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Archives du mois de 01 2013

A Calais, « tous des Kosovars »

31 janvier 2013 - Blog Le Monde - Julia Druelle

Calais, centre-ville, clope au bec face au centre commercial, un groupe de jeunes tue le temps. Un homme passe, black. L’insulte fuse : « Eh, encore un Kosovar ! ». Un Kosovar ? Selon le Larousse : Kosovar, Kosovare, adj. et n. : du Kosovo. Mais dans certaines régions, le terme a été travesti : il désigne un migrant, sans considération d’origine, parfois un sans abri. A Calais, et sur le littoral nord en règle générale, cette déformation sémantique trouve un écho retentissant. Les migrants y sont en effet particulièrement visibles : de par l’effet d’entonnoir qui s’y est créé dû à la fois à sa situation géographique à la porte de l’Angleterre et à la frontière de l’espace Schengen, ainsi qu’aux contrôles systématiques instaurés de part et d’autre de la Manche censés les décourager de rejoindre le Royaume-Uni et sa politique migratoire réputée plus favorable.

Fuyant la guerre qui fît rage au Kosovo de mars 1998 à juin 1999, bon nombre de Kosovars se trouvaient en effet dans les rues de Calais à la fin des années 1990. Ils suivaient les Croates, Bosniens, Ukrainiens arrivés quelques années plus tôt. Puis s’y ajoutèrent au rythme des conflits armés et selon la petite musique des difficultés économiques, des Afghans, des Iraniens, des Irakiens, des Kurdes, des Palestiniens, des Somaliens, Darfouris, Érythréens et plus récemment des migrants originaires d’Égypte, de Libye, de Syrie. En plus de quinze ans, le profil des migrants a donc beaucoup évolué et des Kosovars à proprement parler, il n’y en a plus.

L’expression, pourtant, est restée dans le vocabulaire populaire, se teintant d’une connotation clairement péjorative avant de se transformer en un terme générique désignant un migrant sans racines spécifiques, voire un sans abri. « fils de Kosovar », « tous des Kosovars », « tu t’habilles comme un Kosovar » sont quelques exemples de cet usage travesti. Particularité linguistique dont l’origine est la plupart du temps méconnue, elle traduit le fait que dans un contexte de racisme latent, sans doute aiguisé par les effets d’une situation économique difficile, l’étranger est source de peur, de mépris.

Sondés sur la question, des collégiens Calaisiens confirment cet usage. Un Kosovar est alors rarement un « habitant du Kosovo », mais presque systématiquement « un migrant », un « sans abri », un « pauvre », « sans papier », « d’une autre couleur de peau », souvent « un africain », « un arabe », parfois même affublé du masque du mendiant, du voleur. Lors de l’étude d’un cliché d’une veillée au Kosovo, des élèves s’étonnent de l’absence de « Noirs » sur la photo. Ainsi pour la grande majorité d’entre eux, le Kosovo se situe « en Afrique ». Le « Kosovar », perçu comme un migrant par définition, prend logiquement le visage du migrant actuel. Ce contresens est particulièrement frappant lorsque l’on se retrouve soudainement confronté à une toute autre réalité. Car pour beaucoup de Calaisiens le lien se fait inconsciemment. Et utiliser le terme « Kosovar », même pris au sens strict pour désigner un habitant du Kosovo, est source de malaise. Lila, étudiante erasmus en Lituanie, est originaire de Calais. Pour elle, la confusion est profondément ancrée dans les esprits. « J’habite en résidence universitaire et mes voisines sont Kosovardes. Même si je ne le dis pas à Calais, j’hésite toujours à utiliser le mot, ça me gêne, pour moi c’est trop connoté ».

A 2446 kilomètres de là, les Kosovars se doutent-ils d’une telle aberration sémantique ? Et qu’en est-il au Kosovo ? Y’a-t’il un générique pour désigner les migrants ? Daran, Kosovar, reste perplexe « maintenant que j’y pense je ne trouve rien... et tu sais pourquoi ? Parce qu’on n’a pas de migrants. Peut être quelques uns ces dernières années mais en tout cas pas assez pour qu’un stéréotype puisse se créer. » Tout est dit.

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Le Kosovo (en vert), 1.733.000 habitants (2011), est une république du sud est de l’Europe à majorité albanaise. Elle fît partie du territoire de l’ex-Yougoslavie (en gris), puis de la Serbie. En 1998-1999, la province serbe, peuplée en majorité d’Albanais musulmans, veut son indépendance. Depuis 1997, l’Armée de Libération du Kosovo (UÇK) porte ces revendications à travers des attaques armées. Les forces serbes entreprennent de réprimer la contestation. L’OTAN lance alors l’opération « Force alliée » pour mettre fin à l’offensive des forces serbes au Kosovo. Le 10 Juin 1999, la résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l’ONU met fin à la guerre et place le Kosovo sous administration intérimaire des Nations Unies et sous protection de la KFOR, la force de l’OTAN. En 2008, le Kosovo déclare unilatéralement son indépendance de la Serbie. Cette dernière ne reconnaît pas cette indépendance et considère toujours le Kosovo comme une province serbe.

Haydée, à l’école des fous et aux côtés des migrants

27 janvier 2013 - La Nouvelle République - Béatrice Bossard

Haydée Sabéran, journaliste qui a grandi en Loir-et-Cher, revient y parler des migrants de Sangatte. Elle leur a dédié un livre, ainsi qu’à ceux qui les aident.

Il y a eu les années Sangate, cet immense hangar avec vue sur la mer, rempli de cabines de chantiers. Où ont pu s’entasser jusqu’à 1.500 clandestins alors que la commune ne compte que 800 habitants. Puis à sa fermeture en 2002, les " jungles " lui ont succédé. La jeune Loir-et-Chérienne Haydée Sabéran est arrivée dans la région Nord-Pas-de-Calais par hasard, parce qu’elle a trouvé du travail à Nord Éclair, son premier poste de journaliste. Rapidement elle devient correspondante pour Libération, dans une région très peuplée où les sujets de société ne manquent pas. « En 2000 j’ai découvert des Kurdes, des Iraniens et des Afghans qui étaient les principaux réfugiés de Sangate. Cette vie incroyable où chaque nuit ils tentaient de monter dans un camion pour l’Angleterre, parfois au péril de leur vie. Et j’ai reconnu parmi eux une langue, celle de mon père. Une langue perse que j’avais un peu oubliée, à laquelle j’ai rajouté les vocables " passeur ", " avocat ", " droits de l’homme ". »

Pendant près de treize ans, Haydée multiplie les reportages, devient spécialiste du sujet. Avec la frustration de ne pas suivre les histoires humaines. Quand elle revient, des migrants en ont chassé d’autres. D’où l’idée de consacrer neuf mois à un travail exclusif auprès d’eux, et d’en sortir un livre, " Ceux qui passent ", publié pendant la campagne présidentielle. « Il y a des jungles autour de toutes les aires d’autoroute de la région où les poids lourds sont censés s’arrêter. C’est un monde invisible, l’immense majorité des gens ignore leur existence. J’ai voulu parler de tous ceux qui les découvrent puis les aident. Certains sont liés à l’église, d’autres sont syndicalistes ou tout simplement retraités ! »

A l’écoute des maux du monde

Des gens ordinaires, tout comme ces migrants. Haydée raconte le courage d’adolescents partis seuls d’Afghanistan qui, s’ils s’en sortent, portent entre 10.000 et 15.000 € de dettes aux passeurs sur leurs épaules ; s’ils ne payent pas, leurs familles au pays sont en grand danger. Il y a aussi des Français ordinaires qui vont en Angleterre rendre visite à ceux qu’ils ont aidés. Ou Zahid, Afghan de 16 ans, qui frappe à une porte un 25 décembre. Il ne sait pas que c’est Noël, cette famille de Calais sur laquelle il tombe au hasard va l’adopter et lui permettre de faire des études.
Ces histoires incroyables, loin d’être achevées, Haydée Sabéran les partagera demain lundi à la clinique de La Chesnaie, à Chailles. Au sein de son école de psychiatrie institutionnelle, à l’écoute des maux du monde. Mais aussi des échanges humains. Cette rencontre n’a rien d’un hasard puisque la journaliste y a grandi, son père y était psychiatre. « J’étais heureuse de vivre là jusqu’à mes 12 ans. J’ai côtoyé des gens entourés d’humanité, cet échange naturel que j’ai pu avoir avec les fous fait partie de moi. Je pense que c’est ce qui m’a donné le goût d’être journaliste… »

« Ceux qui passent », d’Haydée Sabéran, Carnets nord, éditions Montparnasse.

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Calais : trois passeurs afghans mis en examen

25 janvier 2013 - Dunkerque ma ville - AFP

La Police aux frontières a démantelé cette semaine un réseau de passeurs qui officiait dans la région de Calais, avec l’arrestation et la mise en examen de trois Afghans déjà condamnés pour les mêmes faits, a annoncé vendredi la préfecture du Pas-de-Calais.

La PAF a mené une opération lundi dans le Calaisis et l’Audomarois, la région de Saint-Omer (Pas-de-Calais), contre cette "filière d’immigration clandestine qui opérait depuis plusieurs mois". Les trois hommes arrêtés à cette occasion ont été mis en examen puis placés en détention mercredi, a précisé la préfecture dans un communiqué.

"L’enquête a établi que ces individus faisaient monter quotidiennement des migrants, qui souhaitaient gagner l’Angleterre, dans les poids-lourds, contre des sommes allant de 700 à 1.000 euros", notamment sur un parking à Marck en Calaisis.

"Le chef de réseau et ses deux complices avaient déjà été condamnés pour des faits similaires en 2010 et 2012", a encore dit la préfecture.

Les trois Afghans pourraient en outre, au terme d’une autre procédure, se voir accusés de violences avec armes, notamment lors d’une agression contre un représentant associatif sur le lieu de distribution de repas, a-t-elle ajouté.

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Expulsions : un record en trompe-l’œil pour Valls

23 janvier 2013 - Le Figaro - Jean-Marc Leclerc

Selon nos informations, le rythme d’expulsions sous Guéant était de 3500 clandestins par mois, contre 2750 éloignements par mois seulement sous Valls. L’opposition fait valoir que le « record » d’expulsions revendiqué par Valls est surtout de son fait.

Comme les statistiques de la délinquance, les chiffres des expulsions de clandestins n’ont pas manqué d’alimenter la polémique entre la droite et la gauche. Alors que Manuel Valls assume un record historique des expulsions, avec environ 36.800 sans-papiers éloignés en 2012 contre 32.900 l’année précédente, l’opposition fait valoir que le « record » en question est surtout de son fait.

« Ce résultat est en réalité lié à l’efficacité de la loi relative à l’immigration et l’intégration, adoptée par le Parlement le 16 juin 2011, à l’initiative du gouvernement de François Fillon sous l’autorité de Nicolas Sarkozy, et surtout, aux actions conduites par Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur jusqu’au 1er semestre 2012. Le ministère de l’Intérieur reconnaît d’ailleurs que les deux premiers mois de 2012 furent sans précédent », déclare ainsi Éric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes.

Conflits de juridictions

Selon nos informations, le rythme d’expulsions sous Guéant était de 3500 clandestins par mois, les quatre premiers mois de 2012 (3300 par mois pour le premier semestre), tandis que la moyenne des éloignements sous Valls était de 2750, « soit 17% d’expulsions en moins sous la gauche », commente l’ancien ministre de l’Intérieur.

La droite espérait 40.000 expulsions pour 2012 et le rythme imprimé à l’époque, les premiers mois, laissait penser que l’objectif était réalisable. « On nous objecte aujourd’hui qu’il s’agissait d’une politique d’affichage liée à la campagne présidentielle, mais il n’en est rien », assure Claude Guéant.

Selon lui, « la loi de 2011 qui réglait la question des conflits entre les juridictions administratives et judiciaires en matière d’éloignements commençait simplement à produire ses effets ». Car souvent, les juges des tribunaux correctionnels ordonnaient la mise en liberté des clandestins avant même que l’ordre administratif ait pu se prononcer sur le cas des clandestins.

Jurisprudence européenne

Pour l’ UMP Brice Hortefeux, « les résultats contrastés entre les deux semestres de 2012 démontrent qu’à l’efficacité de la période Sarkozy a succédé une action molle ». Selon cet ancien ministre de l’Intérieur, « la politique migratoire de François Hollande se résume à un appel d’air ».

Les expulsions de clandestins effectivement réalisées ne représentent guère plus d’un tiers des expulsions prononcées. Dans une majorité de cas, le refus d’accorder un laisser-passer au clandestin par les autorités consulaires de son pays d’origine justifient l’impossibilité de le renvoyer.

Par ailleurs, en juillet 2012, la Cour de cassation transposait en droit interne la jurisprudence européenne qui interdit de placer en garde à vue un clandestin au seul motif qu’il enfreindrait les règles de séjour des étrangers. Manuel Valls défend l’adoption d’une mesure de rétention de 16 heures pour pallier les conséquences de cette décision qui complique singulièrement la mise en œuvre de l’expulsion pour les forces de police et de gendarmerie.

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La course aux expulsions : une comptabilité qui nous fait honte

23 janvier 2013 - Le Point - Hervé Gattegno

Pour Hervé Gattegno, le ministère de l’Intérieur diffuse ces chiffres comme s’il s’agissait d’une performance. Pour lui, il n’y a pas de gloire à en tirer.

Le ministère de l’Intérieur a expulsé 36 822 étrangers sans papiers en 2012 : un record, qui s’explique en grande partie par des reconduites massives au premier trimestre, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Votre parti pris : la course aux expulsions est une comptabilité honteuse. Expliquez-vous.

La publication de ce chiffre produit un effet déplaisant : le ministère le diffuse comme s’il s’agissait d’une performance. On en déduit l’efficacité comparée de la droite et de la gauche contre l’immigration clandestine - et on oublie presque que ce n’est pas un nombre de cambriolages ou d’accidents, mais qu’il s’agit d’êtres humains en situation de détresse : des personnes qu’il n’est pas immoral d’expulser, mais qui ont droit à cette dignité élémentaire de n’être pas seulement arrêtées, expulsées et comptabilisées. Ce n’est donc pas la statistique en soi qui est dérangeante, mais l’inhumanité bureaucratique qu’elle exprime. Ces gens n’ont pas de titre de séjour. Pour autant, il n’y a pas de titre de gloire à les expulser.

Il n’empêche que ce nombre d’expulsions constitue bien un record. Est-ce qu’il faut en déduire une forme de continuité entre Manuel Valls et Claude Guéant ?

Il y a une continuité évidente - et aussi des différences. Si on considère que le gouvernement refuse les régularisations massives et fait exécuter les décisions d’expulsion prises par la justice, on peut estimer que la politique n’a pas changé. La politique des reconduites (à la frontière) a bel et bien été... reconduite. Cela dit, Manuel Valls a légèrement assoupli les critères de régularisation, qui restent donc très contraignants : cinq ans de présence pour les familles et trois ans de scolarité pour les enfants, huit mois de travail pour les adultes (avec bulletins de salaire !), personne ne peut dire que c’est laxiste.

Est-ce que, justement, on ne peut pas soupçonner Manuel Valls de mettre en avant ce chiffre pour démontrer la fermeté de sa politique en matière d’immigration ?

Ce n’est pas un soupçon, mais une certitude. Cela dit, il est dans son rôle et - quoi qu’on pense de cette politique - on ne peut pas reprocher à François Hollande de ne pas avoir annoncé la couleur durant sa campagne. Au PS en tout cas, il ne reste plus grand monde pour réclamer des régularisations systématiques. Il y en avait eu 131 000 en 1981, 80 000 en 1997. Donc, sur ce plan-là, la doctrine de Manuel Valls est plus proche de celle de Nicolas Sarkozy que de celle de Lionel Jospin. Elle correspond surtout au souhait d’une majorité de Français puisqu’elle ne déplaît vraiment qu’à la gauche de la gauche (pour qui on en fait toujours trop contre les sans-papiers) et au FN (pour qui on n’en fait jamais assez).

Est-ce qu’il faut obligatoirement considérer que la crise oblige les gouvernements à réprimer plus durement l’immigration clandestine ?

C’est difficilement discutable. Pas seulement par le coût social de l’immigration (qui est difficile à établir). Mais la crise ajoute aux difficultés d’insertion, elle pèse sur la cohésion sociale. C’est ce qui rend plus nécessaire la maîtrise des flux migratoires. Ce qui est choquant, c’est de fixer des objectifs d’expulsions : on retombe dans cette logique de marchandisation des individus qui est détestable. Manuel Valls semble vouloir y renoncer : il a raison. À part cela, il faut rappeler aussi qu’il y a chaque année près de 30 000 régularisations (presque autant que d’expulsions) et 180 000 entrées légales. La vérité, c’est que la France reste un grand pays d’immigration. Peut-être que Manuel Valls devrait aussi rappeler ces chiffres - et les présenter comme des succès.

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La hausse des expulsions d’étrangers en 2012 critiquée

23 janvier 2013 - Reuters - Gérard Bon, édité par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - Des associations appellent le gouvernement socialiste à rompre avec la logique sécuritaire en matière d’immigration après l’annonce d’un nombre d’expulsions record de plus de 36.000 étrangers en situation irrégulière en 2012.

L’UMP estime de son côté que la gauche pratique un double discours sur l’immigration, avec des déclarations de fermeté du ministre de l’Intérieur Manuel Valls, mais "un laxisme dans les instructions données aux services".

Confirmant des chiffres encore provisoires, le ministère de l’Intérieur a fait savoir qu’une bonne partie de ces expulsions avait été réalisée sous le précédent gouvernement et qu’il n’y avait plus d’objectifs chiffrés en matière d’expulsions.

Pour SOS Racisme, qui se dit consterné par "ce triste record", le gouvernement "doit faire preuve de courage et de réalisme en refondant une politique d’immigration en phase avec le monde ouvert et globalisé".

"La logique sécuritaire appliquée à la politique migratoire française, avec laquelle le gouvernement socialiste n’a pas rompu, est toujours la cause de drames humains et ne résout en rien la crise économique", écrit-elle.

En 10 ans, le nombre d’expulsions, en application de la politique du chiffre décidée par Nicolas Sarkozy, "a triplé sans que la situation économique ne s’améliore mais entraînant une détérioration sans précédent de la situation des droits humains", ajoute l’association dans un communiqué.

Pour France Terre d’Asile, la discussion autour des chiffres annuels de l’éloignement est "un truc de communicants" et le gouvernement "serait bien inspiré de suivre la ligne de conduite qu’il s’est fixée en renonçant à se situer dans cette logique de compétition annuelle".

"Nous attendons surtout qu’il engage une réforme de la politique migratoire", ajoute l’association en citant l’intervention du juge des libertés et de la détention dès le premier jour de placement en rétention.

France Terre d’Asile réclame également une réforme du code de l’entrée et du séjour des étrangers et des demandeurs d’asile façonnés par six lois sous le gouvernement précédent.

Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP, dénonce pour sa part "la présentation partielle" des chiffres, assurant que depuis l’élection de François Hollande, l’activité des services de police concernant la lutte contre l’immigration clandestine s’est effondrée".

"De janvier à mai 2012, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, 7.214 infractions par mois étaient en moyenne constatées concernant la législation sur le droit d’entrée et de séjour des étrangers", écrit-il dans un communiqué.

"L’arrivée au pouvoir induit une baisse significative : 5.029 infractions constatées en moyenne par mois avec l’arrivée de Manuel Valls", ajoute-t-il.

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Étrangers : baisse des montants de l’aide au retour au 1er février 2013

22 janvier 2013 - Service-Public.fr - OFII

Les montants de l’aide au retour sont revus à la baisse à compter du 1er février 2013. C’est ce qu’indique un arrêté publié au Journal officiel du samedi 19 janvier.

Cette aide concerne les ressortissants étrangers faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français

D’après l’arrêté, cette aide au retour (octroyée une seule fois à un ressortissant étranger au moment du départ) comprend :

  • une aide administrative et matérielle à la préparation du voyage vers le pays de retour,
  • une prise en charge des frais de réacheminement depuis le lieu de départ en France jusqu’à l’arrivée dans le pays de retour. Cette prise en charge couvre le transport de personnes et le transport de bagages dans la limite de 40 kilogrammes de bagages par adulte et 20 kilogrammes de bagages par enfant mineur,
  • une allocation d’un montant forfaitaire de 500 euros par adulte et de 250 euros par enfant mineur.

Par dérogation, pour les étrangers ressortissants :

-* d’un État membre de l’Union européenne,
-* d’un autre État partie à l’accord sur l’Espace économique européen
-* ou de la Confédération suisse et les membres de leur famille,

l’allocation s’élève à 50 euros par adulte et 30 euros par enfant mineur, avec une prise en charge des bagages dans la limite de 20 kilogrammes de bagages par adulte et 10 kilogrammes de bagages par enfant mineur.

C’est l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) qui accorde ces aides au retour.

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Erythrée : que se cache-t-il derrière la mutinerie d’Asmara ?

22 janvier 2013 - RFI - Léonard Vincent

La prise de contrôle du ministère érythréen de l’Information par des soldats mutins, ce lundi 21 janvier, pourrait n’être qu’un épisode dans une histoire plus large. Le niveau de frustration dans l’armée est si grand que quelques officiers en rupture de ban avec le pouvoir semblent avoir voulu montrer de quoi ils étaient capables.

Une étrange démonstration de force a eu lieu ce lundi 21 janvier à Asmara, quand une unité de l’armée érythréenne a pris le contrôle du ministère de l’Information, avant de se retirer pacifiquement sans avoir précisé publiquement ses intentions.

Mardi matin, les employés du ministère se sont rendus à leur bureau sans encombre. Les rues d’Asmara étaient calmes, selon plusieurs témoins. Boutiques et banques étaient ouvertes. Malgré la présence de soldats non identifiés dans l’arrière-cour et les va-et-vient de civils armés dans le bâtiment, ils ont reçu l’ordre de vaquer normalement à leurs occupations.

Un pays ultra-militarisé

Alors, que s’est-il passé ? Ce coup de force d’une unité de l’armée érythréenne est unique dans l’histoire de l’une des nations les plus fermées du monde. Dans un pays reclus, dirigé par une junte de généraux regroupés autour du tout-puissant président Issayas Afeworki, toute dissidence est payée au prix fort. Les réformistes du parti unique et les principaux directeurs des quelques journaux créés après l’indépendance en 1993 croupissent en prison depuis septembre 2001. Selon les rares informations qui sortent du pays, ils sombrent dans la folie ou se suicident l’un après l’autre.

Quadrillée par des mouchards, l’Erythrée est un pays militarisé à l’extrême, où la quasi-totalité de la population est enrôlée dans l’armée dès l’âge de 17 ans et n’est démobilisée qu’à partir de la quarantaine. Après dix-huit mois de service militaire, les citoyens érythréens restent à la disposition du ministère de la Défense. Celui-ci affecte les recrues à des emplois aléatoires et sous-payés, partout dans le pays. Les plus chanceux sont envoyés dans les ministères. Les moins chanceux, ou les plus turbulents, sont envoyés sur des chantiers de construction, dans des provinces perdues.

Pas de contre-offensive

Dans ce contexte, toute contestation est difficilement envisageable, sauf à déchaîner la répression la plus féroce. Or, l’opération de lundi n’a rencontré aucune résistance de la part des forces gouvernementales. Aucun coup de feu n’a été signalé à Asmara, même si aucune information n’a encore filtré sur la situation dans les autres villes du pays. Les 6 000 hommes de la garde prétorienne du président ne se sont pas manifestés. Mardi, aucune arrestation n’a été signalée, dans ce pays pourtant habitué aux rafles de « suspects ».

Selon le site awate.com, généralement bien informé, les soldats mutins sont désormais positionnés à Serejaka, une installation appartenant au ministère de la Défense, à quelques kilomètres à l’ouest d’Asmara. Ils étaient commandés par le colonel Saleh Osman, un officier à forte tête issu des casernes du port d’Assab, la cité stratégique de la côte, sur la route de Djibouti. Cet officier sorti du rang de la guérilla faisait partie des officiers qui, lors de la terrible guerre contre l’Ethiopie entre 1998 et 2000, avaient refusé malgré les ordres de se retirer de la ville et avait résisté à l’avancée des troupes ennemies.

Cela semble indiquer que les mutins n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. Comme la tradition érythréenne le veut, les crises ne sont pas réglées publiquement. Les tractations d’alcôves et les règlements de comptes discrets prévalaient déjà, pendant les trente ans de guerre d’indépendance contre l’Ethiopie, entre 1961 et 1991. Cela pourrait expliquer l’absence totale de communication des mutins, hormis le bref communiqué lu sur l’antenne d’Eri-TV dans la matinée (lire encadré ci-dessous).

Selon plusieurs sources, des négociations pour une transition politique entre les officiers rebelles et « le bureau du Président » auraient été engagés dès lundi. La prise du ministère de l’Information pourrait donc être la démonstration de force d’officiers sortis du rang, en rupture de ban avec des généraux corrompus et un appareil gouvernemental aveugle. Désormais à l’affût à l’extérieur de la capitale, les mutins auraient ainsi montré de quoi ils sont capables.

Un cadre plus large

Depuis plusieurs mois, il est certain que le niveau de frustration dans les rangs de l’armée érythréenne grandit. Etranglée par les sanctions de l’ONU, isolée sur la scène internationale en raison de ses agissements dans la région, l’Erythrée est une terre de pénuries et d’exode. La jeunesse érythréenne fuit par centaines chaque mois, traversant clandestinement la frontière avec l’Ethiopie et le Soudan, selon les décomptes effectués par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Les camps de regroupement d’Afrique, les prisons de Libye et les camps d’internement du Sinaï, sont pleins d’Erythréens, s’alarment de nombreuses ONG depuis des années. La plupart échouent finalement sur des embarcations qui viennent couler au large de la Sicile ou dans les banlieues hostiles de Tel-Aviv.

L’électricité est régulièrement coupée à Asmara, faute de gasoil et de pièces de rechange pour la centrale de Hirgigo. On manque de tout, d’essence, de viande, d’eau propre. Et surtout de libertés. L’entêtement du gouvernement érythréen a conduit le pays dans l’impasse, alors qu’il était l’un des fleurons de la « renaissance africaine » des années 1990. Aujourd’hui, les prisons sont pleines, les disparus innombrables. Mais le président Issaias Afeworki s’obstine à répéter que tout va bien et que les difficultés sont dues aux « complots de la CIA » que ce pur maoïste décèle partout.

On ignore encore le niveau d’organisation des mutins ou leur nombre exact. Ce qui est sûr, c’est qu’un retour à la normale si rapide est définitivement suspect. Si ce n’était pas un coup d’Etat, la prise du ministère de l’Information était à n’en pas douter une mutinerie ayant des visées politiques. Elle pourrait n’être que le premier épisode d’une histoire plus longue que la seule journée du 21 janvier.

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Douze heures dans le ministère de l’Information

Autour de neuf heures du matin lundi 21 janvier, une centaine de militaires agissant sous les ordres d’au moins quatre officiers ont fait irruption dans l’immense complexe abritant les services du ministère et les studios des médias d’Etat, sur une colline dominant Asmara. Appuyés par au moins trois tanks et quelques véhicules blindés, ils ont calmement pris position autour du bâtiment. Polis et cordiaux, ils ont demandé aux employés de rester à leur poste. Les cadres de l’appareil de propagande, dont la propre fille du président Issayas Afeworki, ont été enfermés dans une salle du deuxième étage. Le directeur de la chaîne de télévision, Asmelash Abreha, a été prié de lire un court communiqué sur les antennes d’Eri-TV. « Nous allons libérer les prisonniers politiques, disait le texte. Nous allons mettre en application la Constitution. » Le signal hertzien de la radio et de la télévision a ensuite été coupé. La situation est restée calme tout au long de la journée. Des témoins ont affirmé que des militaires avaient également pris position autour de l’aéroport et de la Banque centrale, sans pouvoir formellement les identifier. Les mutins se sont finalement retirés dans la soirée, sans qu’un coup de feu n’ait été tiré. Le gouvernement affirme que la situation est sous contrôle, admettant tout de même du bout des lèvres l’existence d’un « incident ».

Etrangers sans papiers : la France bat le record des expulsions en 2012

22 janvier 2013 - Libération

La France a battu le record des expulsions des étrangers en situation irrégulière avec 36.822 personnes reconduites aux frontières en 2012, mais le chiffre est inférieur à l’objectif des 40.000 éloignements fixé par l’ancienne majorité de droite.

"36.822 sans-papiers ont été expulsés en 2012 contre 32.912 en 2011, soit une hausse de 11,9%", selon l’entourage du ministre de l’Intérieur Manuel Valls, expliquant que les premiers mois de l’année "furent sans précédent" alors que la droite était encore au pouvoir. Une baisse a été amorcée au printemps.

Sur les 36.800 expulsions, les retours aidés qui concernent principalement les Roms roumains et bulgares ont augmenté de 10%. Selon leurs détracteurs, ces aides mises en place par la droite servaient à gonfler les chiffres des éloignements.

Le nombre des expulsions était de 9.000 en 2001 sous le gouvernement du socialiste Lionel Jospin. Il a été de 24.000 en 2007 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy pour atteindre près de 33.000 en 2011.

"Que sont 36.822 expulsions quand il entre chaque année sur le territoire français 200.000 immigrés légaux, qu’une bonne partie des expulsés revient aussitôt du fait de l’inexistence des frontières et que les clandestins arrivent toujours plus nombreux dans l’Eldorado français ?" a demandé le Front National dans un communiqué de son secrétaire général Steve Briois.

Le record historique de 2012 confirme la tendance pressentie à la fin de l’année dernière par Place Beauvau. Il est toutefois inférieur à l’objectif visé par le précédent ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, qui avait tablé sur 40.000 expulsions si Nicolas Sarkozy avait été réélu à l’Elysée.

"Nous sommes en route vers 40.000 reconduites d’étrangers en situation irrégulière", avait déclaré M. Guéant entre les deux tours de la présidentielle où l’immigration était un thème majeur de la campagne, la droite accusant la gauche de laxisme sur ce thème.

En ce qui le concerne, Manuel Valls ne ne fixe pas d’objectif de reconduites pour 2013, selon entourage, mais le ministre a répété début janvier à l’AFP qu’il entendait poursuivre une politique combinant "fermeté" et "justice".

La suppression de la très décriée "aide au retour", offerte aux étrangers qui acceptent de rentrer au pays, est de nature a favoriser une baisse des reconduite.

En signe de fermeté, M. Valls s’est montré inflexible ces dernières semaines face à la grogne croissante des sans-papiers qui demandent à être régularisés, et aux critiques des défenseurs des étrangers qui le pressent de changer de cap.

Par contre, il a publié le 28 novembre une circulaire précisant les critères de régularisation (5 ans de présence sur le territoire, des enfants scolarisés depuis trois ans, un travail effectif, etc.).

Cette circulaire a semé la discorde entre Manuel Valls et les défenseurs des étrangers, qui avaient fondé de grands espoirs sur l’arrivée de la gauche au pouvoir.

Malgré quelques "améliorations", "la logique des critères pour obtenir un titre de séjour reste restrictive", selon la Ligue des droits de l’Homme (LDH) qui souhaite une "nouvelle orientation de la politique gouvernementale vis-à-vis des étrangers".

"Les associations, dont je peux comprendre l’engagement, veulent une régularisation massive. Avec ce gouvernement, elle n’aura pas lieu", a répondu le ministre début janvier qui n’entend pas faire mieux que la droite qui a régularisé autour de 30.000 sans-papiers en 2011 .

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Petit guide pour comprendre les politiques migratoires européennes

22 janvier 2013 - Cimade

A consulter en cliquant ici

Italie : Les renvois de migrants vers la Grèce constituent une violation de leurs droits

22 janvier 2013 - Human Rights Watch (observatoire des droits de l’homme

L’Italie ne devrait pas renvoyer les mineurs non accompagnés et les demandeurs d’asile

(Rome,le 22 janvier 2013) – L’Italie renvoie de manière sommaire des mineurs migrants non accompagnés et de demandeurs d’asile adultes vers la Grèce, où ils subissent les dysfonctionnements du système d’asile et des conditions de détention abusives, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les passagers clandestins à bord des ferrys provenant de Grèce, parmi lesquels figurent des enfants dès 13 ans, sont renvoyés par les autorités italiennes dans les heures qui suivent leur découverte, sans prise en compte adéquate des besoins spécifiques des mineurs, ou de la volonté de ces personnes de demander l’asile.

Lerapport de 45 pages, intitulé Turned Away : Summary Returns of Unaccompanied Migrant Children and Adult Asylum Seekers from Italy to Greece (« Renvoyés : retours sommaires de mineurs migrants non accompagnés et de demandeurs d’asile adultes de l’Italie vers la Grèce »), expose l’absence d’examen approprié de la situation des personnes qui nécessitent une protection par les agents de la police italienne des frontières dans les ports d’Ancône, de Bari, de Brindisi et de Venise, sur la côte Adriatique. Ces manquements constituent une violation des obligations légales de l’Italie. Human Rights Watch a interviewé 29 enfants et adultes qui ont fait l’objet d’un retour sommaire depuis les ports italiens vers la Grèce, au cours de l’année 2012 pour vingt d’entre eux.

« Tous les ans, des centaines de personnes mettent leur vie en péril en se cachant dans ou sous des camions et des voitures à bord des ferrys qui traversent l’Adriatique, », a indiqué Judith Sunderland, chercheuse senior au sein de la division Europe de l’Ouest chez Human Rights Watch.« Bien trop souvent, l’Italie les renvoie directement en Grèce, malgré la situation et le traitement épouvantables qui les attendent là-bas. »

Confiés à la garde des capitaines de ferrys commerciaux, les enfants comme les adultes sont enfermés à bord des bateaux pendant lev oyage de retour vers la Grèce, parfois dans des cellules de fortune ou dans la salle des machines. Ils sont également souvent privés de nourriture adaptée.

De retour en Grèce, les mineurs non accompagnés et les demandeurs d’asile sont, comme tous les migrants, à la merci d’abus de la part des forces de l’ordre, ou d’une détention dans des conditions dégradantes. Selon Human Rights Watch, ils sont confrontés à un contexte hostile marqué par des violences xénophobes. Ali M., un jeune Afghan qui était âgé de 15 ans quand il a été renvoyé d’Italie en mars 2012 vers Igoumenitsa, en Grèce, a raconté que les policiers grecs l’avaient emmené dans un centre de détention près du port, et l’y avait gardé prisonnier pendant plus deux semaines avec des adultes sans lien de parenté, dans des conditions sordide et sans nourriture suffisante.

Le droit italien ainsi que le droit international interdisent le renvoi de mineurs non accompagnés sans processus préalable permettant de déterminer que cette décision respecte leur intérêt supérieur. Pourtant, Human Rights Watch a rencontré treize enfants âgés de 13 à 17 ans qui avaient fait l’objet d’un retour sommaire vers la Grèce. Aucun d’entre eux n’avait eu accès à un tuteur ou aux services sociaux, comme l’exigent le droit italien et le droit international.

Si la politique officielle du gouvernement italien est de donner à tout individu qui affirme être mineur le bénéfice du doute, les recherches de Human Rights Watch indiquent que cette stratégie n’est pas suivie. Seul l’un des enfants interviewés avait passé un examen quelconque pour déterminer son âge (dans son cas, une radiographie du poignet). Ali M., par exemple, a été renvoyé sans que son âge n’ait été établi. « Je leur ai dit que j’avais 15 ans, ils ne m’ont pas écouté. Ils m’ont mis dans la billetterie, puis à bord du bateau. »

Les bonnes pratiques supposent une approche pluridisciplinaire pour évaluer l’âge, et des tests médicaux qui doivent être non invasifs, a rappelé Human Rights Watch. Il faut que les mineurs soient admis dans le pays pour pouvoir leur donner accès à un tuteur, aux services sociaux, ainsi qu’à une évaluation appropriée de leur âge.

« La plupart des mineurs que nous avons rencontrés étaient des garçons afghans qui fuyaient le danger, le conflit et la pauvreté », selon Alice Farmer, chercheuse sur les droits de l’enfant au sein de Human Rights Watch. « L’Italie doit prendre ses responsabilités et leur fournir les protections spécifiques auxquelles ils ont droit en tant qu’enfants. »

Renvoyer des migrants adultes vers la Grèce sans leur donner l’occasion de déposer une demande d’asile constitue également une violation des obligations nationales et internationales de l’Italie, a affirmé Human Rights Watch. Si ce pays a le droit d’appliquer ses lois relatives à l’immigration, les demandeurs d’asile doivent également avoir la possibilité d’exercer leur droit de demander l’asile, et aucune personne éloignée ne devrait être exposée à des risques de torture ou de mauvais traitements.

Les preuves accablantes témoignant des problèmes chroniques qui affectent le système d’asile et les conditions de détention en Grèce ont poussé plusieurs tribunaux européens à rendre des décisions historiques interdisant le transfert vers ce pays au titre du Règlement Dublin II. Celui-ci impose qu’en règle générale le premier pays d’entrée dans l’Union Européenne soit celui qui traite la demande d’asile d’un migrant. En résultat, de nombreux pays de l’UE ont suspendu tout transfert de demandeurs d’asile vers la Grèce.

L’Italie, quant à elle, n’a pas suspendu les transferts vers la Grèce au titre de Dublin mais affirme évaluer le risque de violations des droits quand elle détermine si cette règle doit s’appliquer. Cependant les retours sommaires pratiqués dans les ports du pays contredisent cette politique, a souligné Human Rights Watch.

La plupart des personnes interviewées ont raconté n’avoir eu aucune chance d’exprimer leur souhait de demander l’asile, et cinq d’entre elles ont dit que les agents de la police portuaire avaient ignorées ces demandes quand elles étaient formulées. Selon la police frontalière de Bari, sur près de 900 migrants repérés dans le port entre janvier 2011 et juin 2012, seuls douze ont été autorisés à rester en Italie.

« Il peut arriver que certains demandeurs d’asile ne souhaitent pas déposer leur requête en Italie, même si on leur en donne l’opportunité, parce qu’ils sont convaincus que leurs chances d’être protégés et intégrés sont meilleures dans d’autres pays européens », a déclaré Judith Sunderland. « Mais ceux qui veulent déposer une demande d’asile ne devraient pas se voir renvoyer. »

Les organisations non-gouvernementales qui, selon les accords avec les autorités, peuvent fournir des services et des informations aux migrants repérés dans les ports, n’ont pas systématiquement accès à ces personnes. Dans ces conditions, il revient à la seule police frontalière de décider qui aura le droit de rester en Italie, a déclaré Human Rights Watch. Aucune des personnes interviewées n’avait eu accès aux organisations non-gouvernementales ou à des informations sur leurs droits et sur les modalités pour demander l’asile. Seulement sept d’entre elles avaient reçu l’aide d’un interprète.

« Si des organisations non-gouvernementales sont autorisées à fournir des services dans les ports, c’est dans le but de garantir le respect des droits des migrants », a déclaré Judith Sunderland. « Mais ces organisations ne peuvent pas faire leur travail si elles n’ont pas accès à tous les migrants qui débarquent, et de nombreux migrants ayant besoin de protection sont laissés pour compte. »

La Cour européenne des droits de l’homme doit rendre prochainement son jugement dans l’affaire Sharife et Autres c. Italie et Grèce, impliquant le retour sommaire en 2009 de 25 adultes et 10 enfants. Ces derniers affirment que cette opération constituait une violation de leur droit à la vie, à la protection contre la torture et les mauvais traitements, ainsi que de leur droit à un recours effectif. Le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Nils Muižnieks, ainsi que le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droit des migrants, François Crépeau, ont tous deux pressé l’Italie de s’abstenir de pratiquer des retours sommaires vers la Grèce.

Human Rights Watch a recommandé de changer un certain nombre de points des procédures suivies par le gouvernement italien, notamment :

  • Suspendre immédiatement les renvois sommaires de migrants vers la Grèce ;
  • Permettre aux personnes qui atteignent l’Italie et qui affirment être des mineurs non accompagnés de rester dans le pays et de bénéficier des protections spécifiques garanties par le droit italien, sans exception aucune, dans l’attente d’un examen approprié permettant de déterminer leur âge ;
  • Examiner convenablement le cas des adultes afin d’identifier les personnes particulièrement vulnérables et celles qui souhaitent demander l’asile, ou présentent d’autres besoins de protection ;
  • Garantir le plein accès à tous les arrivants aux organisations non-gouvernementales, afin qu’elles puissent fournir une aide juridique et humanitaire ;
  • Veiller à ce que toutes les compagnies maritimes transmettent aux commandants de bord des directives claires sur la manière d’assurer un traitement humain et sans danger des clandestins quand ils sont découverts à bord et au cours des voyages de retour vers la Grèce.

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Erythrée : le ministère de l’Information pris d’assaut par des soldats mutins

21 janvier 2013 - RFI

C’est encore la confusion ce lundi soir autour du ministère de l’Information érythréen. 200 soldats mutins y sont retranchés depuis ce lundi matin 21 janvier. Le bâtiment est également le siège de la radio télévision d’Etat. Ils promettent la libération de prisonniers politiques.

Ce que l’on sait avec certitude, c’est que le groupe de soldats mutins - car il s’agit bien de mutins - est emmené par quatre officiers équipés de moyens de communication radio.

Ce que l’on sait aussi, c’est qu’ils ont rassemblé le personnel du ministère dans le bâtiment avant de forcer le directeur de la radio télévision nationale à lire un communiqué. Un communiqué qui tient en deux phrases : « Nous allons libérer les prisonniers politiques. Et nous allons appliquer les dispositions prévues par notre Constitution ».

Après ce message, le faisceau a été interrompu, et depuis la radio et la télévision sous contrôle des mutins ne diffusent plus que de la musique. Le siège du ministère de l’Information est situé sur une colline d’Asmara, c’est un endroit d’ordinaire très surveillé. Et d’après des témoins indirects, des soldats étaient déployés dans l’après-midi autour de la colline sans que l’on sache précisément s’il s’agit de mutins ou de troupes loyalistes.

On sait enfin que le mécontentement est important au sein des troupes et dans la population, à la fois à cause de la crise économique sévère qui frappe l’Erythrée, mais aussi en raison de l’absence de liberté.

L’Erythrée est souvent comparée à la Corée du Nord. La critique y est impossible et les médias privés ont été interdits depuis 2001. En novembre dernier, le ministre de l’Information Ali Abdou, souvent considéré comme un pilier du régime, a fait défection lors d’un séjour en Allemagne.

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Harcèlement des migrants du Calaisis par les forces de l’ordre

17 janvier 2013 - Site de Marie-Christine Blandin (EELV)

Question n° 03296 adressée à M. le ministre de l’intérieur
Publiée le : 29/11/2012
Texte de la question :
Mme Marie-Christine Blandin interroge M. le ministre de l’intérieur sur les suites qu’il compte donner à la décision du Défenseur des droits (13 novembre 2012) qui lui a été adressée. Cette décision intervient suite à une saisine au sujet du harcèlement dont sont victimes les migrants présents dans le Calaisis de la part des forces de l’ordre. Dans son texte détaillé, le Défenseur des droits rappelle que les rapports se sont succédé ces dernières années pour interroger et/ou dénoncer le traitement policier réservé aux migrants dans la région, privilégié par rapport à leur traitement humanitaire. Ces rapports émanent tant d’associations que d’instances internationales. Le Défenseur des droits a ensuite décrit les phénomènes de harcèlement policier à l’endroit des migrants : les contrôles et interpellations (parfois même de demandeurs d’asile) se répètent (parfois dans la même journée), ils se déroulent y compris sur les lieux spécifiques de repas et de soins. Les opérations de visite sur les lieux de vie (y compris la nuit), d’expulsion (y compris hors cadre réglementaire) se répètent et sont suivies du non-respect de l’obligation d’hébergement des demandeurs d’asile. Les destructions de squats, d’effets personnels et de dons humanitaires sont nombreuses, dans une articulation entre services municipaux et forces de l’ordre en ce qui concerne les « expulsions de fait ». Le Défenseur des droits, après avoir constaté l’existence de pratiques vulnérabilisant les migrants et les privant de leurs droits, recommande qu’il y soit mis fin. La circulaire interministérielle du 26 août 2012 relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation de campements illicites apporte des modalités d’action permettant de répondre en partie aux recommandations du Défenseur des droits (qui la cite). Elle lui demande quelles mesures il compte prendre pour répondre aux recommandations du Défenseur des droits, apaiser la situation des migrants et respecter les droits de demandeurs d’asile dans le Calaisis.

Réponse de M. le ministre de l’intérieur
À publier le : 17/01/2013, page 200
Texte de la réponse :
Le nombre important d’étrangers en situation irrégulière dans la région de Calais et dans ses environs résulte de la conjugaison de facteurs économiques et géographiques. Ces migrants souhaitent se rendre au Royaume-Uni alors que la frontière commune devient de plus en plus hermétique grâce, notamment, au niveau élevé de coopération développé avec les autorités britanniques pour juguler le flux migratoire irrégulier vers leur État. Cette densité d’immigrants sur un espace restreint est source de difficultés. Le dénuement dans lequel ils se trouvent, les conditions de vie difficiles auxquelles ils sont confrontés génèrent, de fait, une certaine criminalité ainsi qu’une coexistence parfois tendue avec la population. Les campements sauvages établis dans le Calaisis occasionnent pour leurs occupants des conditions sanitaires dégradées et sont le lieu privilégié de recrutement des passeurs, qui imposent leur médiation rémunérée pour le franchissement illégal de la Manche. C’est dans ce contexte difficile que les forces de l’ordre sont amenées à exercer leurs missions, dont la lutte contre l’immigration illégale menée par les effectifs de la direction départementale de la police aux frontières du Pas-de-Calais. Des compagnies républicaines de sécurité (CRS) interviennent également en renfort dans l’ensemble de la circonscription de sécurité publique de Calais. Dans ce cadre, la mission de contrôle des migrants fait l’objet de consignes précises adressées aux unités, qui mentionnent des cadres d’intervention stricts. De même, des consignes orales sont transmises par la direction départementale de la police aux frontières aux cadres des CRS afin que soient évitées des interventions directes sur les lieux de distribution de repas ou d’aide d’urgence. Toutes les missions des policiers, dans le Calaisis comme ailleurs, doivent être – et sont – encadrées par le droit. Ainsi, les expulsions sont réalisées dans un cadre juridique précis (réquisition, arrêté préfectoral, flagrance). Les nouvelles directives du Gouvernement en matière d’évacuation des campements illicites sont également appliquées conformément à la circulaire interministérielle du 26 août 2012. Les autorités hiérarchiques y sont particulièrement attentives. Les policiers sont quotidiennement confrontés à la misère et à la détresse de nombre de migrants. Ils ont à cœur de mener à bien leur difficile mission dans le respect de la dignité des personnes. C’est dans cet esprit qu’il est veillé à ce que, dans la mesure du possible, les migrants aient accès aux lieux de prise de repas, de toilette et de soins médicaux sans craindre une intervention de police. Certaines situations, cependant, peuvent amener les forces de l’ordre à intervenir, par exemple en cas d’incident (bagarres entre migrants, racket…). Il convient en outre de préciser que les missions des forces de police s’effectuent sous la pression constante, et parfois les provocations, des membres des collectifs de soutien aux migrants ou de la mouvance No Border. En effet, leurs membres n’hésitent pas à perturber les interventions des forces de l’ordre en s’interposant physiquement. Photographiés et filmés, les policiers se retrouvent régulièrement, à visage découvert, sur le site internet Indymédia Lille où ils font l’objet de commentaires injurieux et diffamatoires alors qu’ils font application de la loi ou exécutent des décisions de justice. Plusieurs des faits mentionnés par le Défenseur des droits ont déjà été portés il y a plusieurs mois à la connaissance du ministère de l’intérieur. Il n’a pas été établi que ces comportements étaient constitutifs de manquement aux règles disciplinaires et déontologiques de la part des fonctionnaires de police. Ces faits n’ont pas non plus fait l’objet de poursuites judiciaires. Les faits nouveaux cités dans la décision du Défenseur des droits donneront lieu à examen attentif et, s’ils sont avérés, à des sanctions disciplinaires. La police nationale se doit d’être garante de la mise en œuvre des règles déontologiques et des valeurs républicaines, et davantage encore lorsque son action s’inscrit dans un contexte aussi difficile. Elle n’hésite pas à sanctionner tout manquement avéré de ses personnels. C’est ainsi qu’un fonctionnaire d’une CRS a été sanctionné pour des faits survenus le 29 juin 2010. Lors d’une opération d’évacuation d’une usine désaffectée, il avait endommagé la caméra d’une militante qui avait pénétré dans une zone interdite. Il a été traduit devant les instances disciplinaires et a fait l’objet d’une exclusion temporaire de fonctions. Le ministre de l’intérieur est très attentif à la qualité des relations entre les forces de l’ordre et la population et ce, quelle que soit la situation des personnes concernées. Dans cette perspective, un nouveau code de déontologie viendra prochainement moderniser et compléter les règles déontologiques qui s’appliquent déjà aux policiers. L’identification des policiers en intervention, que le Défenseur des droits appelle de ses vœux, est une préoccupation du ministre de l’intérieur, qui en a décidé le principe et en fait actuellement étudier les modalités.

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Arno Klarsfeld évincé de l’Office de l’immigration et de l’intégration

15 janvier 2013 - Libération - AFP

L’Elysée a nommé un conseiller d’Etat à la place de cet avocat médiatique, proche de Nicolas Sarkozy.

L’avocat Arno Klarsfeld, proche de Nicolas Sarkozy, a été remplacé à la tête de la présidence de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), selon un décret du président de la République publié mardi au Journal Officiel. Rémy Schwartz, conseiller d’Etat de 62 ans, qui fut rapporteur général du Haut conseil à l’intégration de 1995 à 1997, lui succède.

En 2001, cet énarque avait remis au Premier ministre Lionel Jospin un rapport pour la création d’un musée de l’immigration. En 2003, il fut rapporteur de la commission Stasi sur la laïcité. « La gauche est plus sectaire que la droite sur les nominations », a réagi Arno Klarsfeld, tout en saluant « la compétence » de son successeur. « Mais en gros, je m’en fous de me faire virer, ce qui compte c’est le discours de François Hollande sur le Vel’d’Hiv », a-t-il ajouté. Lors de la dernière commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv, les 16 et 17 juillet 1942, le chef de l’Etat a de nouveau imputé la responsabilité de « ce crime » à la France.

Arno Klarsfeld est le fils de Beate, infatigable chasseur de nazis, et de Serge, président-fondateur de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France. Il avait été nommé à la tête de l’Ofii en septembre 2011, en remplacement de Dominique Paillé, un proche de Jean-Louis Borloo qui avait critiqué une « droitisation » de l’UMP sur les questions d’immigration.

Arno Klarsfeld avait apporté un soutien sans faille à l’ancienne majorité. En septembre 2011, il comparait François Hollande, alors candidat à la primaire socialiste, à « une petite felouque » à côté du « porte-avions » Nicolas Sarkozy. « Je ne comprends pas comment il a pu rester à la tête de l’Ofii pendant sept mois » après la victoire de François Hollande, s’est interrogé Pierre Henry, directeur général de France Terre d’asile (FTA). « Après avoir porté les politiques les plus restrictives et fait un certain nombre de sorties contestables, entre autres inepties, la dignité aurait dû l’amener à démissionner », a-t-il asséné.

Interrogé par la presse en septembre sur l’avenir d’Arno Klarsfeld, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, ministre de tutelle de l’Ofii, avait éludé en répondant : « j’ai beaucoup de respect pour ses parents ».

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Un jeune immigré afghan tué à coups de couteau

12 janvier 2013 - La matin.ch

Athènes (Grèce) - Un immigré afghan de 18 ans a été tué par des inconnus dans une rue d’un quartier du centre de la ville.

Les actes de violence contre les migrants se sont multipliés ces derniers mois après l’entrée au parlement en juin du parti néo-nazi Aube dorée.

Blessée grièvement à l’arme blanche samedi soir dans un quartier où habitent surtout des migrants, la victime a été transférée dans un hôpital d’Athènes avant de succomber à ses blessures tôt dimanche matin, selon cette source.

Selon les premières informations de l’enquête, le jeune homme aurait été victime d’un hold-up mais la police n’exclut pas une attaque raciste.

Aube dorée

Les actes de violence contre les migrants ont été multipliés après l’entrée pour la première fois au parlement d’Aube dorée, au discours xénophobe et raciste.

Ayant remporté remporté 7% des voix et 18 sièges sur 300 du parlement, ce parti est actuellement crédité de plus de 10% selon des sondages récents. Il est soupçonné d’être derrière des attaques contre les immigrés, dont nombreux ont été battus dans la rue et même chez eux.

Le parlement a récemment levé l’immunité de trois députés de l’Aube Dorée accusés d’avoir démoli les stands de marchands immigrés dans deux marchés, afin qu’ils puissent être jugés.

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Expo "Exit, exil ?" à Dunkerque

12 janvier 2013 - Médecin du Monde

« EXIT, EXIT ? », du 18 AU 27 janvier 2013 à bord de la DUCHESSE ANNE à Dunkerque, quai de la citadelle.

Une exposition pédagogique et manifeste qui lance un appel aux citoyens et aux responsables politiques pour que les droits fondamentaux des migrants soient respectés.

VERNISSAGE : LE VENDREDI 18 JANVIER A 18H

CONFERENCE : LE JEUDI 24 JANVIER A 19H
par Madame Catherine Wihtol de Wenden, politologue et sociologue, directrice de recherche au CNRS (CERI)

en présence de Haydée Sabéran, correspondante de Libération Lille et auteur de « Ceux qui passent » et Marion Osmont, photographe et auteur du livre « Des Hommes vivent ici »

avec l’aimable collaboration du Musée Portuaire

MdM, Mission Migrants Littoral Nord-Pas-de-Calais, 225 rue Winston Churchill, 59240 Dunkerque - 03 61 38 32 99 migrants.littoral@yahoo.fr

Y a-t-il encore des enfants en centre de rétention ?

11 janvier 2013 - Libération - Marie Piquemal

Hollande avait promis la fin de l’enfermement des mineurs. Huit mois après l’élection, s’il y en a effectivement moins en métropole, deux nouveaux cas viennent d’être repérés par les associations qui alertent par ailleurs sur la situation à Mayotte.

La promesse de campagne
 : « Je veux prendre l’engagement, si je suis élu à la présidence de la République, de mettre fin dès mai 2012 à la rétention des enfants et donc des familles avec enfants », avait écrit le candidat socialiste, François Hollande, dans une lettre adressée à plusieurs associations.

Pendant la campagne, François Hollande s’était montré peu prolixe en matière d’immigration, éludant le plus souvent la question. Parmi les quelques engagements sur le sujet, cette promesse, clairement formulée, de mettre fin à une pratique déjà condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme : l’enfermement des mineurs accompagnés de leurs parents en situation irrégulière avant leur expulsion du territoire. Huit mois après son élection, le président a t-il tenu cet engagement ?

Y a t-il encore des enfants enfermés ?

Oui, deux nouveaux cas viennent d’être repérés et dénoncés par les associations cette semaine. Mardi, une famille arménienne — grands-parents, mère et enfants (six mois et deux ans) — a été enfermée dans le centre de rétention administrative (CRA) de Metz. Le père était absent lors de leur interpellation à leur domicile en Lorraine.

Conduits le lendemain matin à l’aéroport de Roissy pour leur expulsion, ils ont refusé d’embarquer et ont été transférés au CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) pour une deuxième nuit en rétention. Selon la Cimade, association d’aide aux migrants, cette famille devait être ramenée sous escorte policière à Nancy ce jeudi.

Autre cas, tout récent lui aussi : « Mercredi, une autre famille a été enfermée au CRA de Metz, dénonce Richard Moyon, porte-parole de RESF (réseau éducation sans frontière). Pourtant, les parents sans-papiers étaient volontaires pour quitter le territoire... Ce qui veut dire que même quand une famille ne s’oppose pas à son expulsion, elle n’est pas à l’abri d’être placée en rétention. »

Le 28 septembre dernier, un couple afghan demandeurs d’asile et leurs deux enfants avaient aussi été placés en rétention, suscitant une forte mobilisation des associations d’aides aux migrants et même une intervention du défenseur des droits, Dominique Baudis. La famille a été enfermée une journée et une nuit complète avant d’être libérée et assignée à résidence dans un hôtel.

Une amélioration depuis la présidentielle ?

Oui, si l’on s’en tient à la France métropolitaine. En 2010, 351 mineurs avaient été placés en rétention avec leurs parents1. Sur les six derniers mois, les associations ne comptabilisent que les trois cas mentionnés ci-dessus. « Mais il est tout à fait possible que d’autres familles aient été retenues sans que nous le sachions, note Sarah Belaisch de la Cimade. Nous ne sommes pas présents dans tous les centres de rétention et les préfets peuvent créer, sur simple arrêté, des locaux temporaires de rétention (dans un bus, un sous-sol de commissariat, etc.) »

Les enfermements de mineurs, avec leurs parents, ont baissé depuis l’entrée en vigueur de la circulaire du 6 juillet dernier. Où il a été demandé aux préfets, pour les familles avec enfants, de recourir à l’assignation à résidence plutôt qu’au placement en rétention.

Jusqu’ici quand un étranger en situation irrégulière était arrêté lors d’un contrôle d’identité, les services de la préfecture pouvaient décider de son placement en rétention en attendant le passage devant le juge et une éventuelle expulsion. Au nom de « l’unité familiale », des mineurs pouvaient être incarcérés avec leurs parents dans l’un des dix centres de rétention administrative habilités à recevoir des familles.

Désormais, pour les familles, l’assignation à résidence (à leur domicile ou à l’hôtel) devient la règle... Mais le placement en rétention demeure possible sous certaines conditions. « En cas de non respect des conditions de l’assignation à résidence, en cas de fuite d’un ou plusieurs membres de la famille ou en cas de refus d’embarquement », précise la circulaire.

Pour Richard Moyon, « la liste des exceptions est tellement longue qu’au final, l’administration a les mains libres... » Au cabinet du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, on s’en défend, évidemment : « La circulaire a été prise dans les deux mois après l’élection. C’est un texte ambitieux qui bouscule certaines habitudes et qui est bien appliqué : depuis le 6 juillet, plus de soixante familles ont été assignées à résidence alors qu’avant, elles auraient été placées en rétention pendant 45 jours au maximum. »

Ce qu’il reste à faire

La circulaire présente deux grosses lacunes, selon la Cimade. D’abord, et ce n’est pas rien, elle ne s’applique pas à Mayotte, qui est pourtant un département français. « D’après les derniers chiffres, 5389 enfants ont été placés en rétention à Mayotte en 2010, rappelle David Rohi, en charge de la commission éloignement à la Cimade. Les conditions de rétention sont vraiment insupportables, le CRA de Mayotte n’est pas du tout aux normes et n’est pas adapté à l’accueil des familles. » Pourquoi ce département est-il exclu du champ d’application de la circulaire ? « Le contexte migratoire y est très spécifique, un tiers de la population est en situation irrégulière. Vraiment, la situation n’est en rien transposable à celle que l’on trouve sur le territoire métropolitain. Notons aussi que la durée moyenne de rétention à Mayotte n’est que de huit heures », répond le cabinet de Manuel Valls.

Sarah Belaisch de la Cimade pointe un autre problème, lié à la nature même du texte : « Par définition, une circulaire n’a pas de force contraignante, cela ne vaut pas un texte de loi. » Un projet de loi sur l’immigration est en préparation au ministère, peut-être que l’engagement de François Hollande sur l’enfermement des mineurs y figurera.

1 Selon le rapport publié fin 2011 par les cinq associations autorisées à intervenir dans les centre de rétention (Assfam, Cimade, Forum réfugiés, France Terre d’asile et Ordre de Malte).

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Les migrants, agents du développement

4 janvier 2013 - Libération - Fabrice Tassel

S’il est un sujet sur lequel il est bon de regarder au-delà de nos frontières, c’est bien l’immigration. Voilà un livre qui peut y contribuer. D’abord parce qu’il nous fait voyager : Chine, Inde, Etats-Unis, Brésil, Kenya, Turquie, Mexique… Ensuite parce que son postulat est positif, comme le résume le titre, Du village à la ville, comment les migrants changent le monde.

Au terme d’une enquête menée pendant deux ans, Doug Saunders, correspondant en Europe du magazine canadien The Globe and Mail, constate que les politiques de fermeture menées par les Etats n’arrêteront pas les migrations. C’est ainsi : de tout temps, les hommes se sont déplacés, et le mouvement ne faiblit pas, loin de là.

Le titre du livre aurait aussi pu porter sur l’agriculture, autre composante principale de la démonstration : « A la fin du siècle, l’espèce humaine sera intégralement urbanisée », écrit Saunders dès la quatrième ligne. Pour l’auteur, les migrants créent un nouvel espace urbain, « la ville tremplin, où se produira le prochain boom économique et culturel, ou alors, la prochaine explosion de violence. Tout dépend de notre capacité à voir les choses à temps et de notre désir d’agir maintenant ».

Parmi les nombreux exemples du livre, Chongqing, en Chine, illustre à merveille le concept de ville tremplin. Avec 10 millions d’habitants (et 200 000 de plus chaque année), cette cité est en fait un agrégat de petites localités qui, depuis quinze ans, se sont rapprochées sous l’effet de l’arrivée des campagnards, jusqu’à former un gigantesque bloc urbain.

Qu’on les appelle « slums », « favelas » ou « banlieues difficiles », ces quartiers abritent, selon Saunders, l’éclosion d’une classe moyenne à la faveur d’un incroyable dynamisme économique et de l’essor des technologies de communication qui, par exemple, permettent aux migrants, une fois stabilisés, de transférer des fonds pour faire vivre leur famille restée au village. Le Bangladesh rural reçoit ainsi, tous les ans, 11 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros) des compatriotes résidant à Londres. La ville tremplin devient « un mécanisme d’entrée » qui permet d’accéder à un emploi, un logement, puis d’avoir une existence citoyenne.

Quelques chiffres donnent la mesure du phénomène migratoire à l’œuvre : en 1950, 309 millions de personnes dans le monde dit en développement (essentiellement en Asie et en Afrique) habitaient dans les villes ; en 2030, elles seront 3,9 milliards. Et, de 2007 à 2050, les métropoles du monde absorberont encore 3,1 milliards de villageois migrateurs. A cette date, 70% des gens vivront en ville.

La population mondiale cessera alors de croître sous l’effet de cette urbanisation forcenée, qui aura permis à davantage de filles d’être scolarisées et éduquées. Encore un bienfait collatéral des migrations.

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Aide aux migrants : la solidarité n’est plus un délit

3 janvier 2013 - France 3 Nord-Pas-de-Calais - Laurent Navez

Depuis le 1er janvier, apporter de l’aide à une personne en situation irrégulière n’est plus illégal. Le "délit de solidarité" ne pourra donc plus s’appliquer aux bénévoles qui soutiennent les migrants.

C’est une belle victoire pour les associations qui défendent des étrangers en situation irrégulière sur le territoire français. Le délit de solidarité n’existe plus depuis le 1er janvier 2013 et la parution au Journal Officiel du décret qui l’annule. Il avait soulevé beaucoup d’émotion parmi les bénévoles dont certains, notamment sur le littoral où ils aident les migrants candidats à l’exil vers l’Angleterre, avaient été placés en garde à vue voire condamnés pour ce délit. En le supprimant, le ministre de l’intérieur Manuel Valls créé un profond soulagement sur le terrain.

Pour lire les détails du texte de loi paru au Journal Officiel, cliquez sur le lien ci-dessous.

Extrait du Journal Officiel du 1er janvier 2013

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Calais : rixes entre migrants — Une situation de détresse

2 janvier 2013 - Lutte Ouvrière

Dans les rues de Calais, les 24 et 25 décembre, des affrontements faisant quelques blessés légers ont opposé entre eux plusieurs dizaines de migrants d’origines différentes, sur les lieux où les associations qui leur viennent en aide assurent habituellement la distribution des repas.

Les tensions entre les diverses nationalités ne sont pas nouvelles : comme le reste de la population, les réfugiés n’échappent pas aux préjugés nationalistes et les réseaux concurrents de passeurs peuvent parfois contribuer à les exacerber.

Mais ces rixes violentes sont surtout le résultat de l’état de survie auquel ces migrants en sont réduits. Leurs abris sont régulièrement démantelés par la police, leurs quelques affaires détruites ; et ils doivent à nouveau chercher des lieux où dormir, trouver des couvertures. Jean-Claude Lenoir, responsable de l’association Salam, dénonce la précarité et « le cercle vicieux » que constitue leur situation.

L’afflux de réfugiés dans la ville est en effet un problème permanent depuis plus de dix ans, le phénomène ayant commencé avec l’arrivée des réfugiés de la guerre du Kosovo. L’Angleterre reste toujours un pays attractif pour tous ceux qui fuient la misère, la dictature ou la guerre dans leur pays, et comptent sur leur famille ou leur communauté qui s’y sont déjà installées. Et la ville de Calais est le port le plus proche d’où ils peuvent espérer traverser clandestinement.

Le gouvernement de droite de Sarkozy avait mené contre eux une traque cynique : en 2002 il avait fermé le centre de la Croix-Rouge de Sangatte, puis en 2009 il avait fait raser la « jungle », sorte de campement dans les bois environnants, mais le harcèlement policier n’a pas fait disparaître les migrants pour autant. Le gouvernement socialiste de Hollande, dans son souci démagogique de plaire à l’électorat réactionnaire, a tenu à montrer qu’il ne modifiait pas leurs conditions d’accueil dans un sens humanitaire en faisant donner sa police fin septembre contre un squat, à la demande de la maire UMP de la ville.

La gêne pour les riverains engendrée par la proximité des lieux où s’installent les migrants ne peut pas faire oublier la détresse de ces hommes et femmes victimes d’abord d’une société capitaliste inhumaine : les pays riches, comme la France ou l’Angleterre, sont les premiers responsables, par leur politique coloniale et les guerres qu’ils fomentent, de la détresse des peuples du tiers-monde, qui les poussent à fuir leur propre pays dans l’espoir de vivre un peu mieux ailleurs.

Correspondant LO

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