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Archives du mois de 06 2012

Soudan : Répression contre manifestants et journalistes

28 juin 2012 - Le Podcast Journal - J.N.B.L.

De nombreux militants ont été arrêtés depuis le début des manifestations, le 17 juin 2012. La police a aussi détenu de manière provisoire des blogueurs et des journalistes en vue de passer sous silence tous les reportages sur le mouvement de protestation.

"Les autorités soudanaises doivent mettre un terme à leur répression brutale visant les manifestants et doivent cesser de harceler les journalistes qui couvrent les manifestations", a déclaré Amnesty International après que la police antiémeutes à Khartoum a utilisé gaz lacrymogènes et matraques pour disperser les protestataires dénonçant les mesures d’austérité.
"Le gouvernement soudanais fait preuve de tolérance zéro envers les manifestations et continue de nier au peuple soudanais le droit à la liberté de réunion pacifique", a indiqué Paule Rigaud, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International.

Depuis quelques années, le pays est confronté à une hausse des prix alimentaires et à une monnaie en baisse.
Le mouvement de protestation, dominé par les militants étudiants, a jusqu’à présent été centré autour des universités de Khartoum et des villes voisines d’Omdurman et de Khartoum-Nord. Des rassemblements ont également été signalés dans des universités de province, notamment l’Université du Nil bleu à Ed Damazin, ainsi que dans des quartiers résidentiels de la capitale.

Parmi les personnes arrêtées figurent des membres de partis politiques et de mouvements de jeunes, tels que Girifna ("On en a marre"), mouvement militant dirigé par des étudiants. Beaucoup ont été libérés le jour même de leur arrestation, mais certains auraient été inculpés.
Mohammed Hassan Alim Boshi, militant bien connu, a été arrêté chez lui le 20 juin. On ignore où il se trouve. Il avait déjà été placé en détention à de nombreuses reprises en raison de ses activités politiques, notamment en décembre 2011 ; il avait alors été détenu au secret, à l’isolement, pendant 22 jours, pour avoir critiqué publiquement Nafi Ali Nafi, assistant proche du président Omar Hassan Ahmad el Béchir.

Les reporters internationaux et les militants des médias sociaux sont également pris pour cibles. Simon Martelli, journaliste de l’AFP, a été arrêté le 19 juin alors qu’il couvrait une manifestation étudiante à Khartoum. Il a été détenu au secret pendant 12 heures et interrogé par le Service national de sécurité (NSS), avant d’être libéré le 20 juin.
Le 21 juin, Salma al Wardany, journaliste de l’agence de presse Bloomberg, a été interpellée en même temps que Maha al Sanosi, blogueuse soudanaise et membre de Girifna, alors qu’elles couvraient une manifestation à Khartoum. Elles ont été détenues pendant environ cinq heures par le NSS, avant d’être relâchées.

Inspiré par les soulèvements qui ont éclaté en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, le Soudan est le théâtre de fréquentes manifestations depuis janvier 2011, pour réclamer une réforme politique et l’amélioration des conditions de vie. En réaction, les autorités ont fréquemment arrêté et maltraité les manifestants pacifiques.

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Sans-papiers. Manuel Valls refuse les régularisations massives

28 juin 2012 - Ouest France - AFP

Le ministre de l’Interieur Manuel Valls écarte toute augmentation du nombre de régularisations des sans-papiers par rapport à l’ère Sarkozy. Il a décliné pour la première fois depuis son entrée gouvernement sa ligne de conduite en matière d’immigration. L’UMP dénonce un double langage.

Dans un entretien au journal Le Monde, Manuel Valls a présenté sa ligne en matière d’immigration. Elle sera ferme, inspirée de celle adoptée par François Hollande à la fin de la campagne présidentielle quand la droite et l’extrême droite agitaient le risque de régularisations massives d’étrangers sans papiers.

Présenté comme le champion de l’aile droite du PS, M. Valls a exclu cette hypothèse, affirmant qu’il ne ferait pas plus que ses prédécesseurs qui ont régularisé environ 30 000 personnes par an.

Une politique du Premier ministre et du président

« Être de gauche, ce n’est pas régulariser tout le monde et se retrouver dans une impasse. Il faut mener une politique républicaine, conforme aux valeurs de la France, tenir compte de la situation économique et sociale de notre pays et poser, effectivement, des critères. La politique que j’applique n’est pas celle de Manuel Valls, c’est celle du président de la République et du Premier ministre », insiste-t-il dans Le Monde.

Le ministre a annoncé qu’une circulaire « pour préciser les critères » de régularisation « est en préparation ». Elle prendra en compte les années de présence en France, la situation par rapport au travail, les attaches familiales.

Plus de rétention des familles

Alors que son prédécesseur Claude Guéant avait prévu 40 000 reconduites en 2012 après un record de 33 000 en 2011, M. Valls n’a pas avancé de chiffre.

Le ministre a annoncé deux autres circulaires : une pour mettre fin à la rétention des familles, promise par François Hollande, et une autre pour faciliter les naturalisations qui ont chuté de 40 % entre 2010 et 2011.

Les régularisations se feront « sur des critères précis, objectifs, compréhensibles », a souligné M. Valls critiquant « l’arbitraire » du précédent gouvernement qui avait donné le pouvoir aux préfets.

Un nouveau titre de séjour

Sur le plan législatif, M. Valls a annoncé une loi pour créer un nouveau titre de séjour de trois ans et une autre, « le plus vite possible », interdisant le placement en garde à vue d’un étranger pour le seul motif du séjour irrégulier conformément à un avis de la Cour de cassation. Sinon, « nous pourrions nous retrouver dans une situation où il n’y aurait plus de reconduites », craint-il.

Réactions mitigées

Si France Terre d’Asile voit dans la position de Manuel Valls « la première pierre du changement tant attendu », elle est « la première grande faute politique du gouvernement », a dénoncé Olivier Besancenot du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

Spécialiste des questions de sécurité, le député UMP Eric Ciotti a dénoncé, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, « une politique dangereuse et risquée », qui va « augmenter massivement les flux migratoires ».

L’avocat Gilbert Collard, élu député avec le soutien du Front national, parle de « terrorisme intellectuel de la gauche » en matière d’immigration.

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Australie : nouveau naufrage d’un bateau de demandeurs d’asile

27 juin 2012 - Le Parisien - AFP

Les secours ont récupéré mercredi 123 personnes après le naufrage d’un bateau transportant des demandeurs d’asile, au large de l’île de Christmas, territoire australien au milieu de l’Océan indien, moins d’une semaine après un accident semblable qui avait fait des dizaines de morts.

L’embarcation a sombré à 107 milles au nord de l’île Christmas, selon les données de l’Autorité australienne de sécurité maritime (AMSA).
« Les informations dont je dispose actuellement indiquent que 123 personnes ont été récupérées », a déclaré le Premier ministre Julia Gillard devant le parlement, ajoutant qu’il y avait entre 123 et 133 personnes à bord. Les premières informations faisaient état de 150 passagers.

Trois navires de la Marine marchande, dont un bateau philippin, étaient présents sur les lieux du naufrage, qui s’est produit dans les eaux indonésiennes. Des photos prises par le navire philippin peu avant que le bateau coule montre une embarcation très sommaire, de petite taille, et dont les ponts sont couverts de passagers.

Les passagers viennent d’Afghanistan

Selon la télévision Australian Broadcating Corporation, la plupart des passagers (qui comptaient des femmes et des enfants) sont des Afghans. Jeudi dernier, un bateau d’immigrés transportant quelque 200 personnes, la plupart originaires d’Afghanistan, avait sombré là encore au large de l’île de Christmas, un territoire australien perdu dans l’océan Indien à 2.600 km des côtes nord-ouest de l’Australie et 300 km des côtes indonésiennes.

Les secours avaient retrouvé 110 survivants, 17 corps avaient été repêchés et les autres personnes ont été portées disparues. Les immigrants, kurdes, iraniens ou irakiens pour la plupart, embarquent en général depuis l’Indonésie à bord de bateaux souvent surchargés et en mauvais état, pour tenter de rejoindre l’Australie et d’y demander le statut de réfugié. Le bateau qui avait fait naufrage jeudi dernier était parti du Sri Lanka.

Les arrivées par la mer de demandeurs d’asile avaient dominé les élections de 2010. Ils étaient 6 555 à avoir accosté sur les rivages de l’île continent cette année-là, un chiffre faible en valeur absolue, mais le plus élevé jamais enregistré. La grande majorité de la classe politique australienne souhaite que l’examen des demandes d’asile déposées par les immigrants soit réalisé ailleurs qu’en Australie, afin de couper l’herbe sous les pieds des passeurs et d’éviter un périple dangereux (de l’Indonésie à l’Australie) aux immigrants. Mais les partis politiques ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une solution.

En six mois, 62 bateaux et 4484 migrants interceptés, un record

Un accord proposé par le gouvernement travailliste de Julia Gillard, en 2011, avait échoué lors de son passage devant le parlement. Il proposait d’envoyer 800 demandeurs d’asile en Malaisie, pendant l’examen de leur dossier, et d’accueillir 4 000 immigrants stationnés en Malaisie et ayant obtenu le statut de réfugiés.

L’opposition, menée par Tony Abbott, veut que les demandeurs d’asile soient amenés sur la petite île de Nauru, dans le Pacifique, pendant l’examen de leurs dossiers —qui peut prendre des mois. Il est également en faveur d’un renvoi forcé des bateaux.

L’île de Christmas avait été le théâtre d’un terrible naufrage en décembre 2010. Une embarcation transportant aussi des immigrants, venus d’Irak et d’Iran, s’était fracassée contre les rochers de la côte découpée, dans une mer déchaînée. Le nombre exact de victimes n’a jamais été connu mais il est estimé à une cinquantaine. La plus grande catastrophe date de 2001 : un bateau transportant 353 immigrants vers l’Australie avait coulé au large de l’Indonésie. Personne n’avait survécu. Depuis le 1er janvier, les autorités australiennes ont intercepté 62 bateaux transportant au total 4484 migrants, un nombre record sur une période de six mois.

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La France, premier refuge d’Europe

25 juin 2012 - RFI - François-Damien Bourgery

La France a enregistré 51 900 demandes d’asile en 2011, d’après le dernier rapport du Haut Commissariat aux réfugiés. Elle se place ainsi en tête des pays européens et deuxième parmi les pays industrialisés, derrière les Etats-Unis. Si le nombre de demandes est en constante augmentation depuis 2007, le taux d’admission baisse.

Cela fait maintenant quatre ans que la France truste la première place européenne d’un classement peu réjouissant, celui du nombre de demandeurs d’asile. Selon le dernier rapport du Haut Commissariat aux réfugiés, elle a enregistré 51 900 demandes en 2011. Un nombre en augmentation pour la quatrième année consécutive et de 8% supérieur à celui de 2010.

Parmi les principaux pays d’origine figurent le Bangladesh, la Russie, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo. Mais aussi l’Arménie. Entre 2010 et 2011, le nombre de demandeurs en provenance de ce petit pays frontalier de la Turquie a doublé, passant de 1 800 à 3 600. Selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), chargé d’accorder le droit d’asile, ceux-ci mettent en avant leurs origines ethniques, causes de possibles persécutions, et leur appartenance aux partis d’opposition.

L’année 2011 a également été marquée par une hausse considérable du nombre de demandeurs ivoiriens. Alors qu’ils étaient 500 en 2010, ils ont été 1 700 l’année dernière. Une augmentation que l’Ofpra explique là encore par la situation politique dans le pays. Beaucoup disent craindre pour leur sécurité à cause de leur appartenance à l’ethnie Bété, celle du président déchu Laurent Gbagbo.

Les printemps arabes n’ont en revanche eu aucune conséquence. L’Ofpra n’a reçu que 252 dossiers d’Egyptiens, 184 de Tunisiens, 100 de Libyens et 100 de Syriens. L’afflux de Tunisiens en France début 2011 en provenance de l’île italienne de Lampedusa avait pourtant provoqué des tensions entre Paris et Rome qui leur avait délivré des visas de circulation. Mais « les jeunes des pays arabes ont fui une situation transitoire », analyse l’Ofpra, alors que « la demande d’asile est une démarche de long terme ».

Des chiffres à relativiser

La première place de la France est cependant à relativiser par rapport au nombre d’habitants. D’autres Etats plus petits, comme la Belgique ou le Luxembourg ont proportionnellement accueilli plus de demandeurs d’asile.

Pierre Henry, directeur de l’association France terre d’asile dénonce aussi « un effet de leurre » : « La première place de la France est la conséquence d’un dysfonctionnement européen. L’Espagne, la Pologne et la Grèce ont enregistré moins de 10 000 demandes alors que ce sont les principales portes d’entrée en Europe ». Une situation expliquée par l’application du Règlement Dublin II. Adopté en 2003, il oblige chaque Etat membre à être le seul responsable de l’examen d’une demande d’asile. Selon Pierre Henry, certains pays préfèrent donc encourager les migrants à quitter leur territoire plutôt que de les accueillir pendant le traitement de leur dossier.

Par ailleurs, si le nombre de demandes est en hausse, leur taux d’admission (25,3%) est en recul de près de deux points par rapport à 2010. Là encore, le directeur de France terre d’asile pointe le décalage entre les 4 630 dossiers validés par l’Ofpra et les 6 072 acceptés par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui statue sur les recours déposés par les demandeurs après un premier rejet. « Les décisions de la CNDA ne font pas jurisprudence. Si bien qu’on est dans un cas de figure invraisemblable où les demandeurs d’asile sont transformés en plaideurs », déplore Pierre Henry.

Les associations soulignent également le manque criant d’hébergements pour les demandeurs d’asile. Les centres d’accueil ne disposent en effet que de 21 400 places, trop peu au regard des quelque 50 000 demandes effectuées chaque année. Et la situation n’est pas prête de s’inverser. D’après les projections recueillies par le quotidien Libération, l’investissement des pouvoirs publics entre 2011 et 2013 concernant le logement des demandeurs d’asile va baisser d’environ 10%.

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La plus importante hausse de réfugiés dans le monde depuis 2000

Près de 4,3 millions de personnes ont été victimes de déplacements forcés en 2011 et 800 000 d’entre elles ont fui leur pays. Tels sont les chiffres du dernier rapport du Haut Commissariat aux réfugiés. Il s’agit de la plus forte augmentation enregistrée depuis 2000.
Ces déplacements ont été provoqués par une série de crises humanitaires qui a débuté fin 2010 en Côte d’Ivoire et s’est poursuivie par d’autres, en Libye, au Soudan et en Somalie notamment.
Au total, 42,5 millions de personnes ont terminé l’année 2011 soit en tant que réfugiés, soit en tant que déplacés internes, soit encore en tant que demandeurs d’asile. C’est cependant moins qu’en 2010, où elles étaient plus de 43 millions. Une légère baisse que le HCR explique par le retour chez eux des déplacés internes (3,2 millions).
L’Afghanistan reste le premier pays d’origine des réfugiés (2,7 millions). Elle est suivie de l’Irak (1,4 millions), la Somalie (1,1), le Soudan (500 000) et la République démocratique du Congo (491 000).
Une tendance inquiète particulièrement le HCR. Selon le rapport de l’instance onusienne, les réfugiés risquent aujourd’hui de le rester pour de nombreuses années. Souvent bloqués dans des camps ou vivant dans des conditions précaires en milieu urbain, 7,1 millions d’entre eux vivent en exil depuis au moins cinq ans, dans l’attente d’une solution.

Ces ados migrants envoyés loin de chez eux

25 juin 2012 - Nord Eclair - B. R.

Ils viennent du Congo, du Maroc, de Côte d’Ivoire, d’Afghanistan ou d’Albanie. Quinze mineurs étrangers, convoyés par des passeurs dans la région, vivent dans un foyer de Ronchin.

C’est une grande maison avec une façade en briques, à Ronchin. Pas une maison comme une autre : c’est un foyer de l’Aide sociale à l’enfance, baptisé Samie (1), où vivent 15 « mineurs isolés étrangers ». Un « sas » avant d’être placés autre part, dans un foyer stable ou une famille. En principe, le séjour ici dure trois mois au maximum, mais dans les faits, cela peut durer beaucoup plus, six mois, un an...
Ces adolescents souvent âgés de 15 à 17 ans ont été attrapés par la police aux frontières (PAF), mais ne peuvent être expulsés, puisqu’ils sont arrivés seuls dans la région, alors que leur famille est toujours au pays.

Enfin seuls, pas vraiment, puisque la plupart ont bénéficié de l’aide de passeurs qui leur indiquent le chemin moyennant finances. « Une fois, il y en a même un qui est arrivé ici en taxi. Cette maison a ouvert en 2006 et commence à être connue des filières », raconte la directrice du foyer, Fatima Landy, qui est fière de son métier où elle « travaille sur l’humain ».
Aidés à apprendre un métier

Un humain souvent en détresse. Elle se souvient de cet ado venu de Sierra Leone, qui était un enfant soldat et avait bu le sang de ses victimes. « Dans ce genre de cas extrême, c’est difficile de parler, de comprendre, confie-t-elle. Mais tous ces ados ont vécu des situations très dures, ils sont séparés de leurs familles, qui les envoie loin de chez eux, soit pour les protéger, soit pour qu’ils envoient de l’argent... »

En tant que mineurs, ces ados sont considérés comme « à protéger » avant tout. Car même s’ils sont débrouillards au possible et qu’ils s’adaptent très vite, ils seraient en danger en restant à la rue. « Certains ont des dettes envers leur passeur, qui peut les retrouver » , soupire une éducatrice.

Ils s’appellent Pedro, Reagan, Patrick, Souleymane ou encore Toumani. Treize garçons et deux filles pour sept éducateurs. Ils vivent dans des chambres par deux ou trois. Filles et garçons séparés. Les règles sont strictes, avec des horaires à respecter et des rôles à tenir dans la maison : nettoyage des parties communes, vaisselle, débarrasser... Et lorsqu’ils sont ensemble, ils doivent s’efforcer de parler français.
Ils ont aussi chacun leurs activités quotidiennes, notées sur un tableau blanc. L’un est à l’école, où il est scolarisé, l’autre est en stage de plomberie dans un hôpital, un troisième est au Foyer de l’enfance de Lille, en train de perfectionner ce qu’il sait faire : travailler le bois. « Oui je suis capable de vous fabriquer cette table », plastronne Souleymane, « 16 ans et six mois ». Parti de Tanger « il y a deux ans et demi », il raconte son périple à travers l’Espagne. Séville, Cordoue, Barcelone. Puis l’Italie : Turin, Gênes. Et enfin la France et Lille. C’est ce qu’on appelle un « mineur errant », qui va de ville en ville en survivant comme il peut, délinquance comprise. « On est obligé de nous baser sur ce qu’ils disent, même si parfois, ce n’est pas la vérité », précise une éducatrice.

Toumani, 16 ans et demi, raconte avoir été placé par sa mère dans l’avion « le 23 mai ». Son père a été tué dans une manif à Abidjan, après laquelle deux amis de Toumani ont été arrêtés. « Ma mère m’a demandé de fuir », dit-il, le regard fixe. Il est passé par le Ghana puis par Paris avant de prendre le train pour Lille. Lui rêve de devenir footballeur professionnel. Son voisin Mohamed, Guinéen de 17 ans, espère être peintre... Une illusion ? « Ils peuvent vraiment s’intégrer, et d’ailleurs, beaucoup ont la rage, ils réussissent souvent mieux à l’école que leurs copains français, ils veulent réussir à tout prix, ils sont arc-boutés sur leur objectif : le titre de séjour », raconte Fatima Landy.

Jusqu’à leurs 21 ans, ils sont sous la protection de l’Aide sociale à l’enfance. Après, c’est le saut dans l’inconnu puisqu’ils sont expulsables. Mais les résultats sont parfois étonnants. Certains reviennent voir les éducateurs après avoir été régularisés, s’être mariés, avoir trouvé un job... « Dans ce cas, c’est un vrai bonheur, sourit Fatima. Car même si beaucoup passent par ici, on ne peut oublier aucun d’entre eux... » .

(1) Comme Service d’accueil des mineurs isolés étrangers.

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Les « mineurs isolés étrangers » inexpulsables avant leur majorité

25 juin 2012 - Nord Eclair - B. R.

On considère ces mineurs avant tout comme des enfants en danger qu’il convient de protéger des passeurs ou de la délinquance. Inexpulsables, ils sont placés dans des conditions qui diffèrent entre le Nord et le Pas-de-Calais.

Dans le Nord, tout mineur interpellé par la police et « isolé » de ses parents est confié à l’Aide sociale à l’enfance (l’ASE) par une « ordonnance de placement » du procureur de la République. L’ASE oriente ces jeunes dans deux structures d’urgence, soit à Ronchin (le Samie, lire l’article ci-contre), soit à Villeneuve d’Ascq (foyer Mosaïque). Au bout de trois mois, ces mineurs sont censés être orientés vers un placement plus stable (foyer ou famille) mais l’engorgement des structures fait qu’il n’est pas rare que ces mineurs demeurent près d’un an dans les foyers d’urgence.
Du coup, les nouveaux arrivants ont eux-mêmes du mal à y entrer...

Dans le Pas-de-Calais, la règle est différente, ce département étant soumis à des mouvements migratoires plus forts. « On a accueilli 2 629 mineurs en 2007 et depuis, il y a eu une nouvelle convention avec les parquets », explique-t-on au conseil général. Désormais, dans ce département, le parquet ne place les mineurs isolés étrangers à l’ASE que lorsqu’ils ont plus de 16 ans et qu’ils manifestent leur intention de demeurer en France.
Dans ces deux départements, le coût de cette prise en charge est en effet énorme : entre 150 et 180 E par mineur et par jour. Soit 2,76 millions d’euros pour le Nord en 2012. Dans le Pas-de-Calais, cette ligne budgétaire était de 2,6 millions en 2010.
Au bout du processus, les mineurs étrangers ne peuvent pas être expulsés avant leurs 21 ans, âge à partir duquel l’ASE les laisse voler de leurs propres ailes. La loi prévoit que tout mineur entré avant 13 ans est inexpulsable même après sa majorité. Ceux qui arrivent entre 13 et 16 ans bénéficient de plein droit d’une carte de séjour temporaire à leur majorité, et ceux qui arrivent entre 16 et 18 ans peuvent l’obtenir mais ce n’est pas automatique. Selon la préfecture du Nord, entre 8 et 10 cartes de séjour sont attribuées chaque année à des jeunes majeurs arrivés avant 16 ans.

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Les étudiants afghans toujours dans la tourmente

25 juin 2012 - Jol Press - Chris Sand

L’engagement américain en Afghanistan, malgré de nombreux déboires, aura permis la scolarisation de millions d’enfants afghans. Mais le départ des troupes, prévu pour 2014, laisse présager un futur incertain pour tous ces étudiants. Etat des lieux.

Résurgence des talibans

L’accès à l’éducation était un des rares aspects de la vie quotidienne des Afghans sur lequel les Etats-Unis et les pays membres de la coalition pouvaient se prévaloir d’une once de succès.
Depuis peu, une série d’agressions sur des écolières du nord du pays amènent à s’interroger sur l’habilité des professeurs et des hommes politiques à assurer le fonctionnement d’un système éducatif, après le départ des troupes alliées en 2014.

« Si les gouvernements n’y prêtent pas davantage d’attention, l’avenir sera très sombre , » estime Mawlawi Abdulwahab Erfan, un sénateur représentant la province de Takhar, où les incidents se sont produits.

En effet, des centaines d’étudiants sont tombés malades après avoir bu de l’eau contaminée, alors qu’elle était censée être potable. Du poison a également été pulvérisé dans plusieurs salles de classes.

Toute ces attaques ont relancé les débats sur la retour en force des talibans, et leur capacité à reprendre le pouvoir. Lorsque le mouvement fondamentaliste régnait sur l’Afghanistan, de 1996 à 2001, l’éducation des filles avait été sévèrement restreinte. Seul un million d’enfants au total fréquentaient les bancs de l’école.

Le bon côté du bilan

D’après le gouvernement, ce chiffre s’élève désormais à neuf millions d’élèves, dont 40% de filles. C’est d’ailleurs une des raisons invoquées pour défendre l’engagement américain à Washington, où cette guerre est devenue extrêmement impopulaire.

Alors qu’aucun mouvement ne revendique les événements de Takhar, une certaine confusion règne. Les talibans ont décliné toute responsabilité et les médecins ont affirmé que quelques filles souffraient d’hystérie de masse. Les forces de sécurité afghanes ont, quant à elles, annoncé l’arrestation de quinze suspects, dont douze militants talibans.
L’Associated Press cite un porte-parole du service de renseignement disant que « les talibans cherchent à créer la terreur et la peur ». Celui-ci ajoute qu’ils ciblaient les systèmes d’éducation et de santé parce qu’ils « étaient les deux principales réalisations depuis l’arrivée des troupes américaines »
Bien que les attaques à l’encontre des étudiants ne soient pas un fait nouveau, l’ampleur des incidents récents n’a fait qu’augmenter le sentiment d’anxiété qui prévaut dans tout le pays, alors que les forces de l’OTAN entament leur retrait.

Des agressions constantes contre les étudiants

En 2010, les enfants et les enseignants de l’école Totya pour filles, à Kaboul, avaient du être hospitalisés après avoir été empoisonnés. La principale du collège, Zarmeena Esmat Samadi, ne sait toujours pas s’il s’agissait d’une agression délibérée. « Evidemment, nous sommes inquiets, mais nous devons garder le moral. Si nous commençons à exprimer nos inquiétudes en public, les gens vont quitter l’école avant même la fin de la deuxième année, » explique t-elle.

On sent malgré tout la pression talibane sur la population étudiante. Dans la province méridionale de Ghazni, par exemple, le gouvernement a tenté d ‘étouffer les activités des insurgés en interdisant l’utilisation de motos non enregistrées. Les talibans ont répondu avec un édit rédigé de leur main, exigeant la fermeture des écoles dans la région jusqu’à ce que l’interdiction en ait été levée. Certaines sont encore fermées aujourd’hui.

Des femmes afghanes qui se battent comme elles peuvent

L’intimidation des élèves est monnaie courante, même lors d’un court trajet en voiture depuis Kaboul. Selon Humaira Haqmal, une militante, des centaines de filles ont cessé de fréquenter l’école secondaire de la ville voisine de Maidan Shahr.
« Les élèves m’ont contacté pour me dire que même les professeurs leur demandaient de ne pas venir et de renoncer à avoir une éducation, » déclare t-elle.
« Toutes ces filles disent « Nous n’avons pas peur de la mort, mais nous sommes effrayées à l’idée qu’une mine puisse nous laisser estropiées, que quelqu’un nous jette de l’acide au visage ou que nous commettions un acte qui nous fasse honte dans ce monde et le prochain » ajoute t-elle.

Malgré toutes ces difficultés, Humaira Haqmal, professeur de Droit et de Sciences politiques à l’Université de Kaboul, estime que le système scolaire peut être protégé si les Etats-Unis et leurs alliés soutiennent son pays après 2014.
« Si la communauté internationale tient ses promesses, la situation devrait continuer à évoluer normalement. Mais s’ils décident de couper les aides, les problèmes s’accentueeront, » affirme t-elle.

Tenir ses engagements

Les responsables du ministère de l’éducation sont désireux de minimiser les risques auxquels sont confrontés les étudiants. Ils affirment que, malgré les 500 écoles encore fermées, 15 500 établissements restent ouverts dans le pays.
La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a, de son côté, promis « de sauvegarder le droit des femmes », même si un accord politique n’est jamais conclu avec les talibans pour mettre fin au conflit.

Beaucoup d’afghans doutent qu’une telle entente soit possible. Shahla Rasheed a quitté sa patrie dans les années 1990 pour fuir la guerre civile, qui suivit le retrait des forces soviétiques. Elle est retournée en Afghanistan en 2003 et a mis en place l’Institut d’Enseignement Supérieur Maryam, une université privée de Kaboul.

« Toutes les femmes célibataires d’Afghanistan ont les mêmes inquiétudes, » déclare-t-elle. « Même dans nos pire cauchemars, nous ne pouvons pas imaginer que les talibans reviennent et nous empêchent d’étudier »

Pourtant, ce scénario se profile déjà. Un raid aérien de l’OTAN dans la province de Logar a causé la mort de plusieurs civils, selon le gouvernement afghan. Les militants locaux auraient ensuite ordonné aux écoles d’un district de fermer pour une période de deuil de trois jours. Personne n’était disposé à - ou capable de - les arrêter.

Global Post / Adaptation Henri Lahera pour JOL Press

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Des attaques à la bombe et des tirs font douze morts en Irak

22 juin 2012 - Le Monde - AFP

Une nouvelle série d’attaques a provoqué la mort d’au moins douze personnes, vendredi 22 juin en Irak, ont annoncé des sources sécuritaires et médicales. Une bombe a explosé dans le marché d’Al-Husseiniyah, quartier majoritairement chiite à la périphérie nord-est de Bagdad. Un second engin explosif y a été déclenché après l’arrivée des services de secours, selon un responsable du ministère de l’intérieur.

Une source médicale à l’hôpital Cheikh Al-Dhari a indiqué avoir reçu huit corps et plus de cinquante blessés. Dans le sud de Bagdad, trois policiers ont été abattus à un poste de contrôle à Bayaa, a ajouté le responsable du ministère de l’intérieur.

ATTENTAT À SAMARRA

A Samarra, ville majoritairement sunnite au nord de Bagdad où se trouve un mausolée abritant les tombeaux de deux imams chiites révérés, un attentat-suicide à la voiture piégée et des tirs d’obus de mortier ont fait un mort, un pèlerin iranien, et douze blessés. En 2006, un attentat contre ce mausolée avait déclenché une vague de violences confessionnelles qui a coûté des dizaines de milliers de vies.

A Ishaqi, au sud de Samarra, le corps d’une fillette de 4 ans décapitée a été découvert vendredi. L’enfant avait été enlevée jeudi par des hommes qui avaient réclamé un rançon de 10 millions de dinars (environ 8 000 dollars) à son père, qui avait refusé de payer, selon un lieutenant de police.

160 MORTS EN JUIN

Ces morts portent à au moins 160 le nombre de personnes tuées par des attentats en Irak depuis une première série d’attentats simultanés le 13 juin - déjà nettement plus que les 132 victimes recensées dans les statistiques officielles pour l’ensemble du mois de mai.

Le 13 juin, 72 personnes ont péri dans des attaques anti-chiites revendiquées par Al-Qaïda et trois jours plus tard, 32 personnes ont été tuées par l’explosion de deux voitures piégées dans la capitale, en pleine cérémonie chiite. Les chiites sont, avec les forces de sécurité irakiennes, une cible privilégiée des groupes armés sunnites.

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Afghanistan : les talibans attaquent un hôtel près de Kaboul, 18 morts

22 juin 2012 - La Voix du Nord

Quatre talibans ont attaqué un hôtel proche de Kaboul dans la nuit de jeudi à vendredi, tuant au moins 18 personnes avant d’être à leur tour abattus, a annoncé le ministère afghan de l’Intérieur à l’issue de près de douze heures de combats.

L’attaque a eu lieu sur les bords du lac Qargha, un lieu de villégiature situé à une dizaine de kilomètres de Kaboul, où les familles de la région profitent de manèges hors d’âge après un pique-nique.

Elle a débuté jeudi vers 23H30 (19H00 GMT) et visé l’hôtel Spozhmaï, où l’élite de Kaboul passe ses jeudi soir, généralement en famille, hommes et femmes dînant ensemble.

"J’ai vu trois hommes entrer où les gens, les familles étaient rassemblées. Quelques instants plus tard, les tirs ont commencé. Les gens se sont mis à paniquer, à hurler", a raconté Sharifullah, 30 ans, qui était allé au Spozhmaï avec un ami.

"Je me suis jeté dans un fossé, mais j’ai vu des balles toucher un père, son fils et sa femme, qui mangeaient à une table proche de la mienne", s’est-il souvenu, ajoutant : "je ne suis pas sûr qu’ils aient survécu."

Des forces de sécurité afghanes et les troupes de la coalition ont été déployées sur place pour repousser les assaillants, qui ont d’abord pris des civils en otage. Au moins 40 de ces otages avaient pu être libérés avant l’annonce de la fin des combats, selon Sediq Sediqqi.

"Dix-sept civils et un policier ont été tués et cinq autres, dont un policier ont été blessés", selon le ministère de l’Intérieur, qui a également confirmé le chiffre de quatre assaillants. Un précédent bilan de même source faisait état de seize morts, douze civils, trois gardes de l’hôtel et un policier.

Zabihullah Mujahid, un porte-parole des insurgés, a indiqué à l’AFP que "leurs moudjahidine avaient attaqué cet hôtel car des gens de haut niveau venant des ambassades, de l’Isaf ou de l’administration de Kaboul s’y rassemblent chaque jeudi pour des fêtes débridées, avec de la boisson et de la prostitution".

"Cette attaque porte la signature du réseau Haqqani (affilié aux talibans), qui continue à viser et tuer d’innocents Afghans et à manifestement violer la souveraineté afghane depuis le Pakistan", pointe le général John Allen, commandant de l’Isaf, dans un communiqué.

Kaboul et Washington ne cessent de critiquer Islamabad à ce sujet, l’accusant notamment de donner refuge aux talibans notamment ceux du réseau Haqqani, dans ses zones tribales frontalières de l’Afghanistan. Le Pakistan qualifie de telles accusations d’infondées.

Selon Mohammad Zahir, chef du département de la police criminelle de Kaboul, les kamikazes armés de kalachnikov et de lance-roquettes ont fait irruption dans une soirée de mariage, et au moins un des assaillants a fait sauter sa veste bardée d’explosifs.

Les forces de sécurité ont entamé l’opération pour mettre fin à l’assaut vers 05H30 (01H00 GMT), a indiqué la police. Un photographe de l’AFP, sur place, a entendu des tirs d’armes automatiques et a vu deux hélicoptères de l’Otan dans le ciel.

L’attaque de Qargha est survenue quelques heures après une intervention du président Hamid Karzaï avertissant que les attaques contre la police locale et les soldats étaient en hausse "depuis les deux ou trois derniers mois".

Mi-avril, les talibans avaient mené des attaques suicide coordonnées, notamment à Kaboul, où leurs hommes avaient tiré sur le centre hyper-sécurisé pendant dix-sept heures, les combats les plus massifs de ces dix dernières années dans la capitale. Quarante-sept personnes, dont 36 rebelles, étaient morts.

L’attaque de Qargha, même si elle a été contrée relativement rapidement, résonne comme un nouveau camouflet pour les autorités afghanes et la coalition.

Elles démontre que les talibans peuvent frapper exactement où et quand ils le souhaitent en Afghanistan, y compris dans les environs les plus prisés de Kaboul, fréquentés par le gotha local, que protègent des policiers présents à l’année.

Plusieurs attaques suicide des talibans ont visé cette semaine les forces militaires afghanes et de l’Otan. Le dernier en date, mercredi, a fait 21 morts, dont au moins 3 soldats de l’Otan et 3 policiers afghans.

Les forces afghanes sont censées assurer elles-mêmes la sécurité du pays d’ici à la fin 2014, au départ des troupes de combats de l’Otan qui soutiennent le fragile gouvernement de Kaboul.

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En fuite vers le Sud, des Soudanais se nourrissent d’écorces et de feuilles

20 juin 2012 - Google - AFP Hannah McNeish

Epuisées et affamées, près de 35.000 personnes ont fui les bombes dans l’Etat soudanais du Nil Bleu ces dernières semaines pour se réfugier au Soudan du Sud voisin, beaucoup ne survivant qu’en rongeant des écorces et en mâchant des feuilles d’arbres pendant leur périple.

"Nous avions emporté un peu de sorgho avec nous et de l’eau (...) mais nous nous sommes retrouvés à court de nourriture et nous avons dû manger les feuilles des arbres", explique Hawa Jema, en avalant un soluté de réhydratation, dans les 40 degrés étouffants de la clinique gérée par Médecins sans Frontières (MSF).

Ces personnes ont échoué dans un camp de transit simplement appelé Kilomètre 18, situé à une cinquantaine de km de la frontière entre les deux Soudans, et qui tire son nom du fait qu’il est à 18 km de Jamam, le camp de réfugiés le plus proche.

Survivre au voyage

"Sur le chemin, des gens sont morts à cause du manque d’eau", ou de l’eau insalubre. "Certains sont morts parce qu’ils étaient trop faibles pour marcher", poursuit-elle. Hawa Jema, elle, a eu la chance, en fuyant accompagnée de sa famille, de pouvoir emmener avec elle quelques chameaux.

Non loin de là, un gamin et sa petite soeur tailladent furieusement la moelle de la souche d’un jeune arbre et se fourrent les petits morceaux blancs de bois tendre dans la bouche.

Assise sur un tapis, Anima Hassan Omer, tout juste arrivée au camp, berce sa petite-fille Khalifa. Autour d’elle des mères nourrissent des bébés aux genoux protubérants et à la peau trop large pour leur corps décharné, avec des petites boules de Plumpy’nut, une pâte énergétique de renutrition à base d’arachide.

La mère de Khalifa a disparu durant le voyage, alors qu’elle était partie chercher de l’eau. Le bébé a dû se contenter d’eau insalubre pour survivre.

"Nous avons fui à cause des bombes, celles des (avions) Antonov, celles de soldats sur le terrain et celles (de l’artillerie lourde) arrivant de loin", raconte sa grand-mère. "Nous avons tout perdu. Nous n’avons plus de draps, plus de vêtements, pas même un seau en plastique".

Quelques heures plus tard, la petite Khalifa a été transférée d’urgence à l’hôpital de MSF dans le camp de Jamam, pour une renutrition intensive, car elle est incapable de garder l’eau ou la pâte d’arachide. Selon l’ONG, elle est arrivée in extremis à la clinique du kilomètre 18.

Ali Osman montre, lui, une blessure laissée sur sa jambe par un éclat d’obus.

"Alors que nous partions, l’armée a lâché de grosses bombes et j’ai été blessé à la jambe", explique Osman qui a fui avec ses cinq enfants son village de Jam, dans le comté de Bau.

Des niveaux de maltrunition au delà des seuils d’urgence

"Durant cinq jours, nous n’avions plus de nourriture. Nous avons mangé des feuilles d’arbres et bu n’importe quelle eau que nous pouvions trouver sur la route", raconte-t-il.

La pénurie de nourriture et d’eau a suivi les réfugiés jusque dans le camp. "Nous manquons d’eau, de sanitaires et de latrines ce qui provoque de nombreux cas de diarrhée", explique le Dr Erna Rijnierse, de MSF.

"Nous voyons une hausse importante du nombre de consultations. Nous en avons eu 500 la semaine dernière, nous en sommes déjà à 900 à la moitié de la semaine".

Selon MSF, les niveaux de malnutrition sont au-delà des seuils d’urgence, surtout chez les enfants de moins de cinq ans, et la diarrhée peut s’avérer aisément fatale chez des réfugiés affaiblis par le temps passé sans nourriture et sur la route.

"Vous êtes déjà vulnérable, vous n’avez que peu à manger et vous êtes réfugié depuis quatre semaines : si vous souffrez de diarrhée il est facile de franchir la ligne qui sépare un enfant normal d’un enfant sous-alimenté", souligne le Dr Rijnierse.

A cela s’ajoutent des abris inadaptés et le manque de moustiquaires, qui entraînent maladies respiratoires et paludisme chez les réfugiés.

Les puits en nombre limité au kilomètre 18 s’assèchent rapidement, malgré les pluies qui s’annoncent et qui vont rendre les routes d’accès au camp de transit impraticables. Et les agences humanitaires s’attendent à l’arrivée prochaine de nombreux autres réfugiés.

"Nous courons contre deux montres" en même temps, résume le Dr Rijnierse.

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Soudan : police contre étudiants

20 juin 2012 - Le Figaro - AFP

La police soudanaise a dispersé à coups de matraque et de gaz lacrymogènes des étudiants qui manifestaient à Khartoum et dans les alentours contre le régime pour le cinquième jour consécutif, selon des témoins oculaires.

Ces manifestations, qui ont commencé samedi dernier dans différents quartiers de Khartoum, surviennent au moment où le pays traverse des difficultés économiques, entraînant une augmentation du niveau de vie et des mesures d’austérités.
Des groupes d’étudiants rassemblés dans les rues autour de l’Université de Khartoum, dans le centre ville, ont scandé "Khartoum, soulève toi !" ou encore "Le peuple veut changer le régime !".

La police a répondu en tirant des grenades de gaz lacrymogène. Selon un témoin, des hommes en civil, armés de fouets, de matraques et portant parfois des masques ont fermé la rue longeant le site principal de l’université. Non loin, devant une école de commerce privée, la police anti-émeute a également dispersé de force une centaine d’étudiants qui tentaient de bloquer une artère de la capitale.

Lundi, le président Omar el-Béchir avait annoncé une augmentation des impôts, des suppressions de postes dans le secteur public ainsi que la fin des subventions sur le carburant. Environ 200 étudiants avaient manifesté hier dans la capitale, bloquant des rues et scandant des slogans hostiles au régime avant d’être violemment réprimés.

Les forces de sécurité semblent particulièrement promptes à réprimer les manifestations qui se déroulent aux abords de l’université de Khartoum d’où était partie en 1964 la "Révolution d’octobre" qui avait conduit à l’époque à la chute de la dictature militaire.

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Des immigrés sud-soudanais renvoyés d’Israël dénoncent insultes et pressions

18 juin 2012 - Romandie news - AFP

JUBA - Quelque 120 immigrés sud-soudanais renvoyés d’Israël ont atterri lundi dans la capitale sud-soudanaise Juba, plusieurs faisant état de pressions et d’insultes de la part de la police israélienne pour les pousser au départ.

Le gouvernement israélien avait annoncé la veille le départ de ce vol charter, avec à son bord cent vingt Sud-Soudanais en situation irrégulière qui partent volontairement, selon les propos d’un porte-parole du département de l’immigration du ministère de l’Intérieur.

Ces immigrés ont reçu une prime au départ d’environ 1.000 euros par adulte et 400 euros par enfant, dans le cadre de la première étape de l’expulsion de milliers d’immigrés illégaux africains selon le gouvernement israélien.

Ils nous ont dit que nous étions comme le sida et que nous étions une maladie, ils nous ont dit beaucoup de méchancetés, a commenté à son arrivé à Juba, Mayuol Juac, 30 ans, qui a travaillé pendant cinq ans comme serveur dans les villes d’Eilat et Tel Aviv.

Ils nous disaient que nous étions une maladie, le cancer d’Israël, a renchéri Bol Duop, 25 ans, employé pendant cinq ans dans des hôtels à Israël.

M. Juac a affirmé avoir été interpellé il y a trois mois, détenu pendant une journée et s’être vu confisquer son visa. Ils me l’ont pris (mon visa) et ils m’ont dit : +tu n’as qu’une semaine pour quitter ce pays+.

Ceux sans papier, ils les arrêtent et ils les mettent en prison jusqu’à leur expulsion, a-t-il poursuivi.

Le ministre sud-soudanais aux Affaires humanitaires, Joseph Lual Achuil, a cependant assuré que les gens n’avaient pas été déportés. Nous sommes convenu avec le gouvernement d’Israël que nos ressortissants soient rapatriés de façon pacifique et volontaire, a déclaré aux journalistes le ministre, présent à l’aéroport pour accueillir ses concitoyens.

Les responsables sud-soudanais entretiennent avec Israël de bonnes relations, qui remontent à l’époque de leur guerre civile de plusieurs décennies contre le gouvernement de Khartoum dominé par les arabes musulmans. Le Soudan du Sud, à majorité chrétienne et noire, a proclamé son indépendance le 9 juillet dernier.

Les immigrés sud-soudanais, qui avaient passé avant leur départ d’Israël des entretiens avec des représentants de leur pays qui voulaient s’assurer de la réalité de leur nationalité, se sont dits dans leur grande majorité contents de revenir au Soudan du Sud, y compris ceux ayant affirmé y avoir été contraints.

Maintenant, je suis heureux de rentrer dans mon pays. Je vois bien sûr qu’il y a beaucoup de travail à faire dans ce pays. Je ne vois aucun progrès (depuis l’époque du Soudan uni), mais nous allons réaliser ces progrès. Nous avons conquis l’indépendance pour y rester (au pays), par pour en fuir, a assuré M. Juac.

M. Bol s’apprête pour sa part à retourner dans sa ville d’origine de Akobo, dans une partie particulièrement reculée de l’Etat sud-soudanais de Jonglei qu’il a quittée il y a 15 ans.

Maintenant je reviens, et je ne sais rien de Jonglei, rien d’Akobo. J’ai entendu parler de tous les problèmes qu’il y a, mais je vais essayer (d’y arriver), a-t-il poursuivi, en référence notamment à une série de raids liés à des vols de bétail entre communautés rivales qui ont fait plusieurs centaines de morts cette année.

Le ministère israélien de l’Intérieur estime à plus de 60.000 le nombre d’immigrants africains — venus essentiellement du Soudan, du Soudan du Sud et d’Erythrée — qui se sont illégalement installés en Israël. En mai, une manifestation anti-immigrés africains avait dégénéré en violences racistes dans le sud de Tel-Aviv.

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Erythrée : L’ONU dénonce des actes de torture et des exécutions sommaires

18 juin 2012 - 20 Minutes avec Reuters

Navi Pillay, haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a accusé ce lundi l’Erythrée d’actes de torture et d’exécutions sommaires.

Le pays, riche en or et stratégiquement situé le long des côtes de la mer Rouge, a entre 5.000 et 10.000 prisonniers politiques, sur une population de six millions d’habitants, a déclaré Navi Pillay devant le Conseil des droits de l’homme à Genève. L’Erythrée est régie par un parti unique depuis son indépendance d’avec l’Ethiopie en 1993.

« La situation des droits de l’homme en Erythrée est un sujet de grande inquiétude »

« La situation des droits de l’homme en Erythrée est un sujet de grande inquiétude », a déclaré l’ancienne magistrate de la Cour pénale internationale, dont le mandat vient d’être prolongé de deux ans. « Des sources crédibles indiquent que les violations des droits de l’homme comprennent détentions arbitraires, torture, exécutions sommaires, travail forcé, enrôlement forcé et restrictions à la liberté de mouvement, d’expression, d’assemblée et de religion », a-t-elle ajouté.

La situation de l’Erythrée, dirigée depuis l’indépendance par l’ancien chef de la guérilla anti-éthiopienne Isaias Afewerki, est rarement évoquée par le forum de Genève. Les organisations de défense des droits de l’homme estiment que le gouvernement érythréen est l’un des plus répressifs au monde, une accusation rejetée par Asmara, qui se dit la cible d’une campagne de dénigrement soutenue par les Etats-Unis. Navi Pillay a précisé avoir écrit au gouvernement érythréen en janvier dernier pour proposer l’envoi d’une mission de l’ONU, et n’avoir encore reçu aucune réponse.

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En Grèce, la grande détresse des migrants pris au piège de Patras

16 juin 2012 - Le Monde - Benoît Vitkin

L’un traîne la jambe, enflée et bleuie. L’autre montre son poignet démis et se lamente : "Comment je vais pouvoir travailler quand je serai en Europe ?" Le troisième se cache, en bonne santé mais apeuré. Tous trois ont été attaqués il y a moins d’une semaine par les "racistes", des hommes en civil qu’ils sont incapables d’identifier, alors qu’ils revenaient de leur énième tentative de s’infiltrer sur le port de Patras, la troisième ville de Grèce, pour s’embarquer à bord d’un navire en partance pour l’Italie - "l’Europe".

Rachid, Khaled et Rafik n’ont plus la force de fuir. Quand les autres sont partis, les trois Algériens sont restés. Depuis, ils hantent les ruines de l’usine Piraiki Patraiki, immense étendue de murs écroulés, de chaussures et de casseroles abandonnées où vivaient, jusqu’à leur expulsion, fin mai, pas loin de mille réfugiés afghans, pakistanais, bangladais, africains, maghrébins.

Le 19 mai, à 200 mètres de là, au cours d’une bagarre, un migrant afghan a poignardé à mort un jeune Grec. Trois nuits durant, l’usine a été prise d’assaut par des habitants en colère, rejoints par 300 jeunes casqués et armés de barres de fer, amenés par bus entiers, militants d’Aube dorée, le parti néonazi entré au Parlement lors des élections du 6 mai. La police s’est interposée, chaque camp a ramassé ses blessés. Puis les policiers sont revenus, pour mettre les migrants dehors.

"A LEUR TOUR DE RASER LES MURS"

Depuis, les quelques milliers de migrants en transit à Patras se terrent, chassés du centre par des agressions récurrentes et l’hostilité ambiante. "Avant, c’est nous qui avions peur, à leur tour de raser les murs", se réjouit Kostas, vendeur de fruits et légumes. Aube dorée est arrivé en ville il y a quatre mois, prenant ses quartiers rue de l’Allemagne. Depuis que le bureau a été mis à sac par des militants anarchistes, en mars, sa porte blindée reste le plus souvent close.

"Des dizaines de personnes ont immédiatement rallié le parti ou d’autres groupes racistes, comme s’ils n’attendaient que cela", témoigne Harry, de Praxis, association d’aide aux migrants mineurs. L’association, comme les trois autres que compte la ville, a dû suspendre ses activités après les incidents : les travailleurs sociaux, menacés, ne partent plus à la recherche des migrants, et ceux-ci limitent leurs déplacements.

Soufiane, 23 ans, s’aventure dans le centre pour la première fois depuis cinq jours. Le jeune homme, arrivé il y a un an et demi, attend de rejoindre la France, mais il se rend tout de même à son cours de grec dispensé par Praxis. "Au cas où je devrais encore rester", explique-t-il. Il n’est qu’à moitié rassuré par sa dernière rencontre avec les "fascistes". "Tu es marocain ?", lui ont-ils demandé avant de le laisser filer : "On s’occupe d’abord des Afghans, ensuite ce sera votre tour."

Pour retrouver la trace des Afghans, il faut sortir de la ville, s’enfoncer dans les hautes broussailles qui recouvrent les dunes du golfe de Corinthe. Là, une trentaine d’adolescents, affalés à l’ombre d’une bâche dans un bâtiment au toit éventré. La moitié sont venus après l’expulsion de Piraiki Patraiki. Abdullah, 17 ans, ferait presque figure de doyen : il est arrivé en Grèce il y a sept ans avec son grand frère, parti depuis pour la Suède. Les deux ont dû débourser 4 000 euros pour faire le voyage depuis Kaboul et traverser l’Evros, fleuve qui marque la frontière entre la Grèce et la Turquie.

En 2011, 57 000 personnes ont été interceptées par la police grecque et la mission européenne Frontex, le long de cette frontière naturelle longue de 200 kilomètres. Depuis que l’Italie et l’Espagne ont durci leurs contrôles, Frontex estime que 90 % des immigrants illégaux entrant dans l’Union européenne transitent par la Grèce. Patras est en quelque sorte l’autre extrémité de l’entonnoir : ses ferries partant quotidiennement pour l’Italie en font l’une des principales portes de sortie du pays.

PASSAGES À TABAC

Après les incidents et à l’approche des élections du 17 juin, la municipalité a voulu faire le ménage. Des centaines de migrants ont été interpellés et envoyés aux quatre coins du pays. C’est le cas d’Ahmad, 19 ans, embarqué dix jours auparavant dans un bus direction Athènes. Il est revenu à pied. De sources concordantes, de nombreux bus ne vont pas jusqu’à la capitale : les immigrés sont lâchés en pleine nature, délestés de leur argent et de leur téléphone. Ces mêmes sources évoquent des passages à tabac. "Lorsque l’on va au commissariat déposer des demandes d’asile, il nous arrive de croiser des migrants aux visages abîmés, indique Katerina Skilakou, de l’Institut régional des migrations. Mais on ne peut pas savoir ce qui leur est arrivé."

"Je croyais qu’en Europe les hommes respectaient les hommes", dit simplement Abbas, 23 ans, pendant qu’Abdullah, attaqué deux semaines auparavant, part préparer le thé en boitillant. Abbas a quitté la province de Ghazni il y a trois ans. Son rêve d’étudier à Oxford oublié, il a trouvé un emploi dans la construction : 23 euros par jour, pour deux ou trois jours de travail par semaine.

Il y a un an, il a réussi à rejoindre Ancône, caché dans un camion frigorifique. "Arrivé dans le port italien, l’oxygène m’a manqué. J’ai frappé contre les parois, pensant que j’allais mourir." Les policiers italiens l’ont sorti de là puis renvoyé en Grèce, en vertu des accords de Dublin II, dispositif qui rend responsable de son sort l’Etat membre par lequel un demandeur d’asile a pénétré dans l’Union.

Devant les manquements d’Athènes, qui dispose d’un seul centre de rétention, et à la suite de condamnations de la Cour européenne des droits de l’homme, plusieurs pays européens ont cessé de renvoyer les migrants. La Grèce se révèle incapable de prendre en charge les quelque 400 000 illégaux qui vivent sur son sol - en plus du million d’immigrés légaux, pour une population de 11 millions d’habitants. Ceux qui sont arrêtés reçoivent l’ordre de quitter le territoire sous trente jours puis disparaissent dans la nature.

DEMANDES D’ASILE AU COMPTE-GOUTTES

Quant aux demandes d’asile, elles sont traitées au compte-gouttes, et la réponse peut prendre des années. Plus loin sur la plage, il y a Firoz et Bashir, 16 ans, arrivés ensemble de la province de Kunduz, il y a huit mois. Ils vont de moins en moins souvent tenter leur chance au port : "C’est devenu presque impossible de partir, ils ont installé des caméras et les gardiens sont de plus en plus féroces. Nous sommes pris au piège, ici !"

En revenant vers la ville, les campements de fortune laissent place aux parasols des Patriniens venus prendre le soleil. Fred circule entre les serviettes, tentant de vendre 7 euros ses montres de contrefaçon achetées 5 euros. Ce Nigérian fait figure d’exception : dans son exil, il a choisi la Grèce, "pays de la culture". Arrivé il y a six mois, il en a passé quatre trimballé de commissariat en centre de détention. "J’en suis sorti aussi maigre qu’un squelette, et sans comprendre ce qu’on me reprochait." Sur les cartons d’emballage de ses rations de prisonnier, Fred a écrit des chansons : "La Grèce est un pays merveilleux/Seigneur, donne-lui la sagesse", fredonne-t-il.

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Témoignage d’une journée avec les clowns

13 juin 2012 - Clowns sans frontières - Fanny

Fanny, récente recrue de Clowns sans Frontières, est partie à la découverte de la mission CSF auprès des migrants du Nord Pas de Calais. Du 5 au 8 juin 2012.

« Accompagnée de Tignous et d’Amélie, je débarque à Calais : accueil pluvieux.

Mise en bouche calaisienne au Channel, scène nationale ferrailleuse de toute beauté.

Le spectacle est prêt : 3 clowns, 2 musiciens, 1 chanteuse-clown, 2 acrobates. A la fin, Nathalie l’ « enmeneuse artistique » entraine tout le monde sur la piste pour danser !

Les clowns vagabondent sur différents camps de migrants : Calais, Norrent-Fontes, Steenvoorde, Grande Synthe, Téteghem.

Ça rie, ça danse, ça discute… une bulle d’air pour tous, sous un vrai ciel de mousson.

Médecins du monde, Salam, La Belle Etoile… ils sont aussi présents, ces bénévoles qui accompagnent les migrants au quotidien.

Rien ne perturbe cette parenthèse clownesque, ce moment de répit… à part la pluie ! »

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Demandeurs d’asile : Rebsamen soumet des propositions à Valls

13 juin 2012 - Gazette Info - Aurélien Gaudriot

François Rebsamen s’est entretenu mardi avec Manuel Valls pour évoquer les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à Dijon. Le ministre de l’Intérieur travaille sur le dossier.

En accord avec le préfet, François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, a rencontré Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur, pour évoquer la situation des demandeurs d’asile présents en nombre à Dijon du fait de la régionalisation de l’instruction des dossiers. Dans la Cité des Ducs, on compte plus d’un millier de demandeurs d’asile, qui n’ont pas tous l’opportunité d’être reçus dans des centres d’accueil. Depuis janvier dernier, plus de 300 demandeurs d’asile occupent l’ancien internat de l’Ecole des Greffes (voir en cliquant ici) dans des conditions difficiles.

Stopper la régionalisation de l’instruction des dossiers

Une situation qui a alerté François Rebsamen, conscient que le problème perdurera et même se dégradera au fil du temps. En effet, depuis la régionalisation de l’instruction des dossiers des migrants généralisée en 2009, Dijon est devenue la seule ville de Bourgogne où il est possible de réaliser des démarches. Auparavant, les préfectures de Mâcon, Nevers et Auxerre participaient à la gestion des dossiers. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, Dijon n’arrive plus à gérer l’afflux des demandeurs d’asile.

François Rebsamen a exposé ces difficultés, rencontrées dans plusieurs autres villes de France (Angers, Bordeaux, Metz, Mulhouse, Nice, Paris, Poitiers, Calais, Rennes, Tarbes ou Tours) à Manuel Valls, et réaffirmé que Dijon n’avais « ni la vocation, ni la capacité à accueillir un nombre aussi important de demandeurs d’asile, qui doivent être logés décemment par l’Etat et dont les enfants doivent être scolarisés ». La solution proposée par le sénateur-maire est simple : répartir, comme c’était le cas par le passé, les centres d’accueil dans la région (à Mâcon, Nevers et Auxerre), ainsi que dans les départements de Haute-Marne et du Jura. François Rebsamen a également suggéré à Manuel Valls de passer à la vitesse supérieure pour le traitement des dossiers. Pour cela, il faudra certainement embaucher pour combler le manque de personnel en préfecture. Manuel Valls « fera connaître ses propositions » au sénateur-maire de Dijon.

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Migrants de Pacé : pas de décision de justice avant le 22 juin

8 juin 2012 - Ouest France

La justice devait se pencher sur une demande d’expulsion de plus de 200 migrants occupant une ancienne maison de retraite, à Pacé (Ille-et-Vilaine), ce vendredi matin. Le juge des référés de Rennes a reporté l’audience au 22 juin, à la demande de l’avocate de l’association Dal 35 (Droit au logement) et des migrants.

Délai de 15 jours

Le 25 mai dernier, la SA HLM les Foyers, propriétaire de la résidence du Parc, à Pacé, où squattent les migrants, a déposé une assignation en référé auprès du tribunal d’instance de Rennes contre le Dal. La société demande l’expulsion des migrants qui se sont installés dans ses locaux désaffectés il y a un mois.

« Mais une seconde assignation a été adressée à 17 occupants le 5 juin », précise l’avocate de l’association et des migrants, Mélanie Le Verger. Trop court, deux jours avant l’audience, pour préparer la défense. Mélanie Le Verger a donc demandé un report de 15 jours. Délai que le tribunal a accordé.

« Il faut que l’État réagisse »

Pour l’avocate, « ce n’est de toute façon pas un problème qui peut être réglé par une décision de justice. Mais par une décision politique. Il faut que l’État réagisse. Ces personnes ne seraient pas dans ces lieux si elles étaient hébergées. »

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Ce qui devrait changer avec la fin des gardes à vue des sans papiers

7 juin 2012 - Le Monde - Angela Bolis

C’est un premier pas de la France vers une remise en cause de la garde à vue des étrangers au seul motif qu’ils sont sans papiers. Dans un avis rendu mardi 5 juin, la Cour de cassation estime que ce délit de séjour irrégulier ne saurait suffire à un placement en garde à vue dans le cadre d’une procédure d’expulsion. La décision définitive de la chambre civile de la haute juridiction est encore attendue. Si elle entérine cet avis, quel changement marquera-t-il dans la jungle du droit des immigrés clandestins ?

Avant 2008

La France incarcère les sans-papiers depuis 1938, rappelle un article du Monde, et la loi prévoit un an de prison et 3 750 euros d’amende pour séjour irrégulier. D’où la possibilité de les placer en garde à vue, celle procédure ne pouvant concerner qu’une personne soupçonnée d’un délit passible d’une peine de prison.

En UE, la "directive retour"

En 2008, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) entre en contradiction avec cette juridiction nationale : elle estime que le séjour irrégulier d’un étranger ne justifie pas une peine d’emprisonnement. C’est la "directive retour", qui signe une "limite à la criminalisation des sans-papiers", estime David Rohi, responsable de la commission nationale éloignement de la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués).

Celle-ci fixe en effet les différentes étapes de la procédure de retour des étrangers clandestins : en priorité, le départ volontaire de la personne arrêtée dans un délai de 7 à 30 jours ; s’il n’a pas lieu, l’éloignement forcé "en employant les mesures les moins coercitives possibles" ; et enfin, si cet éloignement est "compromis par le comportement de la personne", la rétention - "la plus courte possible", de 18 mois maximum, et séparément des prisonniers de droit commun.

En 2011, la CJUE envoie une piqûre de rappel (PDF) avec l’arrêt El Dridi - du nom d’un Algérien condamné à un an d’emprisonnement en Italie car il ne s’était pas conformé à un ordre de quitter le territoire. Même dans ce cas, souligne-t-elle, l’emprisonnement "est susceptible de compromettre la réalisation de l’objectif visant à instaurer une politique efficace d’éloignement et de rapatriement dans le respect des droits fondamentaux".

En France, le flou juridique

En France pourtant, le flou juridique perdure et, malgré la directive de 2008 et l’arrêt de 2011, les gardes à vue d’étrangers clandestins aussi. Car "le gouvernement précédent a interprété la jurisprudence à son avantage, estimant que la garde à vue était toujours justifiée si d’autres mesures non coercitives avaient été tentées auparavant", souligne David Rohi.

Du coup, la pratique reste massivement employée : le séjour irrégulier est même l’un des premiers motifs de garde à vue, avec 60 000 personnes concernées en 2010, parmi 100 000 étrangers ayant fait l’objet d’une procédure pour ce délit.

60 000 gardés à vue, donc, mais seulement 200 condamnations à la prison ferme. Pour David Rohi, au-delà de la critique d’une pratique "trop brutalement coercitive", ces chiffres montrent un détournement de la procédure pénale de la garde à vue en procédure administrative : "Les policiers et procureurs savent pertinemment que dans plus de 95 % des cas, il ne s’agit pas de peine d’emprisonnement mais d’une reconduite à la frontière, administrative. En fait, ils font un usage de confort de ces gardes à vue, pratiques pour avoir le temps de prendre une décision."

Après le 5 juin 2012

Selon David Rohi, l’avis de la Cour de cassation a déjà eu au moins un effet, dans un tribunal de Toulouse. Un juge des libertés et de la détention, qui y validait toutes les garde à vue depuis des mois, en a annulé une mercredi.

A la place, la police peut avoir recours à d’autres procédures : l’audition libre dans les locaux de la police, laissée au bon vouloir de la personne contrôlée, et surtout, la possibilité de garder à disposition une personne pendant quatre heures pour vérifier son identité. Des mesures moins répressives pour "des personnes qui ne se considèrent pas comme des délinquants et sont bien souvent choquées par les gardes à vue", estime David Rohi.

La garde à vue est quant à elle limitée aux seuls cas où une personne est soupçonnée d’avoir "commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d’une peine d’emprisonnement". Ce qui pourrait, selon Stéphane Maugendre, président du Gisti (Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés), entraîner des "effets pervers" : des placements pour des délits annexes plus ou moins fondés, tels qu’outrage aux forces de l’ordre, ou occupation illégale d’un lieu dans le cas d’une interpellation dans un squat.

Finalement, ce frein aux gardes à vue de sans-papiers pourrait avoir une incidence, certes sur le nombre de gardes à vue lui-même, qui avait explosé dans les années 2006-2008, mais aussi, dans une moindre mesure, sur le nombre d’expulsions. Et ce n’est pas un mal, juge David Rohi : "Après une politique d’expulsions massives, qui a concerné 62 000 personnes en 2010 et consistait bien souvent à jeter de la poudre aux yeux, dans le cas des Roms par exemple qui peuvent facilement revenir sur le territoire national, le nouveau gouvernement est invité à ne pas poursuivre une politique du chiffre."

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Israël / Egypte : témoignage accablant d’un immigré soudanais

7 juin 2012 - Sur le feu - Irin

Abraham Alu, un Sud-Soudanais de 35 ans, est l’un des quelques 60 000 demandeurs d’asile africains en Israël. Il vit au sud de Tel Aviv où les loyers sont bon marché. Il vit de petits boulots et peine à joindre les deux bouts, mais il se sent constamment menacé.

Récemment, il a échappé de justesse à l’attaque d’un groupe de manifestants juifs dans la ville qui avaient saccagé des magasins appartenant à des Africains et avaient passé à tabac des Africains. Un policier lui a montré les manifestants juifs qui arrivaient dans sa direction et lui a dit : « Cours, ils vont te tuer ! Cours ! ». M. Alu a parlé de son expérience et de ses craintes.

Harcelé par les habitants juifs israéliens

« J’ai peur même maintenant. Je suis constamment harcelé par les habitants juifs israéliens du quartier.

« Ils viennent ici et disent : ‘Que faites-vous ici ? C’est notre pays, retournez chez vous ; retournez au [Sud-Soudan]’. J’ai quitté le [sud du] Soudan quand j’étais petit à cause de la guerre et ici, maintenant, je connais encore la guerre.

Sitting en Egypte

« Quand j’avais sept ans, j’ai vu ma mère et mon père se faire assassiner par des miliciens. J’ai fui le village seul. À ce jour, je ne sais toujours pas ce qui est arrivé à mes frères. Aujourd’hui, 28 ans après, je continue à chercher, à demander aux autres réfugiés s’ils les ont rencontrés ou entendu parler d’eux.

« J’ai fini par me retrouver en Égypte. Là-bas, les demandeurs d’asile ne pouvaient pas travailler légalement. Au Caire, j’ai participé à un sit-in devant le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés [HCR] pour manifester contre les conditions des demandeurs d’asile africains en Égypte. Les 3 000 manifestants qui ont campé dehors pendant trois mois fin 2005 demandaient au HCR de les aider à partir vers d’autres pays.

Exode par le Sinaï

« Le 30 décembre 2005, quelque 4 000 policiers égyptiens ont pris d’assaut le campement des manifestants. Ils ont utilisé des canons à eau contre la foule, qui comptait des femmes et des enfants, et ont frappé les manifestants à coups de bâtons. Plus de 20 Africains ont été tués, dont une petite fille de quatre ans. Le ministère de l’Intérieur égyptien a dit qu’un mouvement de panique était responsable de ces morts, même si les informations relayées par les médias mettent en doute cette déclaration.

« Ayant peur pour ma vie, j’ai fui en Israël. J’avais entendu dire que le voyage à travers le Sinaï était dangereux alors j’ai laissé mon épouse, ma fille de deux ans et demi et mon fils, bébé, derrière moi. Je les ferais venir quand je serais installé quelque part et que la situation se stabiliserait.

Un an de prison

« Après la traversée vers Israël début 2006, je suis resté en prison pendant un an. Je vis au sud de Tel Aviv depuis que j’ai été relâché.

« Maintenant nous devons partir [d’Israël]… mais il n’y a nulle part où aller.

Peur des combats au Soudan du Sud

« Je veux rentrer chez moi et aider à construire le Sud-Soudan, qui est indépendant depuis moins d’un an, mais je ne me sens pas en sécurité d’y retourner. C’est un petit pays et il y a des combats.

« Où est mon avenir ? Où est mon avenir ? C’est ça mon avenir ?
« Manger, bien dormir, se sentir en sécurité – c’est tout »

« Je veux pouvoir faire quelque chose pour [le Sud-Soudan] mais quand j’y retournerai, je [n’aurai] pas d’argent, pas d’éducation, rien [pour contribuer à la construction du pays]. Juste moi-même, moi et le peu d’habits que je mettrai dans un sac en plastique.

« Les demandeurs d’asile ne veulent pas être riches. Non, nous sommes des gens [humbles]. Nous voulons seulement quelque chose à manger, nous voulons bien dormir, nous sentir en sécurité – c’est tout. »

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Un tribunal israélien autorise l’expulsion des clandestins sud-soudanais

7 juin 2012 - Romandie news - AFP

JERUSALEM - Un tribunal israélien a autorisé jeudi l’expulsion d’environ 1.500 Sud-Soudanais en situation irrégulière après avoir rejeté un recours d’organisations de défense des droits de l’Homme.

Il y a des difficultés dans le pays (au Soudan du Sud) et un certain degré d’instabilité mais ces dernières se concentrent surtout sur la frontière nord et quelques autres zones de tensions. La grande majorité du territoire n’est pas concernée, a estimé le tribunal de Jérusalem.

Le ministre israélien de l’Intérieur Elie Yishaï a mis fin en janvier à la politique en vigueur depuis plusieurs années consistant à accorder aux Soudanais du Sud une protection dite collective, qui empêchait leur expulsion.

Les organisations de défense des droits de l’Homme avaient saisi la justice en faisant valoir que même si le Soudan du Sud a accédé à l’indépendance en juillet 2011, cela n’a pas mis fin à l’état de guerre avec le Soudan. Elles avaient aussi mis en avant la pauvreté et le manque d’accès aux services médicaux dans le pays.

M. Yishaï s’est félicité jeudi de la décision du tribunal qui permettra l’expulsion de 1.500 illégaux en provenance du Soudan du Sud, selon un communiqué de son bureau.

Le ministre a ajouté qu’il espérait que ce n’était que la première d’une série de mesures qui permettraient d’expulser les Erythréens et les Soudanais.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, cité par la radio militaire, a pour sa part affirmé que pour régler le problème de l’infiltration des immigrés africains, Israël (devait) achever le plus vite possible la clôture de sécurité actuellement en cours de construction.

Il faisait allusion à la clôture de 250 km qu’Israël érige le long de la frontière égyptienne. Selon la radio militaire, 170 km de l’ouvrage sont déjà construits et le projet devrait être achevé d’ici la fin de l’année.

Par ailleurs, M. Netanyahu a estimé qu’il fallait sanctionner sur le champ les Israéliens qui emploient des immigrés clandestins, a ajouté la radio militaire.

Le site du quotidien Haaretz citant des sources au ministère de la Défense a pour sa part indiqué que des camps de toile pouvant accueillir de 20.000 à 25.000 immigrants illégaux allaient être ouverts dans l’enceinte de cinq centres de détention d’ici la fin de l’année.

L’objectif, selon la même source est de s’assurer que les immigrants illégaux infiltrés en Israël seront directement transférés dans ces centres de détention où ils resteront pour de longues périodes et éviter ainsi qu’ils se dispersent dans les villes israéliennes.

La présence en Israël de quelque 60.000 immigrés clandestins, la plupart Soudanais et Erythréens entrés par le Sinaï égyptien, a provoqué en mai des violences racistes et une vive polémique.

Israël entretient des relations diplomatiques avec la République du Soudan du Sud. En revanche, l’Etat hébreu n’a aucune relation diplomatique avec le Soudan, qu’il accuse de servir de base à des militants islamistes.

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Fin des gardes à vue des étrangers pour séjour irrégulier

6 juin 2012 - Le Monde - Franck Johannès

Il n’est plus possible de placer en garde à vue un étranger pour la seule raison qu’il est sans papiers : mardi 5 juin, la Cour de cassation a mis un terme au flou qui entourait jusqu’ici la loi. La France incarcère en effet les sans-papiers depuis 1938, et la loi prévoit un an de prison et 3 750 euros d’amende pour séjour irrégulier.

Mais la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), saisie du cas d’un Algérien entré illégalement en Italie, avait estimé le 28 avril 2011, au regard de la "directive retour" européenne, qu’il n’était pas possible de l’écrouer au seul motif qu’il était en séjour irrégulier, même en violation d’un ordre de quitter le territoire. C’est l’arrêt El-Dridi, qui a provoqué une série de remises en liberté de sans-papiers.

L’affaire s’est compliquée avec un nouvel arrêt de la Cour de justice, le 6 décembre 2011, appliqué à la France mais si byzantin que la Cimade, une association de soutien aux étrangers, s’était félicitée que le gouvernement ait été "encore une fois désavoué par la justice européenne", alors que les ministres de l’intérieur et de la justice de l’époque avait "pris connaissance avec satisfaction de l’arrêt".

La Cour de cassation a tranché : une garde à vue, depuis la loi du 14 avril 2011, ne peut être décidée "que s’il existe des raisons plausibles de soupçonner" que le suspect a commis une infraction "punie d’emprisonnement". Or, la directive européenne du 16 décembre 2008, "telle qu’interprétée par la Cour de justice de l’Union européenne", impose qu’un étranger mis en cause pour une infraction au séjour "n’encourt pas l’emprisonnement" : "Il ne peut donc être placé en garde à vue à l’occasion d’une procédure diligentée de ce seul chef."

La chambre civile de la Cour, qui avait sollicité l’avis de la chambre criminelle, n’est pas tenue de le suivre, mais elle devrait désormais logiquement appliquer ce raisonnement aux pourvois en cassation qui lui ont été soumis.

Près de 500 personnes sont condamnées en France tous les ans pour séjour irrégulier, dont 200 à de la prison ferme.

Avis Chambre Criminelle

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L’aide aux migrants, une affaire de femmes

1er juin 2012 - Le Monde - Blog de François Béguin

Elles ont commencé "comme ça", après leur départ en retraite, parce qu’une amie leur en avait parlé. Elles invoquent un nécessaire "humanisme" et disent : "quand on s’engage, on ne peut pas faire ça en touriste". Elles sont sans doute fichées par la police mais ne s’en inquiètent pas. Elles savent que les migrants, ce qu’ils veulent le plus, ce sont des bonnes baskets. "Parce que pour eux, c’est le nerf de la guerre." Toutes consacrent bénévolement plusieurs demi-journées par semaine à aider les migrants des camps de Téteghem et de Grande-Synthe, à côté de Dunkerque.


Des bénévoles de l’association Salam, dans la cuisine prêtée par la paroisse de Grande-Synthe. © Elodie Ratsimbazafy

Il y a le docteur Brigitte Marc, 68 ans, de Médecins du Monde. Marie-Jo Westrelin, 65 ans, de l’association AMiS (Aide migrants solidarité). Marie, 61 ans et Gillette, bientôt 80 ans, de l’association Salam. L’une prodigue des soins, les autres conduisent les migrants aux douches ou préparent et distribuent des repas. A travers elles, c’est de plusieurs dizaines d’autres bénévoles dont il est question, en grande majorité des femmes, souvent à la retraite.

Certains mardis en fin de matinée, elles se croisent au bord du lac de Téteghem où séjournent en permanence entre 20 et 40 migrants. Des Afghans, des Iraniens, des Irakiens, quelques Vietnamiens aussi, qui passent ici quelques semaines, "rarement plus", en attendant de trouver le bon camion pour l’Angleterre. "Et quand ça traîne trop, ils vont vers Calais."

Leur engagement est postérieur à la fermeture du camp de Sangatte, en décembre 2002, quand les migrants chassés du Calaisis se sont rapprochés de Dunkerque. Celles qui ont connu le camp de Loon-Plage, fermé depuis, parlent de conditions "inhumaines". "La première fois que j’y suis allée, raconte Marie (Salam), je m’en souviens comme si c’était hier. C’était en hiver. J’ai touché les doigts d’un migrant qui dépassaient de son duvet, ils étaient froids comme de la pierre. Je n’en ai pas dormi pendant quinze jours."

"On est là pour préserver la santé. Si on ne fait pas ce métier-là avec des convictions, ce n’est pas la peine de le faire." Le docteur Brigitte Marc, qui travaillait auparavant dans une grosse entreprise sidérurgique du Dunkerquois, est depuis deux mois référent médecin pour Médecins du Monde, ce qui lui prend un à deux jours par semaine. Un mardi matin par mois, elle consacre deux heures à la consultation médicale au camp de Téteghem. "En règle générale, ce sont des populations jeunes qui n’ont pas de gros soucis de santé. Les problèmes fréquents sont liés à leur mode de vie, il y a beaucoup de cas de gale." Au début de l’année, conseillée par l’association, la communauté urbaine de Dunkerque a installé des cabanons et des toilettes sèches dans le camp.


Marie-Jo Westrelin a commencé à s’impliquer après sa retraite (elle était travailleur social) en janvier 2008. "A l’époque, c’était à la bonne franquette, se souvient-elle. C’est parti d’un constat au sein de la paroisse : on parlait d’évangiles et à côté de chez nous, il y avait des gens qui avaient froid et faim." L’association AMiS, montée à Téteghem au début de l’année, compte une trentaine de bénévoles, dont la moitié sont actifs. Outre la préparation et la distribution de repas le samedi matin, chaque mardi, ils sont six à se relayer pour conduire les migrants aux douches des vestiaires du stade municipal du stade de Téteghem et leur proposer des vêtements en bon état. Pour effectuer ce court trajet, Marie-Jo fait monter les migrants par groupe de trois dans sa voiture. Dans l’association, ils ne sont que quatre à le faire. "Pour différentes raisons, les autres ne veulent pas le faire, dit-elle. C’est vrai que quelque part, on n’a pas le droit. Nos voitures sont repérées mais la police ferme les yeux."


Gillette Gillet, de l’association Salam, respecte strictement certaines règles : "On ne les prend pas dans nos voitures, on ne donne pas nos numéros de téléphone, on ne prête pas nos portables, explique-t-elle. Je m’en tiens à l’humanitaire." Chaque mardi, de 7h30 à 16 heures, avec d’autres bénévoles, "des copines", elle prépare puis distribue des repas pour les migrants. Et tous les jours, elle vient au local apporter le pain et la viande donnés par des commerçants. L’aide aux migrants ne représente qu’une partie de ses activités : Gillette s’investit également à ATD-Quart Monde, à Emmaüs, au MRAP, au SAPPEL, à Amnesty International. "Mon engagement, c’est parce que je suis chrétienne." Veuve depuis l’âge de 33 ans (elle en a bientôt 80), "l’amour que je ne donne pas à mon mari, je le donne autour de moi", ajoute-t-elle.


L’époux de Marie évoque parfois en souriant tout le temps qu’elle passe avec "ses Afghanistanais..." Lui, son truc, c’est le bateau. En retraite depuis un an (elle était secrétaire médicale à mi-temps), Marie consacre ses lundi, jeudi et samedi matins à la préparation et à la distribution de repas. De temps en temps, elle aide pour les douches. Par ailleurs, quand elle ne s’occupe pas de ses petits-enfants, elle donne des cours d’alphabétisation dans une autre association. "Certains nous demandent pourquoi on fait tout ça... Moi, je ne regrette pas une seconde, ça fait partie de ma vie..." Elle dit aussi : "Des fois c’est dur, des fois, ça va tout seul. Parfois, il y a des détresses... Ces gars-là, ils sont écorchés aux trois quarts. Et je ne sais pas comment le quart restant va se remettre debout. Parce qu’une fois en Europe, ils sont foutus. Il n’y a pas un pays qui en veut. Ils tournent. Leur vie, c’est l’errance."

"Ce qui m’interpelle, commente Brigitte Marc, c’est pourquoi il y a des migrants. Si des pays nantis comme les nôtres n’allaient pas tout dérégler pour des questions d’intérêt, il n’y en aurait pas. Pour eux, le rêve serait de travailler tranquillement dans leur pays. »

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