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Archives du mois de 05 2012

Migrants : la quatrième édition du Last border sound festival se déroule à Hazebrouck

28 mai 2012 - La Voix du Nord

Une fois n’est pas coutume, le Last border sound festival ne se déroulera pas à Steenvoorde cette année, mais à Hazebrouck.

Organisé par l’association Terre d’Errance, l’événement, qui se développe peu à peu, débute dès demain avec une exposition photo intitulée Que fais-je ici au centre socio-éducatif (CSE). Signée Nadège Fagoo et Émilie Lenancker, la collection propose de découvrir des portraits de migrants du camp de Bailleul, qui ont tout quitté.

Jeudi, c’est au cinéma les Arcs-en-ciel qu’il faudra être. À 20 h, le film Maman est folle sera projeté. L’histoire d’une mère de famille calaisienne qui se lance à corps perdu dans le bénévolat. Le réalisateur Jean-Pierre Ameris sera présent pour débattre sur les grandes thématiques de son film.

Vendredi à 19 h 30, un concert se déroulera à la salle des Augustins. Quatre groupes se succéderont sur scène et promettent une belle soirée. Tète d’affiche, Los Tres Puntos, formation déjantée de ska punk, devrait vraisemblablement faire trembler les murs du musée. Division Nada, Larcin et Arsene lupunk trio les précéderont.

Samedi, toujours à la salle des Augustins, des contes, des rencontres avec des écrivains et du théâtre viendront mettre un terme au festival.

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A la frontière libyenne, l’interminable attente pour 3000 réfugiés africains

27 mai 2012 - Nouvelle Tunisie, le Libéblog - Léa Baron et Edouard de Mareschal

Près de 3000 travailleurs africains et quelques familles vivent dans le dernier camp de transit tunisien de Choucha, à la frontière libyenne. Venus de tout le continent, ils ont fui la guerre en Libye. Certains attendent de partir pour un pays d’accueil, d’autres n’ont nulle part où aller.

Soleil de plomb sur sable brûlant dans le désert du sud-est tunisien. Sur cette terre hostile se dresse une ville de tentes blanches en pleine zone militaire, à dix kilomètres de la frontière libyenne. Aujourd’hui, le camp de transit de Choucha abrite encore près de 3000 personnes venues de toute l’Afrique. Des Somaliens, des Soudanais, des Ethiopiens, des Erythréens mais aucun Libyen.

Au plus fort des combats en Libye, plus de 18 000 personnes ont trouvé refuge ici, rejoignant le camp à pied, alors que des dizaines de milliers de personnes se retrouvaient sur les routes. Deux des trois camps ouverts dans le sud tunisien ont depuis fermé, mais pas celui-ci.

A peine sorti de son bureau à l’entrée du camp, Rocco Nuri, l’un des responsables du HCR, Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, est interpellé par Bliss. Ce réfugié somalien de 31 ans, arrivé en mars 2011, ne veut qu’une chose : partir pour les Etats-Unis qui ont accepté son dossier. « Tu sais que ce n’est pas moi qui prend la décision. Sois patient. », lui répète Rocco Nuri. Mais l’attente se fait longue. « Vous dites tout le temps attends, attends… Si vous ne m’aidez pas, je vais partir par mes propres moyens. », insiste Bliss.

Les Etats-Unis, premier pays d’accueil

Au total, près de 3 700 demandes de statut de réfugié ont été déposées. Moins de la moitié ont été acceptées. Plus de 700 réfugiés ont quitté le camp pour l’Australie, la Norvège ou la Suède et, surtout, les Etats-Unis, qui n’ont pas fixé de quota et en accueillent donc la majeure partie. Mais le départ effectif peut parfois prendre plusieurs mois.

Si Bliss attend toujours de partir, tous n’ont pas la perspective d’une destination d’asile. « Une minorité d’entre nous a été reconnue comme réfugié », s’insurge Constant Paul Climbie, Ivoirien de 40 ans présent sur le camp depuis mars 2011. « Pas question de retourner en Côte d’Ivoire, qui vient de vivre onze ans de guerre. Nous sommes devenus orphelins, discriminés. On se sent délaissés ici. »

Pour les 1500 personnes dont le statut de réfugié leur a définitivement été refusé, la situation devient incertaine. Le HCR leur demande de retourner volontairement dans leur pays d’origine, suffisamment stable à ses yeux. Une décision qui suscite des mécontentements dans les communautés.

Faute d’accepter un retour volontaire, ces migrants passent sous autorité tunisienne qui les tolère sur son territoire sans pour autant leur accorder un droit d’asile. 80% sont des hommes, souvent seuls. Les familles restent rares, même si le HCR recense encore plus de 400 enfants.

Certains trompent le temps, et la routine s’installe. Alïd Aljawhari Ali Ali, Egyptien de 64 ans, a été peintre en bâtiment pendant neuf ans en Libye. Son statut de réfugié rejeté, il n’a nulle part où aller. « J’attends qu’un pays vienne me chercher. Ils m’ont torturé en Libye et m’ont pris tout ce que j’avais. » Atteint de tension artérielle, il occupe ses journées lentement. « Je sors de ma tente, je marche un peu, j’entretiens mon jardin et c’est fini ».

L’espoir de migrer vers l’Europe

Le plus important pour de nombreux migrants reste la sécurité, garantie dans le camp. L’atmosphère s’y est apaisée, après une violente bagarre entre des travailleurs tunisiens et des réfugiés du camp qui perturbaient leurs trafics locaux de contrebande (essence et devises). Les affrontements ont fait deux morts et 19 blessés. Aujourd’hui, la vie du camp est paisible et les ONG subviennent aux besoins matériels des migrants.

Dans ce contexte d’attente, certains décident de s’investir dans la vie du camp, comme Youssif Aliwalad. A 33 ans, ce Tchadien peintre en bâtiment en Libye est devenu assistant sanitaire pour différents organisations présentes à Choucha. Il vit dans la complète incertitude quant à son avenir sans rêver d’un pays d’accueil en particulier. « Je suis venu ici seulement pour avoir une protection », souligne-t-il. D’autres membres de sa communauté reconnaissent à mi-mot qu’ils viennent aussi ici dans l’espoir de migrer vers l’Europe.

Abdikarim Mohamed Muhumed, un Somalien de 23 ans, a déjà tenté de quitter la Libye. « Quand j’ai fui la première fois pour Lampedusa, notre bateau a été arrêté à 30 km de la côté par les autorités tunisiennes. J’ai été envoyé directement au camp de Choucha. Je n’ai pas le statut de réfugié », raconte-t-il. Il n’exclut pas d’essayer à nouveau de quitter le camp pour l’Europe.

Plus d’un an après son ouverture, le camp de transit de Choucha a toujours des allures de village international, où se côtoient plus d’une vingtaine de nationalités. Initialement prévue pour avril 2012, sa fermeture a été repoussée jusqu’à mi-2013. Pour l’instant.

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Encouragez la "Course des Héros" !

25 mai 2012 -

Nous vous transmettons un message de Bruno Mistiaen, bien connu des associations calaisiennes pour son engagement auprès des migrants :

Bonsoir à tous [...].

Je me permets donc d’envoyer [...] le message ci-joint concernant la « course des héros », dont une épreuve va se dérouler à Villeneuve d’Ascq et à laquelle vont participer plusieurs jeunes afghans, pour tenter de collecter des fonds pour AFRANE et le financement d’écoles en Afghanistan. En pièces jointes aussi, des articles sur deux de ces jeunes. Ce sont des jeunes arrivés dans le nord, qui sont pour la plupart passés par Calais, et qui sont maintenant scolarisés
Pour courir, chaque participant doit collecter un minimum de 300 €
Si vous avez la possibilité de diffuser l’info au maximum pour que tous les jeunes inscrits, et sans doute quelques autres aussi, puissent participer, d’avance merci beaucoup. Et si, par ailleurs, vous pouvez venir ce jour-là, n’hésitez pas ; Marine Place (auteur des films « Les choix de Valentin » et « Traverser ») devrait filmer, elle prépare en effet un documentaire sur l’intégration de jeunes afghans dans la région..

Bien cordialement.
Bruno Mistiaen.

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Présentation de l’événement, la Course des Héros
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Article sur Ahmad
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Article sur Nehmat
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Afghanistan : 120 écolières intoxiquées dans leur école

23 mai 2012 - RFI - Nicolas Ropert

Dans la province de Takhar, dans le nord-est de l’Afghanistan, 120 écolières, ainsi que trois de leurs professeurs, ont été intoxiquées par un gaz introduit dans leur salle de classe à leur insu. Les autorités de Kaboul soupçonnent les talibans d’être les auteurs de cet acte, alors que de plus en plus d’écoles sont attaquées dans le pays.

De plus en plus d’établissements scolaires sont pris pour cible en Afghanistan. Selon le ministère afghan de l’Education, 550 écoles pour filles ou mixtes ont été fermées ces dernières semaines. Elles l’ont été dans la grande majorité des cas pour des raisons de sécurité. Cette fois-ci, ce sont 120 écolières qui ont été intoxiquées dans la province de Takhar, dans le nord-est du pays.

Deux millions d’écolières

C’est dans cette même région qu’une centaine de fillettes avaient été prises de vertiges après avoir bu de l’eau dans leur école le 17 avril dernier. Certaines avaient passé plusieurs jours à l’hôpital. Le réservoir de l’école avait été contaminé. Cette attaque n’avait pas été revendiquée mais les autorités avaient attribué cet acte à des opposants à l’éducation des filles.

Aujourd’hui, deux millions de fillettes apprennent à lire et à écrire, alors qu’il leur était interdit d’aller à l’école sous le régime des talibans. Le porte-parole des services secrets afghans affirme que ces attaques font partie de « l’offensive de printemps » des talibans. Les insurgés réfutent cette accusation, même si la plupart des actions contre les établissements scolaires ont effectivement lieu dans des zones où les talibans sont bien implantés.

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Un naufrage dans l’océan Indien à Mayotte rappelle les dangers de la migration irrégulière

22 mai 2012 - UNHCR - William Spindler

PARIS, France, 22 mai (HCR) – Le HCR a exprimé sa tristesse mardi quant au décès par noyade d’au moins cinq personnes, dont trois enfants, après le naufrage d’une embarcation légère motorisée au large du département français d’Outre-Mer de Mayotte, dans l’océan Indien.

19 personnes ont été secourues et transportées à Mayotte, après que le bateau ait touché un récif de corail samedi, alors que 15 autres personnes sont portées disparues ou auraient trouvé la mort par noyade, selon les autorités.

« Cette tragédie illustre à nouveau les dangers auxquels sont confrontées des personnes poussées à prendre des décisions désespérées pour échapper à la pauvreté, au conflit et à la persécution », a expliqué un porte-parole du HCR. « Comme en mer Méditerranée et dans le golfe d’Aden, les eaux entourant Mayotte sont le théâtre de traversées clandestines de migrants et réfugiés en quête d’une vie meilleure ou d’une protection contre la persécution et la guerre », a-t-il ajouté.

La frêle embarcation a touché un récif de corail entourant le lagon de Mayotte, un département français d’outre-mer. Elle avait quitté l’île d’Anjouan dans les îles de l’Union des Comores, un archipel voisin.

Selon les autorités locales de Mayotte, certains survivants se sont tenus au bateau à moitié chaviré toute la nuit. Ils ont été localisés dimanche matin par un groupe de plongeurs appartenant à un club local, qui sont venus à leur rescousse.

Les survivants souffraient d’hypothermie et de déshydratation. Certains souffraient de fractures et d’autres blessures. Le Ministère français des Outre-Mer a indiqué que 19 rescapés avaient été transportés à l’hôpital de Mamoudzou, le chef-lieu du département de Mayotte.

Une opération de recherche et de sauvetage, incluant des bateaux et un avion de la marine, a été lancée dimanche. Lundi, les autorités ont annoncé qu’elles mettaient fin aux recherches, après que tous les survivants aient été secourus. « Le HCR se félicite des efforts entrepris par les autorités locales pour la recherche et le sauvetage des naufragés ainsi que de l’aide apportée par les membres d’un club de plongée local qui ont secouru les survivants », a indiqué le porte-parole.

Depuis des décennies, des personnes ont recours à de petites barques – plus connues sous le nom de « kwassa-kwassa » – pour se rendre depuis l’Union des Comores vers le département français de Mayotte, qui est plus prospère. Pour la plupart, ces traversées s’effectuent sans document de voyage ou d’identité et présentent des risques considérables pour les personnes qui tentent l’aventure. Les statistiques sur ces traversées clandestines restent inconnues. Les demandeurs d’asile comptent pour une petite partie de ces mouvements et leur nombre n’a cessé d’augmenter ces deux dernières années.

L’année dernière, quelque 1200 demandes d’asile ont été enregistrées à Mayotte, soit 41 % de plus qu’en 2010. La majeure partie des requérants sont originaires de l’Union des Comores (90 %). Pour le reste, il s’agit de ressortissants de la République démocratique du Congo, de Madagascar, du Rwanda et du Burundi. L’année dernière, environ 20 000 personnes, y compris des demandeurs d’asile déboutés, ont été expulsées depuis Mayotte vers l’Union des Comores et Madagascar.

Le HCR appuie les autorités locales et la société civile en France, y compris les départements et territoires français d’Outre-Mer, à gérer les problèmes posés par les flux mixtes comprenant des migrants irréguliers et des demandeurs d’asile. Le HCR souligne que l’ensemble des contrôles aux frontières et autres mesures doit permettre d’identifier les personnes en quête d’une protection contre la persécution et le conflit et que ces personnes aient accès à la procédure pour évaluer leurs besoins.

Le retrait d’Afghanistan, fin 2012, des forces combattantes françaises est confirmé

22 mai 2012 - Le Monde - Nathalie Guibert

Tous les combattants français de la Force internationale de l’OTAN auront quitté l’Afghanistan à la fin 2012. Après dix ans d’une guerre qui, à ce jour, a tué 83 soldats français et en a blessé gravement 700 autres, la décision du nouveau président Hollande a été confirmée et expliquée par Paris à ses alliés réunis à Chicago pour le 25e sommet de l’OTAN : "L’armée afghane se substituera à nos troupes dans les prochains mois et avant la fin 2012", a précisé M. Hollande à la presse, dimanche 20 mai. "En 2013, demeureront seulement des formateurs pour les forces de police et les cadres de l’armée afghane."

Ce changement dans la nature de l’engagement national n’est pas un abandon de la coalition, fait valoir Paris. Reste à en fixer les modalités techniques. En outre, le traité bilatéral signé le 27 janvier avec Kaboul comprend un programme de coopération militaire sous forme de formation, avec une première tranche en 2014-2016.

Pour l’heure, la décision du retrait des combattants emporte une autre conséquence : après 2014, date à laquelle l’OTAN a prévu de céder la sécurité du pays aux forces afghanes, la France ne prévoit pas de participer aux missions de contre-terrorisme que les forces spéciales américaines et britanniques devraient poursuivre.

ECOLES MILITAIRES

Le retrait français des vallées de Kapisa, au nord-est de Kaboul, interviendra donc avant que la "transition" ne soit achevée dans cette petite province : ce processus de passage de relais aux pouvoirs afghans, lancé mi-mai par le gouvernement de Kaboul, est censé durer dix-huit mois. Cependant, le retrait n’entraînera "pas de dégradation de la sécurité" sur le terrain, a assuré à l’AFP le général américain John Allen, commandant des forces en Afghanistan.

La France compte 3 600 soldats et gendarmes sur les 130 000 hommes engagés. Le nombre précis des "formateurs" va être défini dans les prochaines semaines, tout comme celui des hommes, toujours combattants, eux, maintenus pour les protéger. L’état-major français a planifié tous les scénarios. Il doit s’entendre avec le commandement de la Force internationale.

Une chose est sûre, ces formateurs ne seront plus sur le terrain, dans les états-majors et les brigades afghanes où ils étaient tout aussi exposés que les autres soldats, mais dans les écoles militaires, en Afghanistan et en France comme c’est déjà le cas.

Depuis 2002, l’armée française a formé environ 25 000 Afghans, officiers, commandos et, plus récemment, agents de l’Afghan National Civil Order Police, un équivalent de la gendarmerie mobile. Des écoles montées par l’OTAN ont vocation, comme les bases militaires, à être transférées aux Afghans : les instructeurs français se sont déjà retirés de la Commando School de Kaboul et de l’école de gendarmerie du Wardak.

D’autres formations vont s’arrêter, suivant la déflation des forces afghanes souhaitée par Washington (de 350 000 hommes aujourd’hui à 228 000 en 2017). La France arrêtera à l’été de former des sous-officiers afghans sur sa base des Emirats arabes unis.

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Actualité Monde RSS L’Iran s’attaque à ses "mannequins"

21 mai 2012 - Le Point - Armin Arefi

La police de Téhéran lance une offensive visant les femmes mal voilées, à pied comme en voiture.

La République islamique déclare la guerre aux mèches rebelles et aux foulards tombants. La police de Téhéran a dévoilé, samedi, une circulaire sans précédent visant les femmes mal voilées de la capitale iranienne, rapporte le site persan de la BBC. D’après les médias iraniens officiels, qui se sont empressés de relayer la nouvelle, le plan prévoit des "mesures sévères" contre les "mannequins des rues". À partir de samedi après-midi sera interpellée toute Iranienne couverte de vêtements "serrés et collants", a indiqué le chef adjoint de la police, Ahmad Reza Radan. Seront également visés les manteaux s’arrêtant au-dessus des genoux ainsi que les jeans slim.

Outre les femmes, les autorités iraniennes ont décidé de s’attaquer à l’origine même du fléau. Ainsi, d’après Hossein Sajednia, chef de la police de Téhéran, les fabricants et les importateurs de vêtements immoraux seront également sanctionnés. Après avoir rendu obligatoire le voile à l’issue de la Révolution islamique, les autorités n’ont eu de cesse de resserrer l’étau autour des femmes iraniennes, les poussant à adopter le tchador noir. En vain. Les grandes villes voient se multiplier depuis une dizaine d’années les coiffures exubérantes et cheveux peroxydés, dépassant allègrement de part et d’autre du foulard obligatoire. Maquillées à outrance, certaines Iraniennes exploitent tant qu’elles le peuvent le maigre carcan de liberté dont elles disposent. En réponse à ces agissements "anti-islamiques", chaque année, la police lance son "offensive d’été" censée rappeler les Iraniennes à leur bon "devoir".

"Brigades de la morale"

Des "brigades de la morale", notamment composée de femmes voilées de la tête aux pieds, sont dépêchées dans les grandes places. Elles se chargent d’interpeller, parfois violemment, les "contrevenantes". Celles-ci sont alors vilipendées sur leur accoutrement "vulgaire" et "immoral". Si les plus chanceuses s’en tirent en étant insultées sur la place publique, d’autres sont conduites manu militari au commissariat. Elles doivent alors signer une promesse de ne plus se livrer à de tels actes, avant - honte ultime - d’être raccompagnées chez elles par leurs parents.

Les récidivistes devront mettre la main à la poche... si elles veulent éviter les coups de fouet. Des sanctions que relativise Mahsa, serial frondeuse téhéranaise. "Il s’agit clairement d’un jeu du chat et de la souris. Les autorités misent clairement sur la peur suscitée par les médias et le bouche-à-oreille, indique-t-elle au Point.fr. Mais quelques semaines plus tard, nous reprenons le dessus. C’est notre façon à nous de nous rebeller." Appréhendées en pleine rue, les Iraniennes bénéficiaient jusqu’ici d’un dernier espace de semi-liberté... dès la nuit tombée.

Drague en voiture

Il ne s’agit pas des boîtes de nuit, interdites en Iran depuis 33 ans, mais de leur propre voiture. Courses endiablées, sono hi-fi dernier cri, danse assise et numéros lancés par la vitre sont autant d’interdits brisés à huis clos par une jeunesse qui forme les trois quarts des 70 millions d’habitants. Le gouvernement l’a bien compris et a justement décidé d’intégrer à sa circulaire une petite nouveauté. Dès cette semaine, la police sera postée à l’entrée des autoroutes et des grandes artères de la capitale. Sa mission spéciale : interpeller les conductrices et passagères des "voitures neuves", susceptibles d’ébranler la quiétude de leurs compatriotes masculins.

Outre les filles mal voilées, les autorités ont lancé la chasse... aux chiens. En effet, cet animal, de plus en plus prisé par les classes iraniennes aisées, est considéré en Iran comme "haram" (péché). Cerise sur le gâteau, la police a précisé que d’autres mesures seraient dévoilées dans les jours qui viennent. Des annonces-chocs qui pourraient ne pas suffire à décourager une jeunesse désormais habituée à défier l’autorité, surtout avec une température qui va bientôt avoisiner les 40 degrés.

Signe de l’échec du pouvoir à éradiquer ce phénomène, un député ultraconservateur iranien a accusé dimanche Mahmoud Ahmadinejad d’"autoriser la provocation sexuelle" et a suggéré ironiquement au président iranien d’"ouvrir des boîtes de nuit et des cabarets" dans le pays.

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Migrants : dix ans après la fermeture de Sangatte, l’urgence humanitaire pour seule réponse

20 mai 2012 - Grotius - Matthieu Millecamps

Près de dix ans après la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte, en décembre 2002, l’afflux de migrants ne s’est pas tari. Au contraire… Des « jungles » se sont multipliées dans toute la région, malgré les interventions policières. A Dunkerque, une équipe de Médecins du Monde tente de répondre aux besoins immédiats « sur un mode humanitaire pur et dur » et espère un changement de politique.

Mai 2012. Sous une pluie fine et glaçante, près de Dunkerque, les pieds dans la boue. Nous sommes à Téteghem, à l’entrée de l’un des deux campements de migrants de l’agglomération. Celui-ci est coincé entre un lac et une autoroute. Des bénévoles de l’association Salam distribuent nourriture et vêtements. Une ambulance de Médecins du Monde est assaillie par une foule d’hommes en quête de brosses à dents, savons et paires de chaussettes. Francis Avonture, solide gaillard, chauffeur ambulancier bénévole, fait gentiment la police dans la file d’attente pour les consultations avec le médecin.

Cécile Bossy, coordinatrice des programmes MdM sur le littoral, fait le tour du campement pour distribuer des kits de survie et des tentes. « Où dormez-vous ? Qui a besoin d’une tente ? ». Un garçon, 17 ans à peine, la croise sur le chemin boueux. « Vous voulez une tente ? ». Il fait signe que non, dit qu’il a mal aux jambes. Il revient de Belgique, une dizaine de kilomètres à pied, après avoir tenté le passage. « On apprend à dormir debout », lâche-t-il, mi-amer, mi-bravache.

Le visage de la jeune femme est connu sur le campement. Ceux des migrants qui se débrouillent en anglais font le lien. « Là-bas, il y en a quatre qui viennent d’arriver, ils n’ont rien ». Ce sont des syriens, arrivés la veille. Lorsque Cécile Bossy leur tend une tente et des duvets, de larges sourires se forment. « Merci ! Thank you ! ». Des bénévoles de MdM donne le coup de main. Des rires fusent quand on se rend compte que la tente est montée à l’envers. On se tape sur l’épaule, et on recommence l’opération.

Aider, dans la limite du toléré…

Un jeune Afghan, 25 ans au plus, vient plaider sa cause. Après quelques minutes de discussion, il repart avec une tente en bandoulière. « Il faut prendre garde à ne léser personne tout en donnant à ceux qui en ont vraiment besoin », expose Cécile Bossy. Elle doit en plus s’assurer de rester dans les clous de l’accord plus ou moins tacite passé avec les autorités.

La mairie met à disposition un réservoir d’eau. Des latrines et des douches ont été construites. Le minimum de base, le « Watsan » en jargon d’ONG internationale (water and sanitation). A force de négociations, MdM a pu monter en janvier des cabanons de bois sur les deux sites autour de Dunkerque. Ils ont même été chauffés, mais seulement jusqu’au 15 mars. « On intervient ici sur un mode humanitaire pur et dur, comme on le fait en Haïti ou ailleurs », résume Cécile Bossy, qui précise que « la capacité d’accueil en cabanon est actuellement de 21 places, sur chaque site ». Mais aujourd’hui, l’afflux est important à Téteghem. Ils sont au moins une soixantaine à se serrer autour des feux de bois sur lesquels on chauffe l’eau du thé et on tente de faire sécher les chaussures trempées par les courses de la nuit.

Et lorsqu’il y a plus de 40 personnes sur le camp, le risque est de voir rapidement débarquer la police pour une opération de « nettoyage ». C’est arrivé le 13 avril. Une pelleteuse a défoncé les bâches installées par les migrants, déchiré les tentes distribuées par MdM et l’AMiS, une association d’habitants. Une semaine après, la « jungle » avait retrouvé son aspect initial… Il faut parfois beaucoup de ténacité pour ne pas baisser les bras. « Si l’on ne fait pas gaffe, c’est un job qui peut rapidement « cramer » quelqu’un », concède Cécile Bossy, avant de continuer son inspection.

« On cherche les plus vulnérables, qui n’osent pas se présenter ». La veille, elle a « découvert » un couple d’Iraniens avec un bébé de trois mois. « On les a emmené immédiatement à l’hôpital. Le bébé allait bien, mais ils ont refusé les solutions d’hébergement qu’on leur a proposé : ils voulaient passer le soir même en Angleterre ». Ils sont introuvables. Apparemment, ils sont passés.

Au même moment, à l’entrée du camp, les consultations se succèdent dans l’ambulance. Shakir, un Afghan de 16 ans, est arrivé dans le Nord il y a trois semaines. Il a des démangeaisons à l’oreille. Dans un anglais simplifié, avec force gestes, le Dr Benoît Savatier lui remet plusieurs boîtes de médicaments et d’onguents sur lesquels il a tracé des dessins. Les problèmes dermatologiques sont légion. La galle est répandue, sans atteindre un seuil épidémique grave. « Les gens se repassent les duvets, ça n’aide pas », note ce médecin généraliste à Grande-Synthe, qui intervient aux côtés de MdM depuis 2006. Lorsque les cas sont graves, le médecin dirige les migrants vers la PASS locale (permanence d’accès aux soins, dispositif ouvert à tous). Mais, « il vaut mieux qu’ils soient accompagnés par un bénévole ou un permanent. Il y a parfois une sorte de mépris, de charité mal comprise… », observe le médecin.

Au début, il faisait la tournée avec sa voiture et les consultations se déroulaient « derrière le coffre ». « L’ambulance permet de retrouver de l’intimité », ce qui est d’autant plus important que certains sont « pris dans des rapports de domination ou victimes de violences sexuelles ».

Violence omniprésente et harcèlement policier

Cet après-midi là, une quinzaine de migrants se sont succédés en consultation devant le Dr Benoît Savatier. Comme d’habitude, il y a « beaucoup de traumatologie. Entorses, fractures, douleurs dorsales… Les gens se blessent la nuit, lorsqu’ils tentent le passage. Il y a aussi des bagarres. Et puis beaucoup se blessent dans les courses poursuites avec la police, ou lorsqu’ils sont arrêtés. La violence est omniprésente ».

En juin 2011, MdM a saisi le défenseur des Droits, Dominique Baudis. Une démarche menée à la suite des « No Border » et du Gisti*. La saisine de Médecins du Monde concerne Calais, et le « harcèlement de la part de la police qui empêche [les migrants] de s’établir ne serait-ce que pour quelques heures et qui détruit leur matériel de première nécessité »*. « Nous ne sommes pas là pour juger, ni pour prendre parti. On récolte la parole, on constate les problèmes : c’est notre mission de témoigner », insiste Cécile Bossy. Le défenseur des Droits devrait donner ses conclusions en juin, mais l’avis ne sera que consultatif.

« Depuis 2002, et la fermeture de Sangatte, qu’est-ce qui a changé ? Rien », martèle Mathieu Quinette, coordinateur de la mission MdM Dunkerque de 2009 à janvier 2012. Désormais chargé de missions d’évaluation au sein de MdM France, il a profité de quelques jours de congé pour revenir à Dunkerque. Son engagement est intact, sa vision sans concession. « A Sangatte, en trois ans, 67.500 personnes sont passées. C’était il y a dix ans. Si le flux a été constant, on parle de combien ? 100.000, 200.000 ? ». La théorie de « l’appel d’air » que constituerait la mise en place de structures d’accueil dignes est, pour lui, un non-sens. « C’est un problème complexe. Mais l’État a préféré le nier, le rendre invisible, en dépensant des sommes colossales dans la machine répressive, sans résultat sauf l’atteinte aux droits. Nous sommes face à une situation humanitaire exactement comparable à ce que l’on peut observer dans des pays en situation de conflit ».

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La Bailleuloise Claire Cleenewerck, un parcours de militante au quotidien

20 mai 2012 - La Voix du Nord - Marie Jansana

La Bailleuloise Claire Cleenewerck s’est engagée depuis plusieurs années auprès des migrants, notamment à la tête de l’association caritative Flandre Terre solidaire. Alors qu’elle a décidé de quitter la présidence, elle retrace son parcours de militante, qui n’est pas près de s’arrêter.

Le regard d’une fillette africaine, croisée sur le port de Calais. C’est cet instant que Claire Cleenewerck se remémore lorsqu’elle évoque l’origine de son engagement auprès des migrants. Ce jour-là, la Bailleuloise est au côté de bénévoles. L’enfant attend la distribution alimentaire, qui sera annulée à cause d’une bagarre. « Elle avait l’âge de ma petite-fille, ça m’a fait un coup au coeur. » Ont alors suivi les coups de main à l’association Salam à Calais, la fondation de Flandre Terre solidaire à Bailleul et la naissance du camp de convalescence l’hiver, les témoignages auprès de jeunes sur la situation des migrants, l’accompagnement des demandeurs d’asile dans les démarches, etc. Un dévouement quotidien, sauf « le mercredi », réservé aux petits-enfants.

Si Claire Cleenewerck a annoncé aux militants bailleulois, en ce printemps, qu’elle souhaitait prendre du recul, sa mobilisation se poursuivra, avec la défense de l’être humain comme credo. « La plupart des bénévoles se disent "ils pourraient être mes enfants, mes petits-enfants ". Cela tient à peu de chose d’être nés du bon côté de la planète. » Scout quand elle était jeune, ancienne enseignante dans le privé, elle s’est longtemps impliquée au sein de l’Église. Son parcours de militante, on peut aussi le lire à travers son histoire, des problèmes de santé qu’elle évoque sans tabous. « On apprend à regarder la vie sous un autre aspect, on a envie de la faire prospérer. » Autre moment qui a marqué son parcours de militante, la destruction de la jungle de Calais. Elle et d’autres bénévoles bailleulois en ont tous été bouleversés. Le 22 septembre 2009, « jour marqué à l’encre rouge. C’était une véritable rafle. À mon âge, on a entendu parler de la guerre. Les images se télescopent ».

« Ce n’étaient que des jeunes, s’indigne-t-elle. Ces arrestations étaient intolérables. En France, les mineurs sont protégés, nous devons faire respecter cela. » Elle relate aussi les paroles d’un CRS : « Il disait "ce n’est pas pour cela que je me suis engagé". » Comment ne pas se décourager dans cette mission ? « Ce qui nous pousse, c’est que nous apprenons beaucoup à leur contact. Ils s’étonnent que des gens vivent seuls, de l’absence de simplicité dans l’accueil. » Elle en a reçu des « leçons de vie » : malgré leurs histoires dramatiques, ils blaguent, lui tendent un coussin, distribuent du thé.

Toutefois, elle garde un regard réaliste sur les personnes qu’elle rencontre. « Je n’idéalise pas. Par exemple, le racisme existe entre ethnies. Aller vers l’autre n’est pas spontané. » Elle y oppose la richesse de l’altérité.

Alain Deroo, vice-président de Flandre Terre solidaire, retient d’elle « ses convictions fortes. Elle essaye d’emmener le monde dans son action, elle est mobilisatrice. » Et quand elle s’engage, elle ne le fait pas à moitié. « Je suis passionnée et perfectionniste, ce qui peut être un défaut », sourit-elle. Surtout elle redoute d’être mise en avant, tient à souligner qu’elle « n’est pas seule, c’est un travail d’équipe. Rien n’est possible sans cela ». •

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À Pacé, près de Rennes, le plus grand squat de migrants de France

19 mai 2012 - http://www.rennes.maville.com - Ouest France

Ils ne sont pas moins de 200 migrants et sont originaires d’une quinzaine de pays. De Mongolie, de Côte d’Ivoire, d’Afghanistan, d’Arménie, de Georgie… Des migrants qui, depuis le 6 mai dernier, occupent une ancienne maison de retraite située à Pacé, commune à une dizaine de kilomètres au nord ouest de Rennes.

Un bâtiment d’environ 2 500 m2 « réquisitionné » par l’association du droit au logement (Dal). « Ça permet à ces personnes, dont une soixantaine d’enfants ainsi que des personnes handicapées, de disposer d’un toit et de vivre dans des conditions dignes » explique Yannik, du Dal. « Dès que l’Etat leur aura trouvé un toit, on quittera le lieu. » Il s’agirait de la plus grande occupation de migrants en France.
Ouest-France

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Migrant poignardé à Ouistreham : deux personnes en garde à vue

18 mai 2012 - Ouest France

Les circonstances du drame qui a coûté la vie à un jeune migrant mercredi après-midi à Ouistreham restent encore très floues.

Selon le parquet de Caen, deux personnes sont toujours en garde à vue mais les auditions menées par la section de recherches et la brigade de recherche de gendarmerie de Caen se poursuivent. La victime serait âgée d’une vingtaine d’années. « Ces informations résultent d’un contrôle d’identité qui avait été effectué deux jours avant le drame mais nous n’avons pas la preuve de l’authenticité de ces papiers d’identité. Il y a encore incertitude sur sa nationalité », indique Catherine Denis, procureur de la République de Caen.

Chauffeur mis hors de cause

Une autopsie est pratiquée ce vendredi, elle devrait déterminer les causes de la mort. « Un objet tranchant a été retrouvé mais nous ne savons pas encore si c’est cette arme qui est la cause de la mort. Idem sur le nombre de coups qui ont été portés. »

Le scénario du drame est lui aussi incertain : l’altercation a-t-elle eu lieu dans le champ situé à proximité, au moment où le groupe d’une dizaine de migrants voulaient monter dans le poids lourd qui stationnait là. « Nous n’avons aucun élément sur le déroulement la scène. La seule certitude concerne le chauffeur routier qui a été entendu et mis hors de cause. »

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L’immigration reste à l’Intérieur, au moins jusqu’aux législatives

17 mai 2012 - Libération - AFP

Le ministère de l’Intérieur garde pour l’instant la haute main sur la politique de l’immigration, une réforme emblématique du mandat de Nicolas Sarkozy dénoncée en son temps par les socialistes et les ONG de défense des étrangers qui espèrent un changement après les législatives en juin.

« L’immigration reste à l’Intérieur », a indiqué à l’AFP l’entourage du nouveau ministre Manuel Valls, adepte d’une gauche moderne et décomplexée, d’origine catalane et naturalisé français à 20 ans.

Lorsque la politique de l’immigration est entrée complètement Place Beauvau à la suite d’un remaniement du gouvernement de François Fillon en novembre 2009, le PS s’en était indigné. Au même titre que les associations.

En rattachant l’Immigration à l’Intérieur, le gouvernement « fait un lien entre immigration et insécurité », avait alors dénoncé auprès de l’AFP la députée Sandrine Mazetier, spécialiste de la question qui n’a pas souhaité réagir jeudi.

Les associations regrettent cette décision

« On aurait pu imaginer une rupture avec cette réforme symbolique de Nicolas Sarkozy mais ce n’est pas le cas », remarquait jeudi Stéphane Maugendre, président du Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés (Gisti). « On constate que la conception policière (de l’immigration) reste imprimée dans ce choix » de François Hollande, ajoutait-il.

« Le compte n’y est pas », a regretté France Terre d’Asile (FTA) qui a salué la victoire du socialiste le 6 mai. Son président, Pierre Henry, se dit désormais « dans une position d’attente jusqu’aux élections législatives ».

« Pas d’impatience, attendons les législatives », a insisté M. Henry, estimant qu’« une rupture symbolique doit s’opérer » avec la conception de Nicolas Sarkozy car « les questions de l’asile et de l’intégration ne peuvent pas relever de la logique de sécurité ».

Autre association de défense des étrangers, la Cimade avait appelé juste après la victoire de M. Hollande à une rupture avec « l’approche sécuritaire » de son prédécesseur. Le « premier signe » en serait, selon elle, « de sortir la question de l’immigration de l’Intérieur ».

« La gauche doit être très claire »

Au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait instauré un « ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire » qui avait été fortement critiqué à cause de l’association « immigration » et « identité nationale ».

Jusqu’à cette date, la politique de l’immigration relevait de plusieurs ministères : Affaires étrangères, Emploi et Affaires sociales et Intérieur.

Le maintien de l’immigration dans le giron de Beauvau « ne doit pas être détaché de la nomination de Manuel Valls », incarnation de la droite du PS, a analysé M. Maugendre.

Portée au coeur de la campagne électorale par Nicolas Sarkozy qui a tenté de séduire les électeurs de l’extrême droite, l’immigration a révélé un malaise au sein du PS, partagé entre ceux qui souhaitent « plus de fermeté » et ceux qui « veulent plus d’humanité » vis-à-vis des étrangers.

Son candidat, accusé de « flou », a fini par dévoiler une doctrine démentant le laxisme dont il était soupçonné par la droite. Il s’est prononcé pour le « contrôle des flux » et contre les « régularisations massives », promettant que les étrangers non régularisés « ont vocation à être reconduits » dans leur pays d’origine.

Cette position a été exprimée sans ambiguïté par Manuel Valls quand, il y a un an, son prédécesseur a expulsé des centaines de Tunisiens arrivés en France après la chute du dictateur Ben Ali.

« Les migrants qui sont en situation irrégulière n’ont pas vocation à rester sur le sol français. Je pense que la gauche doit être très claire sur cette question », avait approuvé M. Valls.

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Yamina Benguigui, une réalisatrice engagée pour la diversité

16 mai 2012 - Nouvel Obs - AFP

La nouvelle ministre déléguée des Français de l’étranger s’est notamment distinguée par des films consacrés à la question de l’immigration.

Yamina Benguigui, 55 ans, qui entre au gouvernement comme ministre déléguée des Français de l’étranger, est une cinéaste engagée qui s’est distinguée par des films consacrés à la question de l’immigration, à la violence contre les femmes et aux inégalités.

Algérienne née en France, elle est élue conseillère du 20e arrondissement en mars 2008 et nommée dans la foulée adjointe au Maire de Paris Bertrand Delanoë en charge des droits de l’Homme et de la lutte contre les discriminations.

Durant la campagne présidentielle, celle qui se considère comme une "accoucheuse de mémoire" a lancé un appel au futur chef de l’Etat pour mieux prendre en compte la parole des femmes issues de l’immigration. Parmi les signataires : Isabelle Adjani, Rachida Brakni ou Elsa Zylberstein.

"Nous sommes aujourd’hui les héritières des pionnières de l’immigration devenues grand-mères, de ces ’oubliées’ de l’histoire", lit-on dans son manifeste. "Ces mères et ces femmes sont le pivot essentiel de l’équilibre républicain de la société", ajoute le texte.

En 1990, Yamina Benguigui débute sa carrière aux côtés du réalisateur Rachid Bouchareb ("Indigènes", "Hors-la-loi’) en tant que productrice d’émissions culturelles.

De nombreux prix

Elle reçoit de nombreux prix pour ses documentaires, dont le Sept d’or pour "Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin" en 1997 et le Globe de cristal pour "9-3 Mémoire d’un territoire" en 2009.

Elle est également l’auteur d’"Aïcha", une fiction proposée par France 2, qui a réalisé un record d’audience lors de sa première diffusion. Celle-ci suit le quotidien d’une jeune femme (Sofia Essaïdi) qui habite de l’autre côté du périphérique nord parisien et veut conquérir son indépendance.

Chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur et de l’ordre des Arts et des Lettres, elle est également membre de l’Observatoire de la diversité audiovisuelle au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

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Petit génie des échecs et clandestin bangladais, Fahim va rester en France - « Je suis heureux »

14 mai 2012 - Est Républicain

LA FIN D’UNE LONGUE route entamée en 2008 au Bangladesh : Fahim Alam, âgé bientôt de 12 ans, arrivé clandestinement en France avec son père, va pouvoir rester en France où il vient d’être sacré champion national. Leur situation a été provisoirement régularisée hier par la préfecture du Val-de-Marne, mettant ainsi fin à l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) qui frappait les deux hommes.

Après moins d’une heure à la préfecture du Val-de-Marne à Créteil, visages souriants, Fahim Alam et son père sont venus annoncer la bonne nouvelle aux journalistes : « Mon père a eu une carte de trois mois pour travailler, voilà, je suis content, je suis heureux », « heureux de (pouvoir) vivre avec mon père, de vivre tranquillement ».

La fédération française d’échecs avait indiqué qu’elle n’attendait que la régularisation de la situation de Fahim Alam pour l’intégrer en équipe de France.

Après des années à se cacher, Fahim entre en pleine lumière : en août, ce seront les championnats d’Europe des jeunes à Prague, puis en novembre les Mondiaux à Maribor (Slovénie). Ce samedi, il racontera son incroyable odyssée sur Canal +, invité du « talk show » de Thierry Ardisson « Salut les Terriens ».

« Je suis heureux », a simplement commenté le père, Nura Alam, qui, quand il avait entamé la formation de son fils de six ans, avait très vite décelé son don. « A sept ans je participe à mon premier tournoi (ndlr : au Bangladesh), je termine 7e », raconte Fahim, qui s’exprime dans un français parfait, quatre ans après son arrivée clandestine dans un pays qui lui était parfaitement inconnu.

Le père décide d’écumer les tournois en Inde, où il se rend en car, pour faire progresser son fils autant que pour le faire remarquer. Mais au pays, le père, pompier de formation, affirme être la cible de menaces. Nura décide de quitter le Bangladesh, en emmenant Fahim mais en y laissant sa femme, un autre fils et une fille.

Escale indienne, étape en Hongrie où Fahim dispute, le First Saturday : « J’ai battu le premier du tournoi », dit fièrement Fahim.

« Un ami de mon père nous a dit qu’on pouvait mieux s’entraîner en France », raconte l’adolescent. Ils reprennent la route et contactent la fédération d’échecs qui leur conseille de s’installer à Créteil, siège de l’un des meilleurs clubs formateurs d’Ile-de-France.

Ils logent chez des membres du club ou dans le foyer de France Terre d’asile de Créteil, se cachent. Fahim est scolarisé. Il est aujourd’hui un excellent élève de 6 e au collège Clément-Guyard.

Entre les deux tours de la présidentielle, sur France Inter, l’ancien Premier ministre François Fillon est interpellé sur leur situation : « Naturellement ce jeune homme, s’il est un champion d’échecs, mérite que son cas soit regardé avec la plus grande attention », « dès aujourd’hui ».

Dans l’attente d’un titre de séjour plus durable, le maire PS de Créteil Laurent Cathala, a déjà promis de les loger et de trouver un travail au père, comme agent de sécurité.

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Voir ou ne pas voir les migrants ? Les camps de « clandestins » près des côtes de la Manche

14 mai 2012 - Metropolitique.eu - Olivier Thomas

À l’image de celle de Sangatte, l’évacuation des campements de migrants « clandestins » est souvent traitée par les journaux télévisés sur un mode sensationnaliste. Loin de ces images, Olivier Thomas revient sur la vie quotidienne des migrants telle qu’elle est présentée dans le champ des productions culturelles, qui participent à rendre visible cette question sociale.

Des campements ou des squats de migrants « clandestins » sont apparus dès la fin des années 1980 dans le Calaisis (Carrère 2002 ; Akoka et Clochard 2009) et se sont multipliés à partir de la fin des années 1990 le long des côtes de la Manche. Ce phénomène est lié au déploiement des politiques de contrôle migratoire à l’échelle nationale et européenne. En France, dès la fin des années 1990, la sécurisation renforcée des espaces transmanche et la surveillance accrue des postes frontières sur le littoral ont, en effet, rendu de plus en plus difficile le franchissement clandestin de la frontière franco-britannique. Les migrants qui voulaient rejoindre la Grande-Bretagne ou l’Irlande ont alors été contraints de s’installer, au moins de façon temporaire, dans des squats et des campements à proximité de points de passages (ports, aires d’autoroute, stations-services, etc.). On recense aujourd’hui une dizaine de lieux d’installation informels de migrants sur les côtes de la Manche et à l’intérieur des terres, le long des autoroutes A25 et A26 qui mènent à Calais et Dunkerque.

La volonté d’invisibiliser les migrants clandestins

Depuis maintenant dix ans, les nombreuses interventions policières ont pour objectif de faire disparaître, ou tout au moins d’éloigner, les campements et les squats de migrants aux marges ou dans les interstices de la ville. Deux opérations de grande ampleur sont emblématiques de la volonté des gouvernements successifs de dissimuler la présence des clandestins aux yeux de la population des côtes de la Manche.

En décembre 2002, le Centre d’hébergement et d’accueil d’urgence humanitaire (CHAUH) de Sangatte qui avait accueilli – ou plutôt « vu passer » – pendant trois ans des milliers d’émigrants en route vers la Grande-Bretagne, était détruit. Espace-enjeu des relations franco-britanniques, la disparition du centre était essentiellement le fruit d’accords passés entre les gouvernements français et britanniques. D’autres facteurs avaient alors probablement accéléré le processus : des demandes répétées de la société Eurotunnel auprès des instances judiciaires, le mécontentement, relayé dans la presse locale, d’une partie de la population des communes avoisinantes, le changement de gouvernement et la place croissante du thème de l’immigration irrégulière dans le champ médiatique. Quoiqu’il en soit, disparaissait ainsi un lieu symbolique qui avait donné une visibilité nationale au fait clandestin entre 1999 et 2002.

Le 22 septembre 2009, la destruction de « la jungle de Calais » [1], présentée par le ministre de l’Intérieur Éric Besson comme une étape nécessaire de la lutte contre les filières de passeurs et l’immigration clandestine, aboutissait concrètement à la dispersion d’une partie des migrants et à l’effacement du paysage du campement des Afghans pachtounes de la zone industrielle des Dunes à Calais. L’opération intervenait après une série d’interpellations et de destructions d’abris dans les semaines précédentes à Calais, Angres, Saint-Omer et Loon-Plage. Très médiatisée à l’échelle nationale, l’opération de destruction de la « jungle de Calais » laissait penser que le gouvernement avait réglé le problème des « migrants de Calais », comme après la fermeture du centre de Sangatte en 2002. En réalité, il s’agissait surtout de faire disparaître le seul lieu d’installation informelle de migrants clandestins connu par l’opinion publique en France, justement parce qu’il avait fait l’objet d’une attention particulière des journalistes à plusieurs reprises.

Par leur ampleur, ces deux exemples sont des moments importants dans l’histoire du fait clandestin sur les côtes de la Manche. Ils ne doivent, cependant, pas masquer les destructions récurrentes des squats et des campements de migrants par les forces de police qui, parce qu’elles ne concernent que quelques individus, n’ont souvent que peu d’échos au-delà de la presse locale.

La présence des clandestins dans les productions culturelles

Au-delà des actualités télévisées, la présence de clandestins le long des côtes de la Manche a suscité, depuis la fin des années 1990, de nombreux reportages [2], des films [3], mais aussi des séries photographiques [4], des romans et des récits [5], ou encore des pièces de théâtre [6]. Les documents produits dans le champ médiatique comme dans le champ artistique et culturel sont autant d’échos du fait clandestin qui donnent une visibilité au phénomène et sensibilisent aux conditions de vie des migrants.

Au théâtre, par exemple, le comédien et metteur en scène Jack Souvant (collectif Bonheur intérieur brut) propose un dispositif original avec Ticket [7], un spectacle documentaire-fiction sur le thème du passage clandestin dans lequel les spectateurs sont amenés à participer. Accueillis par King Phone, un personnage sûr de lui, chargé de faciliter le passage vers l’Angleterre, le spectateur perd rapidement sa place pour devenir clandestin :

« Bonsoir, bonsoir… [Il passe voir tout le monde, y compris ceux qui n’ont pas prévu de venir au spectacle.] Chouette soirée, hein. Tu as pu venir, formidable ! [Très sérieux et convaincant] Y en a parmi vous que je connais déjà, c’est pas la première fois… Salut, je suis content que tu sois là ! Y a un peu de retard, hein ! On attend. Monsieur, ça vous dirait de tenter votre chance ? [À un autre] Bonsoir, t’as ton ticket ? T’as pas de ticket : viens, on va arranger ça…

[Au public] Je m’appelle King Phone. Je suis ton passeur. [Un temps] Les tickets ? Les tickets... [Ils les cherchent].

Pour vous prouver notre sérieux, il y a un numéro inscrit derrière votre ticket. Avec ce numéro, une fois arrivé, vous pourrez téléphoner à vos familles pour dire que tout s’est bien passé. C’est notre garantie de succès ! C’est bien, non ? Ceux qui n’ont plus personne ne téléphonent pas, d’accord ! Pas la peine de gaspiller non plus… »

La situation principale du spectacle est celle du voyage. King Phone a choisi de faire passer le groupe en camion et les spectateurs sont conduits dans une remorque, installée à proximité de la billetterie.

Le bruit des portes du camion qui se referment sur eux laisse place au silence et à l’obscurité. L’expérience du voyage commence : le public a pris la place des migrants. Des comédiens sont présents parmi les spectateurs et leurs interventions s’articulent à des écoutes sonores (témoignages, bruitages, extraits d’entretiens avec le sociologue Smaïn Laacher [8]) qui apportent des éléments de connaissance et de compréhension de l’immigration clandestine aujourd’hui en Europe. Le dispositif de mise en scène est loin du théâtre classique. La scène et la salle ne font qu’un. Le spectateur est à la fois clandestin et témoin des conditions dans lesquelles se déroule le voyage. Le spectacle nous le donne à voir, mais aussi à vivre. Il participe ainsi au rapprochement des problématiques attachées à la réalité du fait clandestin.

Plus largement, la visibilité des migrants dans différents médias contribue à une prise de conscience de la part de l’opinion, mais cela participe aussi à produire de la distance entre le clandestin et celui qui le regarde, comme si la présence des migrants ne pouvait se manifester hors des canaux médiatiques.

Quelle visibilité des clandestins dans l’espace public ?

La visibilité dans l’espace médiatique ne s’accompagne pas nécessairement d’une visibilité dans l’espace public de la ville. Les migrants dits clandestins y sont pourtant bien présents : ils fréquentent les supermarchés et les marchés, achètent du tabac chez les buralistes, discutent entre eux dans les jardins publics, etc. Malgré cela, les habitants des villes et des villages fréquentés par les migrants semblent ne pas les voir et il suffit de les questionner pour s’apercevoir que le rapport aux clandestins se construit essentiellement par le biais des informations distillées par la presse locale et les médias nationaux. Hormis les personnes impliquées localement auprès d’eux, très peu d’habitants voient ces migrants avec lesquels ils partagent leur espace de vie au quotidien.

La photographie permet de prendre du recul par rapport à cette question de la présence de « l’autre » et de notre capacité à voir (ou à ne pas voir) ceux qui évoluent à la marge de l’espace social. En 2001, la photographe Jacqueline Salmon a ainsi réalisé au centre de la Croix-Rouge de Sangatte une série intitulée « Le hangar ». Elle y prend le parti de ne pas montrer les individus, mais l’espace dans lequel ils vivent avant de reprendre la route. Elle nous montre ainsi l’intérieur du hangar, les tentes, les Algeco, qui constituent des marqueurs de la précarité sociale des migrants. Jacqueline Salmon prend aussi en photo les chambres – ou les dortoirs – et l’on y remarque l’absence de toute marque d’appropriation de l’espace. Paul Virilio écrivait, à ce sujet, qu’elle donnait à voir « une couche sans chambre à coucher » [9]. La photographie traduisait l’impossibilité d’habiter l’espace de transition qu’était le centre de Sangatte. Les migrants n’apparaissent pas sur les photos, ou alors furtivement. Ce ne sont pas eux qui sont au centre de l’image, et pourtant la photographe parvient à témoigner de leur présence en nous montrant « en creux » une part des problématiques liées à l’accueil, aux situations d’urgence humanitaire ou à l’exil.

La série réalisée par la photographe Virginie Laurent à Cherbourg en 2007-2008 est aussi intéressante à mentionner lorsqu’on s’interroge sur le rapport entre visibilité et invisibilité des clandestins. Ses clichés ne montrent pas les migrants, mais les traces qu’ils laissent derrière eux après leur passage dans la ville, comme s’ils avaient pu être là sans qu’on ne les voit. Les clandestins traversent l’espace urbain en y abandonnant différents objets (duvets, casseroles, chaussures, gobelets, vêtements...) qui sont autant de marqueurs de la place qu’ils occupent à la marge dans la société locale. En outre, le fait de ne pas emporter tel ou tel objet témoigne d’un rapport aux choses qui traduit aussi un rapport au lieu : ceux qui se sont arrêtés dans les campements photographiés par Virginie Laurent n’avaient, en effet, pas pour projet d’y rester.

On peut relier ces travaux à celui réalisé par Philippe Bazin (photographe) et Denis Lemasson (médecin et écrivain) dans le 10e arrondissement de Paris, qui nous interroge très directement sur notre rapport à « l’autre » dans l’espace public. Dans la série intitulée « Un camp à Paris », le photographe ne montre pas les migrants, mais les lieux qu’ils fréquentent. Chacun des clichés présente une scène de l’espace vécu des clandestins dans la capitale : les squares, les rues, les lieux qu’ils occupent la nuit, et tous ceux où ils inscrivent leur quotidien sans laisser de traces. La force des photos réside dans l’invisible qu’elles recèlent, c’est-à-dire dans ce qu’on ne voit pas au premier abord. Les lieux photographiés font ainsi sens pour les migrants autrement que pour nous ; et pourtant nous partageons le même espace. Autrement dit, les photos de Philippe Bazin nous révèlent notre incapacité à voir ceux pour qui il est impossible de s’approprier l’espace autrement que de façon éphémère.

En 2010, Denis Lemasson écrivait : « Le réfugié est condamné à n’être rien d’autre qu’un corps en errance dans de nouveaux espaces d’extraterritorialité, où la reconnaissance d’une identité n’a pas cours » (Lemasson 2010). Sans lieux, les migrants sont comme défaits de leur existence sociale, ils sortent de l’espace commun pour n’être plus que des fantômes.

Au terme d’un travail de terrain de quatre ans mené à Cherbourg et sur le littoral de la Manche (Thomas 2011), il apparaît clairement que l’appropriation de l’espace est un enjeu majeur pour que s’instaure un rapport social entre les migrants, les acteurs mobilisés autour d’eux (associations, élus, polices, etc.) et la société. C’est, en effet, une condition nécessaire pour qu’une place leur soit accordée et reconnue, d’abord dans la ville puis plus largement dans la société.

Bibliographie

-* Akoka, K. et Clochard, O. 2009. « Dans la jungle des villes », Vacarme, n° 48.
-* Carrère, V. 2002. « Sangatte, un toit pour des fantômes », Hommes et Migrations, n° 1238, p. 13-22.
-* Laacher, S. 2005. « Éléments pour une sociologie de l’exil », Politix, n° 69, vol. 1, p. 101-128.
-* Laacher, S. 2002. Après Sangatte… Nouvelles immigrations, nouveaux enjeux, Paris : La Dispute.
-* Lemasson, D. 2010, « Enfermé dehors, l’homme invisible », Pratiques, n° 48, p. 74-76.
-* Thomas, O. 2011. Des émigrants dans le passage. Une approche géographique de la condition de clandestin à Cherbourg et sur les côtes de la Manche, thèse de doctorat de géographie, université de Caen Basse-Normandie.

Notes

[1] Le terme de « jungle » désigne un type particulier d’espaces dans lesquels les migrants « clandestins » s’installent de façon temporaire. Il peut s’agir de bois, de terrains vagues, de fossés ou encore d’une partie d’un cordon dunaire sur le littoral. Le mot « jungle », utilisé par les migrants, apparaît également dans les discours associatifs et militants, ainsi que dans ceux des journalistes et des politiques, si bien qu’il revêt des connotations diverses. Qualifiant des espaces à la marge, la « jungle » prend souvent une dimension disqualifiante ou stigmatisante dans l’imaginaire collectif.

[2] Anne de Loisy, « Les damnés de Calais » (France 2, Envoyé Spécial, 17 janvier 2008) et Vincent Nguyen et Jean-Sébastien Desbordes, « La jungle du Nord (London Calling) » (France 2, le 15 novembre 2008, visible ici : http://ma-tvideo.france2.fr/video/i...).

[3] L’exil et le royaume de Jonathan Le Fourn et Andrei Schtakleff (2008, documentaire) ; Maman est folle de Jean-Pierre Améris (2007, téléfilm) ; Welcome de Philippe Lioret (2009, fiction) ; In This World de Michael Winterbottom (2005, fiction).

[4] Jacqueline Salmon, Sangatte (Sangatte, mai-août 2001) ; Antoine d’Agata, Psychogéographie (Cherbourg-Octeville, 2002-2008) ; Bruno Serralongue, Calais (Calais, 2006-2007) ; Virginie Laurent, No man’s land (Cherbourg-Octeville, 2007-2008) ; Kosuke Okahara, Chance, Refugees in Calais (2009) ; Jean Révillard, Jungles (Calais, 2009).

[5] Olivier Adam. 2007. À l’abri de rien, Paris : Éditions de l’Olivier ; Philippe Eurin. 2010. La jungle de Calais. Misère et solidarité, Paris : L’Harmattan.

[6] Le dernier caravansérail (Odyssées), d’Ariane Mnouchkine, théâtre de la Cartoucherie à Vincennes, 2003 ; No fuckin’ England today, de Veronika Boutinová, compagnie Le diable a un sabot, 2009.

[7] D’abord présenté au théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes en novembre 2008, le spectacle Ticket se déplace aujourd’hui dans différentes villes de France : http://ticket.bib.free.fr/about.

[8] Auteur de plusieurs articles et ouvrages traitant de l’immigration clandestine (Laacher 2002, 2005).

[9] Virilio, Paul (et Salmon, Jacqueline). 2000. Chambres Précaires, Heidelberg : Kehrer Verlag ; et in Salmon, Jacqueline, 2001, Sangatte. Le Hangar, Paris : Trans Photographic Press, 55 p.

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Les naufragés du rêve européen

13 mai 2012 - Nouvels Obs - Doan Bui

Ils viennent d’Afrique, du Maghreb, d’Afghanistan... Chaque nuit, ils tentent de franchir clandestinement les portes de l’Europe, entre la Grèce et la Turquie.

our l’instant, ce n’est qu’un rectangle de barbelés, à la fois menaçant et dérisoire, planté sur la frontière. D’un côté, le drapeau turc et les minarets d’Edirne. De l’autre, la Grèce et surtout l’espace Schengen, cette Europe rêvée que tentent de rejoindre des milliers de migrants. Bientôt, le rectangle deviendra clôture : 12,5 kilomètres de longueur, 3 mètres de hauteur, des caméras partout, pour repousser les clandestins. Ainsi en a décidé le gouvernement grec. Un mur pour barricader l’Europe. Mais peut-on empêcher la pluie de tomber ? Cela fait déjà plus d’un an que les clandestins évitent de s’aventurer dans cette zone militarisée, entre la Grèce et la Turquie, une plaine lisse comme un caillou, sans un arbre pour les cacher des patrouilles policières.

Aujourd’hui, le vrai “mur” est un peu plus au sud. Tout au long du fleuve Evros, qui coule sur 180 kilomètres entre les deux pays. Chaque jour, chaque nuit, ils sont des centaines à tenter de le franchir. Entassés à quinze ou vingt sur des bateaux de plastique gonflables, les mêmes que l’on voit l’été sur les plages. Le long des rives de l’Evros, les embarcations crevées et les tas de vêtements abandonnés font des taches de couleur. Papiers, lettres, sacs à dos : le fleuve charrie des bouts de vie venus d’Afghanistan, du Bangladesh, d’Algérie, du Nigeria.... Et parfois aussi des corps. Ceux des noyés. Un à deux par semaine, au moins, recensés du côté grec. Le courant n’a que faire des drapeaux et des frontières.

Ca pèse quoi, une vie ? Pour “300561a, anonyme, sexe féminin, 20 à 30 ans”, pas grand-chose. Clandestine, elle n’a jamais existé sur les registres de la police. Ses papiers, si elle en a eu, flottent quelque part dans les eaux de l’Evros. “300561a” est un fantôme. Sauf peut-être pour Pavlos Pavlivis, le responsable de la morgue d’Alexandroupoli, petite ville grecque, dans le sud de la région. Cet homme au calme imperturbable malgré ses ongles rongés jusqu’au sang a donné à la jeune femme une existence administrative et un numéro de protocole (“300561a”). Il lui a attribué un “dossier” rangé dans une chemise en carton. Quatre feuilles volantes et une enveloppe d’où surgit ce trésor encore piqueté de la boue de l’Evros : de gracieuses boucles d’oreilles vertes, un petit bracelet tressé, un collier avec un minuscule pendentif en cuir cousu. “Il y a une prière à l’intérieur, dit Pavlos Pavlivis. Une sourate du Coran. Cette inconnue était donc musulmane. Peut-être de Somalie ou du Nigeria...”

Qui ira reconnaître le visage de “300561a” ?

Son corps a été retrouvé le 1er février. “300561a” ne s’est pas noyée. Elle est morte d’hypothermie alors qu’elle venait de vaincre le fleuve. L’hiver est rude en Thrace. Elle portait sur elle 3 paires de jeans, 4 tee-shirts et une veste bleu turquoise. Sans doute ses seules possessions. Comme les autres migrants, elle a été obligée de vider son sac à dos et d’enfiler tous ses vêtements avant la traversée. Alourdie par ses habits gorgés d’eau, engourdie par le froid, elle s’est arrêtée pour reprendre des forces, peu après avoir franchi le gué, et s’est endormie dans la forêt. On l’a retrouvée recroquevillée dans les fougères. Sur les photos que Pavlivis fait défiler sur son ordinateur, on dirait une Blanche-Neige d’ébène. Elle n’a pas été défigurée comme les autres, les noyés, boursouflés, noircis, tordus comme les branches qui jonchent l’Evros. Elle n’a pas non plus eu le temps de se décomposer, contrairement au corps de cette femme devenue un squelette, toujours soigneusement enroulé dans un tchador délavé qui a résisté à l’eau et au temps. Mais qui ira reconnaître le visage de “300561a” ?

L’inconnue voyageait-elle seule, avec son mari, ses parents ?

"Les passeurs confisquent en général tous les papiers avant la traversée, raconte le chef de la morgue. Il y a trois ans, un bateau de migrants du Bangladesh a chaviré. On a pu contacter leurs proches, car ils avaient tous gravé le numéro de téléphone de la famille sous leurs chaussures. Mais la plupart des corps ne sont jamais réclamés. Même ceux des enfants : on peut supposer que leurs parents se sont noyés dans la traversée, mais que les corps ont été séparés parle courant.”

Cette année, 70 corps ont échoué dans les morgues grecques

Combien sont-ils à avoir perdu la vie en traversant l’Evros ? Pour la seule année passée, 70 corps ont échoué dans les morgues grecques. Mais combien du côté turc ? Et comment savoir le nombre de ceux qui ont dérivé jusqu’à la mer et n’en sont jamais revenus ? Ces statistiques-là n’intéressent personne. Mais la police grecque fait un décompte minutieux de 55 000 clandestins qui sont entrés dans le pays en 2011, cinq fois plus qu’en 2009. C’est son obsession. Et celle de l’Europe tout entière, qui a envoyé depuis deux ans sa police des frontières, la Frontex, dans cette région de l’Evros accusée d’être la nouvelle “passoire”. Oubliées Lampedusa et les îles Canaries. L’Italie et l’Espagne ont renforcé leurs dispositifs antimigratoires. Les migrants transitent désormais à Istanbul, où débarquent les vols low cost venus d’Algérie, d’Iran ou du Nigeria : la Turquie renâcle à jouer le rôle de gardien de l’espace Schengen, du moins tant que l’Europe ne supprimera pas les visas pour ses ressortissants.

La Grèce, principal point d’entrée pour les clandestins

C’est ainsi que la Grèce est devenue le principal point d’entrée pour les clandestins. Entre 2005 et 2009, ils empruntaient les mers et débarquaient dans les îles. “Dangereux et surtout très cher, à 6 000 euros le passage, explique Georges Salamangas, le directeur de la police d’Orestiada, dans le nord de la région. Alors, ils se sont donné le mot et ils rappliquent tous ici. Pas besoin de visa pour arriver jusqu’en Turquie. Et après, il ne leur reste que trois heures de route. Au début, ils arrivaient par la terre, mais maintenant, c’est surtout par le fleuve. Les passeurs ne les accompagnent même plus. Contre 500 euros par personne, ils entassent les migrants dans les bateaux et leur disent de pagayer. Du coup, les accidents se multiplient.”

Dans le petit village frontalier de Nea Vyssa, Christos, surnommé le “Shérif”, patron du café local, voit défiler les rescapés, savates gonflées d’eau, transis de froid et traînant, pour les plus chanceux, un sac plastique qu’ils ont réussi à sauver.

"Il en vient tous les jours. Parfois dix, parfois cinquante, soixante ou plus. Avant, pour nous protéger des Turcs, il y avait des mines antipersonnel partout dans l’Evros. Mais tout a été enlevé en 2009. Depuis, c’est l’invasion. Les types de la Frontex ? Des chariots ! Ils ne servent à rien du tout ! L’Europe nous a mis dans la merde, voilà la vérité. Tous ces migrants, ils croient qu’ils vont pouvoir passer en Italie ou en France. Mais personne ne veut d’eux, et on les renvoie chez nous ! Alors qu’ici il n’y a pas de travail, pas d’argent, rien !”

Le “Shérif” voudrait créer une milice, avec les quelque 300 autres habitants du village autorisés comme lui à porter des armes, dans cette zone militarisée : “Avec nous, pas un ne passerait !” Il dit que les gens ont peur de ces immigrés qui “ramènent des maladies”, mais que c’est partout pareil : “Marine Le Pen a du succès chez vous, non ?” Le bistrotier, pourtant, continue à accueillir ces pauvres hères égarés à la terrasse de son café, situé devant la petite gare de Nea Vyssa où le train ne passe presque plus jamais.

"Ici, il paraît que les policiers sont plus sympas..."

Ce matin d’avril, Nageb, un jeune Marocain, est le premier à s’y attabler. Il a fait la traversée à la nage pendant la nuit, avec son copain Chetroub.

"C’est ma troisième tentative, dit-il. J’ai essayé via l’Italie, mais notre bateau a été arrêté, et via l’Espagne, mais je suis resté coincé à Ceuta [enclave espagnole au Maroc, NDLR]. Ce matin, on a marché pendant quatre heures après être sortis de l’eau. J’avais peur d’être revenu en Turquie, mais j’ai trouvé une bouteille d’eau par terre avec l’indicatif téléphonique grec. J’étais tellement content ! Ici, il paraît que les policiers sont plus sympas...”

Welcome to Greece ! Le “Shérif” a beau déplorer l’“invasion”, il offre du café chaud, des chaussettes sèches, une bouteille d’eau aux deux Marocains. Ses hôtes le remercient avant de s’engager dans un dialogue surréaliste. Nageb demande où trouver la police. Le “Shérif” le rassure : un van passera le prendre ! Ici, tous les migrants veulent être “enregistrés”, quitte à être dirigés vers les centres de rétention bondés, dans des conditions dénoncées en septembre dernier par l’ONG Human Rights Watch. Depuis, deux de ces centres sont en “rénovation”, en clair ils vont être agrandis. En attendant la fin des travaux, beaucoup de clandestins sont enregistrés, puis immédiatement relâchés, obtenant de surcroît un précieux sésame : le fameux “papier des trente jours”. Ce laissez-passer, qui leur donne un mois de sursis avant d’être expulsés, est indispensable pour pouvoir acheter un ticket de bus jusqu’à Athènes. De là, ils espèrent gagner clandestinement la France, l’Italie, l’Allemagne... N’importe quel pays plutôt que la Grèce, où la crise fait rage.

Voici Prince et Aziz, 16 ans. Prince vient du Nigeria ; Aziz, du Maroc. Prince voudrait devenir footballeur en Allemagne, où son oncle est installé. Aziz hésite entre l’Italie et les Pays-Bas. Compagnons de cellule durant trois mois dans le centre de rétention de Fylakio, les deux garçons vivent pour l’instant dans un foyer géré par Arsis, une association humanitaire grecque. La traversée de l’Evros en plein hiver est restée gravée dans leur mémoire. Aziz n’avait jamais vu la neige. Quand il est arrivé près du fleuve, en baskets de toile et veste de Nylon, le bateau qui l’attendait était crevé. Le passeur a mis deux jours avant de revenir avec une autre embarcation et d’y entasser sa cargaison humaine, pour plusieurs allers-retours. Avant de monter à bord, Aziz a vu un homme tomber à l’eau et disparaître.

Hantés par le fleuve et ses fantômes

Quand il ferme les yeux, Prince entend, lui, les cris de trois camarades d’infortune emportés par le courant.

"Ils nous avaient donné des rames. Mais personne ne savait pagayer. On a heurté un arbre et ceux qui étaient sur le bord du canot ont basculé. Ils criaient : "Aidez-nous ! Aidez-nous !" Mais on ne pouvait rien faire, personne ne savait nager. Puis on a essayé de s’accrochera un autre arbre, près du rivage. Je me suis retrouvé dans l’eau jusqu’au cou. J’ai agrippé une branche. Elle s’enfonçait. J’ai cru me noyer...”

Tamila aussi est hantée par le fleuve. Elle nous montre, soigneusement pliée dans une pochette en plastique, imprimée sur un méchant papier, la photo floue d’une gamine en tee-shirt rose, âgée de 9 ans et qui sourit de toutes ses dents. Sa fille Zeinabou, dont il ne lui reste que ce portrait : “C’est un ami de la famille, en Afghanistan, qui me l’a envoyée par mail.” Dans une chambre d’hôtel d’Athènes où elle est logée par une association, Tamila pleure. Zeinabou travaillait bien à l’école ; elle voulait devenir docteur. Tamila rêvait pour elle d’un avenir lumineux, en Europe, sans bombes et sans talibans.

Mais ce 21 janvier, dans le fleuve, les choses ont mal tourné. Le bateau a chaviré, il faisait nuit, Tamila tenait dans les bras son petit dernier, Muhammad, 4 ans, qui portait, cachés dans ses couches, les 500 dollars d’économie de la famille. Muhammad dort près de sa mère, blotti en chien de fusil, les mâchoires serrées. Cette nuit terrible, il a failli mourir d’hypothermie.

"Si on pouvait au moins trouver le corps, on ferait notre deuil”

Des soldats l’ont emmené à l’hôpital. Tamila et son mari ont été arrêtés et envoyés au centre de rétention. Tamila, en plein délire, répétait en boucle le nom de sa fille. Elle est aujourd’hui persuadée que Zeinabou est sortie de l’eau avec son grand-père, même si d’autres migrants, dans le bateau, affirment que tous deux se sont noyés... Seul le mouchoir de la petite a été retrouvé sur la rive. "Si on pouvait au moins trouver le corps, on ferait notre deuil”, dit Rachid, le père.

Mais le fleuve est resté muet. Alors Tamila veut mettre une annonce dans les parcs d’Athènes, promettre une récompense pour qui retrouvera sa fille. Sa fille, c’est sûr, a été sauvée, ou peut-être enlevée par des passeurs. Elle est quelque part. Elle l’attend...

"On est submergés d’avis de recherche, dit Aggelikki Theodoropoulou, avocate pour le Greek Council for Refugees, une ONG qui aide les migrants. Mais on a si peu d’indices... Nous ne sommes même pas sûrs de les retrouver quand ils sont en détention, car ils ne donnent pas toujours leur nom.”

Les parents d’Idil, 22 ans, Somalienne, ont eux aussi connu l’angoisse, puis le chagrin. Leur fille voulait rejoindre son cousin Ali, installé en Belgique. Elle les a appelés une dernière fois d’Istanbul, le 13 février au soir. Depuis, ils n’ont plus de nouvelles d’elle. C’est Ali qui a mené les recherches et découvert ce qui s’était passé. Cette nuit-là, Idil a bien franchi l’Evros, comme l’ont raconté par la suite ses compagnons de voyage. Mais épuisée, alourdie par ses multiples couches de vêtements, elle ne parvenait plus à avancer. Comme elle ralentissait la marche, le passeur l’a battue. Elle s’est affaissée sous un arbre.

Quelques jours plus tard, un paysan a retrouvé son corps sans vie dans les bois. Il a été transporté à la morgue où Pavlos Pavlivis a, comme d’habitude, rempli sa petite enveloppe. Grâce au bracelet tissé qu’Idil portait à son bras, sa famille a pu l’identifier. “Elle était enceinte de six mois”, dit Pavlos, qui a barré la mention “anonyme” sur le dossier, pour écrire le nom complet de la jeune femme.

Enterrée dans un terrain vague, bordé de barbelés...

Idil repose désormais dans le cimetière musulman de Soufi. Un vrai cimetière, avec des stèles, des noms. Son cousin Ali a fait le voyage depuis la Belgique pour l’enterrer. Idil a-t-elle croisé “300561a” lors de son long périple ? Elles ont fait la traversée à quelques jours d’intervalle. Mais personne n’a pleuré la mort de la clandestine immatriculée “300561a”. Elle a été inhumée dans un autre cimetière, celui des migrants anonymes tués par l’Evros. Un terrain vague, à l’entrée du village de Sidero, bordé de barbelés, comme les centres de rétention de la région, comme le “mur” bientôt construit sur la frontière. Sur le sol pelé, les bosses de terre permettent de repérer les tombes. Celle de “300561a” est l’une des dernières à avoir été creusée. Aucun signe de reconnaissance. Seul le mufti sait. Il a dessiné une carte du cimetière en y reportant tous les “numéros de protocole” de la morgue d’Alexandroupoli.

"La majorité de ces migrants était musulmane. On le suppose, car ils étaient circoncis. On a aussi retrouvé des prières dans des pendentifs. Mais il y a quelques chrétiens dans le cimetière. L’important, c’est qu’ils soient dignement enterrés.”

Le vent souffle et la poussière ocre tourbillonne. Sur une seule tombe, celle d’une Jordanienne, on distingue un rameau, déposé par son mari qui a pu identifier le corps des mois après, alors qu’il avait déjà été enseveli. Les villageois se souviennent encore du jour où il est venu se recueillir. Ce cimetière reçoit si peu de visiteurs...

“Tous ces corps non réclamés, on ne savait qu’en faire, s’excuse le mufti. Au début, on les enterrait dans nos cimetières. Mais les gens ont protesté, ils avaient peur que tous ces morts venus d’ailleurs prennent leur place.” Comme Pavlos Pavlivis dans sa morgue, comme le “Shérif” dans son bar perdu, il soupire tristement. Demain, l’Evros livrera encore son lot de fantômes.

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Évacuation d’une vingtaine de migrants du squat Darquer, qui sera sécurisé

11 mai 2012 - La Voix du Nord - Eric Dauchart

Vers 7 h 30 hier matin, la police de Calais a procédé à l’évacuation, sans interpellation, d’une vingtaine de migrants, présents dans la friche industrielle Darquer, rue des Quatre-Coins. Une décision motivée par les lourds problèmes d’insécurité qui règnent sur ce site, propriété de la société Cottage des Flandres, où doivent s’ériger deux immeubles en 2014.

On ne pouvait pas circuler hier matin, rue des Quatre-Coins, entre les rues Monseigneur-Piedfort et du 11-Novembre. La police de Calais barrait la route au moment où se déroulait, au sein de l’ancienne usine Darquer, une opération de démantèlement de squat, occupé par des migrants. Une vingtaine de policiers étaient présents, pour évacuer une vingtaine de migrants d’un site hautement dangereux.
Les murs menacent

« Aujourd’hui il existe un réel danger, l’immeuble est menaçant », explique le sous-préfet de l’arrondissement de Calais Alain Gérard qui ajoute : « Les migrants se servaient des poutres pour faire du feu. Il y a déjà eu deux incendies ici. De plus, l’absence de ces poutres fragilise le bâtiment qui menace de s’effondrer. Et les migrants vivaient dans des locaux sordides. C’est une opération dictée par l’urgence ».

Récemment, la ville de Calais avait sécurisé le périmètre avec des barrières et un arrêté de péril imminent avait été déposé. À la demande du propriétaire des lieux, la société Cottage des Flandres, basée à Dunkerque. Une ordonnance d’expulsion a été prise par le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer (voir ci-dessous). Des travaux ont été entamés dès la fin de matinée pour rendre inaccessible le site. « Les migrants ne pourront pas revenir. Pendant les travaux, l’immeuble sera gardé. Cela se passera de la même manière que sur les squats Thélu, Noyon ou Descartes, où les migrants ne sont jamais revenus », poursuit le sous-préfet. La veille de l’expulsion, vingt-quatre personnes ont été recensées sur place, notamment des Soudanais. « Douze d’entre eux possèdent des papiers de demandeur d’asile. Et nous avons dix-neuf places disponibles en centres d’accueil dont dix à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle), quatre à Senlis (Oise), deux à Évreux (Eure) et une à Beauvais (Oise), Cébazat (Puy-de-Dôme) et Strasbourg (Bas-Rhin). Les migrants qui le souhaitent partiront en taxi avec un sac de ravitaillement », souligne Alain Gérard.

L’évacuation s’est effectuée dans le calme. Aucune association n’était présente et aucun No border n’était sur place. Il n’a été procédé à aucune interpellation, les premiers migrants sortaient d’ailleurs seuls du squat pour reprendre la route. « Nous privilégions l’humain et la dignité des personnes. Leurs affaires seront regroupées puis elles seront mises à leur disposition dans un local par la Ville de Calais », termine le sous-préfet.

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Immigration clandestine : Un mur de barbelés érigé entre la Grèce et la Turquie

10 mai 2012 - Euronews

Un groupe d’hommes sort de la nuit. Ils marchent le long d’une route cahoteuse, bien loin dans le nord-est de la Grèce. Nous nous arrêtons près d’eux.
Islam accepte de nous parler. Il a vingt ans.
Il voyage avec des amis. Deux viennent d’Algérie.
Le troisième de Casablanca au Maroc.

Islam vient de traverser en secret la frontière turco-grecque. C’est un clandestin. Il raconte : “La situation là-bas, la vie en Algérie est vraiment difficile, on ne gagne pas assez d’argent, la vie quotidienne est trop chère. C’est pour cela qu’on va aller en Belgique ou en France, pour y chercher un boulot, pour y travailler. Nous avons quelques sous, un peu d’argent pour acheter de quoi manger. Nous ne sommes pas des voleurs, non. Cela fait maintenant deux heures qu’on marche et on va continuer à pied jusqu‘à Alexandroupoli.”

A pied, c’est assez loin. Alexandropouli est à 80 kilomètres au sud. Les Algériens se dirigent vers un pays francophone, leur ami marocain rêve de l’Allemagne.

Les policiers Allemands sont juste au coin.
Ils se cachent dans une fourgonette de la police allemande issue de la force européenne Frontex.
Cette dernière aide ses collègues grecs à sécuriser la frontière de l’Union européenne.

Cette équipe de nuit contrôle un tronçon long de trois kilomètres, puis c’est une équipe bulgare qui prend le relais.

Chaque nuit, ces policiers allemands détectent jusqu‘à 70 passages illégaux.

80% des réfugiés et migrants présents dans l’Union européenne traversent la frontière turco-grecque.

Depuis 2002, il existe un accord turco-grec de réadmission, mais il semble n’exister que sur le papier, comme le souligne le chef de la police d’Orestiada, George Salamangas.

“Lorsque nous arrêtons des clandestins de notre côté, nous demandons aux Turcs de se conformer à l’accord de réadmission. Mais, par exemple, en 2011, nous avons arrêté 55 000 migrants illégaux ici, dans la région d’Evros et les Turcs n’en ont repris que 731. La Turquie ne se conforme pas à l’accord de réadmission”, explique-t-il.

C’est en avion que les Marocains et les Algériens se rendent à Istanbul. Ils n’ont pas besoin de visa. Ils embarquent ensuite dans des mini-vans qui les emmènent à Edirne où des passeurs les font passer côté grec, soit à pied, soit via le fleuve Evros. La raversée est risquée.

“Nous collaborons avec la police turque depuis l’année dernière pour traquer les passeurs, mais je ne peux pas dire si les résultats de cette collaboration sont encourageants. Ce dont nous nous apercevons maintenant c’est que les passeurs restent de l’autre côté de la rivière. Ils chargent les migrants dans des bâteaux, les font partir et eux restent sur leur propre berge, en toute sécurité. Nous sommes témoins que de nombreux bâteaux chavirent, certaines personnes s’accrochent à des îlots au milieu de la rivière et des gens périssent à cause de ça”, rajoute George Salamangas.

Sorte de frontière naturelle entre les deux pays, le fleuve Evros est un obstacle difficile et dangereux à surmonter.
Il y a aussi la terre ferme, dix kilomètres de frontière, une réelle tentation pour les clandestins qui veulent passer de Turquie en Grèce, à pied.

Les champs de Thanasis Bellias sont collés à la frontière turque. Cet agriculteur grec raconte ce qu’il y voit quotidiennement : “L’une des histoires la plus touchante, la plus choquante que j’ai vécue en arrivant sur un terrain situé un peu plus bas – Là où
nous cultivons du blé – Eh bien, c‘était au moment de la récolte. J‘étais sur mon tracteur, il était tôt le matin, et soudain, au milieu du champs de blé, j’ai vu un groupe de peut-être 5 ou 6 clandestins. Ils dormaient. Ils y avaient plcinq ou six clandestins. Il y avaient des enfants. Tous s‘étaient cachés dans le blé pour passer la nuit”.

Quelques mètres plus loin, tout le nécessaire pour construire une clôture en barbelés arrive. Jusqu‘à la fin de l‘été, les dix kilomètres de frontière terrestre seront fermés. Athènes a demandé à Bruxelles de co-financer l‘établissement de ce barage mais la commission de l’Union Européenne a refusé. La Grèce financera donc seule les trois millions d’euros que coûtera la clôture.

Hélicoptères, maîtres-chiens, gardes-frontières en provenance de 26 pays de l’UE, l’Arsenal déployé par Frontex, l’Agence européenne de gestion des frontières, pour lutter contre la clandestinité est impressionnant. Patrick a 24 ans, il est originaire des Pays-Bas. Il y a quelques heures, il a intercepté un groupe d’une dizaine de clandestins.

“Nous aidons l’ensemble de l’Union européenne car c’est une frontière de l’UE et c’est ce que nous protégeons. C’est pourquoi nous sommes ici, pour aider le peuple grec car nous sommes ici dans l’union européenne et que nous devons nous aider les uns les autres”, dit-il.

Beaucoup de ceux qui traversent la frontière terrestre la nuit arrivent dans le petit village grec de Nea Vyssa, comme ce groupe composé principalement de migrants venus du Maghreb. Mais il y a aussi des réfugiés en provenance du Pakistan et d’Afghanistan. Mohammed, Rachid et Sofiane arrivent d’Algérie.
Etait-ce difficile, pour eux, de franchir cette frontière très surveillée ?

“Hyper difficile. Hyper difficile. Par ailleurs, je me suis plein de boue. On a traversé des rivières profondes, boueuses”, répond Sofiane Kibouh.

“Je suis méchano depuis 2003, mais ca ne sert à rien de travailler en Algérie. Que tu travailles ou que tu restes, c’est la même chose”, ajoute Rachid Mohammedi.

“Je viens d’arriver via la Turquie. Regardez dans quel état je suis. Voyez mon état de fatigue, mes vêtements. C’est vraiment difficile de traverser la frontière par ici. Quelqu’un qui n’a pas vu ça de ses propres yeux, ne peut pas comprendre combien c’est difficile de traverser. Il y a des gens qui meurent, des jeunes qui ne savent pas nager et qui tombent à l’eau ou d’autres qui se perdent sur la route. Il y a ceux qui ne reviennent pas, des gens qui se noient et leurs parents ne savent même pas où ils sont”, termine Mohamed Boudebba.

Chryssi travaille depuis plus de 30 ans à Nea Vyssa. L’afflux massif de réfugiés a débuté selon elle il y a 7 ans. Le matin, quand elle ouvre sa station-service, ils sont plus d’une cinquantaine à être rassemblés. Souvent, elle leur donne de l’eau et du pain.

“J’ai vu énormement de victimes suite à des incidents violents. Des gens ensanglantés, battus, des femmes violées. J’ai vu tout cela pendant des années et des années. La chose qui m’a vraiment choquée, c‘ést cette femme qu’on a violée devant les yeux de son mari”, raconte-t-elle.

Une fois du côté grec, sur le territoire de l’Union Européenne, les migrants appellent la police. Ils savent que la Turquie ne les reprendra pas et que la Grèce n’a pas les moyens matériels et financiers pour les renvoyer dans leurs pays d’origine.

Un bus de la police les emmène à Fylakio, dans le plus grand centre de rétention, près de la frontière gréco-bulgare .

Après avoir fait face à un afflux massif de réfugiés, une rénovation du centre de Fylakio et d’autres centres grecs de rétention a du être entreprise. Cette rénovation est financée par l’Union européenne.

La Grèce compte environ onze millions d’habitants. A ceux la s’ajoutent les réfugiés. Leur nombre est estimé à un million.

Beaucoup d’habitants de la région d’Evros sont favorables à la construction de la clôture le long de la frontière. C’est le cas de Dimitri Tsounis : “Je suis complètement d’accord avec la construction de cette clôture pour empêcher les clandestins de passer car ils ne doivent pas venir dans notre pays illégalement. Et il n’est pas juste qu’ils prennent nos emplois ou qu’ils nous fasse mal économiquement parlant ou autrement. Ce sont les raisons pour lesquelles la clôture doit être construite, pour les empêcher d’entrer. “

Après que la police a pris leurs empruntes digitales et les a enregistrés, l‘écrasante majorité des clandestins sont libérés. Ils obtiennent un papier les invitant à quitter le territoire grec et européen dans les 30 jours. C’est tout.

A l’extérieur du camp, la compagnie de bus Ktel vend des billets pour Athènes. La capitale grecque est située à mille kilomètres au sud.
Le prix pour un voyage de nuit est passé de 60 euros l’an dernier à 70 Euros aujourd’hui.

Le bus arrivera à cinq heures du matin à Athènes. Certains des migrants essayeront alors de rejoindre l’Italie, la France, la Belgique ou l’Allemagne. D’autres resteront coincés en Grèce. D’autres n’auront même pas le choix. Le voyage leur aura été fatal.

Des dizaines de clandestins meurent chaque année en traversant le fleuve Evros. Pour ceux d’entre eux qui sont de confession musulmane, un mufti de la région prépare une sépulture particulière. Pourtant, selon lui, personne ne devrait prendre de “risques mortels” et “traverser est un risque mortel, du scuicide pur et simple”, dit-il.

“La réligion interdit de prendre des risques demesurées ou de se suicider. Il ne faut pas faire de cérémonie d’enterrement pour ceux qui se sont suicidés. Mais ici, nous faisons quand même la prière pour ceux qui sont morts en traversant cette frontière mortelle. Ils l’ont fait parce qu’ils ont perdu la tête. S’ils avaient vraiment su qu’ils allaient s’y noyer, ils ne seraient pas venus”, dit le mufti Mehmet Serif Damadoglou.

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Immigration : le programme "réaliste" de François Hollande

7 mai 2012 -

Gestion des flux, régularisation..., longtemps taxée de "laxiste", la gauche a décidé d’opérer un changement idéologique avec François Hollande. Le candidat élu a fait preuve d’une nouvelle fermeté tout au long de sa campagne concernant l’immigration.

Attention dossier sensible : gestion des flux, régularisation, expulsion des sans-papiers, droit de vote des étrangers... François Hollande, sous la pression du score de Marine Le Pen, fait preuve d’une nouvelle fermeté face à l’immigration. Le président élu s’entendant à démolir l’image de "laxiste" que la droite a tenté de lui construire.

Gestion des flux migratoires

Le président n’a pas fixé de chiffre précis en matière d’accueil des étrangers, estimant qu’il est impossible de réduire, sous condition d’un minimum de revenus et d’une connaissance de la langue française, l’immigration légale (famille et couples mixtes) protégée par le droit européen et les conventions internationales. Crise oblige, il compte en revanche limiter l’immigration économique pour cause de croissance faible. En outre, il propose que le nombre de professionnels étrangers souhaités soit fixé à la suite d’un débat annuel au parlement. François Hollande veut continuer à accueillir les étudiants étrangers (60.000 en 2011).

Au total, François Hollande compte maintenir le nombre d’entrées actuelles d’étrangers (entre 180.000 et 200.000 par an).

Régulation des sans-papiers

François Hollande l’a affirmé tout au long de sa campagne, il n’y aura pas de régularisation massive des sans-papiers qui se fera "au cas par cas". Il compte maintenir le chiffre actuel (autour de 30.000 par an), en s’appuyant sur des critères "clairs" et "précis" (familiaux et professionnels) comme la présence de cinq années consécutives sur le territoire national et un travail ou une promesse d’embauche.

Expulsion des clandestins

Un étranger en situation irrégulière "a vocation à être reconduit" dans son pays, selon le président qui n’a pas fixé d’objectifs chiffrés en la matière. Il souhaite des alternatives à "la rétention administrative" des personnes en voie de reconduite comme le recommande la "directive retour" de l’Union européenne. François Hollande s’est en revanche engagé à supprimer le placement en rétention des enfants, pour lequel la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme.

Asile

François Hollande veut faire passer à six mois le délai d’instruction des demandes d’asile (56.300 en 2011) pour reconduire plus rapidement les déboutés. Le délai moyen était de 19 mois et 12 jours en 2010, pendant lequel les demandeurs bénéficient de l’hébergement, d’une allocation temporaire d’attente et de la CMU.

Droit de vote des étrangers

C’est la mesure phare du candidat PS et une des plus décriée à droite : le droit de vote aux élections municipales pour les étrangers ayant résidé plus de cinq ans en France. Cependant, ils ne pourront pas être élus maire ou adjoint. La réforme est prévue pour entrer en application aux élections de 2014. Entre les deux tours, François Hollande a expliqué que la loi passera que s’il obtient la majorité des trois cinquièmes (donc des voix de l’opposition). S’il n’y a pas cette majorité, deux solutions : abandon de la mesure ou référendum.

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Sept migrants africains meurent à bord d’une embarcation en Méditerranée

7 mai 2012 - Le Monde - AFP

Sept Africains qui tentaient d’émigrer sont morts et leurs corps ont été jetés à la mer d’un bateau qui se rendait à Malte, selon un responsable militaire et aux dires des quatre-vingt-huit survivants arrivés sur l’île méditerranéenne dans la nuit de dimanche à lundi 7 mai.

Les migrants sans papiers, parmi lesquels figurent plusieurs femmes et des enfants en bas âge, ont affirmé qu’ils venaient du Tchad et de Somalie, mais leur port d’embarquement et la date de leur départ sont pour l’instant inconnus.

DÉSHYDRATATION ET SUREXPOSITION AU SOLEIL

Leur embarcation a été interceptée par la marine maltaise, qui l’a accompagnée jusqu’à la baie de Ghajn Tuffieha, dans le nord de l’île. Quatre personnes souffrant de déshydratation et de surexposition au soleil, dont une femme enceinte, ont été hospitalisées.

Il s’agit de la troisième embarcation de migrants arrivée à Malte en quelques jours, après deux bateaux transportant cinquante-deux personnes la semaine dernière. Au total, environ quinze mille émigrés sont arrivés à Malte à bord de trois cent soixante-douze bateaux depuis 2002, et plus de treize mille d’entre eux ont déposé des demandes d’asile ces dernières années, selon les statistiques officielles des autorités maltaises.

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Avant l’été, quinze mesures symboliques

6 mai 2012 - Les Echos - Vincent Collen

François Hollande a promis de prendre quinze mesures symboliques, qui ne nécessitent pas l’intervention du Parlement, avant la fin du mois juin. « Lors du premier Conseil des ministres », un décret réduira de 30 % la rémunération du président de la République et des ministres. Quatre décisions sont annoncées dans l’ « agenda du changement » pour « redonner du pouvoir d’achat et améliorer la vie quotidienne » : augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire - une prestation qui est versée en août aux familles avec enfants, sous condition de ressources -, blocage des prix des carburants pour trois mois, mise en place d’une caution solidaire pour améliorer l’accès des jeunes à la location et enfin réforme du Livret A et du livret de développement durable, dont les plafonds seront doublés.

Mais la décision phare des premières semaines du quinquennat sera le retour du droit à la retraite à 60 ans pour les personnes qui ont commencé à travailler tôt et qui ont toutes leurs annuités. Un décret sera pris en ce sens. Le nouveau président de la République a promis pour « fin mai » un autre décret qui fixera un éventail maximal de 1 à 20 pour les rémunérations dans les entreprises publiques. François Hollande a annoncé le « gel conservatoire » d’une partie des dépenses publiques en attendant la publication, prévue pour la dernière semaine de juin, du rapport sur les finances publiques de la Cour des comptes (un audit spécifique lui sera demandé). Autre mesure symbolique : l’arrêt de la révision générale des politiques publiques de Nicolas Sarkozy. Il lui succédera un « projet de refondation et de modernisation de l’action publique ».

A l’international, François Hollande va transmettre « fin mai » à ses partenaires européens une proposition de « pacte de responsabilité, de croissance et de gouvernance » en vue du Conseil européen des 28 et 29 juin. Son objectif : « réorienter la construction européenne vers la croissance ». Le chef de l’Etat annoncera ce mois-ci le retrait des troupes françaises d’Afghanistan d’ici à la fin de l’année. Il abrogera la « circulaire Guéant » sur les étudiants étrangers et en publiera une autre pour lutter « contre les délits de faciès lors des contrôles d’identité ».

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HCR : une conférence sur les réfugiés afghans souscrit à une nouvelle stratégie

4 mai 2012 - Centre d’actualités de l’ONU

4 mai 2012 –
Une Conférence internationale de deux jours sur la situation prolongée de réfugiés d’Afghanistan a terminé ses travaux jeudi à Genève après avoir fait sienne une nouvelle « Stratégie de solutions » visant à appuyer le rapatriement, la réintégration durable et l’assistance aux pays hôtes.

Les délégués venus de plus de 40 pays ont discuté de cette Stratégie, élaborée entre l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan ainsi que le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), co-organisateur de cette réunion avec le gouvernement suisse, a précisé le HCR dans un communiqué de presse.

Le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, s’est félicité du soutien international à cette initiative et a félicité les pays rédacteurs, disant qu’ils avaient ouvert la voie à une rencontre visant à émettre une proposition commune concernant une Stratégie de solutions pour les réfugiés afghans – l’une des situations de réfugiés prolongées les plus difficiles au monde.

Le Haut Commissaire a déclaré que la Conférence avait donné des orientations substantielles, ajoutant qu’elles n’étaient pas l’aboutissement d’un processus mais, dans une certaine mesure, son lancement.

La Stratégie a pour but de préserver l’espace d’asile pour les réfugiés afghans dans les pays voisins au cours des trois ans à venir et au-delà, et a appuyé une réintégration durable pour les Afghans qui rentrent chez eux. Elle demande également l’assistance aux autres pays hôtes.

Un communiqué conjoint affirme que les participants à la Conférence se sont félicités de cette Stratégie de solutions dans la mesure où elle constitue un cadre intégré de coopération et de coordination multilatérale.

Les réfugiés afghans constituent la situation de réfugiés la plus importante et la plus ancienne de l’histoire du HCR. Malgré le retour de plus de 5,7 millions d’Afghans dans leur patrie depuis 2002, on compte encore presque 2 millions d’Afghans au Pakistan et près d’un million en République islamique d’Iran. Ces dernières années, le rythme des retours s’est ralenti. En 2011, environ 70.000 réfugiés afghans sont rentrés chez eux.

La Stratégie de solutions prévoit des mesures visant à appuyer les réfugiés, et spécialement conçues pour couvrir les besoins spécifiques de chacun des trois pays concernés.

En Afghanistan, l’accent est mis sur l’appui à la réintégration et le communiqué précise que les participants à la Conférence ont reconnu la nécessité de renforcer le potentiel de développement et de réintégration des communautés accueillant le plus de rapatriés en Afghanistan, particulièrement dans les secteurs des moyens d’existence, des services essentiels, des abris afin de créer des communautés viables à long terme qui aideront les rapatriés à rester en Afghanistan et à appuyer le retour plus important de réfugiés depuis les pays hôtes. Ces efforts devraient permettre de réduire les tensions s’exerçant sur les Afghans et les poussant à quitter le pays en quête de moyens d’existence.

En République islamique d’Iran, les efforts seront dirigés vers l’appui au retour vers l’Afghanistan ainsi que l’aide visant à assurer la viabilité de ces retours. Au Pakistan, l’accent sera davantage mis sur le rapatriement librement consenti et l’aide aux communautés hôtes où vivent les réfugiés.

La Conférence a reconnu les coûts économiques et sociaux ainsi que l’impact environnemental sur les Républiques islamiques d’Iran et du Pakistan de cette situation prolongée et ont réaffirmé l’importance d’un partage international de la charge. Le communiqué précise que la communauté internationale a réaffirmé son engagement à contribuer à la couverture des besoins humanitaires des réfugiés afghans et des communautés hôtes touchées dans ces pays.

Le coût de la mise en œuvre de cette Stratégie est estimé à 1,9 milliard de dollars et, bien que cette réunion de Genève ne soit pas une Conférence des bailleurs de fonds, l’appui des donateurs sera néanmoins un facteur clé en la matière.

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Immigration : trois films d’animation contre les idées reçues

4 mai 2012 - Mediapart

Les questions migratoires sont souvent maltraitées lors des campagnes électorales. Cette année n’échappe pas à la règle. À la suite de l’audit mené par des parlementaires de tous bords avec l’association Cette France-là (à retrouver ici sur la page spéciale de Mediapart avec tous les entretiens audio des experts), la députée européenne d’Europe Écologie-Les Verts Hélène Flautre a imaginé et conçu trois vidéos d’animation de quelque deux minutes chacune visant à recontextualiser les enjeux et à tailler en pièces les fantasmes.

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Immigration : ce que les candidats n’ont pas dit pendant le débat

3 mai 2012 - Nouvel Obs - Elsa Vigoureux

La question est au coeur de la discussion depuis le soir du premier tour. Avec son lot de mensonges et de fantasmes. Décryptage, chiffres à l’appui.

D’après une enquête Ipsos, parue en août 2011, plus de la moitié des Français considèrent que les immigrés sont trop nombreux. Et qu’ils ont un effet négatif dans le pays.

Pourtant, la France n’est pas le pays le plus accueillant en la matière, puisqu’elle se place loin derrière l’Allemagne qui comptait plus de 10 millions d’immigrés en 2010, contre 6,7 millions en France à la même période. Nourris de fantasmes et pétris de peurs, largement alimentés par les discours politiques, les Français ignorent certaines vérités sur l’immigration.

Un rapport d’audit de 2011 mené pendant près d’un an par des parlementaires de tous bords sur la politique d’immigration a, par exemple, apporté un éclairage sur des aspects peu ou mal connus de la question. On y apprend, entre autres, que les migrants subsahariens ont en moyenne un niveau d’instruction supérieur aux personnes vivant en France métropolitaine - 40% d’entre eux sont diplômés de l’enseignement supérieur.
Si les immigrés "coûtent" 47,9 milliards, ils en rapportent 60,3...

En dépit de leur sous-qualification et de leur précarité, les immigrés rapportent plus à la France qu’ils ne lui coûtent. En effet, 70% d’entre eux ont entre 20 et 60 ans, contre 53% pour les Français. Ils sont donc plus nombreux dans les classes d’âges d’actifs, cotisent plus. Ils travaillent plus longtemps et meurent plus tôt que les Français. Contrairement au fantasme ambiant, les immigrés profitent donc bien moins que les Français des prestations de santé et de retraite.

Dans ce rapport parlementaire, Martine Billard (Parti de gauche) faisait valoir une autre étude, selon laquelle si les immigrés "coûtent" annuellement 47,9 milliards d’euros en dépenses de protection sociale, en revanche, ils rapportent 60,3 milliards en cotisations. Soit un solde largement positif.

L’immigration pourrait même être synonyme d’enrichissement... Selon une étude des Nations Unies (Ortega et Peri, 2009), 74 pays qui ont augmenté leur population de 1% grâce aux migrants ont vu leur PIB enregistrer une hausse de 1% entre 1980 et 2005.

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En plus du chômage, les immigrés marocains guettés par la précarité

1er mai 2012 -

A partir du 1er septembre prochain, des milliers de Marocains en situation irrégulière n’auront plus la possibilité de bénéficier de la couverture médicale suite à l’annonce par le gouvernement conservateur d’un plan de rigueur pour contenir un déficit public galopant. Hormis les femmes enceintes et les enfants, tous les étrangers en situation irrégulière auront pour seul recours les urgences en cas de maladie.

Un Marocain demande à un compatriote expatrié dans quel pays celui-ci réside. Ce dernier répond : en Espagne. Et le premier de commenter : le pauvre ! Cette blague résume la situation de la communauté marocaine établie en Espagne qui, au chômage sévissant dans ses rangs, doit ajouter la précarité sociale dans un pays où l’État providence est sacrifié sur l’autel de l’austérité.

Le 20 avril dernier, l’exécutif avait adopté un plan de rigueur visant des secteurs très sensibles tels que la santé et l’éducation, après celui de l’emploi. Parmi les mesures de ce plan qui vise à économiser 7 milliards d’euros dans la santé, figure celle qui restreint aux seuls immigrés en situation régulière, c’est-à-dire ceux inscrits à la sécurité sociale, l’accès au système de santé public, ce qui permettra à l’État de renflouer quelque 500 millions d’euros.

Plus d’un demi-million de sans-papiers concernés

Cette mesure concernera plus d’un demi-million de migrants sans-papiers établis en Espagne, selon le gouvernement. Parmi eux, des milliers de ressortissants marocains en situation irrégulière ou ayant perdu leur titre de séjour régulier en raison du chômage.

Le gouvernement, sous la pression de Bruxelles et d’institutions financières internationales, tente de juguler la crise économique et financière dans laquelle se trouve empêtré le pays depuis 2008 et de contenir le déficit actuellement à 8,51 du PIB, à coup de mesures d’austérité impopulaires.

Vendredi dernier, il a annoncé une augmentation des impôts à la consommation à partir de 2013, mesure qu’il avait pourtant écartée durant sa campagne électorale.

Un avant 2012 et un après 2012

Avant 2012, la loi espagnole sur les étrangers garantissait aux immigrés, en situation régulière ou pas, l’accès aux services de santé à même pied d’égalité que les Espagnols.

A partir de septembre prochain, les immigrés sans papiers ne pourront plus bénéficier de cet avantage social et la carte de santé, qui leur permet d’accéder aux centres de santé et aux hôpitaux publics leur sera retirée.

Seules les femmes enceintes et les enfants seront acceptés dans les services de gynécologie et de pédiatrie. Les autres, en cas de maladie, devront se rendre aux urgences pour être traités.

Le problème est que parmi ces sans-papiers, des dizaines de milliers de Marocains sont tombés dans la clandestinité suite à la perte de leur travail. Dans l’incapacité de trouver un contrat de travail, ils ne peuvent plus renouveler leur carte de séjour, ni cotiser à la sécurité sociale.

Pour le Parti socialiste espagnol (PSOE), principal formation politique d’opposition, cette mesure s’ajoute à d’autres mesures insensées prises par le gouvernement conservateur. Son leader, Alfredo Perez Rubalcaba, est allé même jusqu’à la qualifier de mesure "xénophobe, cruelle et inefficace".

“Cette mesure est non seulement xénophobe et cruelle car elle laisse sans assistance médicale des personnes malades, mais elle est également inefficace car de simples grippes devront être traitées dorénavant aux urgences.”

Alfredo Perez Rubalcaba, leader du PSOE

Cette nouvelle mesure du gouvernement a été également fortement dénoncée par les ONG de défense des immigrés et des droits de l’Homme, comme Amnesty International, par les syndicats ainsi que par l’opposition de gauche, car elle rompt avec le principe de santé gratuite pour tous dont se targuait l’Espagne.

Parution

“Migration et Mondialisation” est l’intitulé du nouvel ouvrage collectif paru sous la direction du professeur Moha Ennaji, enseignant chercheur à la faculté des lettres et sciences humaines de l’université Sidi Mohammed Ben Abdallah de Fès.
Publié aux éditions Al-Maarif Al-Jadida avec le concours de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, cet ouvrage de plus de 300 pages a été réalisé par des chercheurs marocains, européens, africains et américains. L’objectif essentiel de la publication, selon le professeur Moha Ennaji, est d’examiner la problématique des migrations et de la mondialisation d’une part, et du multiculturalisme et de la démocratie d’autre part ainsi que de soulever des questions relatives notamment aux droits des immigrés dans les pays d’accueil.

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