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Archives du mois de 05 2014

Calais : plus de trois cents personnes rassemblées en soutien aux migrants

31 mai 2014 - La Voix du Nord - Dominique Salomez

Plus de trois cents personnes sont réunies ce samedi après-midi sur la place d’Armes pour apporter leur soutien aux migrants. En musique, Calaisiens, bénévoles associatifs, militants, migrants, représentants politiques (PS, Front de gauche, EELV) partagent thé et chocolat.

Sur des grilles, on lit des messages de soutien : « This borders kill », « Les escales à Calais n’ont pas la même saveur pour tous », « Ouvrons la frontière ».

Depuis le démantèlement de deux camps mercredi, environ 250 migrants ont investi le lieu de distribution des repas. En accord avec le préfet du Pas-de-Calais, ils avaient jusqu’à vendredi soir pour quitter l’endroit. Ce samedi matin, le sous-préfet et directeur départemental de la cohésion sociale (DDCS) sont venus faire un point sur la situation et demander aux migrants de quitter les lieux. Des négociations avec les représentants des communautés et les militants associatifs sont en cours pour que les personnes réfugiées puissent occuper un autre terrain dans l’attente d’une nouvelle rencontre (prévue mardi) avec le DDCS, qui s’est engagé à ce qu’aucune interpellation ne soit faite d’ici là dans le cas d’un accord trouvé et respecté.

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À Calais, un jour sans camp ou comment les migrants sont forcés de trouver leur place ailleurs

30 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Deux camps hébergeant près de 550 migrants, ont été rasés mercredi pour raisons sanitaires, à l’initiative du préfet du Pas-de-Calais. Des migrants se sont réfugiés sur le lieu de distribution des repas et ont jusqu’à ce vendredi pour trouver eux-mêmes une autre place sous peine d’une nouvelle expulsion…

Ce jeudi matin, on entend le jet d’eau des trois robinets carburer. Ils sont implantés dans l’enceinte du lieu de distribution. Torse nu et debout, des migrants se lavent à l’eau froide et se rasent. D’autres sont enroulés dans leur couverture, sur le goudron. Des tentes ont été dressées dans la cour. À quelques pas du lieu, le terrain, place de l’Europe, qui accueillait un bidonville de tentes bâchées noires, le camp dit « des Syriens », est désormais nu. Comme si personne n’avait vécu là.

En tailleur autour du « chef »

En ce jour de l’Ascension, leur réveil dans la zone de repli n’est pas radieux : le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin, leur a laissé 48 heures pour trouver un autre endroit où survivre. Certes, mais où ? La question est sans cesse posée depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2002.

Toute la journée, les migrants, par communauté, ont débattu, discuté pour tenter de la résoudre. Un groupe d’Africains s’est formé dans la cour : des rangées de jeunes hommes, assis en tailleur, sont entourées par d’autres restés debout. Ils ont écouté le « chef » leur faire part de la situation et se creuser les méninges. Sans omettre cette équation : quelle place trouver qui soit la plus discrète possible ? C’est bien ce que souhaitent les autorités : l’opération de mercredi a prouvé que les camps n’avaient pas leur place en centre-ville. Investir les logements vides de Calais ? La chose est déjà faite : trois squats font l’objet d’une procédure d’expulsion. Alors un endroit en périphérie ? De quoi raviver les mauvais souvenirs de la destruction de la « jungle » en 2009 installée en pleine nature, zone des Dunes.

David, un Érythréen de 40ans, arrivé à Calais il y a une semaine, confie : « Je préfère rester dans le centre si on nous met des commodités. Sinon je préfère être hors centre mais toujours près de Calais. » Comme la plupart des autres errants, il rêve d’Angleterre alors la proposition faite par le directeur départemental de la cohésion sociale d’une place en hébergement dans le Pas-de-Calais est à côté de ses espoirs et attentes. Dans l’après-midi, les discussions entre exilés et associations ont duré quatre heures. Les communautés afghane et africaine n’ont pas trouvé d’accord. Jan, porte-parole des Afghans, préfère rester sur le lieu de distribution : « Nous voulons des garanties que la police ne viendra pas détruire notre prochain camp. Et nous avons besoin d’une meilleure vie. Ici, il y a le repas du soir et de l’eau. Tous ont décidé de rester. » Un Érythréen préfère partir mais est forcé de reconnaître : « Nous n’avons pas d’endroit sauf ici. » Les discussions devaient reprendre dans la soirée, pressées par les associations qui attendent une réponse précise avant d’interpeller le préfet.

Les associations d’aide aux migrants lancent un appel à la manifestation samedi à 14 h place d’Armes à Calais.

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Les migrants délogés ont migré sur le trottoir d’en face, et après ?

30 mai 2014 - Nord Littoral - D. K.

Au lendemain de l’évacuation, les associations s’interrogent

Vont-ils faire de la résistance et rester sur l’aire de distribution des repas ? Colère, déception, crainte... Au lendemain de l’évacuation des camps de migrants, les réfugiés s’interrogent, réfléchissent où aller. Les associations se serrent les coudes pour agir humainement et trouver des solutions L’aire de distribution de repas s’est transformée en refuge pour migrants, certains ont pris la route de la "jungle" de l’Hoverport, d’autres ont trouvé une place dans les squats et beaucoup s’interrogent. « On ne sait pas où on va dormir ! », lâche un migrant. Les associations pestent et martèlent que le problème est déplacé. Les migrants du camp Lamy ont traversé la route pour se retrouver sur l’aire de distribution des repas. Une situation humainement critiquée après l’évacuation de plusieurs camps mercredi. Près de 600 migrants sont à la rue.

Les associations et les No Border soudés pour la même cause

En début d’après-midi hier, les associatifs passent la clôture à tour de bras. Assis à même le sol, ils réfléchissent à la suite. La veille, le préfet a autorisé l’utilisation de ce site temporairement, pour 48 heures. « Et après ? » La phrase résonne comme une triste ritournelle. Salam, Calais Ouverture Humanité, Médecins du monde, les militants No Border.... Tous sont regroupés pour la même cause. « Nous sommes inquiets et très soudés », confie un activiste No Border. « Mais là on manque de tentes, de couvertures... On manque de tout. » A quelques mètres, les Africains sont aussi réunis et discutent de la suite, votent à main levée.
A l’endroit où d’habitude les migrants se posent pour avaler leur unique repas, des Africains sont couchés. Au sol des bâches de plastique. Plus loin, quelques tentes ont été installées. Des Pakistanais discutent. Un autre épluche à même le sol un oignon avec une lame de rasoir.

Des gamins de 14 ans

Khalid, un Algérien, avoue être en colère quant à la situation. « Ils nous disent de trouver une place loin d’ici mais on peut continuer à acheter dans les magasins ? ! (...) J’ai parlé avec un Afghan, il me dit que c’est pire que dans les autres pays d’Europe ! Et le gouvernement ? Les tentes, c’est les associations. A manger, c’est Salam. » Et d’ajouter : « La police regarde les gens comme des chiens ! » Un jeune syrien s’approche, passe le balai sur le bitume de cette cour devenue un refuge. Ahmed a 14 ans. Un adolescent seul qui a pour seul objectif de franchir la Manche. « J’ai essayé dix fois ! » Et il n’est pas le seul gamin à entendre près du port pour tenter sa chance outre Manche.
La situation est complexe, l’avenir flou. « On ne sait pas quoi faire... », soupire Séverine Mayer du collectif Calais Ouverture Humanité après la réunion. « Certains veulent rester sur l’aire de distribution, d’autres veulent un statut, des papiers, que la France leur permettre de vivre. Les migrants ont aussi passé beaucoup de temps à remercier tout le monde... » La liberté de leurs droits est évoquée par les migrants. Et Séverine Mayer de poursuivre : « Certains ne veulent pas rester sur l’aire de distribution mais dans un lieu sûr, pas sur un terrain privé pour être expulsé après. » Le contexte est difficile. « On a tous compris à demi-mot que le préfet tolérerait des petits squats, des petits camps... Mais les gars finissent toujours par se regrouper car ils se sentent plus en sécurité. » Sur l’aire de distribution des repas, humainement, le tableau est sombre.

« J’ai mal dans ma chair »

Seul avec ses questions, ses doutes, sa peur. Assis sur une planche de bois, emmitouflé dans une couverture, Koné est à l’écart des autres migrants. A quelques mètres, d’autres Africains sont assoupis, au sol, sur des bâches de plastique. La douleur se lit dans le regard de Koné. Cet Ivoirien de 25 ans ne sait plus. Renoncer, avancer ?

Vivre en paix

Les événements de la veille lui ont mis un énième coup en pleine face. « J’ai mal dans ma chair », lâche-t-il doucement, dans un français impeccable. Venant d’un pays colonisé par la France, Koné est arrivé à Calais il y a une semaine, avec d’énormes espoirs. Il déchante. Il n’a pas eu le temps d’accuser le coup, se poser, réfléchir à l’avenir. Mercredi, il a dû quitter le camp Lamy. En venant ici, il voulait « vivre en paix. J’ai plus envie de tout ça... Ce n’est pas une vie », soupire l’homme dont le regard laisse entrevoir les blessures accumulées.

« Je n’arrive plus à dormir »

Koné voudrait rester en France. Mais là, il doute. Perdu. « Je préfère rester ici... », confie-t-il tout de même. Son arrivée est récente, il ne sait pas comment faire, à qui parler. Livré à lui même, très discret, l’homme est pudique. « Ma famille est restée. Ici, je suis toujours dans mon coin. » Parmi les Africains, il est « le seul à parler français ». Mécanicien et chauffeur, il aimerait « travailler. Je pourrais le faire, mais comment ? » Depuis l’évacuation, il a clairement la peur au ventre. « Je n’arrive plus à dormir, je me demande si la police va revenir... » Désormais, il envisage de tenter sa chance en Angleterre. Il pourrait essayer de passer, cette nuit peut-être « en suivant les autres »... Tenter de passer, et prendre des risques. Les doutes, la crainte permanente et un seul souhait : « J’ai envie de vivre. »

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Démantèlement des camps à Calais : des migrants remettent leurs revendications en sous-préfecture

30 mai 2014 - La Voix du Nord - C. T. avec D. M.

Le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin, avait donné 48 heures aux 200 à 250 migrants et bénévoles associatifs qui occupent le lieu de distribution des repas de la rue de Moscou pour évacuer le site. Un site occupé depuis mercredi suite au démantèlement, pour raisons sanitaires selon la préfecture, des deux camps (quai de la Gironde et rue Lamy) « hébergeant » près de 550 migrants.

Ce vendredi, en début d’après-midi, après de longues discussions la veille, une délégation de cinq migrants représentant les différentes communautés (Afghanistan, Pakistan, Soudan, Syrie) a rédigé un cahier de revendications communes remis en sous-préfecture vers 17 h après avoir attendu, en vain, un entretien avec le sous-préfet, Alain Gérard. Parmi ces revendications : être à l’abri de revendications policières, être nourri trois fois par jour, la mise à disposition de maisons accessibles à toute heure et présentant des conditions sanitaires respectables pour les migrants souhaitant se rendre en Angleterre ou demandant l’asile en France, l’ouverture de négociations entre la France et le Royaume-Uni.

La délégation, dans laquelle on trouvait également des bénévoles associatifs, n’a pu être reçue par Alain Gérard retenu, selon nos informations, par la supervision d’un contrôle routier de gendarmerie dans l’arrière-pays du Calaisis.

Les migrants ont décidé de ne pas quitter le lieu de distribution tant que ces revendications ne seraient pas entendues. Venu à leur rencontre, le député PS calaisien, Yann Capet, les a invités à éviter toute escalade en acceptant l’ultimatum du préfet.

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Calais : fin de la démolition des camps et des négociations entre migrants et préfet

29 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand et Dominique Salomez

Les CRS ont encerclé ce mercredi matin plusieurs camps de migrants à Calais en vue de leur démantèlement qui s’est achevé vers 13 h. Beaucoup des quelques 550 migrants concernés par cette évacuation avaient déjà quitté les lieux pour se rendre notamment sur le lieu de distribution, rue de Moscou, où des discussions avec les représentants de la préfecture se sont achevés sur un compromis : les migrants sont autorisés à rester dans le lieu de distribution jusqu’à demain voire vendredi matin. Avant de trouver un autre point de chute, « loin du centre-ville », selon les dires du représentant du préfet.

Le préfet du Pas-de-Calais a tenu un point presse ce mardi matin à 8 h, tandis que les forces de l’ordre étaient entrées en action sur les deux camps, une demi-heure plus tôt. Il a indiqué que 200 CRS, gendarmes mobiles et gendarmes de la brigade nautique avaient été mobilisés ce mercredi matin. « Ce qui l’emporte avant tout pour moi, c’est le dispositif sanitaire. Il y a une épidémie de gale qui commence à se développer dans la ville de Calais. Je prends l’engagement qu’il n’y aura pas d’interpellation ou de contrôle de la régularité du séjour des migrants qui entrent dans le dispositif. Pas d’interpellation, sauf en cas de rébellion », a indiqué le préfet, Denis Robin.

Les représentants des différentes nationalités de migrants étaient en pleine discussion vers 10 h 30 pour savoir s’ils acceptaient ou pas la proposition des autorités de quitter le camp et de prendre des bus pour aller prendre une douche et être relogés ailleurs. En échange de la promesse de zéro arrestation.

Pour le dispositif sanitaire, des bus ont été mis à disposition pour faire la navette entre le lieu de distribution des repas, situé face au camp de la rue Lamy, l’un des deux camps démantelés, et la zone Marcel-Doret, où se trouve le lieu de douche géré par le Secours Catholique. C’est là-bas que les réfugiés volontaires ont la possibilité d’être accueillis par quatre médecins de la PASS, un service du centre hospitalier de Calais, et de l’agence régionale de santé. Une vingtaine de bénévoles de la Croix-Rouge et de la Croix-Blanche sont également mobilisés. Cinq cents sacs ont été préparés pour permettre aux migrants de changer leurs vêtements, chaussures, couchage. « Six douches supplémentaires (soit treize au total) ont été installées en plus des sept existantes », souligne le préfet. Vers 14 h, une cinquantaine avaient accepté de s’y rendre, souvent par leurs propres moyens.

Les autres, plus de 200, se sont rendus sur le lieu de distribution des repas vers 9 h en bloquant les accès avec des poubelles pour empêcher les forces de police d’entrer. Plusieurs dizaines de membres des forces de police et de gendarmerie se sont alors postés devant la grille donnant accès au lieu. Ils ont fait face aux bénévoles des associations (Médecins du monde, No Border, etc.). Le directeur départemental de la cohésion sociale, représentant le préfet, a tenté d’expliquer le dispositif sanitaire proposé par l’État et assuré que si les migrants montaient dans les bus, « il n’y aura pas d’interpellation ». Des dispositifs d’hébergement sont prévus pour tous les migrants, a-t-il assuré. Mais ces derniers, qui souhaitent rejoindre l’Angleterre, refusent d’être dispatchés dans des hôtels du département.

Cet échange s’est achevé sur un compromis : migrants et bénévoles associatifs ont la possibilité de rester dans l’enceinte du lieu de distribution jusqu’à jeudi ou vendredi matin, date à laquelle ils devront avoir quitté les lieux pour un « endroit éloigné du centre-ville », selon les mots du directeur départemental de la cohésion sociale. Dans une conférence de presse tenue à 15 h, Denis Robin, a confirmé les termes de cet accord en précisant qu’il faisait « confiance aux associations ». Selon lui, quinze migrants ont accepté des solutions d’hébergement dans le département et deux mineurs rejoindront le dispositif temporaire mis en place à leur intention à Olhain.

Deux camps rasés : le récit de l’évacuation

Vers 7 h, les forces de police étaient arrivées au camp de la Batellerie, dit « des Africains », situé quai de la Gironde. Plusieurs camions de CRS avaient été déployés pour tenter de faire évacuer le camp. Ils se sont heurtés aux No Border, activistes qui défendent les migrants. Ces derniers ont planté des tentes pour bloquer des routes. En réalité, il ne restait que deux migrants dans ce camp. Les autres avaient fui ces derniers jours, voire ce mercredi matin. Nous avons aperçu tôt ce matin de nombreux individus quittant les lieux, couvertures sur le dos. La destruction de ce camp est achevée ; les services de la Ville de Calais ont sécurisé le site.

Un peu plus loin, rue Lamy, au camp dit « des Syriens », beaucoup d’agitation à 7 h 30. Les bénévoles et les journalistes étaient venus nombreux ainsi que des Calaisiens lambdas pour assister au démantèlement annoncé de cet autre camp. Ici aussi, de nombreux migrants avaient quitté le camp par eux-mêmes pour rejoindre « la jungle », un ancien lieu de campement situé zone des Dunes. En fin de matinée, les bulldozers sont entrés en action pour détruire le camp sous le regard de migrants et de passants. Face au cordon de CRS qui encercle la zone en cours de destruction, la tension était palpable. Des migrants qui souhaitaient récupérer leurs affaires dans le camp exprimaient leur colère. Les associations les ont appelés au calme.

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Démantèlement des camps de migrants à Calais : de « l’improvisation » pour les associations d’aide

29 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Les associations d’aide aux migrants sont en état de choc depuis l’annonce du préfet il y a une semaine de fermer les camps. Hier, elles dénonçaient « une organisation catastrophique de l’opération ».

« Sur 600 migrants, à peine 50 personnes ont bénéficié d’un accès aux douches, 17 pour la proposition d’hébergement, c’est ridicule. Ce qu’on a vu est improvisé et c’est une solution inadaptée », souligne Maël Galisson, coordinateur de la plateforme de service aux migrants. Vincent De Coninck du Secours Catholique a employé le terme de « maltraitance institutionnelle » pour qualifier l’opération. L’évêque d’Arras, Jean-Paul Jaeger, s’est demandé : « Jusqu’à quand se poursuivra sur nos rivages un déni d’humanité qu’une sournoise indifférence s’efforce de cacher ? » Cécile Bossy, coordinatrice de Médecins du Monde, soupire : « Il y a un manque de préparation et d’anticipation. Il fallait effectuer un travail en amont pour trouver une solution alternative. » Comme elle, Christian Salomé, président de l’Auberge des migrants, estime que « le traitement de l’épidémie de gale est un échec ». Une activiste s’indigne : « Il fallait voir comment ils ont proposé d’aller aux douches, il y avait 300 policiers. À quel moment voulez-vous qu’ils leur fassent confiance pour monter dans les bus ? »

« C’est une erreur lamentable d’avoir laissé les associations de côté, martèle Jean-Claude Lenoir, président de Salam. C’est dramatique d’autant que c’est une opération très coûteuse quand on voit qu’un avion surveillait la zone. C’est dommage alors que depuis un an et demi, nous avions l’impression d’avoir un dialogue avec la préfecture. Rien n’a avancé et les gens sont à nouveau à la rue. L’opération a cassé la confiance du mouvement associatif dans les autorités. » Jean-Claude Lenoir regrette que ces dernières aient d’abord usé de la force avant d’entamer la négociation. « J’ai trouvé que c’était une journée particulièrement violente au niveau du lieu de distribution des repas », décrit Christian Salomé en évoquant la confrontation entre les exilés et policiers au moment où ces derniers tentaient de pénétrer dans l’enceinte du lieu de distribution des repas.

« Vouloir passer par la force n’est pas une bonne solution », insiste Joël Deseigne du Secours Catholique, qui souligne toutefois qu’en quinze ans de bénévolat « c’est la première fois qu’on laisse les migrants choisir un terrain (après le démantèlement) pour s’installer et qu’on fait reculer les pouvoirs publics ». Habituellement, le démantèlement se termine par une simple évacuation. Là, c’est la négociation qui a primé. « Il y avait beaucoup de médias et les migrants étaient déterminés et unis », raconte Joël Deseigne. Jean-Claude Lenoir n’oublie pas de constater que « c’est parce qu’il y a eu des stades de préviolence latente pendant l’opération qu’ils en sont venus à la négociation ».

Du visible à l’invisible

Le terrain, appartenant à la Région, et sur lequel s’était implanté le camp dit « des Syriens » était déjà le fruit d’une négociation. En octobre dernier, les Syriens avaient manifesté au port pour revendiquer des conditions de vie plus dignes et un endroit où ils pouvaient s’installer. La place de l’Europe avait été choisie et « on leur avait dit qu’on les laisserait tranquilles », rappelle Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités.

Hier, le préfet a indiqué qu’il laissait un jour de répit aux exilés pour qu’ils trouvent avec les associations un nouveau terrain. « Il dit aux gens d’aller squatter ! », résume Philippe Wannesson. « Les pouvoirs publics tournent en rond », analyse Joël Deseigne du secours Catholique. Aucun terrain n’a été proposé par les autorités. Le préfet fait confiance aux associations pour qu’elles le trouvent. « Il leur demande de trouver des endroits discrets hors du centre-ville de Calais », ajoute Christian Salomé. Le retour à l’invisibilité, c’est le « retour à la jungle de 2009 », indique une bénévole. Et ignorer la prise en charge d’une migration à Calais devenu inévitable.

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Calais : dans la nuit de lundi à mardi, des migrants et des activistes occupent le lieu de distribution des repas

27 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Dans la nuit de lundi à mardi vers 2 h, plusieurs centaines de migrants des camps du quai de la Gironde et rue Lamy, accompagnés d’activistes français et étrangers - des No Border entre autres - ont occupé le lieu de distribution des repas, rue de Moscou.

Ils sont arrivés avec leur couverture sur le dos ou vêtus de ponchos en plastique protégeant de la pluie. Par petits groupes et dans la nuit noire, ils ont posé des bâches sur un sol encore trempé. Ils se sont installés : certains trouvant tout de suite le sommeil, d’autres attendant de voir ce qui se passe. Les activistes rappellent que l’action a été décidée par les migrants à l’issue du point d’échange qu’ils ont eu avec les associations. Celles-ci se sont rassemblées samedi pour leur annoncer la volonté du préfet de fermer les camps. « Les Afghans voulaient résister lors du démantèlement, les Africains préféraient une manif et finalement ils se sont réunis par petits groupes et l’idée leur est venue d’occuper ce lieu », explique Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités. Cette action intervient à la veille du démantèlement des camps de fortune, initialement programmé ce mardi.

Cette même nuit, un Afghan a aperçu les exilés venus du camp de la Batellerie, quai de la Gironde et marchant vers le lieu de distribution des repas tenu par Salam. Son camp, dit « camp des Syriens », est situé juste en face : « On m’a dit Go to Salam, je ne sais pas pourquoi. » Deux Érythréens, eux, le savent : « On attend de voir ce que fera la police. Mais nous avons mené cette action parce que nous voulons montrer que nous sommes un tout et que tous nous voulons passer en Angleterre. » Un Syrien d’Alep explique qu’il a eu envie de rejoindre l’occupation à la distribution car il est lassé des conditions de vie en France. Un militant craignait qu’ils ne soient chassés ou arrêtés à l’aube, ce mardi, à cause de cette action. Un autre activiste indiquait que les « migrants ne pouvaient pas se faire expulser des camps sans rien dire ». Ils sont venus se réfugier vers un lieu voué de toute évidence à devenir une zone de repli. « Il ne faut pas prendre l’action de cette nuit comme une provocation, souligne Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins de Monde. Il n’y a plus beaucoup d’alternative et d’espaces où les migrants peuvent se dispatcher. Ici, ils peuvent s’allonger, il y a les auvents. Très clairement ils s’exposent mais entre les camps et le goudron, il n’y a pas beaucoup de différence. »

Les associations ont écrit une lettre à Manuel Valls pour dénoncer les conditions du démantèlement.

Le traitement contre la gale distribué avec peine

Ce mardi, l’agence régionale de santé (ARS) et l’hôpital de Calais sont intervenus sur le lieu de distribution des repas pour proposer un traitement contre la gale aux migrants. Il s’agit du début du protocole sanitaire mis en place par la préfecture et qui aboutira probablement, aujourd’hui, à la destruction des camps. Le préfet, Denis Robin, sera présent à Calais pour donner une conférence de presse dès 8 h. Il communiquera sur le nombre de traitements délivrés ce mardi, faible compte tenu du taux de volontaires.

Sur le lieu de distribution des repas, ce mardi, Salam a distribué des tickets. Des migrants se sont défendus en disant qu’ils n’étaient pas malades. La police était présente dans l’enceinte. Le personnel hospitalier en blouse blanche et gilet jaune a installé à la vue de tous des tables au milieu de la cour, avec gobelets. « Pour une fois que les migrants voient des tables et des chaises ici !, lâche une activiste. Ce traitement est inutile, c’est une supercherie. » Cécile Bossy, coordinatrice à Médecins du Monde, confie : « C’est inhumain et indécent, comme ça sous la pluie. » « Ils ont oublié de mettre un rideau pour les galeux ! », ironise Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités.

Les exilés ont continué à manger ou à faire mine de vouloir prendre leur traitement. Les interprètes de la permanence d’accès aux soins de santé (PASS) et ceux de la police aux frontières (PAF) se sont approchés d’eux. « Ils ne veulent pas prendre le cachet parce qu’ils ne veulent pas être filmés par les caméras », explique une interprète de la PAF. Aussitôt contredit par une bénévole de Salam qui insiste : « C’est surtout parce qu’ils ne veulent pas se montrer devant tout le monde et avec la présence de la police, c’est foutu ! » Des activistes ont dressé une banderole en tissu sur le grillage : « La France des abrutis et des pourris, on la combat ou on lui obéit », est-il écrit. Le personnel de l’ARS et de l’hôpital, guidés par leur mission de santé publique, a accompagné des exilés vers les tables. Certains soignants ont confié leur malaise d’être là et ont souligné leur « position délicate ».

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Démantèlement annoncé des camps de migrants à Calais : les associations abasourdies

22 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Les associations d’aide aux migrants sont sorties ce mercredi de la rencontre avec le préfet Denis Robin en état de choc. Le plan du représentant de l’État est vécu comme une opération coup de poing à laquelle les associations semblent être prêtes à répondre par une action samedi.

Les associations ne s’attendaient pas à de telles décisions de la part du préfet. D’autant qu’elles soulignaient récemment la concertation qui a été menée sur le squat Victor-Hugo et la Maison du migrant. Mais l’information du traitement de la gale sur une journée alors qu’au même moment les camps seront détruits, est difficile à avaler. « Nous sommes estomaqués par cette réponse qui est à l’envers du dialogue instauré pour le squat Victor-Hugo », partage Maël Galisson, coordinateur à la plateforme de service aux migrants qui réunit la plupart des associations.

Les militants attendaient, pour les camps, des solutions constructives. Ils jugent aujourd’hui qu’elles sont « inappropriées ». Comme le placement des mineurs dans un centre d’accueil d’Olhain. Le lieu est situé à 97 km, les associations le précisent en ajoutant qu’une minorité des migrants acceptera cette solution car elle les obligerait à renoncer au passage vers l’Angleterre. Le plan laisse dubitatif. « Rien n’est préparé en amont. J’ai envie de dire au préfet qu’il manque un quatrième volet sur la prévention de tout ça. C’est la première des choses », commente Jean-Claude Lenoir de Salam.

La répétition des expulsions

Véronique Devise, présidente départementale du Secours Catholique résume la parole des associations : « On retombe dans l’expulsion alors que deux campements avaient été autorisés. Elle fragilisera les migrants qui seront un peu plus à la merci des passeurs. Construire des choses plus organisées constitue un contre-pouvoir par rapport aux passeurs. » L’éternel refrain de l’évacuation, Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’Hospitalités, s’y attendait : « On est toujours sur un même cycle où on empêche les migrants de s’installer et ils finissent par le faire. C’est un triste pronostic pessimiste. Rien n’empêche le dialogue, le diagnostic et l’expérimentation mais on reste dans cette même incapacité de construire quelque chose de vraiment sérieux. » Il rappelle que le même type de plan de traitement de la gale avait été proposé en 2009 : « C’était déjà mal fait. On va soigner les gens sur une journée sauf que le temps d’incubation de la gale est de trois semaines, donc ceux qui ne le sont pas n’iront pas se faire soigner ce jour-là », souligne, blasé, Philippe Wannesson.

La gale, le mal stigmatisant

Une militante s’indigne : « Il leur a fallu deux ans pour installer des toilettes, cinq ans pour les douches ! Ce n’est pas le nombre de migrants qui crée la gale. Mais c’est parce que les gens ne peuvent pas se laver, ils n’ont pas de vêtements propres. » Martine Devries, membre de la délégation Nord Pas-de-Calais de Médecins du Monde, elle se dit « réellement apeurée » : « Qu’il y ait un traitement de l’épidémie de gale, c’est une excellente chose d’autant que des moyens et les conditions ont été réfléchies mais il n’y a aucune mise à l’abri de prévue avec ce traitement. Au contraire, on profite de traiter les gens de la gale pour détruire le camp. Tout le sera, c’est du gâchis de matériel et où vont aller les migrants ? On a l’impression que les autorités se disent qu’une fois que tout sera détruit, tout disparaîtra. » Elle explique que les associations ne participeront pas à cette délivrance de traitement aux côtés de l’agence régionale de santé (ARS) : « Comment on sera perçu par les migrants ? Ils nous verront comme des complices de l’évacuation. » Séverine Mayer, de Calais, Ouverture, Humanité, rebondit : « On va montrer quoi aux citoyens calaisiens ? Qu’on a détruit un camp parce que les migrants ont la gale et les fascistes crieront au secours quand ils les verront dans la rue. » « Cette expulsion sans alternative ne fera qu’éparpiller les migrants dans la ville et la gale », considère Solid’R.

Vigilance pour le squat Victor-Hugo

Du côté des No Border, même sentiment : « Ce n’est pas cohérent de traiter tous les gens la même journée et les mettre dehors après. La Région a parlé d’expulsion à condition qu’elle soit humaine, en quoi ça l’est à présent ? » Les No Border gèrent le squat Victor-Hugo et ont pu obtenir un accord oral avec le préfet. Ce dernier indiquait que les femmes et enfants y vivant seraient accompagnés par l’association Solid’R et replacés dans une structure adaptée. Mais l’annonce de ce mercredi a ravivé leur méfiance : « Si on se rend compte qu’on a été manipulé pour le squat Victor-Hugo et que l’accord avec les services de l’État n’est pas respecté, on ouvrira d’autres squats pour un maximum de personnes. » Les associations ont précisé qu’elles allaient les jours prochains informer les migrants des décisions du préfet et se tenir à leurs côtés s’ils décident d’engager une action. Celle-ci pourrait avoir lieu samedi.

Les élus réagissent

Natacha Bouchart, sénatrice-maire de Calais : « Je me suis entretenue deux fois avec le préfet. Il a souhaité rencontrer les associations seul, pour les informer des conditions du démantèlement. J’ai été dans l’obligation de demander cette évacuation auprès de la Région car depuis huit mois, elle a laissé pourrir la situation. Aujourd’hui, nous sommes dans un grand embarras sanitaire. Il faut traiter les cas de gale et désinfecter pendant plusieurs jours les douches. Si, dès le début, la Région avait évacué la quinzaine de tentes, nous n’en serions pas là : avec une situation qui s’est dégradée, pour les migrants, et pour l’image de Calais. »

Jacky Hénin, député européen et conseiller municipal PC : « Je ne suis pas gêné que l’État se décide à assurer la sécurité sanitaire. Mais quelles solutions alternatives va-t-on apporter ? On va démanteler mais un nouveau squat s’installera et qui pourra en vouloir aux migrants ? Je constate qu’à l’Hoverport, il y a un bâtiment qui ne sert à rien, il pourrait être utilisé. Je me pose la question de savoir où en sont les propositions faites quand Manuel Valls est venu à Calais. »

Yann Capet, conseiller municipal PS d’opposition : « Ma première réaction est de dire que la situation, les campements sauvages et les squats, ne devaient pas rester en l’état mais l’évacuation ne résout pas tout. Il ne faut pas croire qu’on fera disparaître la question. C’est une erreur s’il n’y a pas eu de concertation avec le milieu associatif sur tous les sujets car sans elle, on aura du mal à trouver une issue. Je pense enfin que la mesure doit se faire avec l’ensemble des parties prenantes. »

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Démantèlement annoncé des camps à Calais : réactions de migrants

22 mai 2014 - La Voix du Nord - Marie Goudeseune

La plupart des migrants qui vivent dans des tentes à Calais savent que l’évacuation de leur campement est imminente. La rumeur a couru jusqu’à eux, certains ont même lu dans les journaux le compte-rendu de la conférence de presse du préfet mercredi. En revanche, aucun d’eux ne sait ce qu’ils deviendront si on les expulse demain. Rencontres.

On vient les voir pour connaître leur réaction, mais ce sont eux qui posent les questions. À peu près toujours la même question d’ailleurs : « On va aller où ? » Les exilés de Calais n’en savent rien. Ils savent en revanche que la police va bientôt les expulser. La plupart d’entre eux en tout cas sont au courant. Morteza, un Afghan croisé près du port, espère que les autorités reviendront sur leur décision : « Sinon on ira où ? Dans la jungle ? »

Dans la jungle ou ailleurs en fait : ils ne sont plus à ça près. « Chaque chose en son temps », dit un Syrien. La police viendra peut-être demain, mais en attendant, il y a d’autres priorités. « Tout le monde, tous les soirs, tente sa chance pour aller en Angleterre », confie Youssef. Lui a essayé huit fois. Huit échecs : « À chaque fois la police m’a chopé à l’intérieur des camions. » Retour à la case départ : Calais, les tentes, « la misère totale ».

Voilà Abdoulraouf : c’est un Syrien de 45 ans qui présente particulièrement bien. Vêtu d’une chemise bleu ciel, petites lunettes sur le nez, il sort d’une tente où il était entassé avec quatre compatriotes, pour nous expliquer qu’il était avocat à Alep, et qu’il a dû fuir son pays en guerre. La France a refusé plusieurs fois, dit-il, de le laisser passer à la frontière, et il a dû faire plusieurs tentatives pour arriver jusqu’ici. Ici où « tout est dur, où ce n’est pas la vie ». Abdoulraouf veut écrire à l’Union européenne pour dire ce qui se passe à Calais : « Les Syriens sont dans la misère. On est hors-la-loi pour la France mais pas pour la Déclaration universelle des droits de l’homme. » L’article 14 de la déclaration, répète Abdoulraouf, « l’article 14 ! » Cet article, le voici : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. »

Nulle part où dormir

Quai de la Batellerie, on croise Iley, un Érythréen qui ne peut plus s’arrêter de parler. Il souffre, c’est écrit sur son visage. « J’ai besoin d’un papier et d’un stylo pour écrire mes émotions », souffle-t-il. Il n’a pas de papier pour écrire la nuit qu’il vient de passer sur ce quai, dans la tente, sous la pluie : « Tout était trempé, toute la tente, même les vêtements que je porte étaient trempés, même à l’intérieur de ma peau c’était trempé. » À côté de lui, son camarade n’arrête pas de montrer son bras couvert de boutons et le trou qu’il a dans la chaussure droite.

« Les gens préfèrent aller en prison que de rester ici », résume Abdallah quand on le croise quelques mètres plus loin. Ce jeune Mauritanien parle bien français et il aime lire. D’ailleurs, dans la matinée, il est allé comme tous les jours au centre d’accueil pour demandeurs d’asile pour lire le journal. Il connaît la décision du préfet d’évacuer les tentes : il a lu tous les articles. Lui est en demande d’asile en France. Mais comme tous les centres d’hébergement sont bondés, il n’a nulle part où dormir. Il reste au campement des Soudanais, où il n’a pas eu « la chance » d’avoir une de ces tentes apportées par l’association Salam. Il dort donc sous un pont, exposé à tous les vents, en attendant le rendez-vous qu’on lui a fixé le 18 juin pour sa demande d’asile : mais sera-t-elle acceptée ?

Malgré nos sollicitations, la Région, propriétaire des terrains, et la Chambre de commerce et d‘industrie (CCI) Cote d’Opale, n’ont pas souhaité réagir après l‘annonce du préfet.

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Les camps de migrants démantelés dans les prochains jours à Calais

22 mai 2014 - La Voix du Nord - Dominique Salomez et Chloé Tisserand

Le préfet du Pas-de-Calais a annoncé ce mercredi « un plan d’intervention d’urgence » pour les campements de migrants implantés à proximité du port de Calais. Les camps seront démantelés dans les jours à venir. Des mesures sanitaires seront prises pour les migrants, qui vivent dans des conditions insalubres.

Les camps de fortune qui bordent la zone portuaire de Calais vont être détruits dans les prochains jours. C’est ce qu’a annoncé hier le préfet du Pas-de-Calais. Un « plan d’intervention d’urgence » va être décliné « cette semaine ou la semaine prochaine ». « Des mesures sanitaires vont être mises en place sous le contrôle de l’agence régionale de santé sur la base du volontariat des migrants. » Elles visent surtout à traiter les nombreux cas de gale recensés (20 à 25 % des migrants sur les camps). « En parallèle, je procéderai à la fermeture des camps sur le domaine public portuaire. Ils contiennent tellement de migrants que nous n’arrivons plus à gérer les différentes situations. Si je laisse la situation se développer, on verra la reconstitution de la jungle sous nos yeux », a déclaré Denis Robin.

Les mineurs transférés à Olhain

Les trois camps où vivent plusieurs centaines de personnes seront donc démantelés. « Il y aura une prise en charge et une mise à l’abri des migrants mineurs, présents en nombre important. » En lien avec le conseil général, les jeunes réfugiés seront hébergés dans un centre d’accueil pour mineurs dans le parc d’Olhain, près de Bruay-La Buissière « pour les éloigner des réseaux de passeurs ». Les adultes qui le souhaitent seront suivis par l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) pour envisager un hébergement dans le département ou en dehors. Autre point abordé, celui des femmes et des enfants migrants qui vivent dans un squat en centre-ville. Le préfet a confirmé que l’association Solid’R prendra très prochainement le relais des No Borders pour trouver « un lieu le plus adapté possible ».

Suite à ces déclarations, les associations ont déploré « une répétition désolante des actions ». « C’est une opération coup de poing. On soignera des gens pendant une journée et on les laissera dehors sans alternative. »

De son côté, la maire de Calais (UMP) Natacha Bouchart se satisfait de cette annonce : « Aujourd’hui, nous sommes dans un grand embarras sanitaire. Si, dès le début, la Région, propriétaire du port, avait évacué la quinzaine de tentes, nous n’en serions pas là. Après avoir été avertie par l’ARS des problèmes, j’ai usé de mon pouvoir de police mais malheureusement, personne n’a voulu prendre ses responsabilités. »

Actuellement, 800 à 850 migrants dans le Calaisis (dont 600 à 650 à Calais) espèrent réussir un passage clandestin vers l’Angleterre. Un chiffre en forte augmentation depuis ces derniers mois.

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À Calais, des migrants de plus en plus nombreux, dans des conditions indignes

15 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand et M. GO.

En l’espace d’un mois, le nombre de migrants à Calais a fortement augmenté. Les associations qui leur viennent en aide sont en difficulté. Les camps de misère grossissent à vue d’œil et les exilés, bloqués à la frontière, endurent des conditions d’accueil indignes.

La hausse

Depuis un mois, ils sont au moins 600. Les nouvelles arrivées correspondent surtout aux exilés venus de la Corne de l’Afrique. Le sous-préfet Alain Gérard s’est rendu sur le lieu de distribution lundi de manière non officielle. « Quand j’ai vu le nombre de repas distribués hier, 633 !, lâche-t-il, je suis venu rappeler aux bénévoles que je les soutiens. Sans leur aide, la situation serait une catastrophe. » L’État a donné une subvention de 10 000 euros en 2013 pour financer les denrées alimentaires.

La distribution des repas

Plus de 500 migrants sont compactés en file entre une barrière en plastique et la paroi du préau qui mènent jusqu’aux barquettes de nourriture. « Il y a beaucoup de nouveaux, des jeunes de plus en plus. Ils n’identifient pas forcément les bénévoles en tant que personnes donnant du temps pour eux : ils voient la police, les grillages… On perd aussi nos repères avec ceux qu’on ne connaît pas », constate Philippe Wannesson qui anime le blog Passeurs d’hospitalité. L’Auberge des migrants a distribué 510 repas dimanche midi contre 250 début avril et 150 en 2013 au même moment. « Pour des questions logistiques, on ne distribue plus de thé, ni de lait chaud. Ils sont trop nombreux. On est sur une gestion de foule plutôt qu’une gestion de personnes », regrette Christian Salomé, président de l’association. Les bénévoles sont dépassés. Perché pour que tous les migrants le voient, Jean-Claude Lenoir, président de Salam, hausse le ton et tente de freiner chaque mouvement de foule des exilés affamés. Leurs ventres n’ont plus qu’un repas par jour depuis que l’association La Belle Étoile a arrêté la distribution du midi. « Tous ne viennent pas. Pour eux, c’est un cauchemar de se retrouver dans cette situation de file avec des bousculades. Ils n’ont jamais vécu comme ça, ils ne le supportent pas », rappelle Mariam Guerey, du Secours catholique.

Une plus grande précarité

Plus de monde, c’est avoir moins. Il faut attendre pour les douches (il n’y en a que sept à Calais), pour changer de vêtements – la majorité les porte depuis des mois. Les migrants n’ont pas directement d’accès à l’eau, ni aux toilettes, ce qui les contraint à faire leurs besoins dans la nature. Fragilisés, ils sont victimes d’épidémies de gale. Une grande partie d’entre eux vit sous des tentes installées depuis des mois près du port ou le long des quais. La Région, propriétaire de ces terrains, affirme que les conditions d’hygiène et de sécurité continuent à se dégrader. Le cabinet du président Percheron reconnaissait hier avoir demandé au préfet du Pas-de-Calais, il y a une dizaine de jours, de prendre « les mesures nécessaires, de façon humaine », pour remédier à la situation. À suivre.

Vers la frontière, que le chemin est long et risqué…

Avant d’arriver à Calais, et de tenter le passage vers l’Angleterre, les migrants survivent dans des camps plus ou moins structurés.

Boulogne-sur-Mer. Reculer pour mieux sauter. C’est un peu l’idée qui traverse l’esprit des migrants. Basés à Calais, ils s’éloignent afin d’embarquer dans des camions qui traversent le Boulonnais. Ils échappent ainsi aux contrôles plus importants dans le Calaisis. Les migrants gagnent la gare de Rinxent en train puis, à pied, effectuent un trajet de quelques kilomètres pour rejoindre l’aire de l’Épitre, sur l’A16, entre Boulogne et Marquise. Là, ils se faufilent dans les poids lourds en espérant gagner l’Angleterre.

Mais les risques sont aussi grands qu’autour de Calais. En mars, un Albanais de 25 ans avait été poignardé à mort sur l’aire de l’Épitre dans une histoire de lutte de territoire entre passeurs. Dans la nuit du 4 au 5 mai, un Érythréen de 16 ans est décédé après être descendu d’un camion sur l’A16, à hauteur de Condette. L’adolescent s’était rendu compte que le véhicule se dirigeait vers Paris et non vers l’Angleterre.

Flandre intérieure. Le camp d’hiver de Steenvoorde, installé sur un terrain communal, accueille une soixantaine d’Érythréens. Depuis lundi soir, ils ont migré dans un bosquet tout proche du camp, qui ferme chaque année à la mi-mai. « Il y a toujours un accueil de jour à la maison paroissiale, où ils peuvent se préparer à manger », explique Damien Defrance, président de l’association Terre d’errance Steenvoorde, qui a lui aussi remarqué que les migrants étaient « progressivement plus nombreux », depuis la fin de l’hiver. À quelques kilomètres, à Bailleul, le camp d’accueil médical n’a pas rouvert cet hiver, faute, dit-on, d’être adapté à tous les problèmes, notamment psychologiques, des migrants. Mais « Flandre terre solidaire mène toujours une action importante avec la collecte de vêtements et de nourriture, et une équipe va tous les quinze jours à Calais afin d’apporter son aide », explique Alain Deroo, de l’association.

Dunkerquois. Depuis la destruction du camp de Loon-Plage, les migrants se regroupent à Téteghem et Grande-Synthe. Le travail de Médecins du Monde (MdM), l’implication de la Communauté urbaine (qui a installé des abris il y a deux ans) et la compréhension des municipalités qui pourvoient au remplissage des cuves d’eau, permettent de soulager les pénibles conditions de vie d’une population dont le nombre demeure stable, constate la coordinatrice de MdM, Cécile Bossy. « Il y a une autorégulation. Ils savent quelles sont les capacités d’accueil et ils font en sorte de ne pas surcharger les camps au sein desquels l’hygiène demeure précaire. » Dans le Dunkerquois, les migrants (beaucoup d’Iraniennes avec enfants, de jeunes Afghans seuls et de Syriens), sont une centaine. Certains tentent le passage via le terminal ferry de Loon-Plage. Les autres poursuivent la route jusqu’à Calais.

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Des hommes sur la route

12 mai 2014 - Convergence n°336 mai-juin (Secours Populaire)

À Calais, pour les migrants, les jours sont d’angoisse, de faim, de froid. Avec l’espoir qu’un ferry les emmènera en Angleterre, ils endurent un quotidien imposé par la guerre, qu’ils ont fuie, et l’indifférence d’ici. Dans leur odyssée, ils croisent, aussi, ceux qui les voient comme des semblables.

Les 350 migrants reçoivent le dîner élaboré par l’association SALAM, avec des denrées collectées, notamment par le Secours populaire du Nord.

Les bénévoles de SALAM préparent un repas frugal, pour des hommes au ventre vide depuis la veille. Difficile pour les associations seules de faire plus.

Les jeunes du village copain du Monde déchargent les chaussures et couvertures collectées.

Une aide-soignante désinfecte une blessure causée par les barbelés qui hérissent les points de passage pour clandestins.

Les palettes sont indispensables pour s’isoler du sol humide, se chauffer et faire bouillir l’eau puisée à la seule fontaine disponible.

Durant des semaines, ils attendent un signe du passeur qui tient entre ses mains leur destin.

Les abris de fortune s’entassent sur le port. Derrière embarquent pour l’Angleterre les camions, où les migrants espèrent se cacher, malgré les risques de mourir étouffé ou écrasé sous le chargement.

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« Je tenterai encore de rejoindre l’Angleterre, avec ou sans radeau »

8 mai 2014 - Nord Littoral - François Devin

Assef a tenté lundi de traverser la Manche sur un radeau

Deux jours après sa tentative avortée de traversée de la Manche sur un radeau, Assef Hussein, migrant d’origine afghane de 33 ans, a rejoint le camp Lamy où il occupe une tente. Il revient sur son entreprise et en prévoit déjà une prochaine L’image d’Assef sur un radeau de fortune, pris en charge au large de Sangatte par les sauveteurs de la SNSM de Calais, a fait le tour des médias nationaux. « Je ne sais même pas où ils l’ont mis, mon bateau, plaisante cet Afghan de 33 ans, dans un anglais très approximatif. De toute façon, je tenterai encore d’aller en Angleterre, avec ou sans radeau », souffle-t-il dans un mouvement d’épaules.
Autour de lui, parmi les centaines de tentes recouvertes de sacs poubelles, dans le campement de la rue Lamy, des compatriotes, eux aussi perdus, sourient. « Il est vraiment motivé. L’Angleterre, c’est son rêve. Ses amis sont là-bas ». Comme pour beaucoup de ces migrants arrivés à Calais remplis d’espoirs bien vite déçus.

Sa troisième tentative

Sauf qu’Assef n’en est pas à sa première tentative. Arrivé à Calais il y a une quarantaine de jours, il s’est déjà mis deux fois dans les eaux froides du port calaisien. « À chaque fois, il a été repris par la police. Les policiers sont partout ». Son ami traduit ses paroles. Ému, Assef a repris sa langue maternelle. « Il est déçu d’avoir été repris par les sauveteurs ».
Assef reprend : « Quand j’ai mis le bateau à l’eau et que je suis monté dessus, je me suis senti libre. J’étais heureux. Quand c’est comme cela, on ne pense pas au danger ». Mais le jeune homme ne cache pas sa peur de la mort. « J’y pense tout le temps. D’ailleurs, d’autres migrants meurent ici à Calais, pour essayer de rejoindre l’Angleterre ».
Pas plus tard que dans la nuit de dimanche, la vie de Mengs Medahne, un Erythréen de 16 ans, s’est achevée sur l’A16, du côté de Boulogne-sur-Mer. Le jeune homme a sauté d’un poids lourd en marche, quand il s’est aperçu que le véhicule n’allait pas dans le bon sens. « C’est le risque avec les camions, glisse Assef. On ne peut pas savoir où ils vont. Je tenterai encore de rejoindre l’Angleterre, avec ou sans radeau, c’est sûr. Mais jamais en camion. C’est beaucoup trop dangereux ». La mer ne l’est-elle pas tout autant ? « Si, mais l’Angleterre est plus accessible à la nage... C’est la seule chance pour moi... »
Dans la conversation, le scénario du film Welcome fait inévitablement surface. « Je connais cette histoire mais je n’ai jamais vu le film ». Par peur ? Assef ne le dira pas. Une chose est sûre, ce ne sont pas les trente kilomètres qui séparent les deux pays qui lui font peur. Il a vécu bien pire. Assef a fui l’Afghanistan il y a 14 ans.

Fuir les Talibans

« Les Talibans attrapaient tous les hommes pour faire la guerre. J’ai quitté le pays ». Il dit l’avoir fait seul, vers l’Iran tout d’abord, puis la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Slovénie, l’Italie puis la France. « J’ai beaucoup marché. Mais j’ai aussi pris le bus, je me suis caché... » Il était au lycée, aimait le football et les travaux manuels. Son radeau en témoigne. « J’ai trouvé des clous ici, dans le campement. J’ai trouvé les planches sur la plage et le drap vient de l’hôpital ... C’est tout ce que j’avais sous la main ».
Il est 18 heures, Assef regarde vers le lieu de distribution des repas. « Des tentes en plein vent, pas de sanitaires, un repas par jour, le froid... C’est ça la vie, pour vous ? La mienne est de l’autre côté, pas ici ».

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Photo de la semaine du Phare Dunkerquois

7 mai 2014 - Phare Dunkerquois

Les bénévoles de l’association SALAM, basée à Grande-Synthe, ont dû finir à la raclette, mais ils ont pu compter sur les sapeurs-pompiers suite à une inondation. En revenant à la cave de la salle Guérin, derrière l’Église Saint-Jacues de Grande-Synthe, trois bénévoles ont mis les pieds dans 10 à 15 cm d’eau. La cave, où ils entreposaient vêtements et nourriture pour les migrants, a été inondée suite au ruissellement des eaux de pluies ce jeudi 1er mai. Les congélateurs ont réchappés aux sinistre.

A16 : le migrant décédé avait sauté d’un camion en marche

6 mai 2014 - La Voix du Nord - C. M. et O. M

Un homme a trouvé la mort dans la nuit de dimanche à lundi sur l’A16, dans le sens Boulogne-Paris, à hauteur de Condette. Ce jeune migrant, d’origine érythréenne, dont l’identité n’avait pas encore été vérifiée hier soir, souhaitait rejoindre l’Angleterre.

Alors qu’il était embarqué clandestinement dans un camion avec trois compagnons, ils ont constaté qu’ils s’étaient trompés de sens. Le jeune homme a voulu sauter du poids lourd en marche. Il est mort avant même d’être percuté par un premier véhicule. Un individu aurait été entendu au cours de l’enquête mais le parquet de Boulogne affirmait hier qu’« aucune responsabilité pénale ne sera retenue dans cette affaire ».

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Un migrant afghan secouru alors qu’il tentait de traverser la Manche à bord d’un radeau

5 mai 2014 - Le Monde.fr avec AFP

Il dérivait sur un petit radeau, construit avec quelques planches de bois, un flotteur enveloppé dans une bâche, un pied de table en guise de mât et un drap pour la voile. Un migrant afghan de 23 ans a été secouru lundi 5 mai par les sauveteurs en mer alors qu’il tentait de traverser la Manche. « Il dérivait vers le cap Blanc-Nez, au large de Sangatte », selon Bernard Barron, président de la station de sauvetage de Calais.

« C’est très rare que les sauveteurs interviennent en mer pour récupérer des migrants », a précisé M. Barron, car habituellement les puissants réseaux de passeurs ne permettent pas aux migrants de traverser seuls. L’homme doit son salut à un navire qui passait à proximité et dont les passagers ont alerté les secours, qui sont intervenus avec un canot et un hélicoptère de la marine nationale.

Une entreprise « impossible »

D’après les sauveteurs, le jeune homme n’avait aucune chance de réussir son entreprise, rendue encore plus périlleuse par les risques de collision dans ce chenal, une « autoroute à ferrys » entre Calais et Douvres. « En raison des courants violents et des vents, il serait impossible de traverser la Manche, même dans une embarcation à rames, a ajouté M. Barron. Si le vent s’était levé, ne serait-ce que d’un échelon sur l’échelle de Beaufort, il aurait chaviré et serait mort. »
Le jeune migrant commençait à être en hypothermie quand il a été ramené au port de Calais, d’abord « déçu, puis très heureux d’être récupéré », selon M. Barron. Il a été remis à la police aux frontières.

En mars, un migrant avait été retrouvé noyé dans le canal de Calais, et un autre migrant, de nationalité irakienne, avait été secouru alors qu’il tentait de traverser le détroit à la nage, relève le quotidien régional La Voix du Nord. Selon la préfecture du Pas-de-Calais, il y a en permanence à Calais quatre cents migrants clandestins qui tentent de passer en Angleterre, tandis que les associations de défense des migrants les estiment à environ six cent cinquante dans le Calaisis.

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