces débats. France Info proposera deux sessions d’information en direct depuis Calais : « Les choix de France Info », matinale présentée par Jean Leymarie et le 17h - 19h animé par Catherine Pottier avec des invités et des reportages d’Etienne Monin.

France Info avait déjà installé ses micros à Calais il y a cinq ans. Les débats avaient alors porté sur la jungle de Calais, démantelée deux ans plus tard en 2009. Cette fois-ci, il ne sera pas que question d’immigration.

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« En arrivant, j’ai été choquée... »

11 avril 2012 - Le Phare Dunkerquois - Propos recueillis par Claire Hohweyer

Cécile Bossy, 30 ans, originaire de Saint-Etienne, a pris la suite de Matthieu Quinette chez Médecins du monde, à Dunkerque, à la fin du mois de février.

Rencontre.
Avant d’arriver à Dunkerque, quelles missions avez-vous assurées ? J’ai suivi, en 2007, une formation à Bioforce, une association humanitaire de Lyon, pour devenir administratrice. J’ai ensuite suivi une mission aux Philippines comme administrative en ressources humaines. J’ai passé un an à Manille. Au moment où j’étais là-bas est survenu le tremblement de terre à Haïti. Je suis partie avec Pompiers sans frontières.
Je suis restée plus longtemps avec Save the children, j’avais un poste de coordination suite à l’apparition du choléra, fin 2010. Je suis donc restée à Haïti encore un an.
L’implication auprès des habitants était importante ? Oui, j’étais intégrée dans une petite association très insérée dans la communauté. Nous donnions l’apport en latrines, faisions la promotion de l’hygiène... Nous étions la seule organisation non gouvernementale (ONG) sur le village. A Manille aussi, j’étais avec les enfants des rues.
Puis, vous avez été recrutée par Médecins du monde. Comment cela s’est fait ? J’avais déjà pas mal croisé l’association sur le terrain et j’avais été interpellée par leur implication. J’étais venue d’ailleurs à Dunkerque et à Calais, en octobre, pour la distribution de kits alimentaires. J’avais vu les camps. J’ai toujours été attirée par cette association, par son travail sur le terrain, ses projets, son volet plaidoyer. Après avoir travaillé à l’étranger, c’est aussi intéressant de pouvoir travailler avec une asso qui connaît le travail en France et à l’étranger. Cela permet de taper du poing sur la table. Car il faut aussi balayer devant sa porte. On se rend compte qu’ici, on a les mêmes problématiques que dans des pays comme Haïti.
Aviez-vous déjà la volonté de travailler avec les migrants ? J’ai été recrutée en février 2012 par Médecins du monde. Et oui, je voulais travailler sur la problématique des migrants mais peser sur le volet social, sur l’éducation. Comment les aider à s’intégrer dans une vie qui n’est pas forcément la leur ? Sans oublier la problématique de leur pays d’origine.
Quelles ont été vos premières impressions en arrivant sur les camps ici ? J’ai été choquée. J’ai appelé des amis en demandant ce qu’il se passait en France, puisque j’avais passé quelques années à l’étranger. Ce sont des camps comme on en voit là-bas, je l’ai vu à Port-au-Prince. L’idée c’est comment mettre ces personnes à l’abri ? Il faut garder leur dignité. Qu’elles soient chauffées, nourries, soignées.
Quelles sont les premières actions que vous souhaitez mettre en place ? Ce n’est pas un changement de personnes qui va changer les objectifs de Médecins du monde (soins et plaidoyer). Les choses sont bien posées et les orientations définies. Je vais agir dans la continuité d’un poste.
Il y a eu une semaine et demi de passation avec Matthieu.
Entrevoyez-vous déjà certaines difficultés ? Dans tous les axes de travail, ce sera difficile, parce que chaque acteur a ses axes, politiques, financiers... En plus, les migrants ne sont pas une priorité. Ce n’est pas "vendable", pas "sexy". L’objectif pour moi est que cette question ne soit pas oubliée.
Après un mois et demi de présence, avez-vous pris vos repères ? Aujourd’hui, je suis plus à l’aise dans la compréhension des contextes, des interactions avec les partenaires. Je travaille sur la gestion des sites. Nous sommes loin d’avoir achevé le travail de qualité par rapport aux normes internationales. Il y a une gestion de l’eau, du bois et des abris. Mais il faut aussi du nettoyage, la gestion des déchets. Ces gens doivent vivre décemment.
Quels acteurs locaux avez-vous déjà rencontré ? Pour le moment, j’ai surtout discuté avec les agents de la Communauté urbaine de Dunkerque. Je rencontrerai bientôt les municipalités concernées par la problématique des migrants. Mais, de toute façon, le travail se poursuit avec la technique et la logistique. J’essaie de passer un maximum de temps avec les migrants. Car on peut faire plein de choses mais si ça ne correspond pas à leurs besoins, ça ne sert à rien. J’ai effectué un accompagnement à la Permanence d’accès aux soins (PASS) pour comprendre les problématiques de l’hôpital. Il y a des petites réussites, comme la mise en place de latrines, qui sont entretenues. Depuis un mois, nous en sommes contents. Lorsqu’on fait des choses de qualité, cela ne provoque pas d’appel d’air. C’est entretenu donc ça marche. Depuis janvier, nous n’avons pas eu plus de migrants. Les abris restent des abris, ce ne sont pas des maisons. Le projet migratoire de ces personnes reste toujours d’actualité.
Avez-vous rencontré officiellement les responsables de la police de l’air et des frontières (PAF) ? Craignez-vous d’autres démantèlements ? J’ai croisé des policiers sur le terrain... Mais aujourd’hui j’ose croire que la police ne va pas détruire des abris financés par la Cud. Sinon, cela n’aurait ni queue ni tête, même si ailleurs, on nous détruit du matériel médical... Que pensez-vous du rapport de la population aux migrants ? Car il a pu y avoir quelques tensions... Aujourd’hui, les gens arrivent à mieux voir ce qu’il se passe. Mais il faut informer. Dernièrement, des jeunes de l’Association d’action éducative et sociale ont participé à une action à Grande-Synthe autour des abris, ont joué au foot avec les migrants. Ils n’y retourneront pas seuls, évidemment, mais nous essaierons de mener d’autres actions. Cela fait tomber les clichés. Il faut énormément d’information et de compréhension des contextes.
Pour combien de temps êtes-vous là et qu’aimeriez-vous mener à bien, dans vos missions ? J’ai signé un CDI, mais je pourrais rester deux à trois ans. J’aimerais pouvoir optimiser l’organisation des sites, travailler sur la qualité de vie dans ces sites, sur la gestion des déchets.
Comment bien approvisionner les douches en eau ? Effectuer des gros ménages de printemps pour ne pas vivre dans une poubelle. C’est important pour eux, pour nous, pour la population, pour tout le monde. Si les migrants vivent dans de meilleures conditions, tout le monde s’y retrouvera. Il y a une première phase de construction d’abris, d’une capacité de vingt personnes. Aujourd’hui, il y a entre 30 et 40 migrants donc il faut continuer l’effort. C’est bien, c’est mieux mais nous sommes loin d’avoir abouti. Il faut continuer à oeuvrer pour le droit et la dignité de ces personnes.

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La Marine française mise en cause après la mort de migrants en Méditerranée

11 avril 2012 - 20 Minutes - AFP

PARIS - Plusieurs ONG ont demandé mercredi à la justice française d’établir les responsabilités dans la mort de 63 migrants qui fuyaient la Libye par la mer en 2011, accusant la Marine française d’avoir ignoré leurs appels de détresse, ce que conteste le ministère de la Défense.

Quatre survivants de ce périple cauchemardesque devraient déposer vendredi une plainte contre X à Paris pour non assistance à personne en danger, a précisé Me Stéphane Maugendre, président du Groupe français d’information et de soutien des travailleurs immigrés (Gisti), l’une des organisations associées à l’initiative.

"La connaissance par les militaires français du bateau en péril est avérée", indique ce projet de plainte, que l’AFP a pu consulter. "L’armée française ne pouvait pas ignorer le péril pesant sur cette embarcation et le besoin d’assistance de ses passagers."

Une accusation que rejette catégoriquement le ministre de la Défense, Gérard Longuet, sur la foi notamment d’un rapport du Conseil de l’Europe publié fin mars.

Le document, a souligné mercredi soir le ministre dans un communiqué, "ne mentionne, à aucun moment, une quelconque responsabilité de la France dans ce tragique événement".

"Rien, aujourd’hui, ne permet à ces ONG d’accuser l’armée française de non secours aux migrants naufragés", a-t-il ajouté.

Le 26 mars 2011, peu après le début du conflit libyen, 70 Africains âgés de 20 à 25 ans et deux bébés avaient embarqué à bord d’un fragile canot pneumatique dans l’espoir d’atteindre dans les 24 heures les côtes européennes.

A court de carburant le 28 au matin, le bateau avait dérivé jusqu’à son échouement sur les côtes libyennes à la suite d’une tempête le 10 avril. Seules neuf personnes ont survécu.

Pendant les deux semaines de cette épreuve, affirme la plainte, l’embarcation fut photographiée par un avion de patrouille français, survolée à deux reprises par un hélicoptère et croisa au moins deux bateaux de pêche et plusieurs autres navires, dans une zone que surveillaient des dizaines de bâtiments de plusieurs marines.

Le 3 ou le 4 avril, selon la plainte, un grand navire de couleur gris-clair portant deux hélicoptères s’approcha à quelques dizaines de mètres des migrants qui, en vain, appelèrent à l’aide en montrant les corps des bébés.

Les naufragés parvinrent également à l’aide d’un téléphone satellitaire à avertir le responsable d’une association italienne qui alerta les garde-côtes italiens, lesquels relayèrent l’appel de détresse à l’ensemble des navires circulant dans la zone, mais également au quartier général de l’Otan à Naples (Italie).

"Il semble bien plus probable que les dits militaires aient préféré considérer que le sauvetage de migrants en détresse ne relevait pas de leur mission", peut-on lire dans la plainte.

"Quel que soit le lieu où se trouvaient les bateaux, ou les avions ou les sous-marins français qui avaient connaissance de cet appel de détresse, le fait de ne pas avoir dévié sa route pour aller porter secours à ces personnes-là, c’est une non assistance à personne en danger", a déclaré à la presse Me Maugendre.

Dans son communiqué, M. Longuet précise "qu’aucun bâtiment de guerre français n’a croisé un canot en détresse ni n’était dans la zone considérée aux dates indiquées par le rapport".

"Un avion de patrouille maritime français a bien pris, plusieurs heures avant l’appel de détresse, une photo, transmise aux autorités compétentes, mais cette embarcation roulait à vive allure et ne présentait aucun signe de détresse", a-t-il ajouté.

La plainte visera la France mais d’autres pays sont susceptibles d’être concernés, a dit le président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Patrick Baudouin : "On se réserve d’agir (...) dans d’autres pays européens".

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Calais : la mort d’un migrant, signe de tensions ?

10 avril 2012 - France 3 sur Dailymotion

Reportage vidéo sur la dernière triste actualité locale :

Prisonnière depuis 2009, une jeune journaliste est hospitalisée dans un état grave

6 avril 2012 - Reporter sans Frontières

La journaliste Yirgalem Fisseha Mebrahtu, privée de sa liberté depuis son arrestation en février 2009, est hospitalisée dans la capitale Asmara depuis le début de l’année 2012, a appris Reporters sans frontières. L’organisation se dit extrêmement inquiète pour sa santé et très préoccupée par ses conditions de détention.

« Alors que les regards du monde entier sont actuellement tournés vers les massacres en Syrie ou la violente répression de moines tibétains qui protestent de façon spectaculaire en s’immolant par le feu, le sort de l’Erythrée continue de ne susciter qu’indifférence. Pourtant, les citoyens de ce pays – parmi lesquels 32 journalistes au moins sont emprisonnés sans raison ni aucune forme de procès, certains depuis plus de dix ans – sont soumis à un pouvoir non moins cruel que celui de Damas ou de Pékin », a déclaré Reporters sans frontières.

« Le gouvernement d’Issaias Afeworki a déjà laissé mourir au moins quatre journalistes en détention. Il n’autorise aucune information sur plusieurs autres dont on ignore s’ils sont en vie. Il joue aujourd’hui avec celle de Yirgalem Fisseha Mebrahtu », a ajouté l’organisation, qui dénonce l’apathie de la communauté internationale qui s’accommode de la tragédie érythréenne depuis 2001.

D’après les informations recueillies par Reporters sans frontières, Yirgalem Fisseha Mebrahtu se trouve à l’hôpital Halibet, à Asmara, dans un état sérieux. La jeune femme avait été admise dans cet hôpital à deux reprises, en novembre 2011 et en janvier 2012. Elle y est désormais gardée de manière permanente et ne peut recevoir de visite. La nature de la maladie dont elle souffre n’a pas été communiquée à ses proches, mais son traitement nécessite l’achat de médicaments à l’étranger.

La journaliste et poète originaire d’Adi Keyeh (Sud) avait été arrêtée le 22 février 2009, à l’occasion d’une rafle qui avait touché l’ensemble de Radio Bana, la station où elle travaillait. Elle est soutenue par Reporters sans frontières et parrainée, comme son confrère emprisonné Dawit Isaac, par la section espagnole de l’organisation.

Au chapitre des rares bonnes nouvelles, Reporters sans frontières a appris que le journaliste Said Abdulhai, qui avait été arrêté au cours de la dernière semaine du mois de mars 2010, a été libéré il y a plusieurs mois. Vétéran de la guerre d’indépendance contre l’Ethiopie, diplômé de l’université de Benghazi en Libye dans les années 1980, il est l’un des fondateurs du département des médias après la libération. A une époque directeur du département de la presse au ministère de l’Information, il avait ensuite été responsable de l’agence de presse érythréenne et du journal progouvernemental en tigrinya, anglais et arabe. Employé au ministère des Affaires étrangères au moment de son arrestation, il travaille désormais au ministère de l’Education.

Certains de ses confrères continuent de fuir le pays pour échapper à la dictature et à une possible arrestation. Ainsi le journaliste du service en amharique de la radio publique Dimtsi Hafash et de la chaîne publique Eri-TV, Senay Gebremedhin, employé du ministère de l’Information pendant 14 ans, a réussi à gagner l’Ethiopie voisine en janvier 2012. Un autre, dont l’anonymat est préservé pour des raisons de sécurité et qui a fui à la même période que Senay Gebremedhin, vient d’entrer en contact avec Reporters sans frontières pour obtenir de l’assistance.

Plus d’informations sur l’Erythrée

Lire aussi l’ouvrage de Léonard Vincent, intitulé Les Erythréens, paru en janvier 2012 aux éditions Rivages.

Enfin, écouter les deux émissions ’Rendez-vous avec X’ diffusées sur la radio publique française France Inter, en mars 2012 :

[« L’Erythrée sous l’emprise du dictateur Issaias Afeworki » (1/2)-http://www.franceinter.fr/emission-rendez-vous-avec-x-l-erythree-sous-l-emprise-du-dictateur-issayas-afeworki-1]

« L’Erythrée sous l’emprise du dictateur Issaias Afeworki » (2/2)

Une conférence de presse, à Stockholm, sur Dawit Isaac

Le 22 mars dernier, la section suédoise de Reporters sans frontières a organisé une conférence de presse, à Stockholm, exposant les démarches juridiques entreprises par l’organisation pour défendre le journaliste emprisonné Dawit Isaac.

’Nous sommes à un tournant. L’affaire Dawit Isaac a progressé d’un nouvel échelon’, a indiqué l’avocat Percy Bratt. ’Le gouvernement érythréen doit tenir parole au sujet du journaliste emprisonné Dawit Isaac et le présenter devant une cour sans délai’, a ajouté Jesper Bengtsson, président de la section suédoise de Reporters sans frontières.

Une ordonnance d’Habeas Corpus a été envoyée à la Cour suprême érythréenne par Reporters sans frontières en juillet 2011, et une seconde copie a également été remise par la délégation de l’Union européenne à Asmara. Le Parlement européen et le gouvernement suédois soutiennent tous deux cette action. Il est aujourd’hui confirmé que la Cour a bien réceptionné l’ordonnance, signée par les avocats Me Jesús Alcalá, Me Prisca Orsonneau et Me Percy Bratt.

L’idée fondamentale derrière cette vieille pratique juridique qu’est l’Habeas Corpus est que personne ne possède le pouvoir de détenir arbitrairement et au secret des individus sans que soit effectué un contrôle par une cour de justice. Le droit de soumettre une ordonnance d’Habeas Corpus est garanti par la loi érythréenne, telle qu’énoncée dans les articles 19 et 20 du Code de procédure pénale et 179 du Code de procédure civile érythréen, ainsi que par la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples.

La Cour doit maintenant décider s’il existe une base juridique pour maintenir le journaliste en prison. En vertu des procédures pénales érythréennes, une personne ne peut être détenue plus de vingt-huit jours. Il doit alors soit être poursuivi, soit relâché. Dawit Isaac n’a toujours pas été poursuivi ou condamné depuis qu’il a été arrêté, il y a dix ans.

Cette action est soutenue par les rédacteurs en chef de 21 journaux dans sept pays européens : El País, Gazeta Wyborcza, Berliner Zeitung, Frankfurter Rundschau, Der Spiegel (Spiegelonline), Stuttgarter Zeitung, TAZ, Iltalehti, Helsingin Sanomat, Hufvudstadsbladet, Berlingske, BT, Ekstrabladet, Aftenposten, Dagbladet, Verdens Gang, Aftonbladet, Dagens Nyheter, Expressen, Göteborgs-Posten et Svenska Dagblade.

Pour plus d’informations, contacter Björn Tunbäck, Reporters sans frontières – Suède : + 46 703 27 09 12

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Migrants : Norrent-Fontes refuse de payer à l’État la destruction du camp

5 avril 2012 - L’Echo de la Lys

Le maire (EELV) de Norrent-Fontes pense avoir trouvé la faille juridique qui lui permettra de ne pas payer les 21 270,86 euros, somme que réclame la préfecture pour la destruction du camps des migrants cet hiver.

D’après Marc Boulnois, un juge judiciaire aurait dû demander la destruction, et le préfet ne pouvait pas agir d’autorité. Nous vous proposons le communiqué de presse envoyé par la commune.

« Le 29 janvier 2012, un an jour pour jour après la mobilisation de nombreux élus et citoyens contre la première mise en demeure, Monsieur Pierre Bousquet de Florian- Préfet du Pas de Calais - procédait à la destruction du campement des migrants sur Norrent-Fontes. Le 22 février 2012, à quelques jours de son départ du Pas de Calais, il demandait à la commune de procéder au paiement de la somme de 21 270,86 euros en règlement des frais de destruction.

« Depuis, des centaines d’élus écologistes, socialistes, communistes, de droite - maires, conseillers généraux et régionaux, députés, sénateurs, députés européens - interpellent le nouveau préfet du Pas de Calais - Monsieur Denis Robin - pour lever l’injonction faite à la commune de Norrent-Fontes et pour réunir le plus rapidement possible une table ronde avec l’Etat, les élus et les associations.

« L’État ne peut pas faire peser sur les communes sa politique d’immigration qui est une mise en oeuvre très répressive et spectaculaire des directives européennes. Les communes qui se trouvent être sur les routes migratoires essaient de faire face à la situation du mieux qu’elles peuvent : elles font leur possible avec les associations de solidarité pour accueillir le plus dignement ces personnes vulnérables confinées à l’errance sur le territoire.

« Cette injonction de payer est d’autant plus intolérable qu’en application de l’article L. 1331-29 du code de la santé publique, il ne peut être exécuté d’office la démolition, ou le démantèlement, d’habitations qu’après une ordonnance rendue par le juge judiciaire statuant en référé et ayant pour objet d’autoriser l’administration à y procéder.

« Aucune saisine du juge n’a précédé la démolition d’office desdites habitations.

« En conséquence, la destruction du campement le 29 janvier 2012 est illégale et la demande de paiement des frais engagés pour y procéder infondée.

« La commune de Norrent-Fontes engage à ce sujet un recours gracieux auprès du Préfet du Pas-de-Calais. En effet l’hypocrisie a assez duré. Il est urgent de se mettre autour d’une table. »

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Israël renforce ses barrières métalliques à la frontière avec l’Egypte

5 avril 2012 - RFI - Nicolas Falez

Une nouvelle clôture a été contruite par Israël le long de ses frontières avec l’Egypte. L’ouvrage était au départ destiné à stopper le flux de migrants clandestins africains. Désormais, ce sont les éléments radicaux susceptibles d’agir en coopération avec les groupes palestiniens de Gaza qui inquiètent les autorités israéliennes.

Sud d’Israël, paysage de sable et de pierre où s’activent des ouvriers qui soudent de grandes plaques de grillage sur de très haut poteaux métalliques : « Ici, on se trouve à la frontière égyptienne. On a un grillage de 5 mètres de haut, avec des barbelés. Quand on passe de l’autre côté du grillage, vous avez plusieurs rangées de barbelés qui permettent de ralentir l’arrivée de personnes au grillage », explique le lieutenant Daniel de l’armée israélienne lors de la visite de ce chantier sensible.

La frontière est longue de plus de 200 km. L’ouvrage était au départ destiné à stopper le flux de migrants clandestins africains. Désormais, ce sont les groupes jihadistes du Sinaï qui inquiètent les autorités israéliennes. « Mis à part le grillage qui a été construit ici, on a des forces qui patrouillent tout au long de la journée et de la nuit, des postes d’observation tout au long de la frontière qui sont là pour surveiller toute arrivée ou toute personne qui s’approchent de la frontière », développe le lieutenant israélien qui s’occupe de faire visiter les lieux.

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Un attentat fait au moins douze morts dans le Nord afghan

5 avril 2012 - Libération - AFP

L’armée norvégienne, visée, affirme qu’aucun de ses hommes n’a été tué. Des soldats de l’Isaf d’autres nationalités pourraient en revanche faire partie des victimes.

Au moins douze personnes ont été tuées mercredi dans un attentat suicide revendiqué par les talibans visant la force internationale de l’Otan (Isaf) dans le nord de l’Afghanistan, selon l’armée norvégienne qui assure qu’aucun de ses soldats n’a péri.

Mais l’Isaf a annoncé parallèlement que trois de ses militaires avaient été tués mercredi par une explosion dans le nord, refusant de dire s’il s’agissait ou non de cet attentat suicide.

L’attaque évoquée par Oslo a eu lieu dans la province de Faryab, une région où la majorité des soldats de l’Isaf sont norvégiens et habituellement épargnée par la guérilla des talibans.

Les insurgés ont revendiqué l’attentat sur leur site Voice of Jihad, affirmant que huit étrangers avaient péri et que six avaient été blessés.

« Un homme portant une veste de kamikaze sur une mobylette bourrée d’explosifs a visé des forces étrangères près d’une base étrangère à Maymana », la capitale de Faryab, a raconté à l’AFP le lieutenant Mohammad Ahmadzaï, porte-parole de la police afghane dans le nord.

Le kamikaze « a visé un groupe de nos alliés étrangers », des « soldats », près d’un parc, a précisé le gouverneur provincial, Abdul Haq Shafaq.

« Chiffre encore provisoire »

Le lieutenant-colonel John Espen Lien, porte-parole de l’état-major norvégien, a indiqué à l’AFP que l’attaque avait fait « au moins douze morts ». « Mais c’est un chiffre encore provisoire », a-t-il ajouté, en indiquant qu’« aucun soldat norvégien n’a été impliqué ni n’était à proximité au moment de l’attentat ».

« Pour ce qui est de la nationalité des victimes, nous avons pour règle de laisser l’Isaf et le pays concerné communiquer sur le sujet », a-t-il précisé, laissant planer la possibilité que d’autres soldats étrangers puissent avoir été tués.

La Norvège fournit au total 400 soldats à l’Isaf qui en compte environ 130 000 et soutient le gouvernement afghan face à la rébellion menée par les talibans, dont les attentats suicide sont une arme de prédilection.

Le chef de la police provinciale Abdul Khaliq Aqasaï a indiqué à l’AFP que quatre policiers afghans avaient été tués et que des militaires américains lui avaient dit que quatre membres de l’Isaf étaient morts.

« L’explosion a été puissante. Elle a tué six civils et quatre policiers. Vingt personnes, dont quatre policiers, ont été blessés », selon le lieutenant Ahmadzaï, qui a indiqué « ne pas être au courant de pertes pour les troupes étrangères ».

D’après un médecin de l’hôpital de la ville, cinq cadavres et 26 blessés ont été amenés après cette attaque.

Lundi, au moins 24 personnes, dont treize écoliers, avaient été blessées dans un double attentat sur un marché de Baghlan, une autre province du Nord.

Le nord du pays est en général plus épargné par les attaques de ce genre que le sud et l’est, principaux bastions des talibans.

La dernière décennie a vu les forces anti-gouvernementales, menées par les talibans, livrer une guérilla sanglante aux forces du gouvernement de Kaboul, soutenu par l’Isaf.

Dirigée par les Etats-Unis qui lui fournissent la grande majorité de ses quelque 130 000 soldats, cette dernière est déployée en Afghanistan depuis la fin 2001, lorsqu’elle a renversé le régime des talibans. Elle y a perdu depuis près de 3 000 soldats, dont plus de 100 cette année.

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À Lille, la police repousse une manifestation de soutien aux sans-papiers : six hospitalisations

5 avril 2012 - La Voix du Nord

Face aux actions du Comité des sans-papiers (CSP 59) à Lille, la réponse de l’État se durcit. Nouvelle illustration hier matin devant le tribunal administratif. Plusieurs dizaines de sans-papiers et sympathisants manifestent dans le calme. Parmi eux, des syndicalistes, militants politiques ou associatifs. ...

Le but, soutenir six étrangers comparaissant devant la juridiction. Interpellés puis placés en centre de rétention vendredi après l’occupation du local de l’UMP, ils sont menacés d’expulsion.

Le tribunal, saisi par l’ordre de Malte, doit vérifier la légalité de la procédure préfectorale. Son président, invoquant la sérénité des débats, refuse de laisser entrer les manifestants. Des policiers bloquent la porte du bâtiment.
« Acharnement »

Faute d’assister à l’audience, en théorie publique, les soutiens attendent sur la chaussée en chantant. Certains font un sit-in.

Ambiance revendicative et paisible. Vers 11 heures, les forces de l’ordre, avec casques et boucliers, rappliquent en nombre. Elles repoussent sans ménagement le groupe : « Ils ont fait mouliner les tonfas, donné des coups de pied et utilisé du gaz lacrymogène, se scandalise un participant. Un camarade avec une caméra a été frappé. Des jeunes femmes ont été tabassées. C’est une honte ! » Rabah, du CSP 59, lui aussi indigné : « Ils nous ont dit qu’on n’avait pas le droit de rester, et tout d’un coup ils ont chargé avec une violence extrême. » Six personnes, dont quatre femmes, sont conduites à l’hôpital par les pompiers. Cinq souffrent de contusions et douleurs, la sixième a fait un malaise.

Le cortège recule de plusieurs dizaines de mètres. Un porte-parole du CSP prend le mégaphone : « La violence n’est pas de notre côté !

Nous continuons pacifiquement malgré l’acharnement ! » Les chants et slogans reprennent. Les agents resserrent l’étau et obligent tout le monde à rester sur le trottoir. « Je suis affligé. Ce n’est pas la première manif de ce genre. Je ne vois pas ce qui explique le déploiement policier et la charge, déplore Joseph Demeulemeester, secrétaire de la section lilloise du PCF. Je me demande si ce n’est pas une manière de faire mousser certains thèmes en période électorale. Je m’étonne du choix de la préfecture... » Laquelle justifie l’opération : « La police est intervenue pour sécuriser une manifestation non déclarée sur la voie publique et assurer la sécurité des passants et des automobilistes.

 » Elle ne paraissait pourtant pas en péril... Cette fermeté s’est accentuée au gré des mobilisations des sans-papiers, qui veulent donner de la voix à l’approche de la présidentielle. Ces dernières semaines, la direction du travail et les locaux d’Emmaüs ont été occupés. Les évacuations n’ont pas donné lieu à des arrestations. L’envahissement de l’UMP semble plus sensible. Six personnes y ont été interpellées. Le tribunal administratif a confirmé leur reconduite à la frontière. Prochain épisode aujourd’hui, avec leur passage devant le juge des libertés et de la détention.

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Ce que coûte vraiment l’immigration à la France

4 avril 2012 - Challenges - Marco Mosca

ENTRETIEN L’économiste Lionel Ragot démonte dans un ouvrage qui vient de paraître les idées reçues véhiculées par la campagne électorale sur l’immigration et son poids économique.

Selon un récent sondage Viavoice-BPCE-Les Echos, les Français placent l’immigration au neuvième rang des préoccupations qu’ils veulent voir abordées par les candidats à la présidentielle. Loin derrière l’emploi (52%), le pouvoir d’achat (42%), avec 11% seulement des suffrages. Et pourtant, le sujet reste prédominant à droite, exacerbé récemment par les tueries du Sud-Ouest. Pour certains candidats, une partie des maux de la société française serait due à l’immigration, du point de vue économique notamment.

Le livre L’immigration coûte cher à la France, qu’en pensent les économistes ?, de Xavier Chojnicki et Lionel Ragot, aux éditions Eyrolles et Les Echos Editions, permet de revenir sur un certain nombre d’idées reçues.

La France accueille 200.000 migrants par an, expliquent-ils, ce qui en fait un des pays les plus fermés au sein de l’OCDE. Seul le Japon, réputé pour être très hermétique, fait mieux. Et d’indiquer que le solde migratoire, de 1,2 ‰, "c’est environ deux fois moins que celui observé au cours des années 1960, dans notre pays et d’un niveau incomparable aux sommets atteints par certains de nos voisins tels que l’Allemagne (10 ‰) , le Royaume-Uni (5 ‰) et sans aucune mesure avec les taux espagnols du début des années 2000 (15 ‰)".

Lionel Ragot est professeur d’économie à l’université d’Evry, conseiller scientifique au CEPII et chercheur associé à la chaire de Transitions démographiques, transitions économiques de la Fondation du risque. Il répond aux questions de Challenges.

L’immigration s’inscrit au cœur de la campagne électorale au risque de véhiculer de nombreux fantasmes, exagérations et clichés. Quel est votre sentiment général face à la place prise par ce sujet dans les débats ?

- Le poids de l’immigration dans le débat public est inversement proportionnel à ses impacts économiques. L’immigration est devenue un enjeu majeur de la campagne électorale. Et pourtant son impact économique est relativement neutre. C’est ce que j’essaie de montrer avec Xavier Chojnicki dans notre ouvrage. Nous reprenons les grandes questions et les a priori véhiculés sur l’immigration et les confrontons aux travaux menés par les économistes sur ce sujet.

Vous montrez notamment que les immigrés, contrairement à une première idée reçue, ne sont pas à l’origine de la stagnation des salaires…

- L’immigration est de plus en plus présentée en France comme une des causes du nivellement par le bas des salaires des personnes peu qualifiées. Aux Etats-Unis, elle est avancée comme étant la principale source de la montée des inégalités salariales notamment avec l’arrivée dans les années 80-90 d’une main d’œuvre sud-américaine et asiatique peu qualifiée. Toutes les études montrent que l’arrivée d’immigrés a eu en fin de compte un impact relativement limité sur les salaires des natifs, tant aux Etats-Unis que dans les pays européens.

Pour donner un ordre de grandeur de cet effet, en prenant l’exemple de la région Ile-de-France, l’arrivée de l’équivalent de 1% de la population active francilienne, soit 64.000 travailleurs immigrés, réduirait le salaire mensuel moyen entre 3 et 17 euros environ. Nous citons également trois études basées sur des expériences naturelles : à savoir l’afflux de Cubains à Miami, le retour des Pieds-noirs en France après l’indépendance algérienne, et l’arrivée massive d’immigrés russes en Israël. Ces trois chocs migratoires ont eu des effets modérés sur les salaires et le chômage.

Les immigrés "volent-ils" le travail des Français comme certains politiques peuvent le laisser entendre ?

- Cette question est prédominante et plus ancienne que celle des salaires en France. Les études que nous citons montrent une nouvelle fois que l’immigration a peu d’effet sur le taux de chômage des natifs. L’immigration ne fait pas augmenter le chômage parce qu’elle agit sur la demande de biens et de services et par ricochet sur l’emploi. Les immigrés entrent d’autre part dans une relation de complémentarité plutôt que de substituabilité avec les autochtones. Ils permettent par conséquent d’apaiser certaines tensions sur le marché du travail. Si concurrence il y a, elle se situe davantage entre anciennes et nouvelles vagues d’immigrés.

Vous revenez enfin sur l’idée préconçue selon laquelle l’immigration pèse sur les finances publiques…

- Cette idée est très présente dans les débats actuels, la question des déficits publics étant une préoccupation majeure. Certes, nous montrons que les immigrés sont surreprésentés parmi les bénéficiaires de certaines aides sociales, notamment pour les allocations chômage et le RMI, à caractéristiques identiques entre natifs et immigrés. Mais nous avons évalué pour l’année 2005 l’impact sur les finances publiques de la population immigrée, celui-ci était légèrement positif. La différence entre ce qu’elle verse et ce qu’elle reçoit atteint un montant de 3,9 milliards d’euros au bénéfice du budget des administrations publiques. L’explication principale provient d’une structure par âge plus jeune des immigrés par rapport aux autochtones. La même méthode appliquée à une autre année pourrait toutefois aboutir à un résultat négatif, mais toujours modéré. Nous sommes loin des résultats de Jean-Paul Gourevitch qui, avec une méthode différente, aboutit pour 2010 à un impact négatif évalué à 30 milliards d’euros.

Sarkozy veut réduire l’immigration légale à 100.000 entrées par an, Marine Le Pen à 10.000. Quel peut être l’impact d’une telle décision ?

- Du point de vue économique, il est très difficile de définir le niveau optimal de flux migratoire ou le bon niveau d’immigration pour l’économie française. Il a été question d’immigration choisie, afin de gérer au mieux les pénuries de main d’œuvre, ou d’immigration sélective, pour favoriser l’entrée des plus qualifiés. La première a été abandonnée. Quant à la seconde, elle peut avoir à court-moyen terme un impact positif pour les finances publiques. Toutefois, à long terme cet effet bénéfique, par rapport à une politique non sélective, disparaît. Les plus qualifiés vivent plus longtemps et font moins d’enfants. Ce qui sous-entend moins de recettes pour le futur et plus de dépenses [retraites].

La question de l’immigration relève-t-elle finalement davantage de considérations politiques qu’économiques ?

- Nous laissons le lecteur de notre ouvrage se faire sa propre opinion. L’immigration est quelque chose que les Français vivent au quotidien. Ils perçoivent celle-ci en fonction de leur vécu et de son image renvoyée par les médias. Il faut reconnaître que la réalité de l’impact économique de l’immigration n’est pas très bien connue parce que peu étudiée dans notre pays. Un économiste qui travaille sur ce thème en France n’a que des coups à prendre. Avec notre livre, nous ne devrions pas être épargnés.

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