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Archives du mois de 11 2012

Les associations interpellent Ayrault sur la situation des migrants à Calais

29 novembre 2012 - Le Nouvel Obs

PARIS (Sipa) — Dix-sept associations ont réclamé jeudi au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, une "politique alternative" en matière d’immigration, deux semaines après la publication d’une décision du Défenseur des droits sur le "harcèlement" des migrants par les forces de l’ordre dans la région de Calais (Pas-de-Calais).

Ces associations ont demandé dans une lettre ouverte au Premier ministre de "dresser le bilan des dix années d’échec évident de la politique de répression" à l’encontre des migrants et de "définir les axes d’une politique alternative".

Elles ont en particulier interpellé Jean-Marc Ayrault sur les "instructions (que) va recevoir la police", alors que le Défenseur des droits a fait état, dans sa décision du 13 novembre, de nombreuses pratiques illicites des forces de l’ordre dans la région de Calais : contrôles et interpellations près des lieux de repas et de soins, "atteinte à la liberté d’aller et de venir", expulsions "hors de tout cadre juridique", "destructions de dons humanitaires et d’effets personnels", "comportement individuels consistant à provoquer ou humilier".

13.000 interpellations de migrants en 2011

Les mêmes associations, parmi lesquelles le Syndicat de la magistrature, la FIDH, le MRAP ou encore Emmaüs, ont également adressé un courrier au procureur général près la cour d’appel de Douai, dans lequel elles dénoncent les réquisitions aux fins de contrôle d’identité délivrées par le parquet de Boulogne-sur-Mer "de manière répétée et abusive (...) sans assurer aucun contrôle sérieux de l’usage qui en est fait par les services de police".

Le Défenseur des droits a rapporté que la police aux frontières du Pas-de-Calais (PAF 62) avait procédé en 2011 à 13.000 interpellations, dont 662 ont abouti à des éloignements du territoire français. Ce chiffe n’inclut pas les contrôles "qui n’aboutissent pas à une interpellation, lesquels, compte tenu des nombreux témoignages en ce sens, seraient très nombreux".

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Sangatte : dix ans après, le Secours Catholique se souvient

29 novembre 2012 - Secours Catholique - Jacques Duffaut

Le 28 novembre à Calais (Pas-de-Calais), le Secours Catholique a commémoré la fermeture du centre de Sangatte. Cercle de silence, repas partagé, témoignages et soirée festive ont réuni plusieurs centaines de bénévoles et de migrants.

« Cette journée est un moment pour rappeler que la dignité de la personne humaine ne se divise pas et ne se négocie pas. » Mgr Jaeger, évêque d’Arras, était l’un des premiers à intervenir ce 28 novembre devant les quelque deux cent cinquante bénévoles, salariés du Secours Catholique et membres d’autres associations venus sous la halle Minck à Calais, pour se souvenir de la fermeture, il y a dix ans, du centre de Sangatte.

Journée de commémoration, en souvenir de ce mois de novembre 2002 quand le gouvernement de l’époque décide de fermer le centre de Sangatte, grand camp près du tunnel sous la Manche créé en 1999 pour héberger les étrangers prêts à passer clandestinement en Angleterre. Ce centre capable d’accueillir 800 personnes en accueillait plus du double peu avant sa fermeture.
Pas en soi un regret

Que Sangatte ait été fermé n’est pas en soi un regret. Laurent Giovannoni, responsable du département Étrangers au Secours Catholique, s’est souvenu d’un « endroit ingérable sur la durée. C’était un lieu où les migrants se retrouvaient coincés. Ce qui est regrettable, c’est que les pouvoirs publics n’ont pas apporté d’autre réponse que cette fermeture. »

Les migrants se sont alors retrouvés livrés à eux-mêmes. Ils ont aussitôt bâti un autre campement, sur un terrain vague de Calais, si sauvage et si insalubre qu’il avait été baptisé la « jungle ». La « jungle » à son tour a été démantelée en 2007. Depuis, les migrants se sont dispersés le long du littoral et aujourd’hui on estime à 250 le nombre d’étrangers qui vivent à Calais. Ce ne sont pas les mêmes. Beaucoup arrivent à passer en Angleterre. Mais tous vivent sur ce coin de France dans des conditions de vie extrêmes.
« Vous, les bénévoles, vous empêchez cette logique »

« Plus on les décourage, a expliqué François Soulage, président du Secours Catholique, plus leurs conditions de vie sont impossibles. Nous refusons cette logique. Vous, les bénévoles, vous empêchez cette logique. » M. Soulage a rappelé l’historique du combat mené par la délégation d’Arras, sa ténacité face aux obstacles : difficulté de maintenir un accueil en centre-ville, d’en obtenir un nouveau, d’obtenir un permis de construire des douches qui, une fois construites, ont subi plusieurs incendies et des vols par effraction à répétition. « Nous avons même fait de la désobéissance civile, a poursuivi le président, faisant allusion au « délit de solidarité » qui conduisait à poursuivre des personnes ayant porté assistance à des étrangers clandestins. Votre présence permanente sur ce terrain démontre le sens de l’accueil du Secours Catholique. »
Maryam et Jacky

Les hôtes de cette journée étaient Véronique Devise et Vincent de Coninck, la présidente et le délégué locaux du Secours Catholique, tous deux extrêmement actifs tant auprès des équipes que des pouvoirs publics. Mais les chevilles ouvrières de cette présence quotidienne auprès des migrants, ce sont bien Maryam et Jacky, incontournables piliers de l’association. Leurs témoignages empreints d’émotion ont donné chair à ces milliers d’étrangers qui ont, grâce à eux et aux dizaines de bénévoles venus des quatre coins du diocèse pour les épauler, trouvé une oreille à qui parler, un local où se réchauffer, une aide juridique pour accéder à un droit.
Une simple lampe-tempête

Peu après 11 heures, les acteurs du Secours Catholique ont quitté la halle Minck pour rejoindre le parc Richelieu où les attendaient d’autres sympathisants du Secours Catholique. Sous une pluie acérée et glaciale et pendant trois quarts d’heure, 350 personnes ont formé un cercle de silence autour d’une simple lampe-tempête, symbole de vie et d’espoir.

Vers 13 heures, le groupe a rejoint un grand espace bitumé, sur le port, à l’endroit où l’association Salam distribue chaque jour des repas aux migrants. Là, bénévoles et migrants ont partagé leur déjeuner avant de revenir tous ensemble sous la halle Minck pour passer la soirée. Bénévoles et migrants ont tour à tour pris la parole. Les uns pour décrire leurs parcours souvent chaotiques. Les autres pour dire la richesse découverte dans ces rencontres inattendues, ces vies jusqu’ici inimaginables. Puis quelques migrants ont tiré de leurs fourreaux des instruments de musique et la soirée s’est achevée sur des notes universelles.

Six Erythréens retrouvés cachés dans un camion dans le Pas-de-Calais

29 novembre 2012 - Maville.com - AFP

Six Erythréens ont été découverts jeudi matin par un chauffeur-routier en livraison à Fruges (Pas-de-Calais) et ont été remis en liberté dans la journée, a-t-on appris de source proche du dossier.

Le chauffeur de camion bulgare était en livraison à Fruges, à 70 km au sud de Calais, lorsqu’il a découvert ces migrants dans son véhicule. Il a appelé les gendarmes.

Les migrants étaient en bonne santé, bien qu’un peu frigorifiés, selon la source. Ramenés à la gendarmerie pour les vérifications d’usage, ils ont ensuite été remis en liberté sur décision d’un magistrat.

Les migrants qui tentent de se rendre en Angleterre depuis le Pas-de-Calais essaient régulièrement de se faufiler dans des camions sur des aires d’autoroute.

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Refugee-camp Vienna : les demandeurs d’asile se révoltent en Autriche

27 novembre 2012 - Blog Le Monde - Julia Druelle

La quarantaine de tentes du « refugee-camp vienna » se dressent en plein coeur de Vienne. Sous un chapiteau ouvert, on s’affaire autour d’un micro. des petits groupes se forment autour des braseros. Sur une longue table s’alignent les marmites de la cuisine populaire improvisée avec des ingrédients trouvés ou offerts. Quelques mètres plus loin, d’une cahute érigée à l’approche des fêtes de fin d’année, les touristes observent, curieux, une tasse de vin chaud à la main.

Dans la foulée des mouvements de protestation en Allemagne, aux Pays-Bas, en Pologne, en Hongrie, en Finlande mais aussi en Australie, les demandeurs d’asile ont entamé samedi 24 novembre un vaste mouvement de protestation en Autriche. Sous le mot d’ordre « kein Mensch ist illegal » (aucun être humain n’est illégal), 500 personnes, demandeurs d’asile et sympathisants, ont effectué à pied les 35 km qui séparent Vienne du camp de rétention de Traiskirchen. Et depuis dix jours, malgré des températures frôlant le zéro, environ 70 d’entre-eux campent dans le Sigmund-Freud-Park, en face de l’église votive et à quelques centaines de mètres du Parlement. Mi-octobre déjà, des réfugiés somaliens avait campé trois jours, face au Parlement.

Leurs revendications portent sur l’amélioration des conditions de rétention, la fin des expulsions vers les pays présentant un danger manifeste et l’abrogation des accords Dublin II prévoyant le renvoi d’un migrant dans le premier pays européen ayant enregistré ses empreintes digitales. Les candidats à l’asile en Autriche doivent tout d’abord transiter dans un camp de rétention. Sur les 1123 demandeurs d’asile que comptait l’Autriche au 12 novembre dernier, 888 se trouvaient dans le camp de Traiskirchen (Haute-Autriche). Ils n’ont en principe pas le droit de s’éloigner de leur camp de résidence. La durée du séjour dans un tel camp dépend de chaque cas, allant de quelques jours à plusieurs années.

« Il n’y a pas assez de traducteurs, surtout en langue ourdou. On demande également la possibilité de suivre des cours d’allemand, comment voulez-vous qu’on s’intègre si on n’a pas la possibilité d’apprendre la langue ? Les enfants qui vivent dans ces centres de rétention devraient avoir le droit d’aller à l’école publique afin d’être en contact avec les locaux. Il faudrait un accès à la formation, pour ne pas se retrouver démuni à notre sortie » explique Muhammad, originaire du Pakistan. « La nourriture n’est pas suffisante, il n’y a pas non plus d’accès aux services de bases tel qu’un coiffeur, l’accès aux soins est très limité et le manque de traducteurs aggrave la situation. Au premier abord, ça a l’air généreux, mais en fait ce n’est ni plus ni moins qu’une prison ». Raja, également du Pakistan, évoque la tristesse d’être coupé de sa famille : « Tout le monde est attaché à sa famille, mais à Traiskirchen, il n’y a pas de moyen de communication : pas de téléphone ni d’accès à internet ». « Quand tu en sors, tu es à la rue. La plupart du temps tu n’as pas de solution de logement. On ne te fournit pas de vêtements ni de chaussures, tu es livré à toi même. Je voudrais étudier, mais sans papiers ça n’est pas possible. » explique Leila, jeune Somalienne maintenant installée à Vienne. Ils évoquent également les 40€ par mois à leur disposition : dans l’interdiction de travailler, c’est trop peu pour couvrir les frais administratifs engendrés par une demande d’asile.

Outre ces revendications sur les conditions de vie dans les camps de rétention, le mouvement du 24 Novembre demande l’abrogation des accords Dublin II et notamment le droit après un avis négatif à l’effacement des fichiers contenant les empreintes digitales, afin de pouvoir faire une demande dans un autre pays de l’Union Européenne. « S’ils ne nous acceptent pas, qu’ils nous donnent alors la possibilité de demander l’asile ailleurs » lâche Raja.

La marche du 24 Novembre, initiant le mouvement, ne s’est pas déroulée sans encombre. Les migrants dénoncent les manœuvres des autorités du camp de Traiskirchen qui ont tout fait, selon eux, pour les empêcher de manifester : un « contrôle de présence obligatoire dans les chambres à 8h30 », puis un à 21h, annoncés à la dernière minute, a ainsi retardé la marche de deux heures, le départ ayant initialement été annoncé à 7h. Depuis, malgré la pression d’une intervention policière et quelques provocations d’identitaires, le campement tient bon.

Sur le plan politique, le mouvement des réfugiés en Autriche est soutenu par les verts autrichiens ainsi que par plusieurs organisations d’aide aux demandeurs d’asile. Akkılıç Şenol, député vert, a qualifié la marche et le camp de "succès politique" : "L’action des réfugiés mérite notre solidarité". Il a en revanche suscité l’ire du FPÖ. Dès le 27 novembre, le parti d’extrême droite avait envoyé une délégation en « visite » au camp de Traiskirchen afin d’y faire une conférence de presse pour appeler à la fermeture du camp surpeuplé et à la réintroduction un contrôle aux frontières. Depuis, il multiplie les appels à l’évacuation du campement.

Sous le chapiteau au centre du camp, les intervenants se succèdent pour animer différents ateliers. On y discute de l’emploi de la prochaine manifestation, du règlement du camp et de l’organisation des différents aspects de la vie commune, on échange des expériences ou on tente d’organiser une stratégie en cas de complication avec les autorités. Anglais, Allemand, Ourdou, ceux qui le peuvent s’improvisent traducteurs quand nécessaire. « Ils font du business en Libye, en Irak, ils veulent nos ressources mais ils ne veulent pas de nous. Le problème qu’ils ont aujourd’hui, l’asile, c’est eux qui l’ont créé ». « On ne s’arrêtera que quand ils décideront de nous écouter. Ce que l’on demande ? Nos droits ». La menace d’une expulsion et de ses conséquences pour les demandeurs d’asile n’est jamais bien loin. Cependant sur le campement, la détermination l’emporte sur la peur.

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Près de 200 migrants évacués d’un squat près de Rennes

27 novembre 2012 - Science et avenir avec Reuters - Pierre-Henri Allain, édité par Emmanuel Jarry

RENNES (Reuters) - Près de 200 migrants, dont de nombreux enfants, qui occupaient depuis plusieurs mois une ancienne maison de retraite près de Rennes, ont été évacués mardi matin dans le calme par les forces de l’ordre, a constaté sur place Reuters.

Selon la préfecture, ils étaient 183 dont 73 enfants, originaires d’Arménie, de Georgie, d’Albanie, de Roumanie, de Tchétchénie ou d’Afrique noire.

Ces demandeurs d’asile, qui occupaient le plus grand squat de migrants connu en France, n’ont pu emporter que quelques sacs d’habits et de vivres. Ils ont été invités à aller à la préfecture pour connaître l’adresse où ils seront relogés, à Rennes ou dans le département. Selon la préfecture, une solution sera proposée à chaque famille.

"Cette évacuation s’est déroulée dans des conditions tout à fait correctes et dans le respect des personnes", a déclaré le préfet de Région Michel Cadot lors d’une conférence de presse. "Nous allons proposer des solutions durables qui permettent à ces familles d’être traitées convenablement."

Des associations de défense des migrants et des sans logis ont néanmoins vivement protesté.

"C’est un vrai scandale, la plupart vont se retrouver dans des communes éloignées de Rennes et on va ainsi les priver de tout, de l’accès aux soins, aux aides alimentaires et aux cours de français", s’est ainsi insurgé Yannick Cotin, du DAL (Droit au Logement), présent sur les lieux avec plusieurs dizaines de militants associatifs.

Les migrants avaient occupé, avec le soutien du DAL, cette maison de retraite désaffectée de Pacé, à quelques kilomètres de Rennes, en mai 2012. La plupart de leurs enfants sont scolarisés dans des établissements rennais.

Mardi vers 05h00 (04h00 GMT), les forces de l’ordre ont interdit tout accès au bâtiment et des représentants de la préfecture ont recensé les personnes présentes avant de leur donner un ticket d’autobus et une "invitation" à se rendre à la préfecture.

Ces familles, qui se sont retrouvées avec poussettes et bagages dans la rue et sous la pluie avec leurs enfants, étaient expulsables sur décision de justice depuis le 15 novembre.

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Viols, kidnappings et torture : le prix à payer pour fuir l’Erythrée

24 novembre 2012 - Rue 89 - David Lagarde

Depuis 1998 et la guerre contre l’Ethiopie, Issaias Afeworki, président de l’Erythrée, a introduit un service militaire d’une durée indéfinie. Ainsi, lorsqu’un citoyen érythréen entre à l’armée lors de sa dernière année de lycée, il ne sait jamais s’il en ressortira un jour.

Selon les estimations de l’ONU, chaque mois, entre 2 000 et 3 000 personnes fuient le pays, principalement dans le but d’échapper à cette conscription forcée.

Mais pour les Erythréens, quitter leur territoire n’est pas une mince affaire et le sort qui les attend à l’étranger est parfois pire. A l’heure actuelle, entre 400 et 500 réfugiés érythréens seraient retenus en otage dans le Sinaï.

Sortir du pays, la mort au bout du chemin ?

La plupart des Erythréens qui vivent en exil sont des personnes jeunes qui ne supportaient plus de passer leur vie à l’armée [PDF]. Ils profitent en général des dix jours de permission qui leur sont accordés tous les six mois pour s’enfuir, ou, si l’occasion se présente, ils s’évadent de l’immense caserne de Sawa pour se rendre dans la région de Kassala, au Soudan.

Une fois arrivés au niveau de la frontière, les candidats à l’exil doivent redoubler de vigilance. Les gardes-frontière érythréens ont pour ordre d’empêcher leurs concitoyens de quitter le pays et pour ce faire, ils n’hésitent pas à tirer pour tuer.

Ceux qui arrivent à quitter le pays sains et saufs arrivent en Ethiopie ou au Soudan. De là, ils vont tenter de rejoindre l’un des camps de réfugiés situé aux abords de la frontière.

Des lieux où les conditions de vie et de sécurité sont si déplorables que la plupart des exilés n’y font qu’une brève escale avant de reprendre la route vers le nord, en direction de Khartoum, la capitale soudanaise, et dans une moindre mesure vers l’Europe et Israël.

Laurie Ljinders est anthropologue. Elle mène depuis deux ans une étude [PDF] sur les trafics d’êtres humains et la torture dont les réfugiés Erythréens font l’objet sur la route d’Israël :

« Ces camps sont fondés par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), mais l’ONU n’y assure pas de présence permanente. De plus, les réfugiés sont obligés de sortir du camp pour travailler ou ramasser du bois dont ils se servent pour cuisiner.

Etant donné qu’il n’existe pas de véritables services de sécurité pour assurer la protection des personnes qui y séjournent, ils sont particulièrement exposés aux risques de kidnapping. »

Une chasse aux réfugiés

A partir du milieu des années 2000, les réfugiés érythréens vont commencer à prendre la direction d’Israël. Face au nombre croissant de candidats au départ, un réseau de passeurs va se développer à l’échelle internationale autour de Bédouins du Sinaï et des membres de la tribu des Rashaïdas, originaires du Soudan et d’Erythrée.

Meron Estefanos est une journaliste et militante des droits de l’homme. Avec deux chercheurs de l’université de Tilburg (Pays-Bas), elle vient de publier un rapport [PDF] sur les trafics d’êtres humains qui se sont développés entre le Soudan et le Sinaï.

Meron Estefanos :

« Les Rashaïdas disposent de plusieurs passeports, ils se déplacent librement en Ethiopie, au Soudan et en Egypte. Ils connaissent parfaitement le désert, et avec leurs connexions avec d’autres tribus de Bédouins en Egypte, il leur est très facile de faire passer des réfugiés de la Corne de l’Afrique jusqu’au Sinaï. »

Jusqu’en 2010, en échange de 1 000 dollars, les Erythréens pouvaient rallier Israël en quelques semaines seulement. Mais au vu des conditions de vie devenant de plus en plus difficiles au sein de l’Etat hébreu, le nombre de candidats au départ va considérablement diminuer. Pour contrer ces importantes pertes économiques, les Rashaïdas se sont reconvertis dans le kidnapping de réfugiés.

Laurie Ljinders :

« Si beaucoup de kidnappings ont lieu dans les camps de réfugiés, les Erythréens se font aussi kidnapper au moment où ils sortent de leur pays. Dans ces régions frontalières, les Rashaïdas, aidés par des gardes-frontière soudanais, se livrent littéralement à une chasse aux réfugiés. »

Une première rançon de quelques milliers de dollars est alors exigée par les Rashaïdas. Lorsque les réfugiés peuvent payer, ils sont relâchés, mais ceux qui n’arrivent pas à se procurer la somme exigée sont revendus à des Bédouins égyptiens qui viennent au Soudan acheter des réfugiés par dizaines, avant de les ramener dans des camps de torture du Sinaï, où ils tenteront par tous les moyens de leurs extorquer des rançons pouvant s’élever jusqu’à 50 000 dollars.

Dans les camps de torture du Sinaï

Après un voyage de plusieurs milliers de kilomètres à travers le désert, les réfugiés arrivent dans le Sinaï où ils sont maintenus à proximité de la frontière israélienne. Enfermés dans des caves, des garages ou des containers enterrés à plusieurs mètres de profondeur, ils sont torturés jusqu’à ce que leurs proches payent la rançon exigée par les preneurs d’otages.

Plus ils tardent à payer, et plus leurs chances de sortir vivants de cet enfer s’amenuisent. Un travailleur social qui intervient auprès des victimes de ces trafics en Egypte a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat.

« La majorité des otages passent de trois à six mois dans le Sinaï avant que leurs proches arrivent à réunir l’argent nécessaire pour payer leur rançon. Certains y restent jusqu’à huit mois ou un an, mais dans ces cas-là, ils sont tellement affaiblis qu’ils succombent souvent à leurs blessures quelques jours après avoir été libérés.

Tous les otages sont maintenus enchaînés les uns aux autres pour qu’ils ne puissent pas s’enfuir et les Bédouins les nourrissent à peine. Certaines victimes nous racontent qu’ils ont parfois passé plusieurs jours de suite sans manger. »

Afin d’obtenir les rançons exigées, les trafiquants appellent par téléphone les familles des otages restées en Erythrée ou vivant en exil à l’étranger pendant qu’ils se livrent à des séances de torture sur leurs proches.

« Chaque femme qui est passée par un camp de torture du Sinaï a été violée. Ils les violent collectivement et utilisent parfois des objets ou brûlent leurs parties génitales. Les hommes sont torturés quotidiennement, ils sont brûlés avec du plastique fondu, frappés sur la tête et sous la plante des pieds avec des bâtons. Parfois, les méthodes de tortures sont encore plus horribles.

Un groupe d’otages vient récemment d’arriver au Caire. Ils étaient détenus avec d’autres Erythréens qui, contrairement à eux, ne pouvaient pas payer l’intégralité de leur rançon à temps.

Les Bédouins leur ont cassé les bras en plusieurs morceaux avant de leur asperger les jambes d’essence pour les immoler. Ils ont survécu à leurs blessures, mais s’ils restent dans le Sinaï plus longtemps, en l’absence de soins, je ne vois pas comment ils pourraient survivre. »

Ils les torturent aussi psychologiquement :

« Je me rappelle d’un groupe d’otages qui est arrivé il y a déjà quelques mois au Caire. Tous les matins, les Bédouins les réveillaient avec une même chanson qu’ils diffusaient dans le camp avec le son à fond. Ils forçaient les otages à danser et à s’embrasser. Très souvent, ils les forcent à se frapper entre eux. Ce genre de jeux amuse apparemment beaucoup les Bédouins.

Après plusieurs mois passés dans ces camps de torture, les victimes gardent des séquelles psychologiques indélébiles. Quand ils arrivent au Caire, il y a plein de choses qui leur rappellent leur période passée en captivité. Quand ils entendent certaines musiques, qu’ils voient un pick-up semblable à ceux utilisés par les Bédouins pour les ramener du Soudan.

Même le visage des Egyptiens, la langue arabe, tout cela a tendance à les terroriser, ce qui rend le travail de reconstruction encore plus difficile. »

Le Caire plutôt que Tel-Aviv

Jusqu’en juin, date d’entrée en vigueur de la nouvelle loi israélienne sur les « infiltrations“, après avoir payé leur rançon, les réfugiés étaient amenés par les Bédouins au niveau de la frontière afin de passer en Israël.

Meron Estefanos :

‘Depuis deux mois, après versement de la rançon, nous exigeons des preneurs d’otages qu’ils amènent les victimes au Caire. Avec la loi sur les infiltrations, si elles entrent en Israël, elles vont se retrouver enfermées pour trois ans à Saharonim, peu importe les souffrances qu’elles ont subies dans les camps du Sinaï.

Avec l’aide de Bédouins égyptiens qui cherchent à mettre un terme à ce genre de trafics, nous les dirigeons maintenant vers Le Caire où des associations leur viennent en aide pour se soigner et obtenir le statut de réfugiés auprès du HCR.’

Selon l’employé d’une ONG égyptienne, au cours de l’année 2012, sept réfugiés se sont fait kidnapper au Caire dans des taxis et non loin du métro.

‘Il s’agit là d’une pratique nouvelle dont on ne connaît pas grand-chose. Il faut donc rester vigilant et renforcer les mesures de sécurité autour des réfugiés qui se trouvent au Caire. Le mieux pour les victimes de ces trafics serait qu’elles soient réinstallées dans un autre pays, loin de l’Egypte et des mauvais souvenirs qu’elles y associent et qui les handicapent grandement dans leur processus de reconstruction psychologique.’

Avec l’exode toujours plus important des Erythréens fuyant la dictature d’Issaias Afeworki, si les gouvernements soudanais et égyptien persistent à faire preuve d’un total immobilisme face aux trafics d’êtres humains qui ont lieu entre le Soudan et le Sinaï, les prises d’otages et la torture de réfugiés risquent fort de constituer une activité lucrative pendant encore plusieurs années pour les trafiquants de la région.

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A Calais, la police voulait « un moment de convivialité » avec les migrants

19 novembre 2012 - Rue89 - Camille Polloni

Pourquoi des policiers sont-ils entrés dans des squats de migrants à Calais, de nuit et en musique ? Pour partager des « moments de convivialité » bien sûr ! C’est en tout cas leur réponse à l’inquiétude du Défenseur des droits.

Petit retour en arrière : en avril 2011, Rue89 et Les Inrocks publient des vidéos tournées par les No Border, ces militants qui aident les migrants de Calais et filment les interventions policières.

Les 16 et 18 février 2011 à 7 heures du matin, des policiers entrent dans un entrepôt squatté. De leur véhicule sort de la musique africaine. Ils rigolent, dansent, montent le son puis s’en vont, sans interpeller personne.

Deux mois après la diffusion de cette vidéo, les No Border accompagnés de dix-neuf associations et syndicats déposent un dossier chez Dominique Baudis, le Défenseur des droits, pour faire constater le harcèlement et les violences dont seraient victimes les migrants.

« La méthode n’était peut-être pas opportune »

Dominique Baudis a rendu son rapport vendredi. Sévère. Il constate des interpellations répétées et injustifiées, des « comportements individuels consistant à provoquer ou humilier les migrants », des expulsions illégales, des destructions d’effets personnels... Bref, des atteintes aux droits.

Au milieu des nombreuses remontrances (sans effet contraignant), le Défenseur des droits s’attarde sur les vidéos que Rue89 et Les Inrocks ont publiées. Il a interrogé les fonctionnaires de police concernés, qui offrent des justifications aux petits oignons :

« Les fonctionnaires de police expliquent cela comme étant un moment de convivialité et d’échange entre migrants et policiers, tentant par ce biais de faciliter leur intervention.

Les autorités policières ont confirmé cette interprétation de la vidéo, tout en indiquant que la méthode n’était peut-être pas opportune et que les fonctionnaires en question avaient été rappelés à l’ordre. »

Décidément, les rabat-joie qui peuplent la hiérarchie policière n’ont aucun sens de la convivialité. Ne voient-ils donc pas que leurs troupes, en passant un peu de musique aux migrants récemment débarqués, leur souhaitaient la bienvenue à Calais ?

« Des contacts détendus »

Plus loin, Dominique Baudis demande son avis à une lieutenante de police qui « ne conteste pas les faits » malgré un désaccord sur les horaires. Elle explique :

« Les fonctionnaires de police ont expliqué qu’il était plus facile de recenser les migrants par ce type de contacts détendus.

La lieutenante de police a indiqué néanmoins avoir fait savoir à ses agents que cette façon d’intervenir n’était pas professionnelle. »

Pas professionnelle, certes, mais peut-être révélatrice d’une certaine proximité entre les migrants et la police ? Ah non.

« Tous les migrants qui ont pu être entendus ont répondu qu’ils n’avaient jamais vécu de moment de convivialité avec les policiers et qu’au contraire, ils en avaient peur.

Les événements filmés sur ces vidéos ne seraient pas isolés et il est difficile en les visionnant de ne pas les interpréter comme une démonstration de comportement très provocateur et irrespectueux à l’égard des migrants, à des endroits et des moments où ces derniers essaient de se reposer.

De tels agissements sont intolérables et doivent être interdits par la hiérarchie. »

A priori ils le sont déjà, c’est la hiérarchie qui le dit.

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Migrants à Calais : la police épinglée pour des atteintes aux droits

17 novembre 2012 - AFP - Nicolas GUBERT

LILLE — Le Défenseur des droits a déploré vendredi des violations par les forces de l’ordre des droits des migrants présents dans la région de Calais (Pas-de-Calais) et a demandé au ministre de l’Intérieur d’y remédier, à la grande satisfaction des associations qui attendent désormais des suites concrètes.

Dans une décision consultée par l’AFP, le Défenseur des droits, Dominique Baudis, précise avoir été saisi par des ONG, collectifs, syndicats et associations d’une réclamation relative au "harcèlement constant et quotidien dont seraient victimes les migrants présents dans le Calaisis de la part des forces de l’ordre", policiers de la PAF (police aux frontières) et CRS.

C’est dans cette région du nord de la France qu’a été fermé il y a dix ans le centre d’accueil d’urgence de Sangatte (Pas-de-Calais), symbole de l’émigration clandestine vers l’Angleterre, avant le démantèlement en 2009 du campement de fortune (la "jungle") qui l’avait remplacé.

Ces mesures n’ont pas fait disparaître les migrants qui, selon M. Baudis, étaient estimés en octobre à 220 dans la région, originaires principalement de pays en conflit tels que l’Afghanistan, l ?Erythrée, l’Irak, le Soudan ou l’Iran. Les associations parlent elles de 600 à 700 personnes sur la région Nord/Pas-de-Calais.

Auditionné par M. Baudis, Vincent [Lire "Jean-Claude", note de SALAM] Lenoir, de l’association Salam, a salué un rapport qui "va dans le bon sens et confirme les dénonciations faites par les associations depuis dix ans".

Maintenant "il faut espérer que le rapport soit suivi d’effets", a-t-il ajouté.

"A Calais, il y a des périodes plus tendues et des périodes moins tendues. Il y a eu une période très tendue depuis fin septembre dernier. Le changement de gouvernement n’a pas modifié la donne sur place", a souligné Philippe Wannesson, de La Marmite aux idées, qui avait saisi le Défenseur des droits.

Après enquête de ses services, M. Baudis dit avoir constaté "que des contrôles d’identité, des interpellations et des conduites au commissariat" étaient souvent effectués sur une même personne, dans un délai rapproché et "à proximité des lieux de repas et de soins", en violation de dispositions sur l’aide humanitaire aux étrangers en situation irrégulière.

Johann Cavallero, délégué zonal CRS du syndicat Alliance, s’est dit "étonné" par ce rapport et a assuré que "les contrôles sont effectués dans les règles", sur base notamment des réquisitions du parquet de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).

Dominique Baudis constate également "des visites répétées sur des lieux de vie, à toute heure du jour et de la nuit", ainsi que des "comportements individuels consistant à provoquer ou humilier les migrants".

Le Défenseur des droits précise qu’il "se réserve la possibilité de procéder à des vérifications sur place afin de s’assurer du respect de la dignité humaine et des différents cadres juridiques relatifs à la situation et à la prise en charge des migrants sur le territoire français".

Il adresse sa décision notamment au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui, dit-il, "dispose d’un délai de trois mois pour faire connaître les suites qu’il donnera à ces recommandations".

Le ministère de l’Intérieur n’avait pas réagi dans l’immédiat.

"On espère que M. Baudis n’est pas perçu par les membres du gouvernement comme un élément de décor, qui ne servirait qu’à faire les gros yeux de temps en temps et dont on pourrait se détourner. On a la décision, on attend des résultats clairs", a déclaré Nan Suel, présidente de l’association Terre d’Errance Norrent-Fontes.

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16 migrants dans un camion-citerne

14 novembre 2012 - Europe1.fr avec Pierre de Cossette

Seize migrants ont échappés à la mort, lundi, grâce à un téléphone portable. Lundi matin, vers 8 heures, le commissariat de Calais a reçu un appel d’un homme paniqué. Bredouillant quelques mots d’anglais, il explique être enfermé dans un camion-citerne avec une quinzaine d’autres personnes. Mais il ne sait pas où précisément.

Dans l’urgence, les policiers localisent le téléphone sur le parking d’une zone commerciale à Calais. Le chauffeur du camion, lui, entend des coups dans la citerne et appelle la police aux frontières. A l’intérieur de la cuve : quinze hommes et une femme. Il s’agit d’Iraniens, de Pakistanais et de Syriens que des passeurs ont fait monter dans le véhicule la nuit, pendant que le chauffeur dormait.

Ils ont, au total, passé six heures dans une citerne qui transportait de la poudre de PVC et remplie aux deux tiers. Pour respirer, il leur restait 80 centimètre d’air, c’est-à-dire bien peu pour seize personnes. Pris de panique, certains ont commencé à suffoquer.

Ces migrants, qui rêvaient d’Angleterre, ont été relâchés et sont à présent dans la nature, dans le Pas-de-Calais. La priorité des enquêteurs est aujourd’hui de retrouver les passeurs, ceux qui tiennent les réseaux et qui s’enrichissent.

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Réfugiés sans hébergement : le préfet condamné pour carence manifeste

13 novembre 2012 - La Dépêche - Patricia Lagaillarde

Accompagnées par les membres de la Cimade et des organisations du Réseau éducation sans frontière des Hautes-Pyrénées (RESF 65), trois familles de demandeurs d’asile avec des enfants âgés de 4 à 16 ans ont décidé de saisir, lundi après-midi, le tribunal administratif de Pau, par la voie du référé, afin d’obtenir un abri pour l’hiver.

En effet, depuis quelques mois, les familles de réfugiés arrivant dans le département se retrouvent sans possibilité d’hébergement. Jusqu’à présent, la Cimade et le RESF 65, soutenus par les associations partenaires, multipliaient les actions pour alerter la préfecture et la DDSCPP. Ce qui avait conduit les services de l’État à héberger plusieurs familles dans un hôtel. Mais à présent, les actions restent vaines et « les demandeurs d’asile se voient refuser systématiquement un hébergement, alors que c’est un droit qui a été consacré par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État comme une liberté fondamentale. En saisissant le tribunal administratif en référé, nous espérons mettre la préfecture et la DDSCPP devant ses obligations et responsabilités », soulignent les bénévoles de la Cimade et de RESF 65.

Par solidarité, une famille avec deux enfants est hébergée chez Marina depuis un mois. Mais aujourd’hui, ce n’est « plus possible ; j’ai 5 enfants et nous vivons avec un seul salaire au smic », observe-t-elle. Même difficulté pour Patina qui héberge, « depuis le 8 octobre, une autre famille avec enfant. J’ai moi-même 4 enfants et mon mari se trouve au chômage », dit-elle. « On ne comprend pas ; on nous dit qu’il n’y a plus d’argent et on loge des familles à l’hôtel ! Pourquoi ne pas leur trouver un petit logement où ils puissent cuisiner ; ça coûterait bien moins cher », lancent les représentants associatifs, qui plaçaient leurs espoirs sur la décision du tribunal administratif.

C’est Me Oudin qui a plaidé pour les trois familles, devant un parterre d’une vingtaine de militants tarbais et palois. À l’issue de l’audience, le préfet a été « condamné pour carence manifeste, atteinte à une liberté fondamentale qui est le droit à l’hébergement d’urgence et le droit d’asile. Considérant qu’il n’avait pas mis en place les moyens nécessaires pour abriter et nourrir ces personnes en période hivernale, elle l’a adjoint à trouver une solution d’hébergement dans les vingt-quatre heures », a indiqué une bénévole de la Cimade.

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Société Le droit d’asile mieux loti, la police des étrangers aussi

12 novembre 2012 - Libération - Fabrice Tassel

Décryptage Budget . Le volet immigration de la loi de finances a été adopté hier. L’augmentation des fonds votée correspond surtout à un rattrapage.

Que veut le gouvernement en matière d’immigration ? Des éléments de réponse apparaissent dans le travail que rendra public dans quelques jours le député Laurent Grandguillaume (PS, Côte-d’Or), rapporteur spécial à la commission des finances de l’Assemblée (1) sur le volet « Immigration, asile et intégration » de la loi de finances 2013 voté hier soir.

L’augmentation par rapport à la loi de finances 2012 est de 13% (soit un total de 671 millions d’euros), ce qui semble à première vue une bonne nouvelle en ces temps de restriction budgétaire. Première précision : il s’agit du seul budget du ministère de l’Intérieur, distinct des sommes consacrées à ces sujets dans neuf ministères (elles aussi en augmentation de 220 millions d’euros).

Deuxième nuance : il s’agit plutôt d’un rattrapage « d’une sous-budgétisation insincère de ces dernières années », explique Laurent Grandguillaume. Sous Claude Guéant, les préfectures devaient piocher dans des fonds de droit commun pour combler la faiblesse des crédits alloués pour l’immigration. La future loi de finances remet donc les choses en bon ordre, mais il ne s’agit pas, en volume, d’une réelle augmentation budgétaire.

Délais. « Je veille à ne pas confondre asile et immigration. […] La France est une terre de refuge pour tous ceux qui, dans le monde, fuient les persécutions », expliquait la semaine dernière Manuel Valls devant le Sénat. Le grand gagnant de cette répartition budgétaire est le droit d’asile, qui va bénéficier de 82 millions d’euros supplémentaires (+ 22,6%), traduits par la création de 1 000 places supplémentaires dans les centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), ce qui portera le total à 22 690 places. Sur les cinq dernières années, les demandeurs d’asile ont augmenté de 61%. En 2011, la France était le premier pays destinataire de demandeurs d’asile en Europe et le deuxième parmi les pays industrialisés, après les Etats-Unis, avec 57 000 premières demandes et réexamens. Les fonds injectés visent à réduire les délais d’examen des dossiers qui atteignent parfois deux ans - ce qui alourdit les frais d’hébergement - que le gouvernement souhaite ramener autour de dix mois.

L’asile absorbant l’essentiel de cette augmentation budgétaire, le rapporteur constate « une diminution nette des dotations de la plupart des actions » par rapport à la loi de finances 2012. Les dotations de la lutte contre l’immigration irrégulière diminuent, traduites par une baisse des coûts de la rétention (- 3 millions d’euros) ainsi que ceux des reconduites à la frontière. Le rapport s’interroge ouvertement sur l’utilité de certains centres de rétention administrative (CRA), le taux moyen d’occupation des CRA est de 58%, et même de 30% seulement sur certains sites. Mais cela ne veut pas dire qu’en volume, ces reconduites sont appelées à diminuer, Laurent Grandguillaume soulignant que « les éloignements du territoire restent légitimes ». D’ailleurs, les crédits de la « Police des étrangers et sûreté des transports internationaux » - distincts de ceux du budget « Immigration, asile et intégration » - seront augmentés de 40 millions d’euros en 2013. En revanche l’affichage officiel de cette politique sera adouci puisque, en rupture avec la politique du chiffre de Claude Guéant, ni le nombre de sans-papiers interpellés ni le nombre de reconduites à la frontière ne sont chiffrés comme des objectifs dans le budget.

Dotation. L’autre volet du budget de la Place Beauvau, le programme « Intégration et accès à la nationalité », voit ses crédits « poursuivre leur régression », indique le rapport. Ainsi la dotation versée par l’Etat à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) dans le cadre de l’aide aux primo-arrivants et à l’intégration des migrants va baisser, de même que les crédits accordés à l’intégration des réfugiés.

(1) Lire son portrait dans « Profession politique » sur Libération.fr

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A Calais, l’impasse

12 novembre 2012 - Libération - Madjouline Sbaï

Depuis près de vingt ans, des migrants en transit se retrouvent sur le littoral entre Ostende et Cherbourg, attendant de trouver à passer en Angleterre. D’abord Yougoslaves et Irakiens, puis, Afghans, Kurdes, Irakiens, Palestiniens, Vietnamiens, Ethiopiens, Soudanais, Erythréens, Somaliens et maintenant Syriens. La plupart sont anglophones et ont un contact en Angleterre. Au rythme des crises et conflits mondiaux, ils arrivent, épuisés après être passés entre les filets de Frontex et avoir voyagé de l’Europe du Sud ou de l’Est jusqu’au Calaisis.

Sur place, ils se retrouvent sans abri depuis la fermeture de Sangatte en 2003. Les places en Centre d’accueil des demandeurs d’asile (Cada) sont insuffisantes et ne sont pas ouvertes à tous. Seul 27% des demandeurs d’asile en France y ont accès. Les « jungles », camps de fortunes, ont fleuri sur les bords des autoroutes, dans les talus, près des aires de stationnement des camions. En 2009, une des plus importantes a été détruite sous le feu des médias. Ce n’est pourtant pas la fin des jungles, ni de l’errance des migrants. Ce sont les associations qui assument la prise en charge de la détresse de ces femmes et hommes. Ils fuient leur pays d’origine et la guerre, puis les mauvais traitements, les violences, le dénuement que leur offre la France, dont ils ne connaîtront que bosquets, soupes populaires et gardes à vue.

Nous espérons que l’eldorado qui les attend au bout de ce périple pansera les plaies vives des humiliations répétées. Mais nous qui restons ici, dans le Nord-Pas-de-Calais, habitants, élus, citoyens de cette région, nous sommes dans une impasse. Elle est le fruit de choix politiques que nous avons dénoncés en leur temps : le cadenassage coûteux des frontières de l’Europe, la complexité et le manque de moyens pour une vraie politique d’accueil et d’asile, la mise en place de mesures de dissuasion pour éloigner les migrants…

C’est une impasse car, depuis vingt ans, ces mesures n’ont pas empêché les personnes de venir, mais ont accru leur souffrance. Ces mesures n’ont en rien atténué le succès des thèses anti-immigration de l’extrême droite. Au contraire, les coups politiques et les déclarations sur les réseaux mafieux ont augmenté leur audience. Ces mesures ont créé un malaise moral. Le malaise moral d’avoir été les acteurs ou les spectateurs de l’élaboration d’une politique de l’inhospitalité.

Aujourd’hui, nous voulons sortir de l’impasse. Il y a des voies très simples comme la mise en application de la circulaire interministérielle du 26 août. Cette circulaire prévoit la création, par l’Etat, d’une instance locale de dialogue entre associations et pouvoirs publics pour améliorer l’accueil des migrants, anticiper les évacuations et proposer des solutions d’hébergements et d’accompagnement adaptées.

Avoir cette instance de travail est une étape pour expérimenter localement ce que peut être une politique de l’hospitalité. C’est tout ce que nous souhaitons pour notre région et notre pays, une politique qui fasse de l’accueil de l’autre, non pas un moment de désarroi, mais une rencontre, un enrichissement, un échange.

Par MAJDOULINE SBAÏ Vice- présidente EE-LV du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, membre du Réseau des élus hospitaliers

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Sans-papiers : le Sénat remplace la garde à vue par une "retenue"

9 novembre 2012 - Nouvel Obs avec AFP

Manuel Valls a par ailleurs assuré qu’"il n’y aura pas de régularisation massive" d’immigrés comme en 1981 et 1997.

Le Sénat a approuvé dans la nuit de jeudi à vendredi 9 novembre la création d’une "retenue" pouvant aller jusqu’à 16 heures pour remplacer la garde à vue des sans-papiers, devenue illégale, une mesure souhaitée par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls pour gérer avec "efficacité" les expulsions.

Le texte a été voté par le PS et le RDSE (à majorité PRG), avec le soutien notamment de l’UMP. "Nous voterons ce texte à la fois parce qu’il est nécessaire mais aussi parce qu’il correspond à ce qu’il faut faire pour que l’Etat de droit soit respecté par tous", a déclaré pour l’UMP Jean-Jacques Hyest.

Les écologistes, en revanche, se sont abstenus, trouvant insuffisantes les garanties apportées aux sans-papiers, et le groupe communiste républicain et citoyen a voté contre. "Nous attendions bien plus qu’un projet minimaliste (..) oubliant de garantir les droits essentiels des personnes en position irrégulière", a dit pour le groupe Laurence Cohen.

"Notre vote dépendra de l’évolution du texte au cours de l’examen des amendements pendant le débat", a-t-elle mis en garde. De fait, les sénateurs ont rejeté plusieurs amendements présentés par son groupe, dont l’un demandait la suppression de l’article créant la retenue judiciaire, qualifiant cette procédure de "très floue et hybride, ayant une connotation judiciaire mais avec une finalité administrative ; l’éloignement".

Le groupe CRC voulait aussi supprimer la création d’un "délit de maintien sur le territoire" remplaçant le délit de séjour irrégulier, supprimé. Cet amendement a également été rejeté.

La garde à vue jugée illégale depuis juillet

La Cour de cassation, tirant les conclusions de la jurisprudence européenne, avait interdit en juillet le recours à la garde à vue pour vérifier la régularité du séjour des étrangers.

Depuis, les forces de l’ordre ne peuvent pas retenir les sans-papiers plus de quatre heures, délai maximal prévu par la procédure de vérification d’identité.

Ce délai a amené le gouvernement à proposer la création d’un nouveau cadre juridique, prévoyant "une retenue d’une durée maximale de 16 heures, sous le contrôle continu de l’autorité judiciaire, afin de mener les vérifications nécessaires", a souligné Manuel Valls. "Cette retenue est bien évidemment assortie de garanties pour la personne interpellée", a-t-il souligné.

Il a aussi relevé que ce projet de loi propose d’abroger "le délit de solidarité" qui permettait de poursuivre des personnes, physiques ou morales, ayant porté assistance à des étrangers en situation irrégulière.

"Pas de régularisation massive comme en 1981 ou 1997"

Ce texte "a seulement pour objet de mieux définir le cadre juridique dans lequel l’administration est amenée à contrôler la régularité de la situation d’un étranger", a estimé au nom du PS Jean-Pierre Michel.

La retenue, "qui ne se confond pas avec une garde à vue, offre à l’étranger d’exercer un certain nombre de droits", a souligné pour sa part Jacques Mézard au nom du RDSE (à majorité PRG). "Une durée de retenue trop brève affaiblirait l’action des services de l’Etat", a-t-il ajouté.

Manuel Valls a également assuré qu’"il n’y aura pas de régularisation massive comme en 1981 ou 1997". Il a jugé nécessaire de mener une réflexion quant au droit au séjour "pour les étrangers malades, les plus vulnérables".

Enfin, il a annoncé qu’il nommerait "très prochainement" un parlementaire en mission "en matière de droit des étrangers", qui engloberait également les questions pratiques" comme celles liées à l’accueil en préfecture et aux délais".

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Les enfants de Sangatte

9 novembre 2012 - Le Monde - Elise Vincent

Longtemps, ils ont cherché un prénom qui parle de leur histoire. Qui raconte, sans en avoir l’air, comment une fille blonde du Nord a pu s’installer avec un Afghan aux yeux noirs, dans un pavillon de campagne, pas très loin de Calais. Ce prénom devait pouvoir dire que, dans le creux des dunes du littoral de la Manche, remplies de désirs frustrés d’Angleterre, des enfants aussi sont nés. Après pas mal de ratures, Elodie et Reza ont trouvé ce que l’état civil ne dira jamais mais que leurs souvenirs transmettront tant qu’ils le pourront. Ils ont donné chacun la moitié de leur prénom. Elodie le début du sien, Reza la fin, et il y a huit mois, cela a donné "Elsa".

Neuf ans plus tôt, à l’hiver 2003, Reza descendait du train en provenance de Paris avec en tête des rêves mêlés d’Allemagne et d’Angleterre. Depuis la Turquie, puis tout au long de son périple vers la France, il avait beaucoup entendu parler de Sangatte, ce grand hangar de tôle ondulé géré par la Croix-Rouge. Là, on pouvait trouver lits, douches et repas "avant de tenter sa chance", se souvient-il à maintenant 26 ans. Mais en novembre 2002, face à l’afflux de candidats à l’émigration, et pour limiter "l’appel d’air", le centre a été rasé. C’était il y a exactement dix ans.

Sans la fermeture de Sangatte, Reza le sait, il ne se serait jamais aventuré, de jour, à cette distribution de repas improvisée par des bénévoles dans les rues de Calais. Il n’y aurait pas été repéré par une femme frappée par son jeune âge. Il n’aurait jamais, non plus, été placé dans cette famille d’un cadre d’Eurotunnel, militante de la cause des étrangers : celle d’Elodie. A l’époque où Sangatte tournait à plein (70 000 personnes y ont séjourné), les migrants ne sortaient que de nuit, pour tenter de se glisser clandestinement à l’arrière des camions. Le centre était volontairement installé à l’écart, dans une petite station balnéaire à 8 km de Calais. Les mineurs, surtout, n’étaient pas pris en charge.

Mais avec la fin de Sangatte, les nouveaux venus comme Reza, souvent des hommes jeunes, improvisent alors des squats près des plages et dans les maisons vides. Les Calaisiens peuvent les croiser dans les commerces, les bars où ils se réchauffent autour d’un café pour quatre, les parcs où ils tiennent les bancs. Et dans ce terminus qu’est Calais, plombé par 17 % de chômage, où seuls les ferries donnent le pouls des jours et fendent l’air gris, la présence de ces migrants a aussi donné naissance à des enfants. Pas plus de quelques dizaines. Presque rien, rapporté aux milliers d’ombres clandestines qui ont transité, en dix ans, sous les pluies du Calaisis. Mais leurs berceaux disent aussi ce champ de bataille sans canon qu’est devenue la région.

DÉSIR D’ANGLETERRE

Avant qu’Elodie ne s’intéresse à Reza, il a fallu un certain temps. Quand il débarque dans la famille, elle a 21 ans et assure son rôle d’aînée d’une fratrie de quatre. Reza est placé là avec l’idée qu’il sera plus à l’aise avec des enfants de son âge. Pendant longtemps, Elodie l’a d’ailleurs "vu comme un jeunot, un petit frère à protéger". Dans sa chambre aménagée au sous-sol, "je l’entendais parfois pleurer", raconte-t-elle aujourd’hui dans leur salon à bow-window, en jeune maman épanouie de 30 ans, devenue professeure de français langue étrangère. Quatre ans après avoir quitté l’Afghanistan à cause de la guerre, ce changement de vie fait ressurgir chez Reza des souvenirs que la route avait occultés. Elodie lui apprendra à en parler sans faillir, lui faisant répéter son entretien pour sa demande d’asile.

Fils de militaire, Reza a 12 ans quand il perd sa sœur, son frère, et sa mère dans un bombardement à Kaboul. Il est alors envoyé en 1999 par son père chez un oncle en Iran. Il y passera un an avant de partir à nouveau. Son père est décédé au front entre-temps, et en Iran, faute d’obtenir le statut de réfugié, il ne peut être scolarisé. De là, il rejoindra la Turquie, où il travaillera un an au noir, comme petite main dans des ateliers de broderie et de repassage. Il passera ensuite en Grèce, au bout de quatorze tentatives en bateau pneumatique. Atteindra l’Italie caché sous un châssis de poids lourd. Puis la France.

Les regards gênés entre Elodie et Reza débutent plus tard. Quand elle quitte la maison pour un studio d’étudiante à Boulogne-sur-Mer et ne repasse qu’en coup de vent, le week-end. Après le lycée, Reza a commencé un apprentissage de prothésiste dentaire. Comme elle, il prend son petit appartement et rentre les fins de semaine chez les parents d’Elodie. On lui demande alors souvent : "T’as pas de petite copine ?" Jusqu’au jour de 2006 où il dévoile ses soupirs transis à Elodie. Après un premier rejet, elle se laisse séduire par ce jeune homme qui a pris, entre-temps, de la barbe et des épaules. Elle gardera leur relation secrète pendant deux ans avant d’oser en parler à sa meilleure amie et surtout à sa mère, que Reza appelle toujours "maman".

Malgré ses traumatismes, Reza, arrivé jeune, a été moins sujet que d’autres au tourment des migrants de Calais : ce sentiment de marin, qui peut leur faire préférer la traversée de la Manche au coeur battant d’une Française. Un désir d’Angleterre qu’Audrey redoute encore chez Sikandar, venu de Jalalabad, malgré leur fille, Sadia, née il y a deux ans. Une enfant brune comme lui. A 30 ans, Audrey connaît ces histoires de filles modestes comme elle, sans emploi, avec un fort accent du Nord, abandonnées pendant leur grossesse. Au début, c’est d’ailleurs ce qui a rendu méfiant son père, postier à la retraite, à l’égard du jeune homme officiellement âgé de 25 ans, même si son parcours lui donne l’air d’en avoir trente.

REGARDS INSISTANTS

Lorsque Audrey a rencontré Sikandar pour la première fois, c’était à la gare de Saint-Omer, en 2008. "Il m’a demandé froidement si c’était bien le train pour Calais, je lui ai dit oui, et il est parti." Elle l’a recroisé quelques jours plus tard dans un parc du centre-ville. Il l’a reconnue. Ils ont discuté. Comme il dormait dehors, pendant deux semaines, elle est venue lui apporter tous les jours sandwichs et cigarettes. Puis elle l’a amené dans son appartement, où elle vit avec ses deux filles de précédentes unions, un lapin, un canari, quatre poissons rouges. Lui arrivait d’un périple d’un an. Un peu comme Reza. Via l’Iran, la Turquie, un séjour en Grèce de cinq mois enfermé dans une cave en attendant un camion pour l’Italie, puis un train pour la France.

Malgré le confort du foyer, Sikandar ne renonce pas en un jour à l’Angleterre. "Ma famille avait investi 11 000 euros dans mon voyage", explique ce fils d’enseignant dans un français appris depuis, presque sans accent. Après sa rencontre avec Audrey, il alterne pendant plusieurs mois les nuits dans ses bras et celles avec ses ex-compagnons de galère dans "la jungle". Ce terrain vague d’une zone industrielle de Calais constitué d’abris de fortune, détruit fin 2009 par le ministre de l’immigration Eric Besson, était le point de ralliement des migrants avant leurs tentatives de traversée clandestine. Un endroit qu’Audrey a fini par lui interdire de fréquenter.

Sikandar a finalement trouvé ses marques. Il a demandé l’asile en 2010. Puis, comme Audrey, il a eu envie d’un enfant. Les remarques qui le blessent le plus sont celles laissant entendre qu’il a eu Sadia "pour les papiers". Comme d’autres l’ont fait, en quittant leur concubine dès le bébé né. Comme Audrey elle-même en a fait la douloureuse expérience avec sa deuxième fille, Rima, âgée de 6 ans, qu’elle a eu avec un autre Afghan. Pour prouver sa sincérité, Sikandar en est venu à refuser d’entamer des démarches pour être régularisé – comme il pourrait l’être en tant que "parent d’enfant français" – avant d’obtenir la réponse à sa demande d’asile. Une procédure longue qui s’est achevée négativement en septembre dernier, l’empêchant pour l’instant d’obtenir un emploi.

Dans les rues de Calais, Audrey, Sikandar et leur fille Sadia, Elodie, Reza et leur toute jeune Elsa sont souvent l’objet de questions et de regards insistants. Peu de couples comme les leurs sont restés dans la région. Beaucoup l’ont quittée pour le travail. Convertie à l’islam durant l’été 2011, Audrey se couvre désormais les cheveux quand elle sort. "J’ai parfois l’impression que l’on vient nous voir moins pour nous dire bonjour que pour voir à quoi ressemble notre enfant", plaisante, elle, Elodie, qui a seulement accepté de manger halal de temps en temps.

A l’été 2010, ils sont partis en Iran. Là où est réfugié ce qui reste de famille à Reza. Un voyage pour présenter Elodie, même si elle le redoutait. Au début de leur histoire, Reza avait reçu un appel de sa grand-mère. Celle-ci lui cherchait une épouse. "J’ai dû lui expliquer que j’avais trouvé moi-même !", raconte-t-il. Parmi les six mineurs afghans scolarisés avec lui à son arrivée, Reza sait que plusieurs sont allés chercher leur femme au pays. Sikandar, lui, a préféré taire sa liaison avec Audrey et sa fille ; entre son père et lui, l’histoire reste un non-dit. Il l’a régulièrement au téléphone. Pense qu’il n’est pas dupe. Mais il en fait encore des cauchemars : "J’ai rêvé qu’il venait avec mon frère pour me tuer." Il regrette : "En fait, je sais qu’il comprendrait, mais pas les gens du village."

Sur son trajet quotidien pour le laboratoire de prothèses dentaires dans lequel il travaille, siège bébé sur la banquette arrière, Reza aperçoit régulièrement des migrants égarés. Il lui arrive de ralentir, de baisser la vitre et de lâcher en farsi : "Vous allez où ?" Il raconte sa vie, sa fille. Pour aller à la plage avec Elodie, ils passent aussi souvent devant l’ancien centre de Sangatte où l’on ne trouve plus que des monticules de terre qui donnent sur la mer. Par temps clair, on peut voir les côtes anglaises. Reza aime alors regarder les bateaux, et trouve toujours ça beau.

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Manuel Valls : "Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde"

9 novembre 2012 - Le Point - AFP

Pour le ministre de l’Intérieur, la gauche, "ce n’est pas que des frontières ouvertes".

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a repris vendredi au sujet de l’immigration la phrase de Michel Rocard affirmant que la France ne pouvait pas "accueillir toute la misère du monde", car la gauche, a-t-il dit, "ce n’est pas que des frontières ouvertes". "Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, je reprends la phrase de Michel Rocard, même si la France prend sa part dans cet accueil", a déclaré le ministre sur France Info.

À la question de savoir s’il avait donné à ses services des objectifs chiffrés alors que le nombre des reconduites à la frontière doit battre un record en 2012, le ministre a répondu : "Non, je n’ai pas donné d’objectif chiffré, la France est une terre d’accueil généreuse, nous avons besoin d’immigration sur le plan économique, démographique, mais en même temps nous vivons une crise économique et sociale." "Notre objectif n’est pas plus d’expulsions, ni plus ni moins, ce n’est pas le problème, il faut savoir simplement quelle est notre capacité d’accueil d’étrangers. La gauche, ce n’est pas régulariser tous les sans-papiers, la gauche ce n’est pas que des frontières ouvertes, la gauche est à la fois généreuse et ferme, c’est l’intérêt du pays", a-t-il ajouté. Selon le ministère de l’Intérieur, il y aura "un peu plus" de reconduites à la frontière en 2012 qu’en 2011, soit plus que le record de 33 000.

"Il y a aussi une politique ferme"

À propos de l’approbation par le Sénat, dans la nuit de jeudi à vendredi, du fait de substituer à la garde à vue, pour les sans-papiers, une "retenue" pouvant aller jusqu’à seize heures, Manuel Valls a expliqué qu’il "s’agissait de combler un vide juridique". "Les décisions de la Cour de justice européenne et de la Cour de cassation avaient mis fin à la possibilité d’une garde à vue des étrangers et là nous avons comblé ce vide", a-t-il dit. "Cette retenue de 16 heures sous l’autorité judiciaire est nécessaire pour les services de police et de gendarmerie, des préfectures, pour qu’ils aient le temps d’effectuer les contrôles nécessaires et que des décisions motivées soient prises", a fait valoir M. Valls.

"Les garanties, c’est l’accès à un médecin, à un avocat, au consulat d’origine de ces personnes, c’est l’accès à une autre personne, c’est-à-dire à une association, c’est-à-dire toutes les garanties sont là, le procureur peut intervenir à chaque instant, mais dans ce cadre qui garantit les droits, il y a aussi une politique ferme", a souligné le ministre.

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L’errance des migrants, dix ans après Sangatte

5 novembre 2012 - Le Monde - Elise Vincent

Ceux qui chercheraient des traces du centre pour réfugiés de Sangatte dans les pierres et les mémoires de cette petite station balnéaire du littoral de la Manche ne trouveront plus aujourd’hui, dix ans jour pour jour après la fermeture de ses portes - le 5 novembre 2002 - que des monticules de terre avec vue sur la mer. Le hangar qui avait ouvert en 1999, à la suite d’un afflux de réfugiés fuyant la guerre du Kosovo, avait été construit sur une colline. Une butte de laquelle on aperçoit toujours les côtes anglaises à chaque fois que le temps est clair.

Dix ans plus tard, les migrants se sont tous évaporés. Les pavillons qui jouxtaient le centre ont retrouvé leur quotidien rangé. Les 8 kilomètres de route nationale qui séparent Sangatte du tunnel sous la Manche n’assistent plus, chaque nuit, à un défilé de silhouettes éreintées marchant avec l’espoir de se glisser clandestinement à l’arrière d’un camion. Il n’y a plus non plus ce ballet de "taxis-police" ramenant inlassablement au centre, chaque matin, ceux qui avaient échoué à passer au Royaume-Uni, et dont le défaut de pièces d’identité empêchait l’expulsion.

Comme le résume le maire (sans étiquette) de Sangatte, Guy Allemand, ce climat passé n’a laissé qu’une "égratignure" à son hameau de 900 habitants : "son nom". Depuis dix ans, Sangatte est invariablement associé à l’ancien centre géré par la Croix-Rouge où les migrants venaient chercher lit, repas, douches et soins de première urgence. Le maire annonce toutefois qu’un golf de 18 trous verra bientôt le jour à la place de l’ancien hangar.

Les après-midi de plage sont donc désormais plus sereins à Sangatte, à entendre les habitants. Les kitesurfeurs l’ont adopté comme lieu de glisse. Mais la question de l’immigration n’a fait qu’un pas de côté. En témoigne ce centre WWF de la commune, où de novembre à mars, une demi-compagnie de CRS (80 hommes) prend ses quartiers d’hiver. Sa principale tâche est toujours de limiter le trafic des passeurs et des migrants.

CAMPEMENTS PRÉCAIRES

Depuis la fermeture de Sangatte - mise en oeuvre par Nicolas Sarkozy à cause du nombre exponentiel d’arrivées (prévu pour 800 personnes, le centre en a hébergé jusqu’à 1 800) -, les clandestins sont en réalité allés s’installer juste 12 kilomètres plus loin : à Calais. La destruction du centre a bien baissé leur flux mais il ne l’a pas tari. Ne serait-ce que parce que les années 2000 ont été marquées par d’importants conflits, notamment en Afghanistan depuis 2001, en Irak et au Darfour depuis 2003.

A défaut de lieu d’accueil, pendant un temps, les nouveaux migrants se sont regroupés dans des abris de fortune sur un terrain vague proche des passages de camions pour le Royaume-Uni. C’est ce qui est devenu la "jungle" et a regroupé jusqu’à 800 personnes. Un terrain démantelé par le ministre de l’immigration Eric Besson, à l’automne 2009. Comme M. Sarkozy avec Sangatte, M. Besson espérait limiter "l’appel d’air".

Dans les faits, il n’y a plus, aujourd’hui, à Calais même, qu’environ 200 à 300 migrants en transit. Les autres (environ 500) s’éparpillent dans des petits campements le long du littoral, près des axes et parkings autoroutiers où circulent et stationnent les poids-lourds en route vers le tunnel sous la Manche ou les ferries. Mais ces campements sont précaires, problématiques pour l’accès au droit - notamment celui d’asile - et ne respectent pas "l’intégrité physique" des migrants, dénoncent les militants des droits des étrangers.

Voir le portfolio L’éternelle errance des migrants, dix ans après Sangatte

Pour parer à cette précarité, tout un réseau d’associations, la plupart soutenues financièrement par la mairie, le conseil général ou le conseil régional, s’est développé. Une distribution des repas a été mise sur pied sur un parking de Calais. Des cabines de douche ont été installées, un centre d’accueil de jour géré par le Secours catholique a été créé, en 2010. Une permanence gratuite d’accès aux soins a été ouverte fin 2006. Et un centre pour mineurs isolés vient d’être ouvert.

Mais pour les associations, dont Médecins du monde ou France terre d’asile, ces efforts n’améliorent pas beaucoup les conditions de vie des migrants qui mettent entre trois semaines et plusieurs mois à passer au Royaume-Uni, s’ils ne sont pas interpellés.

Repas, douches, toutes les structures ont été volontairement éloignées les unes des autres, afin d’éviter les effets de "fixation". Elles ont presque fini par habituer les Calaisiens à voir marcher dans leurs rues des migrants trempés et transis les jours de mauvais temps. Une quarantaine de personnes ont pris part, dimanche 4 novembre, à une "marche du souvenir" pour réclamer des "conditions d’accueil dignes" pour les migrants.

La maire de Calais, Natacha Bouchard (UMP) - pour qui la question des migrants est devenue le principal sujet de demandes d’entretien - considère toutefois avoir atteint aujourd’hui, la situation "la moins pire". "Sachant que les accords de Schengen ne vont pas tomber demain, on essaye de maintenir l’ordre et un certain équilibre humain", explique-t-elle, en avançant les sommes dépensées pour aider les migrants depuis le début de son mandat en 2008 : environ un million d’euros.

NOUVELLE GÉNÉRATION DE MILITANTS, PLUS RADICAUX

"Nous avons réussi à desserrer l’étreinte sur le Calaisis", défend lui aussi, le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin. Un "desserrement" lié à une pression policière continue mais assumée. Depuis 2009, chaque squat découvert est évacué et les contrôles d’identité sont multipliés au maximum. Un travail qui a " étiré" les réseaux, explique le procureur de Boulogne-sur-Mer, Jean-Philippe Joubert. Ceux-ci partent désormais de plus en plus de Paris, Lille ou de Belgique.

En juin 2011, des militants ont toutefois dénoncé cette pression, considérant qu’elle avait engendré des dérives policières avec violences et harcèlement. Le Défenseur des droits a été saisi et devrait bientôt rendre son rapport. Dans le même temps, depuis août, à la suite d’une circulaire du ministère de l’intérieur, un nouveau mode de concertation a été mis en place entre préfecture et associations. Un énième épisode dans l’histoire sans fin du dossier immigration dans la région.

Depuis quelques années, cette situation attire d’ailleurs une nouvelle génération de militants, plus radicaux, libertaires, venus notamment du Royaume-Uni : les "No Borders", bêtes noires de la police aux frontières. Et ce, alors que les bonnes volontés des associations traditionnelles, surtout les plus anciennes, ont commencé à s’user.

A la Belle étoile notamment, l’association qui distribue les repas de midi aux migrants, créée avant même le centre de Sangatte, Nadine, la cuisinière, 60 ans, partira fatiguée à la retraite en février. Quant à Joël, 65 ans, l’ancien postier, longtemps de toutes les réunions en préfecture, il répète à l’envi : "Il n’y a qu’une seule solution pour changer les choses : repousser l’Angleterre un peu plus loin."

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Encore 7 000 migrants interpellés tous les ans

Le centre de Sangatte En trois ans, il a vu passer environ 70 000 personnes et en comptait 1 500 lors de sa fermeture, évacuées du 5 novembre au 22 décembre 2002. Le Royaume-Uni en a accueilli 1 300, la France 200.

Interpellations La police aux frontières avait procédé à plus de 80 000 interpellations de sans-papiers dans le Calaisis en 2001. Elle en effectuerait aujourd’hui autour de 7 000 par an, selon la préfecture du Pas-de-Calais.

Morts Dix-sept morts ont été recensés en 2002 parmi les migrants dans des accidents de circulation, par écrasement, électrocution ou dans des rixes. Il y aurait eu deux décès en 2012, l’un dans une rixe, l’autre par noyade.

Nationalités En 1999, les migrants étaient surtout originaires de l’ex-Yougoslavie. En 2012, 25 % venaient d’Afghanistan, 25 % d’Iran, 25 % d’Erythrée, les autres surtout d’Albanie.

Sangatte : 10 ans après, les clandestins sont toujours là

5 novembre 2012 - RMC - M. Chaillot avec Lionel Top

Il y a 10 ans fermait le camp de Sangatte, près de Calais. Aujourd’hui, il resterait 700 clandestins dans la région qui ont vu leurs conditions de vie se dégrader. « Sangatte n’était pas une solution digne, seulement ils avaient à manger », regrette une militante associative.

Dix ans, maintenant, que le camp de Sangatte est fermé, dix ans que la question des migrants continue de se poser dans le Pas-de-Calais. Le 5 novembre 2002, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, annonçait la fermeture définitive du centre d’accueil des migrants créé en 1999 dans un hangar de Sangatte, près de Calais. A l’époque, 1 500 migrants trouvaient refuge à Sangatte avant de tenter la traversée de la Manche pour rejoindre l’Angleterre.
Devenu en quelques mois le symbole de l’émigration clandestine, la fermeture de Sangatte n’a pas fait disparaître pour autant les migrants de la région, où les différents acteurs sont toujours en quête de solutions. La destruction du hangar n’aura eu comme effet d’éparpiller les clandestins qui sont aujourd’hui installés de la frontière belge jusqu’en Picardie. Ils seraient environ 300 à Calais et près de 700 dans l’ensemble de la région Nord-Pas de Calais.

« En Angleterre, on peut travailler sans papiers »

« Ça fait trois mois que je suis parti d’Irak à cause des bombes, raconte Dilda, installé depuis dix jours dans la région, sous une bâche trouée. Tout le monde veut aller en Angleterre. Là-bas, on nous donne un toit pour dormir, de l’argent tous les mois... Même sans papiers, on peut laver des voitures, travailler dans des restaurants, alors qu’ici, en France, on dort dans la rue ! »

« Ils avaient au moins à manger, à boire, des soins »

« Les migrants sont toujours là, sauf qu’ils souffrent plus, témoigne Nan Suel, présidente de l’association Terre d’Errance. Sangatte n’était pas du tout une solution digne, seulement ils avaient déjà à manger, à boire, des soins ». Maintenant, « les rares toits qu’ils ont sont des bâches. La boisson, la nourriture leur sont fournis par des associations, ce n’est pas notre rôle normalement ».

La police britannique « contrôle la frontière sur notre territoire »

Natacha Bouchart, maire UMP de Calais, dénonce même une « tutelle des Britanniques ». Selon elle, s’il y a encore beaucoup de migrants dans la région, c’est parce que les anglais font barrage. « Ils sont sur le port de Calais, ils ont des unités pour permettre les filtrages, c’est quand même incroyable ! Ces contrôles doivent être faits à leur frontière ! Il ne faut pas croire qu’on va pouvoir laisser cette situation perdurer en se faisant contrôler la frontière sur notre territoire ». Résultat, leur organisation lui coûte de l’argent, sans aucun retour. « Toutes les installations mises en place, le fonctionnement, ça a couté plus d’un million d’euros sur le budget de la ville de Calais, et on n’est pas aidés. Il faudrait leur dire : si vous ne faites pas d’effort de votre côté, nous, on lève les frontières », propose-t-elle.

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Sangatte, dix ans après

5 novembre 2012 - France Info - Jean Leymarie

Le centre provisoire d’accueil des migrants situé dans le Pas-de-Calais a fermé ses portes il y a maintenant. Comment se portent les villes de Sangatte et de Calais depuis ? Et comment gèrent-elles aujourd’hui les flux de migrants qui veulent rejoindre l’Angleterre ?

Pierre Henry est le président de l’association France Terre d’Asile. Il estime que "l’Etat a eu raison de fermer Sangatte mais tort de limiter les capacités d’hébergement." Il poursuit : "A Calais, les migrants sont moins visibles mais ils sont toujours là".

Natacha Bouchart est maire UMP de Calais. Elle considère que la fermeture du centre a été bénéfique pour sa ville et salue la mise en place d’un dispositif humanitaire de jour avec distributions de repas chauds, douches etc... "Le centre a fermé, les problématiques locales restent" nuance la maire de Calais, qui doit gérer entre 250 et 300 migrants.

Pierre Henry déplore une "pression policière permanente". Il demande une trêve hivernale qui permettrait de mettre à l’abri ces migrants.

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Dix ans après la fermeture de Sangatte : "On réclame toujours un accueil digne"

4 novembre 2012 - France Info

Pour les 10 ans de la fermeture du centre de réfugiés de Sangatte, une vingtaine d’associations a organisé une "marche du souvenir" ce dimanche. L’occasion également de dénoncer les conditions de vie actuelles des émigrés, et d’en réclamer de meilleures.

Environ 40 personnes sont parties de l’ancien site de Sangatte ce dimanche après-midi, pour rejoindre le cimetière de Coquelles où plusieurs migrants sont enterrés.

Une "marche du souvenir" qui n’a pas vocation à faire ressortir de terre un autre camp, comme l’expliquent les associations sur place : "Sangatte, on ne regrette pas. On ne réclame absolument pas un autre Sangatte, avec d’autres hangars. Ce qu’on réclame, c’est un accueil digne pour les migrants" Nan Suel, présidente de l’association terre d’Errance.

La fermeture du centre en 2002 devait être la solution, mais pour les travailleurs sociaux sur place, elle n’a rien résolu. Aujourd’hui encore, les clandestins habitent des abris de fortune le long des autoroutes, sur les dunes des plages de Dunkerque, ou encore dans des hangars abandonnés de Calais.

L’affluence à Sangatte et sur les côtes ne faiblissant pas, depuis la fermeture, les bénévoles ont pris de relais.

Du 5 novembre au 8 décembre, plusieurs événements viendront ponctuer cet anniversaire dans le Nord-Pas-de-Calais : projections de documentaires, concerts, débats, expositions...

Retour sur Sangatte

Ouvert par la Croix Rouge en 1999, le centre d’hébergement et d’accueil d’urgence humanitaire de Sangatte était installé dans une ancienne usine, près de Calais. Sur les côtes de la Manche, c’est un endroit stratégique pour le transit vers la Grande-Bretagne, où la demande d’asile est facilitée.

A l’époque, la population de migrants (Afghans, Iraniens, Irakiens et Kurdes) a été décuplée par les réfugiés du Kosovo qui fuyaient la guerre. Le hangar, d’une capacité maximale de 800 personnes, a vite atteint les 1600 réfugiés. Les conditions de vie déplorables dues à la surpopulation ont créé de multiples tensions, entre les réfugiés, mais également avec les habitants du secteur.

C’est finalement sous la pression du gouvernement britannique qu’en 2002, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, a ordonné la fermeture et le démantèlement du centre.

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Sangatte : 10 ans après, une marche du souvenir

4 novembre 2012 - France 3 - AFP

Une vingtaine d’associations d’aide aux migrants ont réclamé des conditions d’accueil dignes.

Une quarantaine de personnes ont pris part dimanche à une "marche du souvenir" pour commémorer les dix ans de la fermeture du centre de Sangatte (Pas-de-Calais) et réclamer des "conditions d’accueil dignes" pour les migrants.

Cette marche, organisée à l’initiative de 20 associations, est partie peu avant 14H00 par un vent violent, du site de l’ancien centre à Sangatte, non loin de Calais, qui a accueilli pendant trois ans des dizaines de milliers de candidats à l’émigration clandestine vers l’Angleterre.

Les participants devaient rejoindre en fin d’après-midi le cimetière de Coquelles, où des migrants sont enterrés. "Sangatte, on ne regrette pas. On ne réclame absolument pas un autre Sangatte, avec d’autres hangars. Ce qu’on réclame, c’est un accueil digne pour les réfugiés, (...) des conditions d’accueil dignes pour les migrants", a déclaré Nan Suel, présidente de l’association Terre d’Errance.

Le dixième anniversaire de la fermeture du centre, "c’est l’occasion d’interpeller l’opinion publique, (...) pour rappeler que la situation (des migrants) est toujours d’actualité, qu’elle ne s’améliore pas, qu’elle s’empire même", a-t-elle ajouté.

"Rien n’a changé. Les migrants sont rentrés dans les terres pour éviter la pression policière (sur le littoral), ils ont changé de stratégie, ils s’adaptent, mais ce n’est pas ça qui va les décourager", a renchéri Damien, de l’association Terre d’Errance.

Une trentaine d’événements (concerts, projections, débats) est organisée jusqu’au 8 décembre dans la région Nord/Pas-de-Calais. Ouvert comme lieu d’accueil provisoire pour les immigrés clandestins en 1999, le centre de Sangatte, géré par la Croix-Rouge, hébergeait en moyenne 1.500 migrants pour une capacité maximale de 800 personnes, et même jusqu’à 2.000 en septembre 2002, quelques semaines avant sa fermeture.

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A Calais, un jour d’errance avec Osmane

4 novembre 2012 - Libération - Haydée Saberan

Reportage Dix ans après la fermeture de Sangatte, des centaines de migrants survivent de squat en squat, espérant rejoindre l’Angleterre.

Jeudi, 18 heures, à la « distrib », l’aire des repas pour les migrants de Calais, sous les auvents d’un parking entouré de grilles, près du port. Osmane, bonnet bleu sur la tête, rit, gêné. Ce boulanger de 32 ans, Soudanais du Darfour, a accepté qu’on le suive vingt-quatre heures dans sa vie de sans-abri migrant de Calais, mais on tombe mal : son squat, une maison en ruine, vient d’être visité par la police. Osmane se gratte la tête : « Ce soir, il vaut mieux éviter mon squat. Attendez là, j’arrive. » A côté, dans la file d’attente, comme tous les soirs, il y a des Afghans, Iraniens, Erythréens, Egyptiens, Syriens : environ 200 personnes au repas de l’association Salam, sous le vent et la pluie fine. Ils sont peut-être 300 dans la ville, environ 700 dans la région, selon les associations. Ils vivent dehors, ou dans des abris de fortune, en attendant de passer en Angleterre. Une partie a renoncé et demande l’asile en France. D’autres ont le statut de réfugié. Tous sont sans abri depuis la fermeture du centre de Sangatte aux nouveaux arrivants, il y a dix ans.

Les bénévoles tendent une barquette de riz chaud au thon, deux bananes, des paquets de dattes et de cacahuètes. La nuit, la vie se passe à courir, entre les camions du port et les rails du tunnel sous la Manche, ou à dormir sous un abri. Le jour, à marcher, de la « distrib » aux douches, des douches à l’hôpital, de l’hôpital au squat. Et puis à chercher un nouveau squat, à chaque fois que la police en ferme.

19 heures. Le repas

Barquette de riz à la main, voilà Mohsen et Vahid, deux Iraniens, étudiants, la vingtaine. Ils y croient, l’œil pétille. La dureté de Calais ne les a pas encore atteints. « On vit dans la forêt, on s’est fabriqué des cabanes », raconte Vahid à toute vitesse. On dirait un jeu. « La nuit dernière, ça n’a pas marché. Demain, si Dieu le veut, on sera en Angleterre. Le passeur nous attend sur le parking à 6 heures. » Le passage coûte entre 500 et 2 000 euros. Quelques milliers de plus s’il faut payer le chauffeur pour le passage dit « garanti ».

Mohsen et Vahid passent sans garantie. « Le passeur choisit ton camion. Si le camion part vers le port, le passeur te prévient par téléphone et tu éteins ton portable » pour ne pas se faire remarquer. Si le camion part dans le mauvais sens, « il faut faire du bruit, ou un trou dans la bâche et passer la main pour que le chauffeur te voie dans le rétroviseur » et qu’il laisse descendre. Vahid montre une entaille dans sa main : « Je me suis blessé en déchirant la bâche avec un coupe-ongles. » La barquette de riz finie, ils partent vers leur coin de forêt : « Demain, on se lève tôt. »

Voilà Osmane et son bonnet bleu. « C’est arrangé. » On le suit sur les trottoirs humides vers un autre squat, négocié pour la nuit avec des Soudanais. Il y a aussi Hussein, Nour et Omar, tous du Darfour.

20h30. Le squat

On se glisse dans le squat comme des chats par une chatière : un trou dans le bas d’une porte dont on a retiré des lattes, qu’on replace ensuite. L’intérieur est minuscule, 6 mètres carrés. Des fenêtres aux vitres intactes laissent passer la lumière d’un réverbère. Le sol tapissé de couvertures est interdit aux chaussures. Osmane est passé deux fois en Angleterre, une fois depuis Ostende, une autre depuis Calais. « Nous, les Soudanais, on passe sans passeur, sans argent, sous les camions. L’an dernier, je suis resté allongé douze heures, sur le châssis jusqu’à Londres. » Les deux fois, il a été refoulé. Il a erré en Suisse, en Norvège, en Hollande, au Luxembourg, en Belgique. « J’ai mes empreintes digitales partout. » En Suisse, il a fait de la prison : « Une punition, parce que j’étais revenu. Je n’avais pas choisi, les Belges m’avaient expulsé. »

Il a quitté son village en 2000, son pays trois ans plus tard. Il a été boulanger à Khartoum, vigile et cuisinier à Beyrouth. « Si j’avais de l’argent, je retournerais à Beyrouth. J’y vivais mieux qu’ici. » Quand il a traversé la Méditerranée, « 15 passagers sur 45 sont morts noyés ». Toute sa famille est au Soudan, éparpillée dans des camps de réfugiés différents. Y retourner ? « Je suis parti pour ne pas être enrôlé dans l’armée et me battre contre mes frères. Je risque ma vie, je suis suspect du simple fait d’être parti, aux yeux du gouvernement, comme des groupes rebelles. » Il veut demander l’asile en France. L’association qui le suit lui a conseillé d’attendre six mois. Pourquoi Calais ? « Tu es dehors, mais nourri. » Il trouve la police plus calme qu’en 2011. « Ils ne t’aspergent plus de gaz lacrymogène. »

22h20. La nuit

Dans le squat, Osmane baille, Nour s’en va : il dort chez un Calaisien, depuis son coma. Un migrant ivre l’a tabassé, il a maintenant des problèmes à l’œil. L’autre a pris de la prison ferme. Omar et ses deux amis s’installent en rang, sous leurs maigres couvertures, la tête près du froid de la porte. Soudain, du bruit dehors. On chuchote. La police ? Non, deux ou trois éméchés. Hussein jette un œil par la fente, mort de rire : « Des Egyptiens. » Un orage éclate, mais la nuit est calme, à peine troublée par un des hommes qui ronfle.

9 heures. Le réveil

Osmane ouvre les yeux. « Tu as rêvé ? » demande-t-il. Oui, et lui ? « Moi, je ne rêve plus. » Direction la douche du Secours catholique. Il faut attendre un bus de l’association, qui mène à l’extérieur de la ville. A l’abri d’un auvent, près du port, ils sont déjà une vingtaine à attendre. Voilà le minibus. Osmane et Hussein bondissent, il n’y a que sept places. L’abbé Dominique, prêtre-ouvrier, offre du café et du thé à ceux qui restent pour attendre la prochaine tournée.

12 heures. Les douches

« Welcome to the showers », dit la pancarte, dans la cabine de chantier. Thérèse et Denise, bénévoles d’Emmaüs, distribuent savon, rasoirs, shampooing. « C’est toute la journée, dit Denise. Il y a parfois des tensions mais, au fond, pas tant que ça, vu le nombre. » Pour dire « gant de toilette », « brosse à dents », « coton-tige », elle parle avec les mains. Antoine regarde Osmane qui sort de la douche : « Alors ? Trente minutes de bonheur ? »

13 heures. La maison

A la « distrib », l’association Belle Etoile donne des pâtes au thon et au piment. Il pleut. Une heure après, devant une maison abandonnée, coincée entre deux habitées. Osmane pousse la porte, c’est sombre, du papier peint rococo, il pleut dans une des pièces. C’est là qu’il vivait jusqu’à la veille, avec un copain. Mais deux Afghans sont venus. Osmane et le copain ont refusé de partager. Les Afghans ont sorti un couteau. Le voisin a appelé la police. Osmane entre dans sa « chambre », un matelas par terre, des couvertures. On éternue. Des restes des lacrymogènes de la veille ?

La bonbonne de gaz d’Osmane a disparu. Le voisin ? On sonne chez lui. Il ouvre, poli. « Oui, c’est moi qui l’ai. La police m’a dit de la prendre, à cause des risques d’incendie. On sait que c’est pas facile pour vous, mais il faut trouver une autre solution. » Osmane : « On ne veut pas vous déranger. C’est pour ça qu’on n’est que deux à vivre ici. » Le voisin rend la bouteille.

15 heures. L’hôpital

La permanence des soins de l’hôpital (Pass) pour les sans-abri est pleine à craquer. Dans la salle d’attente, Africains et Afghans regardent à la télé un film indien, une histoire d’amour à l’eau de rose. Ils rechargent les portables, sèchent leurs chaussures, prennent une douche. Osmane veut un produit antilacrymo. « Un produit contre les gaz ? Non, je n’ai pas », répond le médecin. Il lui prescrit des antihistaminiques, contre les allergies.

18 heures. L’échec

Retour à la « distrib ». Vahid et Mohsen déboulent à la fin du repas. Ils ont manqué leur passage, se sont retrouvés à Dunkerque. Le chauffeur les a fait descendre avec un fusil. Ils sont trempés, mais de bonne humeur. Ils ont faim, mais il ne reste plus rien. Osmane sort des bananes de sa poche et leur offre.

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"En rade à Calais"

3 novembre 2012 - 13 heures 15 de France 2

Reportage à voir en cliquant ici

Dix ans après la fermeture de Sangatte, la problématique des migrants n’est pas réglée

3 novembre 2012 - RTL.fr

La fermeture du centre de Sangatte il y a 10 ans, devenu en quelques mois le symbole de l’émigration clandestine vers l’Angleterre, n’a pas fait disparaître les migrants de la région, où les différents acteurs sont toujours en quête de solutions.

Cliquez ici pour accéder aux témoignages de Sylvie Copyans et d’habitants du Calaisis

"La stratégie de l’invisibilité"

Depuis la rentrée, l’agitation règne chez les associations, qui dénoncent la "répression policière" exercée à Calais contre les migrants. Plusieurs expulsions de squats ont été ordonnées, dont celle du lieu de distribution des repas pour qu’il retrouve sa fonction première, selon la préfecture. Juste avant le 10ème anniversaire de Sangatte, c’est l’occasion de dénoncer un problème irrésolu.

"La fermeture de Sangatte, c’est le début de la stratégie de l’invisibilité pour les migrants", résume Maël Galisson, de la Plate-forme de Services aux Migrants. "Au lieu d’un camp qui renferme 1.500 personnes, il y a eu un éclatement de la population migrante exilée sur l’ensemble du territoire. C’est le grand nord qui est concerné, de Cherbourg à Ostende en Belgique".

Ils sont désormais entre 200 et 250 personnes, selon la préfecture. Les associations parlent de 600 à 700 personnes sur la région Nord/Pas-de-Calais.

"Sangatte est sorti de l’épure initiale"

En 1999, alors qu’errent de nombreux réfugiés de la guerre du Kosovo, le centre de Sangatte est créé à la demande du gouvernement pour accueillir 800 personnes. Il en comptera jusqu’à 1.800 juste avant sa fermeture le 5 novembre. Au cours de l’année 2002, 97.500 personnes avaient été interpellées dans des camions ou dans le port de Calais. Dix ans plus tard, la moyenne est entre 550 et 600 par mois, explique le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin.

"Sangatte était un dispositif à gestion associative, organisée, qui est sorti de l’épure initiale, qui n’était plus sous contrôle", estime Denis Robin. Philippe Wannesson, de La Marmite aux Idées, est partagé. "Les conditions à l’intérieur n’étaient pas idéales. Mais ils pouvaient se laver, accéder à des soins médicaux, ne pas avoir d’incertitude sur où dormir ou être expulsé, ne pas avoir cette insécurité qu’il y a depuis que les gens sont à la rue".

Après Sangatte il y a eu aussi le démantèlement de la "jungle" de Calais, en 2009, un énorme campement de fortune où des centaines de migrants s’étaient installés.

"Calais reste tout aussi attractif pour un certain nombre de candidats à l’émigration. La fermeture de Sangatte de ce point de vue n’a pas modifié l’attitude des migrants. Par contre, on a mis fin à ce dispositif de regroupement qui pesait exclusivement sur le Calaisis. Depuis 2009, le nombre de migrants évalués reste à peu près stable", note Denis Robin.

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Calais : Une marche blanche symbolique dimanche pour les dix ans de la fermeture de Sangatte

2 novembre 2012 - 20 Minutes - Sipa

Plusieurs associations ont prévu de se mobiliser dimanche lors d’une Marche du souvenir à l’occasion des dix ans de la fermeture du camp de réfugiés de Sangatte qui a accueilli des milliers de clandestins entre 1999 et 2002, a-t-on appris vendredi auprès d’Amnesty International. La marche partira de l’ancien camp à 13h30 et regroupera une centaine de militants, anonymes et associations locales où les différents acteurs attendent toujours des solutions « pérennes et humaines ».

Du 5 novembre au 8 décembre, plusieurs événements seront également organisés dans le Nord-Pas-de-Calais comme des projections de documentaires, des concerts, des expositions récentes avec des documents datant de l’époque du camp de Sangatte, et des débats.

« La situation des migrants est beaucoup plus précaire »

« Ce hangar, mis en place par Lionel Jospin à l’époque, dans lequel des personnes ayant fui leur pays se retrouvaient entassées n’était pas une solution acceptable, mais sa fermeture voulue par Nicolas Sarkozy en accord avec l’Angleterre n’a rien changé. La détermination des migrants est toujours aussi forte et ils continuent d’affluer vers nos côtes à la différence que leur situation est beaucoup plus précaire », a déclaré à Sipa Alain Delame, coordinateur régional refugiés/migrants pour Amnesty dans le Nord-Pas-de-Calais.

Un premier débat est prévu ce vendredi soir à la bibliothèque de Calais « où un groupe de réfugiés et de demandeurs d’asile auront enfin l’occasion de nous faire partager leur vision de la situation », explique la page Facebook de l’événement « Sangatte, 10 ans que ça se gatte : faut qu’ça change ».

« Les violences policières n’ont pas cessé »

Depuis la fermeture du centre de Sangatte le 5 novembre 2002, les migrants habitent des abris de fortune, généralement regroupés par nationalités, le long des aires d’autoroutes vers Steenvoorde, sur les dunes des plages de Dunkerque ou encore à Calais à l’intérieur d’hangars abandonnés. « Ils sont disséminés. Les violences policières n’ont pas cessé depuis l’entrée en fonction » du gouvernement Ayrault, déplore Alain Delame.

Ouvert de manière provisoire afin d’apporter une aide et des soins aux immigrés clandestins, le camp de Sangatte a, au fil des années, quasiment doublé en capacité. Alors qu’il était prévu au départ pour 800 personnes, la Croix-Rouge, responsable du centre, a hébergé près de 2.000 personnes peu avant sa fermeture il y a dix ans.

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